‹ Traité complet d'accouchemensChapitre 3 sur 22 · DE LA GROSSESSE · texte numérisé non relu

DE LA GROSSESSE

nace de la pervertir. li serait à désirer que Li fenime enceinte qui sort du bain s'enveloppât avec des lissiis de Initie. : elle éviterait par là les inconvéniens qui peuvent rcsuher d'miG exnoçilion trop prompte à l'air et du refroidissement qui peut succéder à une évaporation trop brusque,

Levret , qui avait reconnu les avantages que Ton peut retirer du bain général dans quelques cas chez les femmes grosses est plus timide sur l'usage du bain iocal , comme celui des jambes et des pieds j des demi-bains ; des bains de siège. Les bains de pieds étant convenables pour faire couler les règles qui ont peine à s'établir^ ou pour augmenter la quantité de l'écoulement lorsqu'il ne se fait pas en suffisante quantité , il regarde comme imprudent de les employer pendant le cours de la grossesse, parce qu'il croit qu'ils pourraient produire l'avortement en attirant le sang vers la matrice. Si cet effet était réel et conslant; on verrait bien peu de filles accoucher au terme de neuf mois. Celles qui ont conçu le dessein criminel de troubler leur grossesse ne manquent jamais de prendre un grand nombre de bains de pieds très-chauds ^ mais presque toujours sans en obtenir l'effet qu'elles désiraient. Je n'ai jamais craint d'en permettre Tusaire aux femmes qui étaient tourmentées de céphalalgie^ et j'ai toujours vu qu'elles les ont pris sans inconvénient»

Du Régime que les Femmes grosses doiveiii observer^

S'il est important de soulager les femmes dans les incommodilé^à qui compliquent quelquefois la grossesse , il serait encore plus avantageux de les prévenir. Un régime convenable pendant le cours de la gestation peut épargner à la femme la plupart des indispositions particulières à son état. Pour le fixer , on doit avoir égard au temps de la grossesse , à la différence du tempérameut des femmes enceintes ^ et aux différens étals où elles se trouvent à chaque terme de la grossesse. Il est d'autant plus essentiel de distinguer différentes périodes dans la grossesse^ que chacune d'elles exige un régime particulier , et présente des phénomènes différens ; dont la cause varie ^ et qui réclament des moyens appropriés. C'est faute d'avoir fait cette distinction que les auteurs ne sont pas d'accord sur le régime des femmes grosses. Il n'eit îJUie de prescrire des règles d'hygiène parliçulièies que pour

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les femmes des vilies , chez lesquelles la grossesse pre'senle des phe'nomènes qui p'euvent la faire regarder comme un e'tat maladif.

Le régirtje des femmes enceintes consiste dans l'usage raisoanë €t conforme à leur état des six choses qui constituent la matière àe l'hygiène ; et que l'on a appelées pendant long-temps trèsimproprement choses non naturelles.

Première classe. Ingesta. Cette classe comprend les alimens et les boissons. Une femme enceinte doit peu jnanger dans les eommeneemens de sa grossesse. L'observation a prouvé que^ chez \qs femmes enceintes qui sont dans l'opinion erronée qu'elles doi' vent manger pour deux , il survient souvent un état de pléthore e^m devient une cause d'avortement. Le précepte de la sobriété, daas les premiers temps ^ est puisé dans la nature, qui prive ordinairement les femmes de l'appétit , et leur inspire du de'goût pour les alimens sueculens^ tels que les viandes^ les œufs. La nécessité où l'on est de recourir quelquefois à la saignée pour eombattre les aeoidens qui surviennent dans les premiers mois^ prouve également que la modération dans les alimens est in-» di»pensabie.

Le désir de prendre àts alimens est ordinairement plus vif vers le milieu de la grossesse. Si la femme écoute son appétit, qui est quelquefois désordonné j elle est exposée à plusieurs accidens dépendant d'un état de pléthore, comme vertiges, éblouissemens , douleur de tête violente, etc. , etc. : en se modérant dans le manger , elle aurait évité ces indispositions. Les femmes doivent manger souvent et prendre peu d'aliniens à la fois. Elles doivent, en général, choisir ceux qui contiennent beaucoup de matière nutritive sous un petit volume , ceux qui sent plus faciles à digérer , parce que leur estomac est faillie et très-irritable. On doit leur interdire les ragoûts trop épicés et la pâtisserie.

Un préjugé généralement répandu défend indistinctement à tantes les femmes grosses l'usage des acides , dans la crainte ^uVUes ne soient tourmentées de tranchées après les couches ainsi que Içurs enfans. L'exemple des femmes de la campagne , qui en usent habituellement sans être ensuite plus fatiguées par les tranchées que celles des villes qui s'en abstiennent, prouve qu'on ne peut pas accuser le régime delà femme, pendant la §cstaliôH j d'en éire U Ç^use, non plus que de celles des enfans^

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Chez les femmes d'un tempe'ram^nl bilieux , Tusage des frui!* acides ; tels que fraises ; cerises , groseilles ; etç.^ en amëiiorani, leur sanlé , esl ulile à l'enfant qu'elles portent. Leur usage est. encore avantageux aux femmes grosses qui sont habituellement constipe'es et qui se plaignent de beaucoup de chaleur dans Tabdomen. Celles-là seules doivent s'en abstenir ^ auxquelles ils occasioneraient des acidités dans Festomac.

