TITRE I. — EXAMEN OPHTHALMOSCOPIQUE DE L'OEIL
D est opéré par abaissement et des deux yeux le 24 janvier. Immédiatement près la double opération, les deux pupilles sont parfaitement noires, revienent fortement sur elles-mêmes et permettent au malade la perception, toutefois n peu confuse, des objets extérieurs.
Application continue sur les deux yeux d'une cuirasse au sparadrap et de sacs 6 glace. La cuirasse n'est renouvelée que tous les huit jours; les sacs de glace mt renouvelés toutes les demi-heures.
Jusqu'au 13 février les deux pupilles restent parfaitement noires. Vers la fin * février, il survient une réascension complète du cristallin de l'œil droit. Le mars, on renouvelle l'opération par abaissement sur cet œil; on obtient de onveau l'état parfaitement noir de la pupille. — A partir de ce moment, le établissement et le progrès des phénomènes visuels, la possibilité de lire de nos caractères sans lunettes n'ont pas cessé d'exister. On était donc parfaitetent sûr de l'absence complète chez cet homme des deux cristallins dans leur ége accoutumé. — Eh bien! chez lui il y a eu impossibilité absolue d'éclairer i fond de l'œil au moyen de l'appareil de MM. Follin et Nachet. Nous étions (mitant bien sûrs que le passage des rayons lumineux ordinaires s'effectuait irfaitement, ce qui prouve que dans le jeu de l'appareil de M. Follin le crisilfn remplit le rôle d'un objectif.
Dans les cas d'opacité commençante de l'appareil cristallinien, opacité iaible à l'œil nu ou à la loupe, nous avons constaté que l'ophthalmoscope infirmait les résultats de l'examen par les moyens ordinaires. Nous avions onçu l'espoir que, même dans les cas où les moyens habituels sont insufsants, l'appareil pourrait nous faire découvrir des altérations qui auraient chappé à une première observation. Mais à cet égard, nous avons éprouvé ne véritable déception, et précisément tout le contraire de ce que nous rions supposé; car, d'après un cas qui a beaucoup de valeur à raison de authenticité dont il est entouré et de la rigoureuse exactitude avec laoelleilaété recueilli, nous sommes en mesure d'établir que l'appareil e M. Follin est impuissant à faire reconnaître des opacités cristalliniennes oc l'œil nu et la loupe font parfaitement apprécier.
Un malade vient nous consulter pour un trouble permanent de la vision: on examen attentif de l'œil, nous reconnaissons une opacité constituée tr une série de points opaques disposés d'une manière tellement uractéristique que toutes les personnes qui l'examinent à la loupe ou l'oeil nu, peuvent dessiner la figure de cette opacité qui a la forme d'une roîx. Tout le monde s'étant bien mis d'accord sur ce point, on exalîoe avec l'appareil: résultat complètement nul; absence totale de lanifestation quelconque du phénomène si bien constaté par les autres îoyens. Avis est donné à M. Follin qui examine le malade à deux reprises, et reconnaît, comme nous, l'impuissance complète de l'appareil ans ce cas.
Un mot seulement sur la dilatation artificielle de la pupille, car il est vident que, quel que soit le mode par lequel on éclaire le fond de l'œil, la
dilatation la plus large de la pupille ne pourra jamais que favoriser beaucoup ce genre d'observations.
Le moyen de dilatation pupillaire le plus puissant, celui qui va presque jusqu'à l'effacement de l'iris, c'est l'instillation entre les paupières d'une solution d'atropine, dans la proportion de 5 centigrammes par gramme d'eau distillée avec addition d'une légère quantité d'acide acétique. Ce moyen est de beaucoup supérieur à ce que peuvent donner les combinaisons qui reposent sur l'emploi de l'extrait de belladone, soit qu'on remploie par administration interne, soit par frictions à la région péri-orbitaire ou syncipitale, soit qu'on ait recours, comme nous le faisons, aux instillations coup sur coup.
Eiamei de l'œil au moyen de 1» lamière ofcli^me.
Lorsque l'on concentre la lumière du jour sur une lentille et qu'on la projette obliquement sur l'un des côtés de l'œil, de telle sorte que cet organe soit touché par le sommet du cône lumineux, on peut éclairer successivement l'hémisphère antérieur du globe de l'œil, la cornée et ses dépendances, l'iris, la pupille, le cristallin.
