I>B LA ônoasEssE
On pourrait croire , si les idées que je viens de présenter sont réelles , qu'elles devraient apporter de grands changemens dans la thérapeutique des maladies des femmes. Si le traitement avait été d'accord avec la théorie que l'on s'était formée de la disposition de l'économie qui y donne lieu , celte réforme deviendrait nécessaire j mais les auteurs mêmes qui enseignent que le sys- ^t. tème lymphatique prédomine conseillent , pour remédier à cet état, des moyens qui augmentent son action. ^
L'infiltration du tissu cellulaire , pendant le cours de la grossesse, est un phénomène très-réel. Dès le moment où une femme est devenue grosse, tout le tissu cellulaire se gonfle, les mamelles augmentent de volume ; la lymphe ^ en devenant plus abondante , prend en outre un caractère nouveau pendant tout le cours de la grossesse; déjà le phosphate calcaire qui doit abonder après les couches dans le lait destiné à alimenter le nouveauné , commence à se porter vers les mamelles et diminue vers les urines, chez les femmes grosses, comme chez les nourrices. Celte abondance des sucs blancs est prouvée par ce que l'on voit arriver aux femmes brunes et à celles dont le visage est couvert de rousseurs. On a remarqué que les brunes blanchissaient à cette époque , et que les taches du visage étaient moins apparentes. Ces changemens sont évidemment le produit de la grossesse , puisqu'elles reprennent leur couleur naturelle peu de temps après les couches , à mesure que cette infiltration séreuse se dissipe.
Ce phénomène de la lymphe surabondante répandue dans tout le système pendant la grossesse est important à connaître ^ parce qu'il peut fournir au médecin praticien des vues lumineuses. Il ne voit plus alors, dans ce qu'on appelle lait répandu, que cette lymphe surabondante dans tout le système. Il la considère comme l'origine des diverses infirmités dont les femmes grosses ou les nouvelles accouchées sont attaquées. Elle produit des fluxions dans diff"érentes parties, tantôt à l'intérieur, tantôt dans le tissu cutané; ou elle cause quelquefois des douleurs qui ont toutes les apparences de douleurs rhumatismales. Les mêmes phénomènes s'observent chez les femmes dans le cas d'avorlement : or, il est évident que chez elles il n'y a point encore sécrétion du lait , et que l'on appelle maladies laiteuses ce qui dépend uniquement d'un changement dans la quantité et dans l-a qualité de la lymphe.
nz La grossesse. 9^
Le moment de la conception devient quelquefois une circonstance qui favorise chez la femme le développement de difîe'rens virus qui étaient restés sans action jusqu'à ce moment. L'état de <'rossesse manifeste quelquefois des symptômes de virus vénérien qu'on n'avait pas encore aperçus , et qui , sans cela , aurait p^ rester encore plus ou moins de temps engourdi. Le virus syphilitique avant la conception; pouvait circuler dans la masse générale sans affecter aucune glande , et sans donner de marques de sa présence, parce que ces organes n'étaient pas sensibles à son action. La grossesse augmentant la sensibilité ; manifeste des symptômes d'une infection générale , parce que les organe» glanduleux ressentent à cette époque les impressions du virus vénérien auquel ils étaient insensibles auparavant.
Il n'est pas rare de voir la grossesse produire des dartres qui disparaissent après l'accouchement. On voit assez souvent , comme Puzos l'a observe ; la grossesse occasioner des démangeaisons insupportables ; des cuissons si vives ; que les femmes enceintes ne peuvent prendre aucun repos : elles persévèrent pendant toute sa durée , et affectent plus spécialement les parties génitales. Les bains , les fomentations ; les injections , les narcotiques ne produisent qu''un calme passager, quoiqu'on ait eu quelquefois l'attention de mettre les femmes à Tusage du lait coupé : elles en sont délivrées par l'accouchement sans qu'on ait besoin d'employer de traitement. Il est beaucoup d'autres singularités que l'état de grossesse enfante , et que l'on voit constamment disparaître après les couches On^coRRaft des exemples d'aphonie , de surdité , produites par la grossesse et qui ont disparu après l'accouchement. L'observation a prouvé que l'état de grossesse prédispose les femmes au goitre. Il est probable que c'est en faisant prédominer les fluides blancs qu'elle y donne lieu. En efiet, les tempéramens où cette prédominance s'observe y sont le plus sujets. C'est un fait bien prouvé que le goitre coïncide souvent avec les changemens qui surviennent dans l'ulérus. Il se manifeste fréquemment lors de la première grossesse, et augmente à chacune des autres , ainsi qu'à l'époque de Fâge critique. On le voit même se développer pour la première fois dans cette dernière circonstance.
Si la grossesse exposé les femmes à quelques accidens , elle les garantit de maladies graves et les guérit de quelques-unes. La
3{y ' DES ÀCCIDENS DE LA e^OSSESSE.
fièvre quarte ; la pulnionie ^ Tepilepsie, Thyslérie , rhypochon= drie dont elles étaient attaquées ^ s'arrêtent quelquefois dès que la femme a conçu. Mais elles ne tardent pas , après la délivrance , à reprendre leur première intensité. J'ai vu la phlhisie restet stationnaire pendant deux grossesses consécutives , pour reprendre ensuite soii cours après raccouchement. Ce phénomène n'est cependant pas constant : on voit quelquefois que la phthisié tnarclie avec plus de rapidité.
Ort observe la même chose à Fégard des affections nerveuses, qui sont quelquefois diminuées ^ d'autres fois aggravées par l'éiàt de grossesse. Il en est de même pour l'épilepsie ^ dont l'état de grossesse détermine souvent des accès violens ^ et que Tore pourrait alors appeler épilepsie hystérique, parce qu'elle paraît, dans cette circonstance, être déterminée par un trouble des fonctions , une altération des propriétés vitales de Fulérus. M. Murât dit avoir observé, diez des femmes épileptiques qui viennent chercher des secours à l'hospice de la Salpétrière, que chez quelques-unes l'état de gestation semblait éloigHér et suspendre, en quelque sorte , les accès de cette maladie , tandis que chez' d'autres, au contraire, il paraissait les rapprocher. Les exemples' d^épilepsie survenue pendant la grossesse sont assez nombreux. Tissot en cite plusieurs dans son Traité de l'Epiiépsie. Cette épiïepsie cesse le plus souvent spontanément après l'accouchement. On voit quelquefois l'irritation dont est atteint l'utérus au moment de la conception , y donner lieu dans les premiers mois. La matrice s'habitue par la suite à la présence de l'enfant, et la maladie cesse quand la grossesse est plus avancée. Beaucoup d'autres faits pourraient également prouver que les effets de la grossesse sont irès-différens , et qu'elle produit chez une femme les accidens qu'elle fait cesser chez les autres. Lés femmes enceintes sont moins exposées à gagner les maladies Contagieuses ; mais lorsqu'elles en sont atteintes , elles succombent plus promptement. Dès qu'une femme est grosse, les probabihtés de sa vie"
augmentent.
Des Accidens de la Grossesse.
Je ne rechercherai pas la cause prochaine des différeiis symptômes de la grossesse. Les auteurs qui om traité des maladies
DES ICCIDENS DE LA GnOSSESSK. 3|
des femmes ^ et qui ont cherché à les exphquer, n'offrent que de vaines hypothèses. Ils ont puisé leurs explications dans des rapports si éloignés; qu'ils n'ont répandu aucune lumière sur le point de doctrine qu'ils voulaient éclaircir. Je m'attacherai uniquement à recueiUir les faits en laissant de côté toutes leurs explications.