On ne peut guère entrer dans le détail des alimens dont une femme doit user pendant sa grossesse. Cependant je ne; puis omettre de parler de deux boissons dont Fusage est aujourd'hui si répanda. On peut permettre Fusage du café au lait : beaucoup de femmes qui en ont contracté l'habitude remplaceraient difîicile* ment cette manière de déjeûner. On peut augmenter la quantisé du lait dans les premiers mois de la grossesse^ durant lesquels les symptômes d'irritation sont plus prononcés j mais on doit, en général, leur conseiller de s'abstenir du café à Feau, L'empire de l'habitude peut cependant le rendre nécessaire, mais en petite quantité. Les femmes enceintes doivent éviter les infusions théifoFmes j-qui débilitent les organes gastriques, et qui augmentent, chez quelques individus, l'irritabilité nerveuse. Quelques femmes cependant , à raison de l'habitude ou d'un mode particulier de sensibilité , peuvent en user sans inconvénient. Il est inutile d'observer qu'ellesont dispensées du jeûne , et «assez souvent de l'abstinence du gras recommandée par l'Eglise. Les Juifs, si sévères dans l'observation de la loi mosaïque qui a précédé la loi de grâce , permettent aux femmes enceintes Fusage de certaines viandes défendues , lorsque des caprices , si fréquens dans cet état , les portent à les désirer avec violence. On ne peut que donner des conseils qui déterminent les alimens les plus convenables dans l'état naturel. Mais on ne peut pas toujours les employer chez les femmes grosses, dont le goût et le tempérament ont été modifiés d'une manière si étonnante par Fétat de grossesse , qui est quelquefois une fonction pénible quoique naturelle. On voit des femmes qui ont une répugnance invincible pour des alimens regardés communément comme les plus salubres ^ et des appétits dépravés qui les portent à désirer ardemment ceux qui constitueraient un. mauvais aliment dans toute autre circonstance. Il n'est pas prudent de les forcer à faire usage des alimens-pour lesquels elles auraient \mç. aversion très-forte ^ ce qui

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arrive quelquefois dans la grossesse , dont le propre est de changer les sensations : ces alimens ;, quoique les meilleurs en euxmêmes , pourraient leur devenir nuisibles. Se comporter ainsi , c'est suivre le conseil donné par Hippocrale , aphorisme 38, section xi : Cibiis et potus paulo pejor , suavior autem y nielio' ribus quidem y sed insuavioribus ^ anteponendus .

Les appe'tits des femmes grosses , en apparence dépravés, sont quelquefois un avertissement de îa nature qui instruit des aliinens dont l'estomac s'accommoderait le mieux ^ et que Ton ne doit pas s'obstiner à leur refuser, si elles ne veulent absolument prendre aucune autre nourriture. Toutes les fois qu'une femme désire ardemment un aliment^ on doit tâcher de le lui procurer si l'objet de sa fantaisie ne peut pas lui nuire. Si on ne pouvait pas se le procurer , ou qu'on crût devoir le lui refuser , parce qu'on le jugerait évidemment nuisible, on doit s'efforcer cependant de distraire son imagination. Quoiqu'on n'ait pas à craindre , en refusant aux femmes l'objet de leur appétence , que le fœlus eu porte les marques ^ comme la plupart délies sont dans la persuasion que ces envies non satisfaites peuvent influer sur la conformation de leur enfant , cette idée, quoique fondée sur un préjugé ^ nuirait néanmoins au repos et à la santé des femmes enceintes.

Quand on regarderait comme constant que les effets de Tiniagination d'une femme enceinte ne peuvent pas se transmettre au fœtus^ on conçoit cependant qu'une grande agitation .soit qu'elle soit occasionée par des envies, ou parla vue d^un objet dont elle aurait été épouvantée , peut entraîner des altérations physiques dans la constitution de la mère. N'est-il pas raisonnable de penser que le dérangement physique de la mère peut causer des iniTpressions fâcheuses au fœtus , et peut influer sur sa nutrition , sa vie, et peut-être sur sa conformation?

Si je regarde comme extrêmement important pour l'enfant luir même de s'efforcer de tranquilliser les femmes qui sont ^ pendant leur grossesse, tourmentées d'envies qu'elles ne peuvent satisfaire, ce n'est pas que je croie, avec le vulgaire, qu'il existe entre Fimagination de lu mère et Fenvie dont elle a pu être agitée , un rapport propre à produire sur le corps de l'enfant une empreinle dé même forme et de même couleur que l'objet désiré. Je crois encore moins que riniluence de Fimagination de la mère sur

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le fcslus soil telle que^ lorsqireile de'sire ardemment un ob^et quelconque ; il se forme une difformilé pareille sur la parlie de son corps qu'elle vient à toucher dans le moment où son imagination est vivement émue; ce qui Tergage à se garantir de porter la main au visage ou sur toute autre partie apparente du corps. Comme le dit Buffon : « Que de figures singulières ne » verrail-on pas si les vains de'*irs de la mère étaient écrits sur » la peau â.es enfans » ! Comme l'observe M. Salgues^ dans son Traité des Erreurs et des Préjugés ^ page 28 : « Dans quelque » lieu du monde que ce soit, on observe les mêmes caprices de » la naiure j les mêmes signes extérieurs ^ les mêmes formes » étrangères. On voit naître les enfans avec des taches de vin 3) dans des contrées où on ne boit pas de vin ^ avec des grappes 3) de groseilles ou de raisin dans des pays où on ne mange ni » groseilles ni raisin. Il faut donc imputer ces phénomènes à » d^aulres causes qu'aux envies de la femme. »

Oa doit encore moins admettre que les taches qui ont quelque ressemblance avec des fruits changent de couleur à Fépoque de la malurilé de ces fruits, et croissent avec eux. La couleur et le volume de ces excroissances , dont je parlerai en traitant des vices de conformation des enfans nouveau nés^ changent toutes les fois qu'une cause quelconque a accéléré la circulation et y porte le sting en plus grande quantité; ce qui arrive assez souvent au printemps. Elles deviennent plus rouges pendant les chaleurs de Télé, à Rapproche des règles, dans la colère et autres passions vives de râine. Les taches cutanées, connues du vulgaire sous les noms de marques ^ de seings j que les enfans apportent en naissant, sont un vice organique de la peau , dont îe syslèjne vasculaire veineux a éprouvé une dilatation varir queuse.

