‹ Traité complet d'accouchemensChapitre 17 sur 22 · SECTION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE

Des Accouchemens oii les instnimens que l^on emploie pour extraire l'enfant agissent sans intéresser les parties de la mère ni celles de l'enfant.

Le forceps est le seul instrument qui puisse être rangé dans cette classe. Il en est de l'art des accouchemens comme de celui de la chirurgie; le nombre et la complication des inslrumens ont toujours été en diminuant à mesure que Tune et l'autre de ces sciences se sont perfectionnées. Le levier ne sert pas à extraire l'enfant : toute son action se passant sur l'occiput ^ dont il favorise la bascule, en rappelant au centre du bassin la région occipitale qui s'était relevée ; cet instrument ne peut être utile que dans le premier genre de la classe des accouchemens mixtes, à laquelle il appartient. Les lacs ne font que faciliter la version de l'enfant ; en fixant un des pieds ou la main qui sont au dehors. J^ai indiqué quels sont les cas où Ton doit recourir aux crochets mousses pour entraîner les fesses. Comme le forceps , ils ne divisent pendant leur action les parties ni de Tun ni de l'autre individu ; et pourraient en quelque sorte être rapportés à ce genre.

On désigne ordinairement les accouchemens où l'on est obligé d'employer le forceps sous le nom de laborieux. J'abandonne cette dénomination, parce que s'il en est quelques-uns qui offrent de grandes diiBcullés et qui soient dangereux pour la mère ou pour l'enfant; dans le plus grand nombre des cas où l'on fait usage de cet instrument ; l'on n'éprouve aucune difficulté. Souvent Tenfant court moins de danger que dans la -plupart des accouchemens où l'on est contraint de l'amener par les pieds. Il est même quelques espèces d'accouchemens naturels qui sont plus douloureux pour la femme que l'application du forceps au détroit inférieur. En effet ; il est des cas où cette- application est facile et sans danger pour l'enfant 5 d'autres ; au contraire;.

DE l'accouchement Ar.TIFfCIEL. 40^

OÙ elle est difficile et expose la vie de reiifanl; en sorie que les accouchemens par le forceps pre'senlent de grandes difïerences suivant le lieu où on l'applique et les circonstances qui nécessitent son emploi. Les difîe'rentes espèces ne se ressemblent que par la ne'cessilé ^ soit absolue^ soit relative, où l'on est d'employer cet instrument pour terminer un accouchement que la main seule ne pourrait pas opérer^ ou du moins avec autant d'avantage.

Je ne chercherai pas à décider à quelle époque le forceps a é;é employé pour la première fois : les auteurs ne sont pas d'accord sur ce point, ni sur le nom de celui auquel on doit attribuer la découverte de cet instrument. Il en est qui prétendent que la première idée du forceps se trouve dans l'ouvrage de Jacob Ruff, qui vivait vers le milieu du seizième siècle 3 mais le plus grand nombre pense que ce n'est qu'au commencement du dixseptième siècle qu'on a employé un forceps dans le dessein d'extraire l'enfant en lui conservant la vie. Avicennè , médecin arabe, qui écrivait au commencement du dixième siècle, recommandait l'emploi du forceps j mais la figure que nous a laissée Albucasis de cet instrument dans ses planches prouve qu'il n^était destiné qu'à écraser les os de la tête ; puisqu'il nous le représente armé de dents longues et aiguës.

L'opinion la plus généralement admise est que Hugues Chaniberlayn , accoucheur , qui vivait au dix - septième siècle , fut l'inventeur de cet instrument , dont il fit d^abord un secret qu'il ne révéla qu'à ses neveux. Chapman le fit connaître dans le Traité d'Accouchemens qu'il publia en 1754; et où il en fait l'apologie.

Quoiqu'on attribue communément à Chamberlayn Thonneur de l'invention du forceps anglais , Jonhson observe qu'un chirurgien de Brentford; nommé Drink'water^ s'était déjà servi d'un forceps qui a la plus grande ressemblance avec celui décrit par Chapman et Giffard. Palfin l'a fait connaître le premier en France, et s'en est attribué la découverte. Un des fils de Chamberlayn vint d'Angleterre en France pour y faire connaître cet instrument 5 mais les premiers essais qu'il en fit ne lui furent pas favorables. Il Tappliqua dans une circonstance où le bassin était trop étroit pour livrer passage à la léte de l'enfant , même après avoir éprouvé une réduction de la part du forceps. Mauriceau ,

ij^6 DE i/aCCOUCHEMÈNT AnTiFiClÉL.

qui voyait flaîis Chamberlayn un rival ^ saisit cette oddasion pour cl(?crier cet instrument et son inventeur. Les contradictions qu'il éprouva , et qu'il né méritait pas , le déterminèrent à retourner en Angleterre^ où^ plus généreux que son adversaire ; il pu- Mia immédiatement après une traduction de l'ouvrage de Mauriceau.