On peut diviser le temps de la gestation en trois époques^ sous le rapport des accidens qui tourmentent la femme pendant sa durée. Celte fonction est bien plus pénible dans les commenceniens , l'influence qu'elle exerce sur toutes les autres fonctions Lien plus prononcée. Les phénomènes sympathiques suscités par l'orgasme dans lequel se trouve l'utérus au moment de la fécondation disparaissent ordinairement vers la fin du troisième ou au moins du quatrième mois. Dans la première période^ qui se termine au quatrième mois, surviennent des affections spasmodiques de tout genre. Dans la deuxième se manifestent celles qui tiennent à la prédominance du système artériel^ comme vertiges, céphalalgie. Les varices, l'œdème sont Tapanage de la troisième époque. Ces affections sont produites par la pression qu'exerce la matrice sur les troncs veineux. Les accidens de la première époque se prolongent quelquefois dans la seconde : ils s'observent bien plus fréquemment que ceux de cette dernière. Si les accidens de la première époque de la grossesse annoncent le plus souvent un trouble dans le système nerveux ;, qui dérive presque toujours de l'utérus ^ ils peuvent cependant reconnaître quelquefois d^aulres causes.
x4u lieu de traiter de chacune de ces indispositions en particulier , on pourrait se borner à les considérer d'une manière gé-^ nérale , et à faire voir que ; sous quelques formes qu'elles paraissent, tantôt elles dépendent d'une irritation nerveuse comme dans les commencemens , tantôt d'un état de pléthore , de la saburre des premières voies , ou de la faiblesse des organes digestifs. J'ai cru qu'il serait plus avantageux de parler successivement de chacun de ces accidens, en tâchant de déterminer dans quel système existe la source du désordre : s'ils ont entre eux beaucoup d'analogie sous le rapport de leurs causes ^ chacun d'eux présente quelques considérations particulières qu'il est important de connaître. Chaque phénomène sera classé d'après l'ordre de succession selon lequel il arrive le plus communément.
32 DES AfïCIDENS DE LA 6R0S5ESSE.
De la Salivation.
Le ptyalisme s'observe chez quelques femmes dès les premiers jours de la conception. La salivation est , pour l'ordinaire^ de peu de durée et se dissipe d'elle-même 5 elle est le plus souvent accompagnée de maux de cœur, mais elle ne dérange jamais le jsanté au point de mériter le nom de maladie. Aussi le médecin est-il rarement consulté dans ces cracholemens incommodes pour la femme , et qui dépendent du spasme général déterminé par la conception : on peut conseiller une infusion de mélisse^ de camomille, de menthe, quelques cuillerées; dans le cours de la journée ; d'une eau aromatique.
De V Inappétence ou Anorexie.
Une femme qui a conçu sent quelquefois, dès les premiers temps , son goût pour les alimens changer ou se perdre. Parmi les femmes qui éprouvent celte inappétence, les unes sont simplement dégoûtées , d'autres ont les goûts les plus bizarres , et ont en aversion les alimens qu'elles recherchaient auparavant. JLe vulgaire recourt sur-le-champ aux purgatifs pour combattre cette indisposition 5 le plus souvent il l'aggrave ; parce que Tinappéience qui a lieu au moment de la conception dépend plus souvent d'un spasme fixé sur les viscères du bas-ventre , à raison du trouble qu'elle produit dans tout le système nerveux , que de la saburre. La perle d'appétit se remarque plus souvent chez les femmes des villes que chez celles de la campagne ; elle est plus sensible dans les commencemens et tourmente plus vivement les femmes nerveuses. Lorsque le dégoût des alimens ne persiste que pendant les premiers mois , il est peu fâcheux 5 on a même vu des femmes prendre pendant toute la durée de la grossesse une quantité d'alimens si petite qu'elles n'auraient pu subsister dans tout autre temps , sans qu^il en soit résulté cependant aucun inconvénient pour l'enfant.
On reconnaît qu'un état de spasme est la cause du défaut d'appétit, par Fabsence des signes, soit delà pléthore, soit d'un, état saburral , soit enfin de la faiblesse d'estomac. Son invasion très-rapprochée du moment de l'imprégnation, chez un inciividu
dont l'appétit était régulier auparavant; confirme ce cliagiiosîique, qui iie peut s'établir que par des signes négatifs. La pléihore^ que l'on croit élre produite par la suppression des règles ^ admise par MercatUS; Roderic à Castro ^ etc. ^ ne peut avoir lieu dans les premiers temps de la conception ^ puisque souvent cette indisposition s'annonce avant l'époque où les règles auraient dû paraître si la femnië n''avait pas été grosse. Si l'on ne peut pas expliquer les dégoûts qu'éprouvent les femmes pour certains aliniens; il est au moins constant que ^ dans le plus grand nombre des cas ^ ils rie sont pas des signes de pléthore^ puisqu'on les rencontre quoiqu'il existe une pâleur et une faiblesse générale.
On doit combattre Finappélence qui lient à cette cause par l^s bains, les fomentations émollienles sur la région hypogastrique > les lavemens anli-spasmodiques. L'aversion que les femmes enceintes ont presque toujours pour les substances animales est une indication présentée par la nature au médecin, qui doit conseiller les végétaux, que l'on assaisonne avec des aromates ou des acides, Antoine Petit a tort d'en défendre l'usage dans ce cas , pourvu que les femmes en usent avec modération. On insistera sur ui\ exercice modéré. La boisson la plus convenable est une infusion ihéiforme de fleurs de tilleul ou de camomille, avec douze ou quinze gouttes d^éther sulfurique ou d'éther suifurique alcoolisé ( liqueur d'Hoffmann).
Si cette incommodité ne commence à se faire sentir qu'à une époque où les règles auraient déjà paru plusieurs fois sans l'état de grossesse^ on peut alors soupçonner une pléthore, si d'ailleurs la femme est naturellement sanguine , son pouls plus plein , plus fort. Gomme dans le cas de spasme , la langue est nette ou seulement blanchâtre, la bouche n'est pas amère. Les femmes des campagnes, quoique robustes , éprouvent rarement l'inappétence due à cette cause , parce que les travaux forcés auxquels elles se livrent par état s'opposent à la pléthore : on la dissipe par la saignée^
L'état de la langue , qui est chargée , c'est-à-dire recouverte d'un enduit jaunâtre ou blanchâtre 5 delà bouche, qui est mauvaise , amère ou pâteuse , plus sale lorsque la femme est à jeun ^ indique que la saburre est la cause de la perte de l'appétit. Pour mieux reconnaître l'embarras gastrique, il faut encore joindre à ces signes une pesanteur ou une exaltation de la sensibilité de
1 épigaslre, une céphalalgie sus-orbilaire. Hippocrale a donné à cet «^lat le nom de turgescence; ellese déclare dès l'invasion de plusieurs maladies. A cette turgescence^ dont Hippocrale a fait mention-, je rapporte la division établie par le professeur Pinel; de la surcharge gastrique en embarras gastrique stomacal et en embarras gasirique intestinal^ chacun a ses symptômes particuliers qui le distinguent de l'autre. Les purgatifs ou les vomitifs sont indiqués^ suivant que la turgescence s'annonce par le haut ou par le bas.