Les boissons chaudes doivent élre interdites aux femmes en-r ceintes, parce qu'elles affaiblissent l'estomac^ dérangent les digestions. Les boissons à la glace leur seraient encore plus nuisibles; elles pourraient leur causer des cohques violentes et Vuvortement. Les liqueurs spiritueuses peuvent leur occasioner des perles qui détruiraient l'embryon; les femmes qui se livrent à ces excès deviennent rarement mères : elles doivent seulement user d un excellent vin vieux qu'elles tremperont modérémenî. On peut perinellre l'usnge du café à celles qui en ont canlracié

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rhabiiiKie : elles auront l'atlenlion de le couper avec une plus g,raiide quantité de lait dans les premiers mois , pendant lesq.uels elles éprouvent des symptômes d'irritation si prononcés : peut-être la prudence dicterait-elle d'en suspendre l'usage chez celles où la susceptibilité nerveuse s'exalte d'une manière alarmante.

Deuxième classe. Circinnfusa. Uair que les femmes enceintes respirent doit être pur : il peut leur nuire par les exhalaisons qui s'y mêlent , ou par ses qualités physiques dépendantes de sa chaleur^ de son refroidissement^ de son humidité et de ses vicissitudes. Un air chargé d'exhalaisons putrides les dispose à avorter j le séjour dans des lieux marécageux , dans le voisinage des tanneries ^ des mégisseries et autres lieux infects leur est nuisible. Si elles sont fixées par état dans ces lieux, elles doivent choisir la pièce de l'appartement qui est moins exposée à ces émanations. L'air que l'on respire dans les hôpitaux ne convient pas non plus aux femmes enceintes. Quoiqu^on ait le soin de tenir les dortoirs bien propres ^ de les bien aérer ^ on y voit souvent régner épidémiquement des maladies que Ton n'observe pas à la même époque dans les maisons particulières. Toutes les odeurs ; même les plus suaves^ sont nuisibles aux femmes pendant leur grossesse^ comme à la suite des couches^ et ont souvent produit des spasmes^ des syncopes. On doit surtout éloigner avec soin toute espèce de fleurs de leur chambre durant la nuit : ^hydrogène et le gaz acide carbonique qui se dégagent surajouteraient aux aecidens résultant de Todeur. Par la même raison^ les femmes grosses ne doivent pas habiter des apparternens récemment blanchis, vernis et décorés. La grossesse pervertit aussi quelquefois les fonctions de l'odorat , et l'on voit des femmes être affectées désagréablement par des odeurs qui leur plaisaient auparavant.

Un air trop chaud et renfermé rend l'exercice des fonctions languissant. La réunion d'un grand nombre de personnes dans le même local , quelquefois très-resserré, donne souvent lieu à des syncopes , à des céphalalgies que Ton peut attribuer à deux causes y à Taitéralion de l'air par la diminution de l'oxigène , maïs surtout aux émanations animales dont il se charge. Ces deux circonstances le rendent moins propre à l'entretien de la vie. Un air très- froid ou liurnide cause des affections catarrliales d«

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la poitrine, suivies de toux dont les secousses violentes peuvent produire l'avortement. Pour chauffer la chambre des femmes enceinles durant l'hiver ; on doit préfe'rer les foyers ouverts et lumineux à ceux qui sont fermés ; comme les poêles , quoique lés premiers ne fournissent pas une chaleur aussi égale dans toute son étendue. Le calorique avec dégagement de lumière est plifs agréable et plus sain. ,

Troisième classe. Gesta. Cette classe comprejiti la direction du mouvement et du repos^ du sommeil et de la veille.

Un exercice modéré pendant la grossesse est le moyen le plus sûr d'écarter une partie des incommodités qui l'acconipagnent quelquefois. Le défaut d'exercice , qui est un vice de réducatioh des femmes riches ^ leur est encore plus nuisible dans la grossesse que dans tous les autres états de la vie , et les expose à deîs maladies pendant la gestetion et après. Si les femmes de la campagne accouchent plus heureusement , si elles éprouvent moiiis d'infirmités pendant leur grossesse , si elles ont plus rarement laesoin de la saignée y elles doivent cet avantage à l'exercice con*tinuel qu'elles font. L'exemple de ces femmes^ qui ont dés accouchemens naturels et prompts^ quoiqu'elles soient souvent prises des douleurs de l'enfantement au milieu des travaux champêtres auxquels elles se sont livrées pendtint toute leur grossesse, prouve combien est pernicieux le précepte donné par Mauriceau, qui défend tout exercice aux femmes dans les deux derniers mois^ et qui les oblige à garder le lit , ou au moins la chambre^ pour éviter les mauvaises positions que peut prendre l'enfant en exécutaril le mouvement de culbute qu'il croyait s*opérer à celle époque. Un exercice modéré; en affermissaiït la santé de la mêrej, favorise en même temps le développement de l'enfant.