Si, au lieu de la lumière du jour, on emploie comme foyer, la lumière d'une lampe un peu forte, la clarté projetée devient assez puissante pour qu'aucun état morbide de l'hémisphère antérieur n'échappe à la vue.
Lorsque la sensibilité de l'organe est telle qu'il se trouve ébloui même par la lumière diffuse, il y a un moyen d'éviter cette gêne et de défendre l'œil de toute lumière autre que celle du foyer de la lentille : on fait passer la lumière à travers le trou d'un paravent ou d'un meuble analogue pour agir directement sur le cristallin, tandis que le sujet en observation se trouve dans une chambre obscure.
Ce procédé offre le grand avantage de mettre en évidence des trouble* de la cornée, du cristallin, de la pupille, dont, avant l'examen, l'observateur n'avait pas d'idée, ou du moins n'avait qu'une idée très4mparfaite; il permet de reconnaître le siège et la marche des ophthalmies par un examen minutieux à un moment où cette observation pourrait avoir la plus grande importance pour le traitement, et où la photophobie est souvent telle qu'elle rend impossible tout examen de l'organe, soit au grand jour, soit par une lumière artificielle.
Le miroir oculaire ne saurait en aucune façon suppléer la lumière oblique ; chacun de ces deux moyens d'exploration a son terrain spécial : la lumière oblique fait reconnaître les lésions qui ont leur siège dans le segment antérieur du globe , et si la pupille est suffisamment ouverte, elle porte une clarté complète jusque sur la paroi capsulai re postérieure; tout ce qui est situé au delà de cette limite ne peut être révélé que par le miroir.
TITRE II
Cette méthode comprend d'une part les douches oculaires; d'autre part les applications glacées sur l'orbite , et enfin Y association de ces deux pratiques.
Douche* oculaire*.
L'hydrothérapie oculaire existe en principe dans tous les auteurs, même dans les écrivains les plus éloignés de notre époque, et il serait puéril d'en rechercher la source. Si l'on comprend en effet sous ce titre tous les procédés qui servent journellement à l'application de l'eau froide dans le traitement des inflammations oculaires, depuis la compresse mouillée jusqu'aux collyres et aux injections intra-palpébrales, on arrive à cette conviction que l'hydrothérapie de l'œil a existé en germe de tout temps et partout, qu'elle constitue une méthode curative dont l'honneur ne revient & personne et dont l'invention ne peut être attribuée qu'à l'instinct populaire.
Cette donnée thérapeutique fournie par les pratiques vulgaires, les chirurgiens l'ont utilisée de bonne heure ; mais il faut reconnaître qu'ils l'ont peu développée. L'application de l'eau froide aux lésions des yeux n'est encore considérée de nos jours que comme un moyen accessoire; l'eau froide n'est estimée qu'à titre d'adjuvant hygiénique, et il n'y a guère que les cas d'inflammation superficielle et légère dont on lui confie la facile guérison. Se présente-t-il au contraire des accidents phlegmasiques plus intenses, d'autres médications, réputées plus actives, lui sont aussitôt préférées et viennent prendre la place d'un agent dont la puissance semble disproportionnée à la gravité des phénomènes morbides.
Les effets thérapeutiques de l'eau froide (je pourrais dire du froid en général) me semblent avoir été méconnus pour cette seule raison, que les procédés matériels d'application ont toujours fait défaut aux chirurgiens qui voulaient recourir à cette méthode. Ce n'est pas que l'hydrothérapie oculaire ne soit riche en pratiques de tout genre ; mais je ne crains pas de dire que toutes ces pratiques sont essentiellement défectueuses, qu'elles ne réalisent pas le but qu'on se propose et que leur inefficacité seule a pu jeter le voile sur les avantages réels de l'eau froide, employée d'une façon méthodique et rationnelle dans le traitement des phlegmasies oculaires.
Quels «ont en effet les procédés qui, avant l'introduction des douches oculaires dans la thérapeutique, composaient l'hydrothérapie de l'œil? Je
les examinerai succinctement.
{• Les applications sur l'orbite de compresses imbibées d'eau froide, généralement conseillées dans les phlegmasies légères, dans les lésions trau-
matiques, à la suite de quelques opérations, etc., constituent nne pratique d'une utilité constante, mais d'une efficacité bornée. Qui ne sait en effet qu'une compresse ainsi imbibée d'eau fraîche et placée sur des parties congestionnées, prend en quelques secondes la température de ces parties : dès lors toute son action est perdue; on ne peut en prolonger l'effet qu'à l'aide d'un renouvellement incessant de compresses, occupation pénible pou? un malade qui souffre et d'ailleurs forcément suspendue pendant le sommeil.