Kippocrate, dans Taphorisme 17 de la section iv , fixe les cas où le vomitif mérite la préférence : Si cui sine febre ^ cibifas-» tidiiim, oris ventriculi morsus , tenebricosa vertigo contigerit , et os amarulentuni Jiierit , hœc necessariam esse per superiora purgationem indicant. On voit que l'on doit évacuer par le haut ^ suivant le père de la médecine^ lorsqu'il y a dégoût des alimens, amertume de la bouche, chaleur mordicante vers l'orifice de l'estomac ; vertiges avec obscurcissement de la vue par une espèce de nuage. Si à ces signes on sur-ajoute la céphalalgie sus-orbitaire, un léger sentiment de lassitude, on a Tensembie des phénomènes qui indiquent que l'estomac est le siège de cette surcharge saburraie. La durée de l'embarras stomacal est trèsvariable 3 il peut disparaître au bout de quelques jours } dans d'autres cas, faute de recourir au traitement, il peut persister pendant plusieurs mois , donner lieu à des mouvemens fébriles irréguhers, avec ou sans frisson , suivis de chaleur, mais dont les paroxysmes ne sont pas assujettis à une marche fixe. Par sa continuité;, il peut même développer une fièvre gastrique. Avant de recourir au vomitif qui dissipe ces mouvemens irréguliers ^ il faut auparavant diminuer Tirrilalion fixée vers l'épiga&tre par les boissons faites avec le citron, les oranges, les groseilles. La continuité de Tembarras gastrique intestinal peut donner lieu aux mêmes accidens.
On voit lorsqu'il faut au contraire employer les purgatifs y dans l'aphorisme 20 de la même section : Si termina adfiierint nonjehricitaati j et genuum gravitas ^ et lumborum dolor , decr^ suni piirgationt opus e»se indicant. Suivant Hippocrale, lorsqu'il ny a point de fièvre, les douleurs de colique, la pesanteur des genoux et un senlimenl de fatigue, les douleurs des lombes, indiquent le besoin des évacuans par le bas. Pour mieux fixer les cas qui réclament de préférence l'emploi des purgatifs , il est
DES âGGIDENS de Là. CUOSSESSE. 35
nécessaire d'ajouter aux signes relate's par le médecin de Cos, une douleur épigastrique et une tension incommode des hypochondres et de l'abdomen. La fe'lidité de l'haleine , la langueur des digestions , des selles de mauvaise qualité , annoncent encore la présence des saburres dans les intestins , et par conséquent le besoin des purgatifs.
Quelquefois il est utile d'employer les deux en même temps, en donnant un éméto-catharlique lorsqu'il y a des signes de turgescence par haut et par bas. L'ipécacuanha et le tartrate de potasse anlimonié agissent ^elquefois en même temps comme émétique et comme catharlique : lorsque, par ce dernier moyen, on a fait vomir sulfisammenl, il suffit^, pour provoquer les déjections alvines, d'étendre le reste dans une plus grande quanlUé de liquide. Faute d'y remédier à temps, on voit quelquefois survenir un choléra-morbus : on donne ce nom à une affection produite par l'exaspération des symptômes caractéristiques des embarras stomacal et intestinal. Odtre les vomissemens et les déjections , il se manifeste par la cardialgie , par des ardeurs , des nausées, des défaillances, par le froid des extrémités. Cet état n'est pas très-rare chez les femmes grosses très-irri labiés j il fait souvent périr les malades en vingt-quatre heures.Dans le choléra-morbus , l'irritation des organes digestifs est extrême : ce qui exige de recourir aux opiacés et aux boissons calmantes.
Le choix des purgatifs n'est pas indifférent chez les femmes grosses : ceux qui sont amers, comme la rhubarbe, ou bien les sels neutres , méritent la préférence. Comme on a presque toujours besoin, dans ce cas, de susciter des évacuations bilieuses pour entraîner celle excrétion surabondante , soit qu'elle soit la cause de l'indisposition, ou seulement l'effet , comme le veulent d^autres , on doit préférer ceux qui , agissant spécialement sur l'estomac et le duodénum, peuvent réagir sympathiquement sur le foie, en augmenter l'action à raison de la sympathie que ces deux organes ont avec lui. D'ailleurs , en augmentant la sécrétion du mucus destiné à lubrifier les parois intestinales par l'excitation douce qu'ils produisent, ils les garantissent de l'impression que pourrait faire sur elles la bile lorsqu'elle a trop d'*aclivité. On doit éviter les purgatifs résineux , les catharïiques, les drastiques , parce qu'ils pourraient produire i'avortement , toute leur action se passant sur les gros intestins. Les épreinles,
36 DES ACCîDENS DE LA Gr.OSSESSE»
les lënesmes qui ont souvent lieu vers le reclum peuvent i>e communiquer à l'ule'rus; à raison de la s^^aipathie de contiguile' de ces deux organes.
Je crois qu'il est très-important dans la pratique de distinguer deux variétés dans- Tembarras gastrique stomacal, suivant le tempe'rament des individus qui s'en trouvent affectés, dans Tune desquelles les vomitifs sont indispensables pour soulager les malades , tandis que , dans l'autre , ils ne sont pas toujours indiqués. Je donne à l'un de ces états le nom à'' embarras stomacal muq lieux j et à l'autre celui èi embarras stomacal bilieux. Tout embarras stomacal parait reconnaître pour cause l'irritation plus ou moins vive de la membrane muqueuse de l'estomac , eo mme Tadmet le professeur Pinel dans sa Nosographie.
L'embarras gastrique muqueux et stomacal s'observe chez î es individus d'un tempérament pituiteux. Il y a peu de sensibilité à l'épigastre 5 il existe des nausées sans vomissemens, ou s'ik surviennent, ils sont muqueux ou glaireux. H y a défaut d'appeut ; mais sans trouver de saveur amère dans les alimens 5 la bouche est seulement pâteuse^ l'enduit de la langue purement blanchâtre, la céphalalgie sus-orbitaire sourde, le malaise, les lassitudes peu marqués. On peut souvent se passer du vomitif dans cette variété : il ne constitue pas le traitement curatif , qui consiste dans l'emploi des toniques et des amers. La secousse qu'il produit en débarrassant l'estomac des fluides muqueux qui s'y sont accumulés pendant la durée du catarrhe de cet organe^ facilite l'action des médicamens.
Le vin , les infusions aromatiques sont indiqués , et suffisent pour dissiper cet embarras muqueux , le plus souvent symptomalique chez les femmes grosses. L'ipécacuanha , qui paraît affecter spécialement la membrane muqueuse des organes digestifs, doit être préféré dans ce cas au tartrate anlimonié de potasse (émétique).
MM. Magendie et Pelletier ont proposé de substituer l'émétine à. l'ipécacuanha en poudre. Ils ont donné ce nom au principe vomitif qu''ils ont extrait de trois espèces d'ipécacuanha. Quatre grains d'éméline suffisent pour faire vomir un adulte 5 il n'eji faut qu'un grain pour un enfant. Chez un adulte on délaie la dose dans quatre onces d'eau que l'on édulcore avec un sirop. Oa donne en trois fois à un quart d'iieure de dislance. On doiine là.
DES ACCIDENS DE LA Gr.OSSFSSE. 3/
moitié la première fois. Dans les pasliiles usiie'es oonirc la coqueluche, le catarrhe^ on met un huitième de grain d'e'me'line; après leur usage on remarque souvent un effet narcotique qui n'est pas produit par les pastilles ordinaires. Après le vomissement il survient un assoupissement profond qui dure plus ou moins long-temps. MM. Magendie et Pelletier se sont assurés par des expériences faites sur eux-mêmes ^ qu'on peut paralyser Taclion de l'émétinc; quand on le désire, par l'inlroduclion dans Teslomac d'une légère décoction de noix de galle.
