II. *tt
En même temps qu'elle agit sur la muqueuse, la douche exerce son influence sur les parties extérieures. Elle diminue rapidement l'état de congestion locale et le boursouflement des paupières.
L'effet astringent de la douche sur les vaisseaux prévient les altérations consécutives à leur développement, le chémosis, l'étranglement de la cornée (1 ) , l'envahissement de cette membrane par les vaisseaux de la conjonctive, le développement des granulations, etc. Si le traitement trouve ces altérations déjà produites, il les modère. Les granulations mêmes, qui font le désespoir des ophthalmologistes par leur incroyable résistance, sont notablement influencées par les douches, elles se modifient et finissent par céder à un traitement prolongé.
III. La détente considérable et subite des phénomènes pblegmasiques, produite par la douche, se traduit souvent par la modification rapide et quelquefois immédiate d'un symptôme nerveux qu'on peut souvent consulter comme mesure de l'état d'irritation de l'organe: je veux parler de It photophobie. Dans tous les cas, ce symptôme a promptement cédé à l'emploi du traitement ; mais il est des cas où sa diminution a été presque immédiate. M. Léon Rieux en a déjà relaté une observation curieuse (î): voici un fait analogue :
Obs. — Chuliot (Annctte). — Kérato-conjonctivite double, très-violente. Photophobie des plus intenses forçant la malade à incliner la tête sur la poitrine, produisant une constriction spasmodique des paupières, et rendant l'examen de l'œil très- difficile. Larmoiement continu très-abondant. Douleurs extrêmement violentes, etc. — Une douche oculaire est administrée dès l'entrée de la malade à l'hôpital, et prolongée pendant un quart d'heure. Aussitôt après, la malade peut entr'ouvrir les paupières, et, tandis qu'auparavant elle avait besoin d'un guide pour se conduire, elle se dirige seule, sans hésitation, dans les salles. Les yeux ont été tenus facilement entr'ouverts pendant toute la journée. Larmoiement beaucoup moindre, etc. — Le lendemain, la malade ouvre facilement les veux à la lumière diffuse.
Je ferai remarquer, que la diminution de la photophobie sous l'influence des douches est une particularité du plus haut intérêt : carjusqu'àcejouf une des conditions premières de toute médication était de plonger les yeux affectés dans l'obscurité la plus complote. Ce procédé était loin de porter toujours remède au mal, car s'il calmait momentanément les douleurs, il exagérait aussi la sensibilité et augmentait beaucoup la dorée du traitement.
(I ) On sait que Mackensie et d'autres auteurs attribuent la destruction de la cornée dans les ophthalmies à une cause mécanique, à la compression exercée par le chémorii. « En effet, dit Mackensie, on voit souvent une ulcération qui forme uae gouttière circulaire autour de la cornée dans l'endroit qui est comprimé par la conjonctive boursouflée. »
{2) De l'efficacité des douches oculaires dans le traitement des altérations de h contée, par M. Léon Rieux, interne des hôpitaux [Union médicale, 1847).
IV. La modification des produits «eerétés est le résultat de l'influence d'ensemble subie par l'état morbide. Elle est donc en harmonie avec la diminution des phénomènes phlegmasiques.
V. Les douches modifient promptemeut l'état de* partie* extérieures,
notamment celui des paupières et des cils. Sous leur influence, la tuméfaction et l'œdème considérable des paupières, qui accompagnent l'ophthalmie des nouveau-nés, présentent en deux ou trois jours une amélioration considérable. Il suffit de cet espace de temps (4), pour voir disparaître l'aspect effrayant et difforme que donne aux petits malades l'énorme boursouflement palpébral.
Dans la plupart des ophthalmies et notamment dans les variétés remarquables par l'abondance de la sécrétion, les produits muqueux ou purulents se concrètent sur les bords ciliaires et convertissent les cils en autant de poils durs et rigides. Ces poils s'agglutinent bientôt et finissent par constituer une haie de faisceaux triangulaires rudes et piquants. Cette disposition devient une cause d'irritation continue, surtout si, dans cet état, le boursouflement des paupières vient à faire chevaucher l'un au-devant de l'autre ces deux voiles membraneux ou à produire un trichiasis accidentel. Or, l'expérience démontre que cet état des cils est très-diflicile à modifier : il faut un lavage de longue durée pour débarrasser la base de ces poils rigides, pour leur rendre leur indépendance, leur souplesse, les rétablir en 1111 mot dans leur état normal. C'est la douche oculaire, fréquemment répétée, qui réussit encore le mieux à triompher de cette disposition anormale.