Lorsque la saison est froide et humide, les femmes grosses doivent éviter les promenades du soir. L'air du malin leur serait aussi plus salutaire dans les saisons chaudes que celui du soir. Il est bien plus pur, moins chargé d'humidité. Urie boisson légèrement tonique, prise avant de sortir, rend la femme moins susceptible d'éprouver des impressions fâcheuses de la part des viscissitudCs atmosphériques. La promenade à pied , si' on s'y livre dans une juste mesure, est sans'coniredit l'exercice qui convient le mieuPx pendant la durée de la grossesse : il faut éviter de la porter jusqu à la faligue. Sa durée doit se régler sur l'habitude et les forces

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de l'individu. Les femmes ne doivent pas s y livrer îinmediafemeDl après lerepas; elles doiventattendre. ainsi que pour la ieclure^ que le temps de la première digeslion soil passé. L'exercice dans une voiture bien suspendue et sur un sol uni peut être permis au plus grand nombre des femmes enceintes; mais les avantages qu'elles en retirent sont bien moindres que dans celui où Ton exerce les organes de la locomotion. Dans le premier^ l'individu est à-pruprès passif. Les effets se re'duisent à un changement d'air , à l'action de celui - ci sur la peau , et à l'exercice des organes des sens par la mutation des objets environnans, dont l'ulilitc' n'est pas moins re'elie ni moins indispensable que celui des organes musculaires.

Les femmes doivent seulement e'viter les travaux pénibles^ de lever des fardeaux trop pesans. En effet , chez les femmes àes campagnes^ les avortemens sont toujours dus à une violence ex-térieure. Les femmes grosses doivent s'interdire une danse immodérée :rcel exercice n'aurait pas autant d'inconvéniens chez les danseuses par état : elles ont acquis par l'habitude une légèreté qui rend leurs mouvemens moins violens , parce qu'elles^ toml)ent toujours sur la pointe des pieds. Chez les femmes des villes^ au contraire, les passions qui les assiègent sont la cause la plus fréquente des avortemens qui leur arrivent. L'exercice et le travail les mettraient à Tabri de cet accident ^ en les préservant des passions; qui sont les compagnes inséparables d'une vie oisive.

Les femmes enceintes ; qui sont plus porlées au sommeil que dans tout autre temps, doivent éviter des veilles prolongées. Cette propension au sommeil disparaît ordinairement vers les derniers mois de la grossesse , et est remplacée par Tinsomnie. Les jeux qui se continuent fort avant dans la nuit , outre cet inconvénient, en offrent encore deux autres, savoir une applica^ tion trop forte et la respiration d'un air malsain. Il n'est pas indifférent pour elles de prendre la même quantité de sommeil le jour ou la nuit : cette dernière est bien, plus propre au repos que le jour. Le calme , la tranquillité de la nuit invitent au repos. Pendant le jour, au contraire, le mouvement, la lumière^ et une foule d'autres impressions auxquelles les organes des sens sont exposés, les tiennent dans un état d'excilement qui rend le sommeil moins profond et moins réparateur des forces.

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QoATT»iÈi\iE CLASSE. AppUcata. Les velemens des femmes enceintes doivent élre assez lâches pour ne comprimer ni la gor<Te ni Tabdomen. Les effets fâcheux de la pression sur les seins se font surtout remarquer chez celles qui, après leur accouchemenf, se chargent de fournir à leur enfant le lait que ces organes doivent sécréter dans l'ordre naturel. La mode sauve aujourd'hui les femmes des inconvéniens attachés à l'usage des talons hauts , dont la raison n'avait pu les garantir pendant long-temps. Les velemens qui compriment fortement l'abdomen exposent la femme îi l'avortement , parce qu'ils empêchent la matrice de se développer et de se porter en avant , comme eiie doit le faire dans l'état naturel. Les anciens avaient senti combien il est important de ne pas trop serrer les velemens; car le mot enceinte y "ç^t lequel ils désignent une femme grosse, veut dire sans ceinture, selon son sens originaire. En effet , les dames romaines portaient une. ceinture qu'elles plaçaient au-dessous des seins ^ et qu'elles serraient fortement. Dès qu'elles avaient conçu , la loi les obligeait à ne plus porter cette partie de leurs velemens. On doit voir avec peine que la mode ramène l'usage des corsets à baleines que leurs inconvéniens avaient porlé à abandonner pendant quelques années. Si le ventre se soutient à peine, si le défaut d'élasticité de ses parois , occasioné par des grossesses antécédentes , détermine quelques incommodités, on ne doit employer pour y remédier, et rendre ainsi la grossesse plus supportable, qu'une ceinture élastique qui n'exerce pas comme les corsets une constriotioii fâcheuse sur le ventre et la poitrine. Les vétemens destinés à garantir des viscissitudes atmosphériques doivent être en rapport avec la saison et la susceptibilité au froid déterminée par la gestation. On doit surtout garantir des viscissitudes de l'air les mamelles , qui sont alors douées d'une si grande sensibilité à raison de leurs sympathies étroites avec Tulérus. Vers les derniers temps de la grossesse, les femmes doivent éviter de se servir de jarretières trop serrées. Ces ligatures aux environs des articulations du genou sont propres à favoriser les dilatations variqueuses, les engorgemens œdémateux auxquels elle sont déjà si disposées à raison de la pression que i'ulérus exerce sur l'origine des vaisseaux cruraux.

Le lit où couche la femme enceinte doit se ranger dans la classe des applicata. S'il est trop mou, ou recouvert d'enveloppes trop épaisses ou trop chaudes, il provoque, des sueurs qui la débili-

'ï6 BS LA GKOSSESSB.

tent : il est plus convenable qu'il soit place' dans une chambre j

vaste que dans une alcôve; et elle doit éviter autant que pos- J

sible de conlracler l'habitude de le chauffer. i

Cinquième classe. Excréta, Les excrétions sont naturelles ou j

orlificielles. J'ai déjà indiqué ^comment les femmes grosses doi- j

vent user de ces dernières. La constipation pouvant avoir chez i

elles des suites fâcheuses ^ il est important de leur tenir le venîre i

libre par des lavemens lorsqu'elles ne vont pas à la selle tous les ;

deux jours. Si elles résistent au premier avertissement qu'elles \

■éprouvent de rendre les matières fécales^ le besoin est quelque- ,

fois long-temps sans se faire sentir de nouveau ^ et elles ne peu- \

vent plus s'en débarrasser san? le secours des lavemens. Comiéie

ces derniers , lorsqu'on en abuse ^ détruisent l'action des or- \

'ganes dans lesquels on les insère , il est donc très-utile qu'elles '

cèdent au premier besoin : c'est le moyen le plus sûr de régu- j

lariser cette évacuation par l'habitude. On doit aussi leur con- j

'seiiler de rendre les urines au premier besoin. L'issue de ces j

dernières est commandée par un besoin bien plus impérieux i

que celle des matières fécales. Tout retard donne lieu à des .