L'embarras stomacal bilieux s'observe particulièrement chez les individus d'un tempérament bilieux. L'irritation de la membrane muqueuse de l'estomac est bien plus vive dans cette variété que dans la précédente. La douleur de l'épigaslre est violente. M. Récamier, médecin de FHôtel-Dieu ;, a observé que la douleur de la région épigastrique devient plus forte si l'on presse de bas en haut, tandis qu'elle reste à-peu-près la même si on agit de haut en bas ou contre la colonne vertébrale. Il existe des nausées , des vomissemens bilieux , défaut d'appétit , saveur amère de la bouche^ enduit jaunâtre de la langue, douleur susorbilaire très-vive. Le malaise ^ la lassitude et la débilité, qui sont très-considérables, sont des phénomènes évidemment sympathiques , puisque les forces reparaissent après l'action du vomitif, qui est indispensable dans cette variété. Comme on se propose dans cette circonstance d'obtenir des évacuations bilieuses, on doit employer de préférence le tarlrate anlimonié de potasse , qui paraît diriger spécialement son action sur le foie et les dépendances de ce viscère. Il produit un plus grand ébranlement que l'ipécacuanha, et agit d'une manière générale sur les forces motrices. Si les signes d'embarras gastrique persistaient ou se renouvelaient après le premier vomitif, on ne doit pas craindre d'y revenir.
Un grain de tarlrate antimonié de potasse suffit chez les femmes grosses très-irritables. On doit l'administrer dans trois verres (huit onces) d'eau dislillée^, à laquelle on peut ajouter une once de sirop d'écorce d'orange. L'eau ordinaire le décompose si elle contient du carbonate ou du sulfate de chaux : ce qui a lieu dans presque toutes les eaux. Il se décompose même dans l'eau distillée si on l'y tient en dissolution pendant plusieurs heures.
Si les digestions élaient de'rangées avant la conception^ si la perte d'appétit subsiste depuis long-temps , elle dépend de la faiblesse de cet organe. Dans ce cas la femme est tourmentée par les vents; elle sent un poids qui devient plus incommode après le repas. Aussitôt après la conception, l'action vitale étant augmentée vers la matrice, il n'est pas surprenant qu'elle soit diminuée vers d'autres organes , car l'action d'une partie ne peut être augmentée qu'eaux dépens de celle d'une autre. Dans cette circonstance on doit ordonner les toniques, les amers, quelques cuillerées de vin d'Alicanle ou de Malaga , les vins de quina, de gentiane, de petite centaurée, etc. M. Barthez s'est efforcé de rappeler dans la pratique les embrocalions aromatiques sur la région de l'estomac , dont les anciens faisaient un si grand usage. Il regarde ces applications topiques comme trës-uliles lorsque cet organe est affaibli.
Du Pica ou Malacia.
Le pica n'étant qu'une variété de l'affection précédente , ne devrait pas en être séparé dans un cadre nosologique. Je crois cependant qu'il est important de eonsacrer un article particulier à cette dépravation de l'appétit ^ qui fait que les femmes grosses , les filles elilorotiques désirent les choses les plus absurdes, les plus bizarres, et même les plus dégoûtantes, comme les excréraens de certains animaux , ou les fluides que fournissent les égouls des latrines. Plusieurs ont des appétits très-vifs pour les acides j d'autres pour les terres calcaires , la craie, le plâtre , le charbon, etc. Quelques exemples suffiront pour donner une idée du désordre que la grossesse peut occasioner dans les goûts de la femme. Sauvages a connu une femme qui , lorsqu'elle était en-ceinte, ne se nourrissait que de pain bis le plus noir qu'elle pouvait trouver, Roderic à Castro parle d'une femme qui désira si ardemment manger un peu de Tépaule d'un boulanger , que son mari crut , pour sauver sa femme , devoir prier cet individu de permettre à sa femme de lui mordre l'épaule. Le boulanger y consentit, et eut le courage de souffrir qu'elle lui fit deux morsures. Le médecin doit ce[:>endant savoir que lorsqti'on pousse la complaisance trop loin, il est quelques femmes qui en abusent et qui simulent ces désirs violens.Tulpius rapporlequ'unefemm« mangea impunément quatorze cents harengs salés pendant sa grossesse»
DES \CG[DEiVS DR LA onoS.-sE.SSE. 3c)
Je reunis sous le ineine lilre le pica et le mnlacia , ou envies des feiniues grosses ou des filles chloroliques. Pline s'esl servi de celte dernière expression pour désigner les envies des femmes grosses. Cependant des auteurs ont établi une distinction inutile à retenir dans la pralitiue enlre le pica et le malacia , en ce que dans le pica l'appétit se porterait vers des objets qui ne contiennent pas de principes nutritifs^ tandis que dans le malacia le désir se porte vers des objets dont on n'use pas communément comme alimens, mais qui cependant, quoique bizarreS; peuvent nourrir jusqu'à un certain point.
Le mot pica des Latins, qui répond au nom de Toiseau connu chez nous sous le nom àepie , a été adopté pour désigner la bizarrerie des appétits dépravés que l'on observe chez les femmes grosses ou chez les filles chlorotiques , à raison de l'analogie que l'on a cru trouver enlre eux et la bigarrure du plumage de cet oiseau, ou l'inconstance qui le porte à voltigera chaque instant d'une branche à l'autre de l'arbre sur lequel il est perché. Les Grecs, par l'expression de paXa/ia, qui signifie mollesse ^ reldchemenly ont voulu désigner plus spécialement cette disposition dans laquelle l'estomac des femmes grosses, naturellement affadi ou paresseux, est sujet à produire des renvois après le repas, parce qu'il digère mal , ou à expulser, le matin à jeun , beaucoup de nia= tières glaireuses.
La grossesse et la chlorose ne sont pas les seuls états ou l'on observe les affections connues sous les noms àe pica ^ de malacia . elles peuvent attaquer des personnes en apparence très-bien portantes. On n'a point encore expliqué d'ime manière satisfaisante les antipathies particulières de l'estomac pour certaines sub stances, ou les appétits bizarres qu'il éprouve pour d'autres, et dont la grossesse, la chlorose et quelques autres maladies nous offrent de temps en temps des exemples dans l'exercice de la médecine. Le désir ou l'aversion qu'un aliment ou toute autre substance inusitée comme aliment, inspireaux femmes grosses ou aux filles chloroliques , ne trouve pas , comme dans l'ordre naturel j srt source dans la manière agréable ou désagréable dont l'organe du goût est affecté, pui-sque , le plus souvent , elles n'ont pas goûlé du mets qu'elles rebutent ou appellent. Un aliment pouvant être rejeté ou recherché par elles, quoiqu'il n'ait encore jamais agi in.» médiaLement sur l'organe du §oûl, il est évident que l'on ne peut
pas iou jours faire dépendre l'aversion que l'eslomac lénioigne pour certains mets d'un défaut d'analogie entre celte substance et sa sensibilité naturelle. Le plus souvent même leur odorat n'a pu être flatté agréablement ou désagréablementpar cette substance. Ce n'est même pas lesouvenir d'une sensation déjà éprouvée^ parce qu'elles peuvent n'avoir jamais usé decettesubstance.Lasimple vucy et même la simple idée d'un aliment ou d'un autre objet inusité comme aliment;, doîil elles n'ont jamais goûté et que leur imagination seule leur représente^ suffit pour exciter dans les organes du goût tous les mouveraens qu'y produirait leur application immédiate.