VI. Il était curieux à plus d'un titre d'étudier l'influence qu'une méthode thérapeutique aussi puissante que? l'hydrothérapie oculaire pouvait exercer sur les diverses altérations de transparence de la cornée. Ce travail a déjà été entrepris sous ma direction par M. L. Rieux, lors de son internat à l'hôpital des Enfants- Trouvés. Il a été continué plusieurs années après lui, par M. Alfred Fournier, et ces deux observateurs sont arrivés sur presque tous les points, aux mêmes résultats.
• Les ophthalmologistes, dit M. Rieux, sont d'accord sur la résistance, le plus souvent invincible, qu'opposent aux médications les plus énergiques les diverses altérations de la cornée. Aussi est-ce avec une grande surprise que, sous l'influence de la nouvelle méthode, nous avons vu ces désordres anatomiques disparaître en totalité dans quelques cas et s'améliorer d'une manière sensible dans beaucoup d'autres. Depuis quelque temps j'ai été à même de recueillir douze observations d'enfants venus du dehors avec des taches plus ou moins avancées de la cornée. Chez ces enfants, l'efficacité thérapeutique desdouches oculairessouvent répétées a été telle que plusieurs
{\) K/feti généraux du traitement de l'ophthalmie purufciitepseudo -membraneuse par les douches oculain* (Archives d'opht hahnologie, t. III, p. 235; T. IV, p. 55.)
d'entre eux, qui paraissaient voués à une cécité complète, peuvent maintenant se conduire et même distinguer les corps environnants. Voici do reste l'explication que Ton peut donner de ces heureuses et inattendues modifications. Lorsque l'opacité date de quelque temps, elle reçoit toujours, ou de la sclérotique ou de la muqueuse conjonctivale, de petits vaisseaux apparents qui viennent la nourrir et la perpétuer. Quelquefois cette vascultrisation pathologique est tellement prononcée que Sanson avait songea h cautérisation annulaire péricornéale. Scarpa même, avant lui, avait préconisé ce moyen, i L'indication curative, dit-il, consiste à faire resserrer « les vaisseaux variqueux de la conjonctive jusqu'à leur faire reprendre « leur capacité naturelle. Si l'on ne réussit pas, il faut détruire la commu-
• nication des troncs les plus relevés de la conjonctive avec leurs petites
• racines qui viennent de la surface externe de la cornée dans le lieu où i est le nuage, etc. (1) » C'est donc à la de*tructl<m des cmsmmm» dalres d'entretien, c'est- à-dire à l'état des vaisseaux sanguins qu'il faut s'attaquer pour avoir des chances de guérison. Or l'action réfrigérante de l'eau, les réduisant presque toujours à leur plus simple volume, l'opacité doit donc s'amender.
C'est en effet ce qu'a constaté M. Rieux dans la série d'observations que renferme son mémoire. Mais ce qui doit assurément fixer le plus l'attention dans ce travail, c est le grand nombre de faits qu'on y trouve consignes relativement à l'ophthalmic purulente, cette variété morbide si funeste ait cornée. Le récit des succès obtenus par les douches dans le traitement de cette terrible affection y présente un vif intérêt, en raison de l'extrême gravité du pronostic ordinaire.
En suivant l'influence exercée par cette médication sur les altérations de la cornée, on ne tarde pas à reconnaître que la condition indispensable d'une rigoureuse appréciation repose sur la division des faits pathologiques en deux classes, suivant Vacuité ou la chronicité des phénomènes.
D'une part, il est incontestable que les altérations récentes de la cornée, produites par une inflammation aiguë et subsistant encore au moment où la médication hydrotherapique est mise en œuvre, subissent une amélioration des plus notables et des plus rapides sous l'influence des douches oculaires. Un grand nombre de faits nous ont montré des néphélions et des albugos très- heureusement modifiés par ce traitement, les premiers disparaissant d'une façon complète, absolue, pour laisser à la cornée toute sa transparence normale ; les seconds passant à l'état de simples néphélions, et quelquefois môme ne se traduisant plus sur cette membrane que par une très-légère teinte diaphane.
Pour les cas aigus, cette modification subie par les taches cornéales n'est
(I) Scarpa, Maladies des yeux, p. 372.
sans doute qu'un corollaire de l'influence qu'exerce la médication sur les phénomènes inflammatoires.
D'autre part, le traitement hydrothérapique est bien loin de fournir des résultats semblables dans les cas d'altérations de transparence déjà ontiennes.