épreinles vives. Les organes urinaires jouissent presque toujours ;

d'un excès de sensibilité durant la grossesse, tandis que^, surtout '

vers la fin , les intestins sont dans un état d'atonie qui les pré- i

■dispose à une constipation opiniâtre. La grossesse et la suppres- ;

si on des règles les rendent plus épaisses. j

Sixième classe. Percepta et animi patkemata. Quoique la plu- ;

part des faits que l'on cite sur les effets de l'imagination des j

mères sur leurs enfans soient exagérés et faux^ je regarde cepen- j

'dant comme très-important d'éviter soigneusement tout ce qui I

■peut agiter vivement une femme enceinte : on ne doit pas expo- "

ser à ses yeux des individus mutilés, contrefaits; épileptiques. |

Comme les femmes sont dans la persuasion que la vue de ces j

objets peut causer chez leur enfant la même difformité, leur j

imagination est violemment agitée toutes les fois qu'un objet

"hidëiix^ contrefait, s^est présenté à leurs regards. Or, on ne j

peut pais douter que cette agitation violente ne puisse exercer |j

une influence pernicieuse sur Tenfant. Le fœtus jouissant d'une »

vie commune avec sa mère , on conçoit que tout ce qui peut

occasiohér chez elle des désordres peut également se trans-

înettre à lui par la circulation. *

DE LA GnOSSSSSS. f^

ïl est généralement reconnu que des enfans ont ete attaqué* de convulsions pour avoir sucé un lait que la colère avait alléré. Mais si Ton conçoit que les passions àe la nourrice peuvent exercer une influence funeste sur l'enfant, il n'est pas plus difficile de concevoir l'influence que je prétends être exercée sur renfant par l'imagination de la mère, toutes les fois qu'elle est violemment agitée par un objet quelconque , puisque ce trouble peut altérer ses humeurs comme les passions de la nourrice , et enlrainer des alléralions physiques dans sa constitution.

Le sang et les autres humeurs reçoivent des modifications de toutes les émotions vives de l'âme. Quand on ne pourrait pas concevoir comment ces altérations sont produites , le phénomène n'en est pas moins constant, et il ne serait pas sage de le nier parce qu'on ne peut l'expliquer. C'est cependant le parti qu'a pris Maupertuis. Le doute que conseil Roussel, en pareil cas , est bien plus digne du philosophe.

Le dérangement physique de la mère, à l'occasion de toutes les émotions vives de l'âme, étant incontestable et constamment suivi d'altération dans les humeurs , il est raisonnable d« penser avec Bichat que l'enfant qui reçoit le sang de la mère par Tinlermède du placenta , éprouve les inflnences des altérations de ce sang. Ne doit-on pas craindre que le dérangement physique de la mère ne porte des impressions fâcheuses sur le fœtus ? On en trouve une preuve bien frappante dans les observations communiquées à M. Percy par les chirurgiens-majors Schmid et Mesnard, chargés , en ijgS , du service de l'hôpital militaire de Landau , à l'époque de Texplosion de l'arsenal de la place. Il est ^ï;apporté , dans le Dictionnaire des Sciences médicales, article Détonation ^ « que , sur quatre-vingt-douze enfans nés à Landau quelques mois après cet accident , il y en eut huit qui tombèrent dans une sorte de crétinisme , et qui en moururent avant lâge de cinq ans j que trente-trois vécurent languissans jusqu'à huit ou dix ans , que seize périrent en naissant , et que vingtdeux vinrent au monde avec de nombreuses fractures des os

longs .

Pour tranquilliser l'imagination des femmes qui sont ainsi tourmentées pendant leur grossesse ;, on peut leur représenter que Ion en rencontre souvent qui , comme elles, ont eu des envies qu'elles n'ont pu satisfaire, qui ont été eflrayées par des T. n, a

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objets hideux qui s'étaient présentés inopinément à îeur& regards , qui en ont été agitées pendant tout le cours de leur grossesse, au point d^en perdre le repos , sans que leur enfant en ail été marqué ou contrefait. On peut leur faire remarquer que lorsque des enfans viennent au monde avec ces marques ^ le plus souvent les mères , si on les interroge avant qu'elles en aient connaissance ; ne se rappellent pas s'être trouvées dans des circonstances où leur imagination ait été tourmentée pendant le cours de leur grossesse ^ de manière à pouvoir y donner lieu. Des exemples de ce genre , qui leur seraient garantis par des personnes qu'elles connaissent ; sont bien plus puissans pour tes convaincre; que de chercher à leur prouver combien il est ridicule dépenser, avec le vulgaire ; que l'imagination de la mère puisse avoir une influence telle sur le fœtus que lorsqu'elle désire ardemment un objet quelconque , ou qu'elle est effrayée par un autre ; il se forme une difformité pareille sur la partie du corps de son enfant correspondante à la région du sien qu'elle vient à toucher dans un moment où son imagination est agitée par une envie ; ou par l'imagé de l'objet difforme dont elle a été épouvantée.