2° Les lotions oculaires extra-palpébrales, également insuffisantes, sont passibles des mêmes reproches.
3° Le bain oculaire, administré au moyen de l'œillère on gondole, scaphium vculare des anciens. Il comporte les mêmes inconvénients ; toutefois il faut reconnaître qu'il offre la possibilité d'une réfrigération plus longue, et par suite plus efficace.
4° Les lotions et les injections intra~palpé braies. Celles-ci sont de beau* couples plus utiles. Elles se pratiquent soit en versant directement dans l'œil entrouvert le contenu d'une fiole, soit en exprimant au dessus de lui un linge ou une éponge imbibée d'eau froide. Quelques auteurs ont encore recommandé l'emploi d'injections simples ou médicamenteuses poussées entre les paupières, soit à l'aide de la seringue, soit avec des appareils spéciaux. Ces injections sont surtout d'un fréquent usage ea Allemagne, à Vienne, à Prague, à Berlin; et l'on peut se convaincre, en parcourant les recueils d'oculistique , que l'imagination des médecins allemands s'est exercée à loisir sur la construction d'instruments irrigateors de tous les modèles.
Ces lotions intra-palpébrales sont aujourd'hui recommandées dans un grand nombre de cas; on en fait môme une indication toute spéciale du traitement de quelques ophthalmies. C'est ainsi, par exemple, que pour l'ophthalmie blennorrhagique , l'expérience a démontré l'utilité d'une détersion active et d'un lavage répété de la muqueuse oculaire. Or c'est à l'eau froide, employée sous forme de lotions ou d'injections, qu'on a recours pour remplir cet important précepte.
Mais, chose remarquable, dans tous les cas de ce genre, l'eau froide ne paraît jamais considérée que comme moyen mécanique d'expulser de l'oeil un produit purulent, dont le séjour pourrait lui devenir nuisible. C'est toujours dans cet esprit qu'on en voit recommander l'emploi. Nulle part on ne trouve signalée l'intention d'appliquer l'hydrothérapie à la modification directe de l'état morbide par la réfrigération qu'elle est apte à produire. C'est en un mot comme un agent de lavage, de détersion, qu'on la conseille simplement, jamais comme antiphlogistique ou modificateur local.
En effet, dans les conditions où se trouvaient placés les expérimentateurs, l'insuffisance même des procédés ne leur permettait pas d'attendre de ce moyen thérapeutique une action qu'il était impuissante
TITRE li. — HYDROTHÉRAPIE OCULAIRE. 393
Nul doute qu'au point de vue do la réfrigération, les lotions oculaires pratiquées d'après les méthodes anciennes ne soient tout à fait insuffisantes. Nais il y a plus : c'est qu'à considérer seulement ces lotions comme moyens mécaniques d'absterger la surface de l'œil et d'en chasser les produits nuisibles, on les trouve également impuissantes. Comment concevoir que quelques gouttes d'eau, instillées dans un œil incomplètement ouvert, suffisent à débarrasser la muqueuse des productions catarrhales ou purulentes, à pénétrer dans les culs-de-sac profonds de la conjonctive, à détacher les pseudo-membranes si tenaces et si adhérentes, à dissoudre les sécrétions concrètes, etc.? Ajoutez encore à ces difficultés qui tiennent soit à la nature même des produits inflammatoires, soit à la sensibilité de l'organe, celles qui résultent de l'emploi de procédés mal déterminés, incertains, difficiles : et il deviendra dès lors évident que, dans la majorité des cas, les lotions sont incapables de produire le seul résultat qu'on en attend, c'est-à-dire un lavage complet des surfaces enflammées.