L'estomac est le siège du pica. La grossesse; la chlorose dé-? veloppent dans cet organe un mode particulier d'excitabilité qui change Tordre de ses fonctions, et particulièrement le sentiment du goût; qui est une espèce de tact qui est propre à cet organe ^ et au moyen duquel il juge des qualités des alimens. On a vu dans quelques cas les sucs gastriques acquérir une leJle acrimonie ^ que les tuniques de l'estomac en étaient enflammées, corrodée^ et même perforées. L'autopsie cadavérique en présente plusieurs exemples qui ont causé la mort subitement.
Quelquefois ces désirs exclusifs que les malades îémoigneoî pour des alimens ou des boissons particulières; doivent être considérés comme un instinct naturel qui peut contribuer à leur guérison en les satisfaisant. Il existe plusieurs exemples de guérisons opérées en contentant le penchant irrésistible que Ton sentait pour certains alimens. L'appétit n'étant pas toujours l'indice d'un besoin naturel; surtout chez les femmes grosses, il importerait beaucoup de connaître les cas où l'on doit le satisfaire; parce qu'il en résulterait un bien pour TéconomiC; pour laquelle l'objet appété peut devenir un véritable besoin ;, en même temps qu'il serait une source de plaisirs, de ceux où le plaisir que l'on se promet de Fobjet désiré serait en opposition avec le véritable besoin; et pourrait nuire à la santé. On doit donc faire une distinction entre l'appétit et la faim^ souvent employés pour désigner la même chose.
Toutes les fois que ces goûts décidés des malades portent sue des choses simples; il me paraît raisonnable de les regarder comme un avertissement de la nature ; qui indique le régime qui leur est le plus convenable. J'ai déjà remarqué précédemment que si Von s'obstinait à faire user des alimens les plus sains ; l'état des femmes
«Hait ordinairement en empirant : on cite même des observai ior.s de femmes qui ont pris^ sans aucun inconvénient, des substances qui^ dans toute autre circonstance, auraient été très-nuisibles^ et qui ont paru les affecter d'une manière agréable, à raison du dérangement que Festomac et les sucs gastriques avaient éprouxé par l'état de grossesse. Il en est qui ont avalé impunément jusqu'à une livre de poivre, degingembre: ces substances ont été digére'es aussi parfaitement que les alimenslespliis légers et les plus salubres, Lepica,qui attaque de préférence les femmes enceintes pendant ^les premiers mois de la grossesse, ou les jeunes filles qui ne sont pas réglées ou qui le sont mal, est regardé par la plupart des auteurs comme une affection sympathique déterminée par les lésions qu'a éprouvées Tutérus. Je crois que le pica , dans la chlorose, ne dépend pas de l'état de l'utérus, et qu'il est idiopathique. C'est letat d'atonie du système général et celui de l'estomac qui donnent lieu à la chlorose etau défaut de menstruation^ au contraire^ dans le pica des femmes grosses c'est moins le goût dépravé que Ton doit se proposer de traiter que la maladie qu'il accompagne, Gula lésion de l'utérus qui le détermine. Cette bizarrerie dans les appétits des femmes enceintes commence assez souvent dès les pre^ niiers jours de la grossesse 5 elle ne peut pas par conséquent être .attribuée constamment à l'abondance du sang produite par la suppression des règles , comme le soutiennent Roderic à Castro et Mauriceau : elle doit alors être classée parmi les névroses de la digestion. Quoique Pioderic à Castro dise qu'elle arrive plus fréquemment chez les femmes d'un tempérament robuste, ce qu'il regarde comme favorable à l'opinion de la pléthore , on observe au contraire que c'est chez les femmes qui sont pâles , dans un état de langueur, dont la physionomie est décomposée, les yeux caves et cernés , que l'on rencontre cette dépravation de l'appétit : les filles ehlorotiques , qui sont toujours cachectiques, y sont Irès^ sujettes : il existe aussi le plus souvent une expuilion fréquente ^ des cardialgies.
Ce goût dépravé diminue à mesure que la grossesse avance , Comme cela arrive dans toutes les autres affections produites par le trouble universel qui survient dans tout le système nerveux au moment où la conception s'opère dans la matrice. Il subsiste rarieraent au-delà du quatrième mois de la gestation 3 s'il s'est prolongé pendant toute sa durée , il s'évanouit toujours à l'époque de
l'accoueheiiienl.Dans lepica qui reconnaît ponr cause l"ëréthisnre qui a lieu vers Pulërus, on doit conseiller les anli-spasmodiques, les bains, les fomentations e'inollientes. Les préparations de quina avec un oxide de fer sont le moyen le plus efficace pour confirmer la cure, que l'on obtiendrait rarement par les premiers moyens^ si on les employait seuls.
On ne peut accuser la pléthore d'être la cause du pica qu'autant que la femme est robuste^ son pouls plein ^ fort^ je crois que^ même dans ce cas , il dépend beaucoup plus du surcroît de vitalité que reçoit l'utérus pendant la gestation que de la pléthore ; et si la saignée peut contribuer à réformer le goût , c'est qu^en modérant l'exaltation des propriétés vitales de l'utérus, elle modifie également la sensibilité de l'estomac et des intestins ; qui n'est augmentée que syrapathiquement.
Si la bouche est amère , la langue chargée , on doit employer Ifis évacuans , soit purgatifs , soit émétiques , suivant rindica^tion. Les deux aphorismes d'Hippocrale que j'ai cités en traitant de l'inappétence , serviront égaleme;it à fixer l'emploi de l'un de ces moyens préférableraent à l'autre , ou à indiquer le besoin de les réunir dans un éméto-cathartique. Pour rétablir les digestions , on peut conseiller l'usage des eaux minérales.
Quelquefois la nature elle-même indique le traitement par la qualité des substances sur lesquelles porte l'appétit : le désir de manger de la craie, du plâtre , suppose des acides que l'on cherche à dissiper par l'usage des absorbans. Si dans cette complication on doit commencer la cure par ces substances , on doit la terminer par les toniques. Il est rare que les absorbans suffisent pour la guérison.* Quelquefois cependant les absorbans, en détruisant la cause , font disparaître la maladie. Si on emploie la magnésie , le muriate calcaire, ces substances s'unissent avec les acides, et forment des sels neutres qui purgent la femme.
Les femmes attaquées de pica rendent assez souvent des glaires en assez grande quantité, ce qui prouve que, dans ce cas, la membrane muqueuse de l'estomac est le siège de la maladie. Si le vomissement survient assez souvent , c'est que , comme l'a fort bien remarqué Bichat, l'aUération d'un seul des tissus d'un organe suffit pour troubler les fondions de tous les autres, quoiqu'il soit seul la source primitive du mal. La collection ,
dans l'inlérleur de reslomac , de sucs en plus ou moins grande quanlilë, auxquels le vulgaire donne le nom de glaires , suppose toujours un e'tat de faiblesse de l'organe digestif : c'est un vrai catarrhe chronique de l'eslomac. On doit employer les amers , comme la rhubarbe en poudre , ou deux ou trois verres, dans la matinée , d'une eau de rhubarbe à la dose d'un gros par pinte. Les infusions de mélisse, de petite sauge, de lierre terrestre, dont on prend deux ou trois verres par jour, sont aussi trèsconvenables. On peut ajouter à chaque verre une cuillerée à café d'oximel scillitique. Daubanton , qui a trailé de celte indisposition chez les vieillards , a conseillé quelques grains d'ipécacuanha comme résolutif. L'ipécacuanha n'est utile que par la propriété qu'il a d'exciter la force contractile de l'estomac. On peut donner deux ou trois pastilles d'ipécacuanha par jour. On peut, comme on le pratique pour la rhubarbe^ faire prendre tous les jours Tipécacuanha à petite dose dans une cuillerée de soupe.