Mais le jugement de Mauriceau n'empêcha pas les accoucheurs de toutes les nations d'accueillir cet instrument , tout informe qu'il était ^ et d'y faire les corrections qu'ils crurent nécessaires. Levret et Smellie sont ceux qui ont Iq plus contribué à la perfection du forceps ; qui n'était dans l'origine que deux espèces <]e cuillers à soupe unies Tune à Tautre. Presqu'à la même époque ^ ces deux auteurs , également célèbres, changèrent la forme <le cet instrument , en y ajoutant une double courbure^ laquelle en a singulièrement étendu les usages et les avantages. Smellie employait deux forceps , Fun droit et l'autre courbe; celui qui est droit ne s'applique qu'au détroit inférieur. Le cuir dont est recouvert le forceps de Smellie rend son introduction plus diiFicile : il vaut mieux employer le forceps nu , comme on le fait en France. Quelques auteurs ont même craint ;, probablement sans fondement ;, que si on ne renouvelait pas à chaque instant le cuir , on ne s'exposât à communiquer à d'autres femmes l'infection vénérienne dont l'une serait atteinte.

Le forceps tire son nom de la ressemblance qu'il a avec les tenailles ^ appelées en \?^{mjbrceps. Tel qu'on l'emploie aujourd'hui; il est composé de deux branches parfaitement semblables; qui forment une espèce de pince , dont l'une porte un pivot mobile ; et Fautre une ouverture dans laquelle est reçu le pivot. Oîi appelle vulgairement branche mâle celle qui porte le pivot, et Y^inlre branche Jemelle. Je conserve ces dénominations, quoique je convienne qu'elles sont peu convenables, par la difficulté d'en substituer de meilleures sans user de périphrase. On distingue à chaque. branche trois parties principales, savoir : une cuiller^ un corps et un crochet.

La cuiller que présente chaque branche est à jour dans son centre, et pourvue d'une double courbure : Fune est à la face interne de la euiller, et regarde celle de la cuiller du côté opposé lorsque les deux branches sont articulées. Le degré de la courbure de chacune des cuillers est proportionné à la convexité de

DE L'ACCOUCHEMENT ARTIFICIEL. ^qj

îa lete. L'autre courbure se trouve sur le bord supe'rieur de clia- <jue cuiller : elle a été ajoutée pour que chaque branche s'accjuimodat plus exactement à Tarcade du pubis. On lui donne le «om de nouvelle courbure , parce qu'on a reconnu plus tard sa nécessité. Dans l'origine, chaque cuiller offrait intérieurement un filet saillant, que Ton croyait utile pour affermir la prise de l'instrument sur la léte de l'enfant. On a reconnu la nécessité d'^elïacer , où au moins de diminuer cette espèce de vive-arréte , parce qu'elle meurtrissait et déchirait les tégumens.

Le forceps le plus usilé en France est celui de Levrel, auquel on a ajouté deux pouces de longueur d'après les vues de Péan. Cette correction le rend propre à servir au détroit supérieur , sans diminuer ses avantages pour les cas où la tête est dans l'excavation. Cette addition en longueur rend la courbure qui est placée sur le bord de chaque cuiller beaucoup plus douce, et elle fait qu'elle s'accommode beaucoup mieux au détroit supérieur et à l'arcade du pubis.

M. le professeur Dubois a fait plusieurs changemens au forceps de Levret; qui offrent, dans quelques cas, des avantages réels : 1°. il a augmenté la longueur de chaque branche de neuf à dix lignes. Cette première modification le rend propre à saisir avec plus de facilité la télé, qui est placée au-dessus du détroit supérieur. 2**. Les crochets qui terminent ce forceps sont de forme arrondie, recourbés en demi-cercle. Cette disposition les rend bien plus propres à dégager les fesses en les conduisant dans le pli des aines 3 il s'accommodent beaucoup mieux à la forme des hanches que les crochets qui terminent les branches du forceps de Levret. Si un seul crochet mousse, placé dans le pli de l'aine ne suffit pas pour entraîner les fesses , on peut introduire l'autre crochet dans l'autre pli de Faîne, et unir les branches du forceps en sens contraire : les cuillers du forceps ordinaire servent alors de manche, et leur convexité se trouve placée en dedans. Il résulte de cette application un forceps particulier , très-court, qui, d'après sa forme , embrassé plus exactement les hanches que le forceps court de Smellie. 3°. Les boutons olivaires qui terminent chaque crochet mousse sont creux ^ et renferment dans leur intérieur une pointe que l'on voit paraître lorsqu'on les enlève en les divisant : on a alors des crochets aigus qui peuvent remplacer ceux que l'on applique sur la tête d'un enfant mort pour en T. H. 32

Page 1