Il existe donc ici, dans la chirurgie oculaire, en face d'une indication théorique nettement établie, un desideratum d'exécution matérielle. Cette lacune, c'est la douche oculaire qui peut seule la combler. Elle seule, en effet, fournit aux médecins, dans toutes les ophthalmies où se présente l'indication de préserver la muqueuse oculaire de l'humeur irritante produite par les surfaces phlegmasiées, elle seule, dis-je, fournit un moyen d'expulsion suffisant, un procédé de lavage complet, véritablement efficace. — J'espère établir d'ailleurs que ce n'est pas là son seul avantage : que, d'une part, la douche agit d'une façon plus immédiate sur les phénomènes inflammatoires, qu'elle constitue un véritable agent antiphlogistique; d'autre part, que dans les cas de phlegmasies anciennes où atoniques. elle est apte à provoquer sur les tissus chroniquement enflammés une réaction vitale, une stimulation qui n'est pas sans utilité pour exciter et activer une résolution languissante.
Mais nn mot d'abord sur le mode d'administration de la douche oculaire.
L'un des premiers mérites de cette médication, c'est, à coup sur, la simplicité même de son emploi. Chacun a sous la main, dans le plus modeste ménage, tout l'appareil nécessaire au traitement. Cet appareil ne ae compose, essentiellement, que d'un simple entonnoir destiné à verser de l'eau froide sur les yeux du malade accroupi ou couché. Mais le voulezvous établir dans toute sa rigueur, voici comment vous le disposerez : c'est de la sorte qu'il est institué à l'hôpital Lariboisière.
Aux barreaux supérieurs du lit, à l'une ou à l'autre de ses extrémités, est suspendu un entonnoir rempli d'eau froide. Cet entonnoir, d'une vaste capacité (les nôtres contiennent environ £ litres), est terminé par un bec assez fin, muni d'un robinet. — Le lit est garni, à l'extrémité correspondante, d'une toile cirée qui se recourbe sur le chevet et descend, repliée en gouttière, jusque dans un récipient placé sur le plancher de la chambre.
. Le malade s'étend sur le lit, la tête exactement placée an dessous du bec de l'entonnoir ; à ce moment le robinet est ouvert soit par un aide, soit par le malade lui-même. La veine liquide jaillit aussitôt, en petit jet, tout d'abord, puis en jet graduellement plus considérable. Si l'appareil est bien disposé, elle tombe sur la racine du nez, et de chaque côté se répand en ruisseau dans l'espèce de vallée que forme entre les saillies frontales et malaire l'enfoncement de l'orbite. Dn seul œil est-il affecté, une légère inclinaison de la tète du coté malade garantira l'œil sain de la veine liquide. — Après avoir traversé la dépression orbitaire, l'eau s'écoule sur la partie antérieure de la tempe, retombe de là sur la toile cirée et finalement dans le récipient inférieur.
Rien de plus simple en pratique ; rien de plus facile en exécution.
Le seul écoulement d'une eau très-froide sur les paupières fermées fournit déjà aux malades un soulagement immédiat et notable. Mais les conditions du traitement ne seraient pas remplies, si Ton se contentait de cette sorte de lotion extérieure. // faut que l'œil même soit baigné par Veau qui s'écoule ; il faut, en un mot, un véritable bain oculaire, et non pas seulement une lotion palpébrale. Exigez donc que les yeux soient légèrement ouverts sous le courant d'eau qui les baigne. Dans les premiers temps, le malade sera forcé d'avoir recours à l'assistance d'un aide qui lui entr'ouvrirt les paupières avec précaution ; mais après quelques jours d'habitude, et surtout dès que les premiers symptômes d'acuité auront disparu, sa propre volonté, aidée d'un peu de courage, lui suffira pour ouvrir lui-même ses paupières. — Dès le troisième ou quatrième jour du traitement, nos malades dirigeaient seuls toute cette petite manœuvre.
Quelques détails sont nécessaires pour compléter l'exposé de la méthode.
I. Quelle est la durée de l'écoulement du liquide? Dans toutes nos observations on voit que les douches oculaires ont été prolongées de 8 à 12 minutes, temps nécessaire pour l'écoulement complet de la quantité d'eau contenue dans le réservoir (environ 2 litres).
II. Sur quelle partie et de quelle hauteur doit tomber la veine liquide? quel doit en être le calibre ?
Le bec des instruments en usage à Lariboisière présente environ ai millimètre et demi de diamètre, calibre qui fournit une veine liquide suffisante.
