‹ Traité clinique et pratique des opérations chirurgicalesChapitre 57 sur 236 · RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ

1 . La méthode de réfrigération sèche paraît posséder une supériorité pratique réelle sur la méthode de réfrigération humide.

2. La plupart des inconvénients et des dangers dont on accuse l'emploi delà glace sur l'œil sont véritablement imaginaires, et ne sauraient justifier la proscription dont l'ont frappée quelques médecins.

3. Les applications réfrigérantes constituent le sédatif le plus puissant des phénontènes douloureux des affections oculaires. La douleur de l'ophthalmie est véritablement jugulée par ce mode de traitement.

D'une façon constante, la glace produit un soulagement immédiat des plus notables : les douleurs, considérablement diminuées dès la première journée de l'application, disparaissent en général vers la seconde ou la troisième. Il n'est pas rare de les voir céder complètement dès les vingtquatre premières heures, et cela même pour les cas les plus graves.

La glace diminue également la photophobie.

Sous l'influence de la glace, la rougeur de la muqueuse oculaire se modifie avec une rapidité vraiment surprenante. Après une journée de traitement, le changement est en général fort notable, et il est très-fréquent de voir les surfaces phlegmasiées reprendre en quelques jours une teinte assez voisine de l'état physiologique.

Les sécrétions pathologiques subissent des modifications notables.

Un point très-important à connaître, c'est l'influence différente qu'exerce le froid, suivant les époques de son application. Au début, Faction immédiate est des plus énergiques pour déprimer les phénomènes d'excitation ; plus tard, l'influence médicatrice se ralentit ; puis, à la dernière période, le froid semble impuissant à terminer la résolution.

4. De là cette indication thérapeutique : réserver l'emploi des applications de glace contre les phlcgmasies les plus intenses , contre l'excitation initiale et les phénomènes les plus aigus des inflammations oculaires.

Les applications de glace ont été avantageusement employées pour prévenir les phlegmasies consécutives aux lésions traumatiques de l'œil : blessures accidentelles, opérations chirurgicales, strabisme, pupille artificielle , et spécialement opérations de cataracte.

L'eau froide, employée consécutivement à l'opération de la cataracte sous forme de fomentation, ne produit qu'un refroidissement médiocre, insuffisant à dominer la réaction consécutive. La glace fournit au contraire une réfrigération active et continue.

Métieatlo» mixte* — Douche* et fflace *mo elées.

Les douches oculaires et la glace constituent deux variétés d'une même méthode, la réMfératlom. Mais l'inégalité des modifications thérapeu-

tiques que chacune d'elles est apte à produire, ne permet pas de confondre ces deux branches d'une même médication.

Il convient donc d'interroger les faits cliniques pour déterminer les états morbides contre lesquels chacune d'elles peut être le plus avantageusement employée. Or, voici ce qu'enseigne l'observation à cet égard.

1° Dans toutes les phlegmasies où les sécrétions de la muqueuse oculaire empruntent une valeur pronostique spéciale soit à leur abondance, soit a leur caractère virulent et contagieux, c'est aux douches qu'il faut surtout recourir comme au moyen le plus actif de détersion pour les surfaces contaminées, et de préservation pour les parties encore saines. — Ophtbalmie purulente; ophthalmieblennorrhagique ; ophthalmie pseudo-membraneuse des nouveau-nés.

S9 Dans tous les cas où il importe également d'expulser de l'œil des substances étrangères, introduites accidentellement sous lés voiles palpéhraux (plâtre, chaux, matières pulvérulentes ou liquides, acides, huile de croton, poudres médicamenteuses, etc., etc.), c'est encore aux douches oculaires qu'il faut s'adresser.

La phlegmasie est-elle très-violente, s'accompagne-t-elle de vives douleurs et d'une vascularisation intense ; convient-il, en un mot, de déployer une médication énergique et de frapper un grand coup, c'est la glace qui se présente comme l'agent le plus puissant pour déprimer les phénomènes d'excitation inflammatoire.

S'agit-il au contraire d'un état phlegmasique moins intense, à fortiori, d'une affection légère, la glace devient inutile ; les douches seules en triompheront facilement.

lAchronicitê, qui modère les symptômes en les perpétuant, s'accommoderait mal de l'emploi d'un antiphlogistique aussi puissant que la glace. L'observation clinique démontre que les douches oculaires lui sont plus avantageusement applicables.