Le professeur Peyrilhe conseillait, contre les glaires , trois ou quatre grains de résine de jalap avec six grains d'alcali fixe (po-^ tasse). Il sufl&t ordinairement de faire usage de celte préparalion pendant dix jours. Par-dessus on fera boire une infusion théiforme de petite sauge. On a aussi employé avec succès , contre cette affection , des bols faits avec la rhubarbe en poudre el le savon médicinal, quatre grains de chaque substance incorporés dans l'extrait de genièvre : on en fait prendre quatre tous les matins. On donne aussi avec avantage le sirop d'ipécacuaniia uni à l'eau de menthe.
Les vins spiritueux , que l'on emploie si communément dans le goût dépravé , ne peuvent convenir qu'aux femmes dont l'estomac est paresseux : ils seraient nuisibles dans les cas les plus: ordinaires de pica, qui dépendent d'une irritation sympathique. Dans les cas mêmes où l'estomac est faible, les amers sont plus convenables pour le fortifier , parce qu'ils causent moins de chaleur.
Des Nausées et d^^ Vomissemens .
On entend par nausée un effort infructueux pour vomir. G est le premier degré du vomissement. Ces accidens commencent quelquefois dès les premiers jours de la conception, et aver-
tissent la femme qu'elle est grosse. Le mëdecin est plus réservé pour prononcer sur la grossesse d'après ce signe seul , parce qu'il sait que des filles et des femmes qui ne sont pas bien réglées éprouvent ces accidens sans être enceintes. Le vomissement, comme les affections précédentes , appartient spécialement à la classe des incommodités qui surviennent dans les premiers mois de la grossesse ^ quoiqu'on l'observe dans les différens temps de la gestation. L'époque où cet accident se manifeste n'est pas constante. Si quelques femmes éprouvent des vomissemens dès les premiers jours de la conception ^ chez le plus grand nombre ils n'ont lieu qu'au bout de quinze jours , trois semaines ^ et quelquefois même plus tard. Il est des femmes qui ne vomissent que le matin à jeun ; et qui se portent bien le reste de la journée. D'autres , au contraire , n'y sont sujettes qu'après le repas. Il est plus fâcheux dans cette circonstance ^ parce que les alimens étant rejetés immédiatement après avoir été pris^ la femme peut tomber dans le marasme , faute d'en conserver assez pour se nourrir. Le vomissement qui se renouvelle plusieurs fois avec violence^ pendant toute la journée ^ est très-dangereux , et expose la femme à l'avortement. On voit cependant tous les jours des femmes accoucher au terme naturel d'enfans bien portans , quoiqu'elles aient été sujettes à des vomissemens fréquens qui ont persisté pendant toute la grossesse.
Les causes qui produisent le vomissement sont différentes ^ suivant les différens temps de la grossesse. Elles agissent souvent d'une manière opposée. Il peut être excité par une irritation vive ou par un état de malaise. C'est de cette dernière manière qu'agissent la vapeur du charbon ^ le roulis d'un vaisseau , le balancement d'une voiture. Tant qu^on n'est pas parvenu à reconnaître la cause qui produit le vomissement ^ on ordonne au hasard ^ et on s'expose à nuire à la femme. A quelque époque que survienne le vomissement , et quelle qu'en soit la cause ; il peut être grave ou léger , essentiel ou symptomatique. On appelle vomissement essentiel celui qui trouve sa source dans un dérangement primitif de l'estomac 5 symptomatique y celui qui dépend de l'affection d'une autre partie ^ mais spécialement de la matrice chez les femmes grosses.
Comme Ta très-bien remarqué M. Bouvenot dans sa Dissertalion sur le Vomissement ; il est des affections qui ^ quoique éiran-
gères au système gastrique ; le troublent cependant par une influence sympathique , intervertissent ses fonctions , et se compliquent ou s'accompagnent souvent du vomissement.
Connne l'a dit Bichat , dans les Conside'ralions géne'rales qui sont à la tête de son Anatomie : « Combien les maladies seraient » faciles à étudier si elles étaient dépourvues de tout accident » sympathique ! Mais qui ne sait pas que souvent ceux-ci pré- » dominent sur ceux qui tiennent immédiatement à la lésion de » l'organe malade? »
Comme je considère comme sympathique la plupart des affections qui tourmentent les femmes dans les commencemens de la grossesse , il n'est pas inutile d'indiquer quelle est l'idée que les médecins modernes attachent à cette expression. On entend par sympathie une excitation des propriétés de la vie dans un organe qui ne paraît avoir aucune communication directe avec celui qui est affecté. Ce mot sert à exprimer des phénomènes bien observés , mais dont l'essence et la manière dont ils sont produits nous sont inconnues. Quelques auteurs ont cru que l'on pouvait rendre compte de la sympathie qui existe entre l'estomac et l'utérus au moyen des rameaux de la paire vague qui lient ces deux organes.
Le vomissement qui survient dans les premiers temps de la grossesse est un phénomène sympathique et spasmodique qui dépend des changemens qui se sont opérés dans la matrice ^ et qui se font ressentir sympathiquement à l'estomac. Ce vomissement sympathique porte son influence sur les seules fibres charnues de l'estomac. Si l'influence sympathique portait sur la membrane muqueuse , il y aurait sécrétion augmentée. Cette sympathie de la matrice avec Testomac est si manifeste , que l'on a vu l'action seule du coït causer le vomissement chez quelques femmes , quoiqu'elles n'eussent pas conçu. L'approche des règles qui coulaient avec douleur et irritation a suffi pour produire des vomissemens violens «hez des filles qui n'usaient pas du coït. Cette affection du genre nerveux , admise comme cause éloignée du vomissement , ainsi que des autres accidens qui tourmentent les femmes dans les premiers mois de la grossesse , est conforme aux phénomènes que présente alors la nature. Peut -on méconnaître une aftection spasmodique ;, lorsque l'on voit une femme qui jouissait de la meilleure santé avant la conception , éprouver des vomissemens dès les premiers jours ; dajis quelques cas;^ au sortir
^6 DES ACCIDENS DE LA Gr.OSST;SSE.
des bras de son mari? On ne peut pas soupçonner qu'ils soienl produits par la présence de matières étrangères contenues dans Fesloniac , dont aucun signe d'ailleurs n'annonce l'existence.
Il est évident que Tutérus est le siège primitif de cette affection lorsqu'elle se manifeste dans les commencemens. Mais quel genre de lésion éprouve cet organe? Doil-on accuser la pléthore qui y survient à l'occasion de la suppression des règles ^ ou bien sa distension ? La pléthore et la distension de la matrice n'ont pas lieu dans les premiers momens de la conception ^ car souvent les menstrues n'auraient pas encore paru, lors même que la matcice serait encore dans l'état de vacuité. L'irritabilité qui s'établit vers cet organe en est la véritable cause.