III. Les douches doivent être répétées plusieurs fois par jour. Deux ou trois suffisent en général pour les inflammations légères ou moyennes; mais pour les pblegmasies très- violentes, ce nombre serait insuffisant et il n'existe pas d'ailleurs d'inconvénient à le dépasser de beaucoup. Quelquesuns de nos malades affectés d'ophthahnies extrêmement douloureuses ressentaient un soulagement tel, au moment où leurs yeux étaient ainsi baignés par l'eau froide, qu'ils demandèrent à multiplier leurs douches, et
plusieurs, exagérant les conditions du traitement, prirent jusqu'à dix et douze de ces douches dans l'espace d'une journée.
Je donne comme règle de la fréquence des douches : 4* le degré d'intensité des phénomènes morbides ; 2° la nature et l'abondance des produits sécrétés. — J'insisterai sur ce dernier point à propos del'ophthalmie blennorrhagique.
IV. C'est de l'eau froide qu'il convient d'employer pour les douches. En hiver, on se servira d'eau à la température ordinaire des fontaines d'intérieur , en été, il sera utile d'employer soit de l'eau de puits, soit de l'eau refroidie par quelques glaçons.
Toutefois, M. Aloïs Bednarz, qui a expérimenté notre méthode sur. une vaste échelle, k l'hospice des Enfants-Trouvés de Vienne, préfère l'emploi de l'eau tiède pour la douche oculaire. D'après lui, la douche n'agirait, an moins dans i'ophtbalmie des nouveau-nés, que comme moyen d'élimination de la fausse membrane; le froid n'entrerait pour rien dans l'efficacité de la méthode. L'eau tiède, au contraire, aurait le double avantage de nettoyer plus promptement les surfaces et de ne produire aucune douleur. Enfin, la douche chaude aurait fourni dans l'année 1848 à l'hospice de Vienne, des résultats infiniment plus avantageux que la douche froide, employée dans les années 1846 et 1847 (1).
Ces faits auraient une plus grande valeur s'ils avaient été observés dans le traitement d'une autre variété morbide que l'ophthalmie purulente et pseudo-membraneuse, où l'influence thérapeutique de la douche semble devoir être attribuée moins à sa puissance antiphlogistique qu'à sa faculté mécanique de lavage et de détersion. Les assertions de M. Bednarz infirment moins l'effet de l'eau froide dans les ophthalmies, qu'elles ne consacrent les heureux résultats de la douche en général. D'autre part, l'action antiphlogistique remarquable exercée par la douche froide dans les variétés morbides où l'élément phlegmasique entre seul en cause, ne permet pas de méconnaître que le frqid n'ait sa large part d'influence dans les effets thérapeutiques observés.
Telle est, dans son ensemble, la métfc«4e tes douche» oculaire». En résumé :
4° Verser sur l'œil une grande quantité d'eau, sans fatigue pour le malade et sans difficulté ;
2* Donner à l'organe enflammé, par la régularité et la continuité du jet, une sorte de tolérance qui rende l'application du remède d'autant plus facile et d'autant plus efficace ;
3* Assurer par ces conditions réunies un lavage suffisant de la muqueuse oculaire, une expulsion complète des produits morbides accumulés sous les paupières et dans les culs-de-sac profonds de la conjonctive ;
0) Annalet dToculûtique, 1851, t. XXV, p. M.
4° Mettre directement au contact des surfaces pblegmasiées un topique susceptible d'en modifier profondément l'état morbide :
Tels sont les avantages que présentent les douches, avantages qui, (Tune part, placent cette méthode bien mm deara» des a«tres frteélét fcfdi* tkérapique» de la chirurgie oculaire ; d'autre part, en constituent Tune des ressources le» plus étendue» et le* pl«« esaeaees de la thérapeutique.
C'est ce qu'achèvera de confirmer l'étude des phénomènes physiologiques produits par les douches et de leur influence sur les symptômes bien observés.
I. Le premier effet produit par le passage de l'eau sur le globe oculaire, est douloureux ) surtout au début de la médication ; mais il suffit de quelques minutes pour que cette douleur, d'ailleurs fort légère, s'apaise complètement et qu'il lui succède un soulagement notable, dû sans doute au refroidissement que produit le passage continu de la veine liquide sur les paupières ou sur la muqueuse phlegmasiée.
II. La douche terminée, une réaction se manifeste, l'œil rougit ; les parties saines de la conjonctive s'injectent également; une sensation de chaleur se déclare dans l'organe et s'accompagne d'un larmoiement léger.
Cette réaction, qui est constante, n'a qu'une courte durée ; elle ne persiste en général que de dix à vingt minutes, pour faire place à une remismission complète des phénomènes inflammatoires.