Il en est de même pour ces variétés d'inflammations dites phlegmasies atoniques de ?œil. Autant les douches leur paraissent favorables en provoquant un mouvement réactionnel sur des organes à vitalité languissante, autant une réfrigération trop intense pourrait leur devenir nuisible en y ralentissant encore la circulation.

4° Les phénomènes douloureux qui accompagnent l'inflammation oculaire se présentent-ils avec une intensité telle qu'ils constituent par eux-mêmes une indication urgente, la glace seule pourra les calmer. Je montrerai plus loin les applications réfrigérantes produisant, dans les cas les plus graves, une sédaiion complète, absolue et presque instantanée. Telle est cette influence de la glace sur les symptômes douloureux, qu'on serait presque tenté de la considérer comme ayant pour effet une véritable anesthésie locale.

5° Pour les lésions traumatiques de l'œil, les douches ne sont guère applicables, du moins dans les premiers temps; car le passage répété de

l'eau surles plaies, sur les solutions de continuité, |>ourrait devenir une condition nuisible au travail de cicatrisation, en balayant sans cesse la lymphe plastique épanchée. Déplus, la plupart de ces lésions sont sujettes à déterminer des phlegmasies consécutives assez graves pour que l'emploi des situ- * plcsaffusions froides ne soit pas toujours suffisant. La glace est donc préférable, du moins au début ; plus tard, les douches lui seront utilement associées. Telles sont les principales indications sur lesquelles repose l'emploi respectif des deux méthodes.

Mais, il faut bien le reconnaître, les faits pathologiques ne sont pas toujours aussi simples que le besoin des divisions thérapeutiques les représente. Ainsi telle affection semble, par les caractères spéciaux de la sécrétion qui l'accompagne, nécessiter l'emploi des douches oculaires, qui d'autre part, en raison de l'intensité de ses manifestations inflammatoires, réclame les applications réfrigérantes continues. Ajoutez encore que la marche naturelle des phlegmasies, en présentant mu; succession de symptômes d'acuité graduellement décroissante, contre-indique naturellement l'emploi d'une méthode unique pour les diverses phases de l'état morbide.

Los faits cliniques semblent d'ailleurs démontrer que, toute-puissante pour dominer les premiers phénomènes d'une phlegmasie, la glace exerce [•eu d'influence sur un état inflammatoire moins aigu, et qu'en revanche les d-. jcl.es oculaires, indépendamment de leur puissante action détersive, p:s-'-d«;nt un** merveilleuse aptitude à modifier les symptômes de subafi-i'.x^. Il y avait donc là le germe d'une méthode thérapeutique mixte, dans î-vj ;e:le !•-> irrigations aqueuses et la glace pussent *o prêter un mutuel «.lonc.» :r>.

Lï îh^.rie et l'observation clinique se réunissaient pour montrer les

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33* SECT Hl — OPÉRATIONS SUR L'APPAREIL OCULAIRE.

Si l'indication se présente de combattre les effets d'une sécrétion surabondante et contagieuse (ophthalmie purulente, blennorrhagique, etc.), m les douches sont multipliées. La glace n'est appliquée que pendant les intervalles des douches et pendant le sommeil.

S'agit-il d'une lésion traumatique, accidentelle ou chirurgicale, la glace est seule employée pendant les premiers jours ; puis les applications réfrigérantes sont distancées et remplacées par les douches.

Telles sont les simples règles sur lesquelles repose l'emploi de la ûéthode mixte.

Les méthodes thérapeutiques précédentes ne constituent pas des médications exclusives. Si la nécessité d'une démonstration rigoureuse a fait que dans la plupart des cas observés par nous, les douches ou la glace ont été employées seules, à l'exclusion de tout agent auxiliaire, il ne suit pas de là que les autres méthodes curatives, plus généralement employées dans le traitement des phlegmasies de l'œil, ne puissent leur être utilement associées : tels sont la salutaire dérivation qu'exerce sur le tube intestinal l'administration de purgatifs salins, l'usage des divers collyres médicamenteux, les révulsifs de tout genre, les émissions sanguines générales ou locales, etc. Ni les douches ni la glace n'excluent l'emploi d'aucun de ces traitements.

TITRE III

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