Quelques phénomènes semblent cependant favoriser l'opinion de ceux qui attribuent à la suppression des règles les incommodités qu'éprouvent le plus souvent les femmes grosses. Les animaux qui ne sont pas sujets à cette évacuation , les femmes qui continuent d'être réglées pendant leur grossesse ne sont tourmentés ni par les vomissemens, ni par les dégoûts et autres affections spasmodiques de tous genres. Les femmes sanguines qui ont des menstrues abondantes en sont, dit-on, incommodées plus vivement que les femmes pituiteuses , très-grasses, dont l'écoulem.ent est peu abondant. On connaît des exemples de femmes qui ont été réglées pendant toute leur grossesse^ et qui ont été tourmentées de vomissemens pendant toute sa durée. J'ai vu aussi souvent les femmes pituiteuses éprouver des vomissemens que celles d^un tempérament opposé. J'ai cru observer qu'ils attaquaient plus spécialement celles dont la constitution est irritable. L'écoulement des règles quoiqu'il existe grossesse semble indiquer que la conception n'a pas été accompagnée d'un trouble universel et d'un mouvement extraordinaire vers la matrice, qui ait pu se communiquer sympathiquement à l'estomac ou à d^aulres organes, et en pervertir les fonctions, tantôt en augmentant, tantôt en diminuant leur sensibilité. Cette affection sympathique et spasmodique de l'estomac produit des effets différens suivant les dispositions de la femme et sa sensibilité, qui peut être plus grande dans un temps que dans un autre.
L'étiologie que je viens de proposer sur le vomissement qui survient dans les premiers temps de la grossesse suppose deux choses: ia première qu'il peut exister lésion dans un organe parce que
DES ACCIBENS DE LA GROSSESSE. i^j
les fondions d'un aulre sont troublées ) la seconde , que celte îiiïeclion symptomalique peut quelquefois augmenter la sensibilité, et d\iutres foisla diminuer. i°. Celle sympathie d'affections entre divers organes n'a rien qui puisse surprendre aujourd'hui le médecin. M. Bouvenot, dans sa Dissertation , a fait voir que le vomissement est le plus souvent symptomalique. M. Barihez a prouvé; dans son Traité de la Science de Thomme , que les diverses parties du corps vivant se prélent un secours muluei dans Texercice de leurs fonctions , et que l'irritation exercée sur un organe excite l'action de l'autre.
2^.11 ne doit pas non plus paraître extraordinaire que j'admette que tantôt le mouvement communiqué à l'estomac lui enlève sa sensibiiilé, et qu'il Taugmente d'autres fois. Si la sensibiJilé est diminuée, l'inappétence survient 3 si au contraire elle est augmentée; l'estomac ; affecté douloureusement par lesalimens; fait effort pour s'en débarrasser. On voit tous les jours la même cause produire des effets opposés, suivant la disposition où se trouvent les sujets sur lesquels elle agit. Si l'on pratique une saignée chez deux femmes grosses, elle produit quelquefois chez l'une une syncope et chez l'autre une convulsion. Il en est de même de la frayeur 5 et pour tirer mes preuves de l'affection même qui nous occupe, une femme vomil dans une grossesse, ce qui n'a pas lieu dans la suivante, parce que la matrice est affectée différemment; ou parce que l'estomac est moins disposé à en éprouver des irfluences sympathiques.
Ce vomissement finit ordinairement de lui-même vers le quatrième mois : quoiqu'il soit plus particulièrement affecté aux premiers mois de la grossesse , il peut cependant se continuer audelà. S'il est léger , il ne demande que le régime, u\\ exercice modéré et de bons alimens en petite quantité : on doit choisir ceux qui sont propres à réveiller l'appélit. L^estomac, en général, paraît mieux s'accommoder des alimens assaisonnés avec le jus de citron ; d'orange. Les bains, les fomentations émollienles sur le bas-ventre , les lavemens , sont utiles pour calmer l'irrilaîion des nerfs. Quoiqu'Antoine Petit prétende que les anti-spasmodiques augmentent le mal, j'ai cependant vu des effets avantageux de 1 usage de pilules composées de six grains d'assa-fœtida , deux de eamplire , et de six grains de nitrate de potasse , dans des vomisscmens nerveux et habituels. Les anti-spasmodiques les plus
48 ftES ACCIDElSrS DE LA ûnOSSESSÈ.
péiiétrahs ne peu venl-ils pas agir sur l'estomac et changer la direction de ses mouvemens ? Je pense au contraire que^ dans le cas où la sàigne'e peut être utile pour calmer l'irritation de Putérus, ou pour remédier à la ple'thore ^ les anli-spasmodiques sont en-^ core utiles pour dissiper le spasme qui existe toujours au moment de la conception , lors même qu'il ne serait pas la cause unique du vomissement. Dans les vomissemens des premiers mois de la grossesse ; Dehaen a conseillé l'eau de menthe et le sirop associés au suc de limon et aux gouttes d'Hoffmann , qu'il faisait prendre d'heure en heure par cuillerée , lorsque Téstomac était faible. M. Chrestien conseille d'y ajouter tantôt la racine àe Colombo ; à la dose de dix grains , tantôt le carbonate de potasse et la magnésie. La racine de colombo répétée plusieurs fois par jour ; selon l'intensité des accidens ^ est un puissant anti-émé^ tique.
La saignée est souvent le moyen le plus sâr pour arrêter le vomissement. On doit y recourir toutes les fois qu'il est continuel et violent. On doit la regarder comme nécessaire si la femme est naturellement sanguine , et si ïe vomissement n'arrive que vers le troisième ou quatrième mois. Si une femme dont les évacuations sont très-abondantes avait conçu au moment où elle c^e.ait être réglée^ la saignée serait très-convenable pour modérer les vomissemens dont elle serait tourmentée y quelque rapproché que fût le temps de l'imprégnation. Les observations de Roderic à Castro ; de Mauriceau , Lamotte ;, Smellie , Puzos, prouvent qu'elle est souvent employée avec avantage dans cette circonsîance. Des observations reeuillies par M. Lorenlz^ enlevé depuis peu de temps à ia médecine militaire ^ apprennent qu'il avait calmé chez plusieurs femmes^ dans l'état ou hors Tétat de grossesse ;, des vomissemens rebelles par l'application des sangsues sur la région de l'estomac. Cette saignée locale convient plus spécialement lorsqu'il existe une inflammation sourde^ toujours très-difiicile à reconnaître ; parce que les signes propres à la gas-îritc manquent presque toujours ou sont très-obscurs.
Mauriceau donne l'histoire d'une dame qui avait déjà éproirvé un avortement pour des vomissemens continuels ^ et qui était sur le point de voir cet accident se renouveler une seconde fois par la même cause lorsqu'il fut consulté , si on ne réunissait pas promptement à les modérer. îl conseilk la saignée^ à -laquelle
DES A^.CtT)ElSS DE LA Gr.OS.SESSK. /^fj
la dame se réfugia d'abord , d'aulaiU plus que les médecins cou-» sultans n'élaieht pas de cet avis. Divers moyens ayant éie le nle's inutilement , la dame se décida enfin à suivre le conseil de Mauriceau , qu'elle avait rejeté la première fois , parce qu'elle ne trouvait pas que son âge correspondit à sa réputation. Là saignée produisit- tout l'effet qu'il en attendait , et le succès qu^il en obtint lit voir qu'il avait eu raison de la regarder comme le seul moyen qui pût conserver la grossesse en modérant la violence des vomisseniens.