Elle est toujours modérée ; elle s'affaiblit beaucoup par l'habitude, surtout au point de vue des phénomènes douloureux, et les malades ne s'en plaignent que dans les premiers jours du traitement. Ici se place une particularité curieuse : la tolérance, qu'établit pour la douche son emploi fréquemment répété, n'est jamais relative qu'à la douleur seule : le contact 4e l'eau froide avec la muqueuse oculaire cesse en quelques jours de provoquer** rémctloM douloureuse* il ne cesse jamais de s'accompagner d'une wémmOm varartaire. Ces phénomènes congestifs se montrent à toutes les époques do traitement ; et c'est un fait constant que de voir, à la suite de la douche, l'œil devenir plus rouge, mais de cette rougeur momentanée qui parait sur la muqueuse à propos d'une iiritation accidentelle et qui se dissipe en quelques instants sous la seule influence de la suppression des causes qui l'ont produite.
Cette réaction est un point capital à signaler, car elle devient l'indication de l'emploi des douches dans une série d'affections dites atoniques de l'appareil oculaire.
III. L'orgasme modéré et temporaire qui accompagne la douche ne tarde pas à être suivi d'une détente très-remarquable des phénomènes inflammatoires. La rougeur de l'organe diminue ; elle disparait complètement des points oti l'irritation momentanée produite par la douche l'avait excitée. Toute douleur cesse ; le larmoiement s'apaise ; la photophobie même est influencée et l'œil s'ouvre plus librement. En uu mot, il se fait une sédation
complète ; il se produit un soulagement considérable, que les malades traduisent surtout par la sensation d'un refroidissement profond et persistant dans le globe oculaire x il leur semble, disent-ils, ressentir encore, longtemps après la douche, le froid de l'eau qui s'écoule.
Ainsi (résultat remarquable déduit de l'expérience), la réaction irritative est suivie d'une détente des phénomènes phlegmasiques, et l'effet sédatif
domine l'excitation réactlonnelle temporaire.
IV. Mais cette rémission ne persiste pas elle-même au delà d'un certain temps, après lequel les symptômes propres à l'état morbide tendent à prévaloir. Sa durée est très-variable, suivant l'intensité de l'inflammation ; en général, elle se dissipe en deux ou trois heures pour les cas d'intensité moyenne. De là l'indication d'en provoquer le retour par l'emploi renouvelé de la douche.
V. Enfin, si l'on examine l'œil immédiatement après l'administration de la douche, on le trouve complètement débarrassé des productions morbides qui recouvraient la muqueuse : la détersion est complète. Il n'eàt guère que la pseudo-membrane de l'ophthalmic des nouveau-nés, que ne parvient pas à détacher le jet de la douche ; et encore le lavage présente* t-il du moins ici cet avantage, de rendre plus opaque et plus épaisse cette toile membraneuse, primitivement fine et demi-transparente, et de permettre au chirurgien d'en opérer plus facilement l'extraction (I).
Ce sont là les résultats immédiats de la douche oculaire. Examinons maintenant l'influence exercée par la méthode sur les différents éléments de l'acte pathologique.
I. La sédation temporaire que produit la douche se transforme bientôt en une sédation continue, si l'emploi de l'eau froide est suffisamment répété. Dès lors toute douleur est supprimée, et le malade passe véritablement d'un état d'angoisse et d'anxiété à un état de calme parfait ; l'insomnie fait place à un sommeil libre et tranquille. Règle presque générale, les phénomènes douloureux d'une phlegmasie d'intensité moyenne disparaissent en 24 ou 48 heures sous l'influence des douches : c'est là un fait tellement constant que toutes les observations concordent entre elles sur ce point.
II. Un effet non moins remarquable de l'eau froide employée d'après la méthode précédente, c'est de diminuer la vascnlarlsatlon à la surface de la muqueuse oculaire. Dans l'espace de vingt-quatre heures, deux ou trois douches suffisent quelquefois pour modifier les surfaces phlegraasiécs de la façon la plus heureuse ; et dans la majorité des cas, il suffit de quelques jours d'un traitement méthodique pour obtenir une résolution complète: tant est puissante l'action réfrigérante de la douche pour réduire la vascuIari8ation inflammatoire, et modérer l'irritation générale.
(i) Chimtgnac, Gazette des hôpi taux, U janvier 185&.