Les monstruosités que l'on attribue ; dans l'espèce humaine ^ au pouvoir de l'imagination des mères ^ se rencontrent également parmi les animaux et les plantes. Ceux qui ont pris le parti d'accuser ; comme cause de ces bizarreries de la nature , un effort extraordinaire de l'imagination de la mère, parce qu'il est impossible d'en assigner les causes physiques , n'éprouveraient-iJspas un plus grand embarras s'ils étaient obligés d'expliquer comment cette cause peut parvenir à rompre les os, et, dans d'autres cas, à détacher les parties dures et molles pour former un moignon , sans qu'on retrouve aucune trace des os dans le sein de la mère? Il faut convenir que les spasmes ^ les contractions de l'utéru s ne peuvent rendre raison que d'un petit nombre de ces jeux de la nature, tels que les solutions de continuité, les développemens incomplets, etc. Il est à remarquer que tous les écrivains, tant anciens que modernes , qui, depuis Hippocrate et Galien, ont cité des faits pour accréditer cette opinion, il n'en est pas un seul qui assure avoir été témoin oculaire de ceux qu'il rapporte.

« Si l'imagination des mères joue un grand rôle dans ces sortes » de phénomènes; c'est en ce que le sexe est exlrémeraeut in-

DE LA GROSSESSE. ]q

» génieux a y trouver conslammeiit des rapports avec quelque » circonstance de la grossesse ; rapports toujours imagmés d'après » coup pour faire ressembler à quelque chose ce qui primiii- » vemènt ne ressemblait à rien de connu dans la nature. » Ples- MANN , Médecine puerpérale.

Il est important de ne pas entretenir la femme d'e've'nenien^ Tiialheureùx arrivés pendant le travail ou à la suite des couches, parce que ces re'cits font toujours une impression fâcheuse sut l'imagiiiation des femnies enceintes. Les sages-femmes devraient renoncer à cette manié qu'elles ont de raconter dès histoires d'accouchemens laborieux dans lesquels les sujets auraient succombé sans leur dextérité. Il serait aussi imprudent de les entretenir de relations d'eufans inonstrueux^ on ne devrait jamais les insérer dans les papiers publics ; et les réserver pour les journaux destinés aux sciences. On doit écarter de leurs mains tous les livres qui peuvent leur inspirer de la terreur : rien de plUs fréquent que les désordres produits chez la mère et dans lé fœtus par la peur et autres impressions analogues. L'exemple suivant^rapporté par le professeur Sue, dans son histoire des Accouchemens, prouve combieri tout ce qUi peUt alarmer l'imagination est proj^rè à troubler là grossesse. Une Bohémienne prédisil à une fèmmë qu'elle mourrait pendant sa grossesse. Elle en fut tellement frappée, qu'elle fit son testament; et mourut en effet quelque temps apfès.

Si l'on ne peut pas révoquer en doUtè le rapport physique qui existe entre l'agitation violente de riraàginâtiofi dé la nièfe et l'enfant qu'elle porte dans son sèiri, il n'en est pas de même de l'influencé mofale que l'on prétend qu'exerce l'imagination dé la mère sur le fœtus : on peut la nier parce qU^elle est moins solidement établie. C'est sur cette influence morale que reposent le système de la Blégalarilhropogéhésie et celui de là Callipédie : dans le premier, le docteur Robert enseigne l'art de faire des enfans d'esprit : l'étymologié dé ce mot dérive dé trois racines grecques, de psyaç, grand de, avÔp&iTroç, homme, et de ysvzaiç ^ génération. Les bases de ce système sont absolument les mêmes que celles du système de la Callipédie , dans lequel l'abbé Claude Quillet , que l'on dit avoir été l'un des hommes les plus laids de son siècle, adonné, dans un poème latin pubfié en iG56^ des préceptes sur l'art dé faire de beaux enfans.

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L'auleur de la Mégalanihropogénésie exige trois conditions pour faire des enfans d'esprit : la première est que l'homme ait l'attention de choisir une femme dont les facultés intellectuelles soient en rapport avec les siennes j la seconde, que le docteur Robert range parmi les circonstances propres à favoriser la procréation des enfans d'esprit, est la disposition morale où se trouvent les époux au moment de la conception 3 la troisième est l'éducation psychologique de la femme pendant la grossesse.

C'est au peu d'attention qu'apportent les' gens de lettres à choisir une femme dont les qualités morales et intellectuelles soient en rapport avec les leurs, qu'il croit qu'on peut attribuer en partie la dégénérescence de leurs enfans. « Comment, dit-il, pour prouver cette influence morale de l'imagination delà mère sur le foetus, un être qui est formé du même sang que sa mère , qui vit j croît et se développe dans son sein , ne participerait-il en rien à ses affections et à ses pensées ? «

M. Robert pense, avecLecamus, dans sa Médecine de l'esprit, que les enfans ont d'autant plus d'esprit, que leurs parens ont apporté plus de ferveur dans la copulation. Le peu d'ardeur (\es gens de lettres pour le physique des plaisirs de l'amour est l'autre source à laquelle il croit pouvoir altribuer en partie la dé«îénérescence de leurs enfans. C'est aux obstacles que les amans ont eu à surmonter, aux plaisirs plus vifs qu'ils ont éprouvés pendant les jouissances d'un amour furtif qu'il attribue la vérité de celte tradition populaire, qui lui semble confirmée par Inexpérience , que les enfans illégitimes sont plus ingénieux que les autres, comme s'il dégouttait sur eux, dit l'auteur, quelque portion de l'industrie de leurs parens. « Le père qui est jaloux de » voir son fils digne héritier de son talent ne doit approcher » de son épouse qu'après avoir allumé son imagination au flam- » beau de son génie. » Ce moment me paraît au contraire le moins propre. Le docteur Robert n'est plus d'accord avec luimême. La forte tension de l'esprit est incompatible avec la ferveur qu'il exige dans la copulation pour former des enfans d'es- ' prit : lorsque l'imagination est occupée de quelque grande conception, les plaisirs de l'amour se font bien moins sentir.