S'il reste un élément inflammatoire qui puisse entretenir ou augmenter la lésion, comme dans les cas d'ophthalmies scrofuleuses si remarquables par leur caractère de chronicité, alors la tache se modifie encore assez avantageusement. C'est ainsi que j'ai eu occasion d'observer des cas où des albugos déjà anciens, accompagnés d'un état phlegmasique persistant, ont fait place à de simples néphélions d'une moindre étendue.
Mais, lorsque l'état phlegmasique n'existe plus, lorsque tout phénomène réaclionnel a disparu de la surface oculaire, et que la tache persiste comme un résultat acquis (leucoma), ce serait en vain qu'on chercherait à faire rétrograder la lésion ou à modifier des tissus dont les conditions anatomiques sont définitivement réglées. Il s'est fait là un état organique nouveau, dont l'hydrothérapie, comme toute autre médication, est impuissante h changer le caractère.
L'incidence suivant laquelle la veine liquide vient frapper l'œil, influe beaucoup sur le résultat de l'action hydrothérapique.
Sons ce point de vue il faut distinguer la douche oblique ou tangent telle de la douche perpendiculaire ou profonde. Autant la première convient dans les ophthalmies superficielles conjonctivales ou cornéales, autant l'autre est appropriée aux ophthalmies profondes comme les ophthalmies amblyopiques ou rétiniennes.
Applftemtlom» réfrlgéraMtot*
L'emploi méthodique de la glace dans les maladies des yeux n'est pas encore entré dans la pratique vulgaire.
En raison des conditions spéciales de sa structure, l'œil parait être cepeaiant l'un des organes les mieux appropriés à subir l'influence des applications froides. Il semble même qu'il n'existe dans toute l'économie aor.n appareil que ses conditions anatomiques rendent plu* susceptible fane réfrigération permanente. De toutes les parties, en effet, qui constituât lorçane complexe de la vision, il n'est guère que l'enveloppe extélircre et le diaphragme indien qui soient réellement vasculaires : encore les plus épaisses et les plus résistantes deces membranes bont-elle» conMiiKesp&r ks tisses les moins riches en vaisseaux: la cornée en est même Wfiétement dépourvue il). Pour les milieux liquides, comme pour le «râuliin. simples produits de sécrétion cl privés d'éléments calorifiques.
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arrêtées à la crôwféraKe de cette oemi rat*
ils ne peuvent réagir par eux-mêmes contre le refroidissement, comme le ferait une masse de volume égal abondamment fournie de capillaires sanguins. En raison de ces conditions anatomiques toutes spéciales, n'est-il pas évident que la réfrigération exercée sur le globe oculaire doit à la fois pénétrer dans cet organe à une plus grande profondeur que dans tout autre tissu, et s'y entretenir plus facilement?
Comment donc expliquer 1 éloignement des praticiens pour l'emploi des applications glacées dans la thérapeutique des phlegmasies oculaires? Peut-être faut-il en chercher la raison soit dans les difficultés d'exécution matérielle inhérentes à ce mode de traitement, soit dans certaines préventions défavorables à l'emploi des méthodes réfrigérantes en général.
Ces difficultés, trop réelles, sont-elles insurmontables? ces préventions reposent-elles sur quelque fondement légitime? C'est ce que je dois examiner.
Il est plus difficile qu'on ne pense de maintenir appliqués sur un orgtne aussi délicat et aussi sensible que l'appareil de la vision, des corps réfrigérants, qui sont exposés par leur poids à blesser et à endolorir l'organe, et par leur nature à entretenir sur les parties une humidité défavorable.
Lors de mes premiers essais, il arriva ce qui arrive souvent à l'origine des méthodes : c'est dire que les procédés les plus compliqués et les moins pratiques furent les premiers auxquels on eut recours.
J'employai d'abord une sorte de demi-masque en fil de fer, très-fin et très-léger. Ce masque devait être appliqué sur la face, dont il ne recouvrait que la partie supérieure; il était fixé sur les parties par l'élasticité d'an ressort qui allait prendre son point d'appui sur l'occiput. Il représentait une espèce de hotte ou de petit panier en nid de pigeon, largement béant à sa partie supérieure, fermé inférieurement par un grillage très-fin dans lequel se trouvaient pratiqués deux larges oriGces correspondant aux orbites. L'appareil une fois en place, on remplissait cette petite hotte de sachets préparés avec l'appendice caecal du mouton : ces sachets renfermaient des fragments de glace ; ils devaient être renouvelés à mesure que la glace se liquéGait (1).