La conduite morale delà femme durant la grossesse exerce, suivant M. Robert, une influence sur le tempérament, les mœurs elle génie de l'enfant 3 il n'est pti» indifférent qu'une femme en-

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ceinle éprouve telle ou telle sensation, qu'elle ail les jeun frappés de telles ou telles images : Péducation psychologique de la femme grosse doit varier suivant l'état auquel le père destine son enfant. Les Spartiates croyaient à l'influence des sensations de la mère sur le fœtus; ils avaient soin d'entourer leurs femmes, pendant la grossesse , d'objets agréables , ou propres à faire naître des idées grandes et relevées. Une loi de Lyeurgue leur ordonnait d'avoir constamment sous les yeux les images de Castor et de Pollux.

On a donné comme une preuve de Tinfluence morale de l'imagination de la mère sur le fœtus , les exemples d'épilepsies de naissance; on a surtout fait valoir celles que l'on croit avoir éié transmises à l'enfant par la mère pendant la gestation, à raison des passions ou émotions vives qu'elle a éprouvées.

La question des épilepsies connées a été vivement agitée. En employant cette expression, je veux seulement indiquer lès circonstances dans lesquelles elles naissent , sans prétendre admettre la doctrine de ceux qui l'ont consacrée. Boerhaave et *oii commentateur se déclarent partisans des épilepsies connées. Tissot s'élève contre, et cite plusieurs observations de pères et de mères attaqués d'épilepsie qui n'ont point communiqué leur maladie à leurs enfansj il cherche à prouver, par beaucoup de raisonnemens , l'impossibilité de l'influence des affections morales de la femme enceinte sur le fœtus qu'elle porte : cette question ne peut se résoudre que par des faits. On a nié cette transmission de la mère à l'enfant, parce qu'on l'a niial expliquée; on en a cherché la cause dans une influence morale , tandis qu'elle trouve sa source dans le rapport physique qui existe entre les deux individus.

Quand il existerait des épilepsies transmises à l'enfant par la mère, à raison des émotions vives dont elle a été atteinte pendant sa gestation; quand il serait vrai, comme on l'admet ^ que cet accident arrive plus spécialement lorsque sa vue a été frappée par des individus épileptiques qui éprouvaient un accès , cet eff'et devrait-il pour cela être attribué à une influence morale de l'imagination de la mère? Le désordre physique qu'a produit chez elle la vue d'un épileptique, et qui a subsisté pendant torf le cours de la grossesse, par la crainte où elle était que son enfant ne fût atteint d'une nffeetion seinblaMp, n'psl'il pai suI^î.

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salit pour imprimer au système de ce dernier une disposiliou semblable à celui de la mère^ et lui faire éprouver , par l'influence de l'imilalion , les mêmes agitations convulsives , puisqu'il a ve'cu dans son sein^ et qu'elle lui a fourni des fluides altérés? L'impression qui en résulte sur l'organisation de l'enfant produit des effets d'autant plus dangereux qu'elle est plus délicate. Les épilepsies héréditaires ne prouvent pas non plus l'influence morale de l'imagination de la mère , mais seulement la transmission à Tenfant de sa constitution physique qui a produit cet élat.

Les réflexions que j\ai proposéjes à l'occasion du système de la Mégalanthropogénésie peuvent nous aider à apprécier les préceptes que donne Claude Quillet [ dans son poëme de ÇallipecUâ^ de y.a);oç , beau , et de ;rai(îtov , enfant) aux femmes grosses pour avoir de beaux enfans. Dans le premier livre de sa Callipédie, il exige quatre conditions pour avoir de beaux enfans : la première est qu'il n'y ait point entre les deux amanâ de différence considérable pour Fâge :

iVe juueiii vetulam jungas , vetuloque piielîam ; Mis nec lœtus hymen , nec amicd lanipade J'ulgens jdUucet sponsis juno.

La seconde condition qu^il exige est qu'ils ne soient point trop jeunes :

JVec tamen impuhes pueros , crudasque puelias Junxeris. ^

La troisième condition est qu'ils niaient ni Tun ni Tautre dp défauts considérables du corps, soit qu'ils soient apparens,, soit qu'ils aient leur siège vers quelque organe intérieur essentiel à la vie.

On doit former des vœux pour que la puissance législative em-r pèche le mariage des phthisiques , qui, en usant des plaisirs de l'hymen ; se donnent la mort à eux-mêmes , et propagent dans la société une maladie nécessairement mortelle 5 car les enfans qui sont le fruit de celte union en sont aussi atteints, et ils périssent de bonne heure. Si les nœuds du mariage sont formés, on doit engager les phlhisiques à se priver des plaisirs de l'amour, qui leur sont funestes.

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Des fails multipliés démonlrent la iransmissioii des vices de la coiislilulion des pères aux enfans, ou l'exislence des maladies héréditaires de génération en génération 5 ils apprennent en même temps que les individus mal constitués et valétudinaires, lorsqu'ils veulent user de la liberté qui leur est accordée de former les nœuds du mariage, malgré une maladie chronique qui les accable,, succombent bientôt après : on ne peut donc espérer d^améliorer l'espèce humaine qu'autant qu'un législateur sage interdira le mariage à ceux dont la constitution physique s'oppose à la reproduction d'êtres sains. Le spasme convulsif qui accompagne le coït excitant une commotion vive dans tout le système^ ces jouissances produisant un feu intérieur ^ l'évacuation qui en est la suite les affaiblissant; la maladie prend un accroissement plus rapide, et consume bientôt le peu de forces qui leur restait.

On peut ranger parmi les principales circonstances où le gouvernement ne devrait pas permettre le mariage , la phthisie ;, la goutte ; cette disposition des reins qui engendre la pierre ou la gravelle, l'épilepsie, la vérole^, la lèpre , les dartrea d'une espèce maligne. Plus Tinfluence des infirmités des parens sur leurs descendans est certaine , plus il est urgent de leur interdire le

mariage.

Le besoin de l'amour est si impérieux , que Ton obtiendra difficilement des malheureux qui sont entachés de maladies héréditaires qu'ils se condamnent volontairement au célibat. Le médecin trouverait un moyen plus facile à faire adopter par ceux qui portent le germe de ces maladies ; dans le croisement des races. Si dans tous les cas de ce genre on avait recours, pendant plusieurs' générations, à des alliances convenables, c'est-à-dire qu'on unît constamment l'individu prédisposé par hérédité à une indisposition donnée avec un autre d'une constitution forte, on affaiblirait et on finirait par détruire à la longue cette communication héréditaire. Il est probable que les enfans qui naîtraient de cette union recevraient, à raison de l'influence de celui qui est sain, une sorte de tempérament mixte qui ferait qu'ils seraient moins prédisposés à être atteints de l'affection héréditaire que porte celui des parens qui est malade. Mais si , au lieu de se comporter ainsi, celui-ci ou ses enfans viennent à s^allier à des personnes qui soient prédisposées à la même maladie, surtout par hérédité;^ " dojtron s'étonner qu'elle se iransmelle à leur postérité, ou qiù^-

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prés avoir ëte modifiée par le croisement de races, elle reparaisse el exerce de nouveaux ravages chez les pelils-fils ? L'influence qu'exerce l'individu sain dans la conceplion devient une sorte tle correctif qui s'oppose au développement de la maladie dont les «ifans paraissent devoir hériter.

La quatrième condition qu'exige l'auteur de la Callipédie est de préférer le mérite à la richesse.

Dans le troisième livre, il enseigne comment doivent se conduire les femmes, dès qu'elles soupçonnent une grossesse^ pour avoir de beaux enfans :

Protinus ut pulchri concrescant memhra pueltl Curant adhibete nurus

Tu satage o prœgnans , ne tristïbus anxia curis jitra melancfioUcœ offèndas phantasmata menti Nec turpes oculis Jkcies , aut sordida monstra Objieias ; simulachra tibi obi^ersentur uhique Formosa, et lœtos semper recreantia visus.

P^os ergo , 6 graoidœ I si mens est edere natos Corporis egregil , solertem impendite curant Ut semper subeant oculos pulchra omnia vestros ^ Si puer in votis lepidus , formosus ^pollo Formosâ vestros delectet imagine visus. "

On voit que l'auteur voudrait que, comme à Lacédémone, les yeux d'une femme enceinte ne fussent frappés que par des images qui rappelleraient la beauté réunie à la force.

Animi pathemata^ Il n'est point de circonstances dans la vie où les passions soient plus nuisibles que dans la grossesse. Les femmes ne sauraient apporter trop d'attention pour modérer alors leurs désirs et leurs passions '. étant plus disposées à la colère , il faut écarter soigneusement d'elles tout ce qui peut leur devenir Mn sujet d'emportement, avoir beaucoup d'égards pour leur situation , et s'armer de patience pour supporter la fougue de leur humeur. La faiblesse plus grande qui est attachée à l'organisation de la femme enceinte, la sensibilité dentelle jouit, ont inspiré de tout temps et à tous les peuples une sorte de vénération pour la femme dans cet état. A Lacédémone , les lois obligeaient les citoyens à sedélourjier^ d^ns les places publiques^ lorsqu'ils ren-^

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conlraienl une femme enceinle. A Rome, elles e'iaieiii tlispeiii>ees de se ranger et de se confondre dans la foule lors du passage du

magistrat.

Les femmes délicates , irritables , toutes celles qui sont sujettes à avorter dans les premiers mois^ doivent user irès^modeVément des droits du mariage. La même mode'ration devient utile lorsque la femme éprouve^ dans les commencemens, des accidens de'pendant d'un état de spasme, que l'irritation qui accompagne le coït pourrait augmenter.

Le but de la nature étant rempli lorsque la conception à eu lieu , de nouvelles approches pouvant devenir nuisibles dans plusieurs cas , il serait peut-être plus prudent de s'abstenir d'user des droits du mariage depuis que la grossesse est certaine jusqu'à la fin des couches. Je pense, comme Levret, que beaucoup de fausses couches, qui surviennent sans cause connue, sont occasionées par l'acte du coït, et la suite du désordre qu'il produit dans toute Téconomie. Il est des femmes qui ne sont parvenues à accoucher à terme qu'en renonçant à l'acte conjugal pendant tout le temps de leur gestation. Les anciens avaient connu les dangers des jouissances de Vénus chez les femmes grosses , comme on le voit par le poëme latin de Scévole de Sainte-Marthe, publié en 1584-, et par celui de la Callipédie.

Scévole de Sainte-Marthe s'exprime ainsi dans son traité intitulé : de Pœdotrophiâ , seu de puerorum Nutritione. ( Cet auteur a donné le nom de Pédotrophie (i) à un traité sur la manière de nourrir les enfans à la mamelle. )

T^os venerem immodicam , o maires , si cura salutis Vos venerem vitale : sibi nocet ipca , suumcfue Sœpe retexit opus.

Claude Quillet n'est pas plus indulgent sur l'usage du mariage pendant la grossesse.

Pestis acerba, Prœgnantum Venus est , pulchrumque opus improba fœdat.

(i) Cette expression dérive de deux racines grecques^ de îtaicTiov ekjànt , H de Tpopji , nourriture.

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