Le moindre inconvénient de ce procédé était d'exiger un appareil spécial. De plus, ce masque rigide ne pouvait, à coup sûr, quatre difficilement supporté par les malades. En somme, c'était une mauvaise méthode. Je fus le premier h en reconnaître les défauts et je cherchai un procédé meilleur. J'eus recours successivement à plusieurs appareils que des inconvénients analogues me forcèrent d'abandonner tour à tour. Enfin .d'essais en essais, j'en vins au procédé suivant, le plus simple de tous. Vwici comment on l'exécute :
(1) Annales tToculntique, I8i0, p. TOI.
On commence par appliquer sur la région orbitaire, correspondant à l'œil malade, une série d'étroites bandelettes de diachylum, que l'on entrecroise de façon à constituer une sorte de cuirasse assez résistante. Cette cuirasse doit déborder de 1 ou 2 centimètres le pourtour de l'orbite.
Des fragments de glace sont introduits dans un petit sac d'intestin de mouton du volume d'un œuf de poule. Le sac est fermé, placé sur la cuirasse, puis fixé dans cette position, à l'aide de deux rubans qui vont se nouer à la partie postérieure de la tôte.
. Si les deux yeux sont affectés simultanément, il faut employer un sad cylindrique, en forme de boudin, que Ton étrangle par une ligature à sa partie moyenne et que l'on remplit de glace par chacune de ses extrémités. Ce double appareil est encore plus facile à fixer que le précédent, les deux sacs se faisant réciproquement équilibre.
Quelques détails sur ce simple appareil.
L'intestin de mouton présenté, avec un degré suffisant de résistance, une grande souplesse, qui en rend l'application très-facile. Il est bien préférable aux vessies de porc, qui deviennent promptement lourdes et épaisses par le fait de l'imbibition, et de plus exhalent rapidement une odeur insupportable.
La cuirasse de diachylum (1) remplit un double office. En premier lieu, elle protège l'œil contre le contact trop immédiat des fragments de glace, dont, les bords durs et anguleux, pesant inégalement sur les parties, pourraient blesser ou endolorir l'organe. Elle répartit la pression exercée par l'appareil , sur toute la surface de l'œil et sur le pourtour de l'orbite, en même temps qu'elle la rend plus douce et plus uniforme. De plus, et c'est la son avantage capital, elle préserve la peau de l'humidité qui résulte de la fusion de la glace. Quelque soin en effet que Ton apporte à choisir des enveloppes imperméables, il se fait toujours un léger écoulement du liquide renfermé dans ces enveloppes. Ce suintement, quoique minime, suffit a entretenir sur les parties une humidité continue, permanente, qui, comme je le démontrerai plus. loin, n'est pas sans incommodité pour le malade, ni sans danger pour l'intégrité des téguments. Or, la cuirasse de diachylum prévient cet inconvénient.
En sorte qu'à l'aide de cet intermédiaire, la réfrigération se fait véritablement à ace*
Pratiquées d'après la méthode que nous venons d'indiquer les applications froides sont généralement d'un emploi facile ; elles sont supportées sans peine par les malades qu'elles ne retiennent même pas au lit.
Les applications froides, a-t-on dit, provoquent des douleurs ; elles empêchent tout repos; lors mêmes qu'elles sont limitées à une petite étendue
(i) Le ditchylam est préférable au taffetas gommé, qui, malgré sa souplesse, ne se moule pas avec assez d'exactitude sur la surface oculo-palpébrale.
de ta surface des téguments, elles peuvent développer des phlegmasies du côté des organes respiratoires, des coryzas, des bronchites, des inflammations du parenchyme pulmonaire; réveiller des douleurs rhumatismales chez les sujets qui y sont naturellement prédisposes; favoriser l'apparition dea névralgies, etc., etc. Enfin, leur continuité mémo devient un obstacle à leur emploi, car la fatigue qu'elles provoquent empêche que le malade ne les supporte sans relâche ; il est donc à craindre qu'on ne soit forcé do suspendre l'application du froid, et qne la réaction consécutive ne donne «naissance à une inflammation violente, auquel cas le remède deviendrai! plus nuisible qu'utile,... etc.
Ces différentes objections ont déjà reçu leurs réponses de la part des praticiens qui, ayant mis le plus souvent en usage les applications réfrigérantes, en ont le mieux étudié la véritable influence. Je ne Ferai donc que rappeler leurs arguments, en y joignant ce que les recherches, qui me sont propres, ont pu m'apprendre sur cet intéressant sujet.
J'aborde en premier lieu l'objection principale, celle qui est tirée de la douleur.