SI la femme présente des signes de saburre dans les premières voies, comme langue chargée; amertume de la bouche, mal de tête, les évacuans, soit vomitifs > soit purgatifs, sont indiqués j, car le vomissement produit par la gestation ne les exige pas par lui-même. Le cas de complication gastrique est le seul où l'aphorisme d'Hippocrate, volnitus vomitu curatur , puisse souffrir une application : dans les autres espèces son usage pourrait avoir des suites funestes. Ce genre d'indisposition est un de ceu:ê eu il faut apporter plus de précautions dans l'emploi du vomitif, et n'y recourir que dans le cas de nécessité absolue à cause des la susceptibilité de l'estomac. On doit alors préférer l'ipécaeuanha. qui excite moins. L'action de ce remède est plus instantanée, le spasnie qui l'accompagne se dissipe bien plus promptement que celui qui est la suite de l'action du tartrate antimonié dé potasse ( tartre stibié).
Il survient quelquefois, vers îe septième mois, un vomissement aux f^mes qui portent leur enfant fort haut : il dépend de la compression qu^éprouve Festomac de la part de la matrice : il ne cesse communément qu'après les couches. La guérison radicale est impossible, puisqu^on ne peut pas faire cesser la compression mécanique qui en est la causé. La pression modérée sur l'abdomen^ conseillée par Smellie pour s'opposer à l'éléva- Iton de la malriee , et pour prévenir les vomissemens qui surviennent dans les derniers temps dé la grossesse, me paraît présenter des inconvéniens graves chez une femme enceinte , qui est exposée à avorter lorsqu'elle serre trop ses vétemêns pour conserver l'élég^anee de sa taille, ou pour cacher sa grossesse.
Dans tous les cas de vomissement, le régime doit faire une partie essentielle du traitement. Les femmes doivent manger pei» et souvent , prendre de Texercice , aller respirer l'air de la
bo BES ACCIDENS DE LA GROSSESSE. ^,
campagne. Il en est quelques-unes qui avaient élé sujelles à des i vomissemens dans toutes leurs grossesses ^ et qui en ayant été ; délivrées en allant passer les premiers mois à la campagne , les éprouvaient de nouveau dès qu'elles revenaient à lar ville. ' Pendant leur séjour^ on peut leur faire prendre des eaux ferru- \ gineuses, telles que celles de Vichi^ que Ton coupe avec du ■ lait.
Les substances aromatiques, les infusions amères; que Ton | emploie si communément dans les vomissemens des femmes grosses, sont rarement indiquées^ elles ne peuvent être utiles que chez celles dont Teslomac serait faible et languissant : mais ; le vomissement n'arrive pour l'ordinaire qu^aux femmes nerveuses ou sanguines. On a donc plus souvent besoin de la saignée, ! des tempérans, des anti-spasmodiques, que des amers et des aro- ^ m a tiques. i
De la Diarrhée. '
La sensibilité des intestins augmentée sympalhiquement par j l'état de grossesse , occasione une fluxion sur ces organes et donne lieu à la diarrhée , qui n'est autre chose qu'un cal&rrhe , \ un coryza des intestins. En effet; le dévoiement est le produit de : Firrilation delà membrane muqueuse des intestins , elle est plus i ou moins vive : lorsqu'elle est portée au point de produire la J lièvre ; elle constitue la dysenterie. Ces deux maladies ont le même siège (la membrane muqueuse des intestins ); et elles ne diffèrent que par le degré de Tirrilalion. . ;
Des saburres qui séjournent dans le canal intestinal peuvent j Firriter et y occasioner un afflux d'humeurs. La faiblesse de l'eslomac et des intestins, qui a été quelquefois occasionée par les ! vomissemens qui ont précédé, par des chagrins et autres affec- \ tions tristes, peut être la cause de la diarrhée. Elle est toujours | dangereuse alors , parce que l'affaiblissement de ces organes prive \ les parties des fluides nécessaires à leur réparation. Les femmes qui ont des dévoiemens de cette espèce accouchent ordinairement j d'enlans très-faibles.
de ventre est considérable et qu^il continue long- !
la femme à avorter. Mulieri utero gerenti ^ al- \
'ojluat y aboriionis periculutn. (Aphorisme 33,
ident est encore j)lus à craindre si, à l'opiniâ-
DES ACCIDENS DE LA GROSSESSE. 5l
treté du dévoicment^ se joignent des coliques , des épreinles, des ténesmes , qui peuvent exciter des contractions dans les muscles abdominaux et dans la matrice. Mulitriin utero hahenti , teiiesmus supeiveniens ahortumfacit. La présence du sang dans les selles , des épreintes vives ne suffisent pas pour conside'rer le flux de ventre comme dysentérique : le simple dévoiement peut présenter des déjections sanguinolentes , tandis que quelquefois il n'existe point de sang dans la vraie dysenterie. Si le plus souvent^ dans la dysenterie, les déjections sont sanguinolentes, la présence du sang n'est cependant pas nécessaire pour constituer la dysenterie, comme le prétendent avec raison StoU et Cullen. Leurs vrais caractères dislinclifs consistent , i®. en ce que dans la dysenterie les malades ne rendent pas de véritables excrémens quoique les déjections soient fréquentes , mais seulement une petite quantité de matières muqueuses 5 ou s'ils rendent quelquefois des excrémens, ils sortent sous forme de boules durcies 5 tandis que dans la diarrhée, il y a une évacuation abondante de matières excrémenlitielles plus ou moins liquides. 2°. Dans la dysenterie, il y a toujours fièvre, tandis qu'il n'y en a point dans la diarrhée.
J'ai dit que le dévoiement des femmes grosses pouvait être dû à trois causes différentes. Il est essentiel de distinguer avec précision les signes qui caractérisent chacune d'elles. Le dévoiement des premiers temps de la grossesse , comme le vomissement, doit être regardé comme une affection spasmodique produite par l'irritation sympathique des intestins : celle espèce est caractérisée par l'absence des signes de la diarrhée saburrale. Malgré des évacuations plus ou moins fréquentes, la bouche, la langue, Fappétit, le goût pour les alimens se conservent presque dans l'état naturel. La tète est plus libre, les évacuations sont plus séreuses dans la diarrhée qui dépend de l^irritation des intestins, que dans celle qui est saburrale. Si ce dévoiement est léger, il n'exige aucun remède^ il ne dérange le plus souvent ni Fappétit ni le sommeil; il se termine de lui-même au troisième mois. Si l'on conseille quelques médicamens , comme les stomachiques, c'est plutôt pour satisfaire l'imagination de la femme, que parce qu'on les croit utiles pour fortifier les voies digestives. Les lavemens émolliens et narcotiques sont nécessaires lorsque les douleurs sont assez vives pour faire craindre rinflammation :
52 DES ACCIDENS DE LA CnOSSESSE.
quelques auteurs recommanclent i'appli cation des sangsues à l'anus.
^^Le devoiement qui arrive vers le troisième mois reconnaît d'ordinaire pour cause un amas de saburres dans les premières voies. liCS signes caraclérisliques de la diarrhée saburrale sont le dé<îOÛt pour les alimenS; la perte de l'appe'tit\, le mauvais état de la "bouclie et de la langue^ la di^culté de la digestion j, l'embarras de la télCj la sensibilité de la région épigastrique. Cette espèce exi^e les vomitifs ; on doit insister ensuite sur l'exercice et sur ini régime convenable ; les potages avec le riz^ la semoule ^ le vermicelle; le salep me paraissent préférables aux viandes rôties, que conseille Antoine Petit ^ pour lesquelles les femmes ont assez souvent de la répugnance dans les diarrhées de cette espèce : le régime végétal doit^ au contraire ^ être conseillé. Les substances qu'il proscrit, loin d'être nuisibles et de former , comme il le pense, une colle qui entretienne le dévoiement, me paraissent au contraire très-convenables : elles contiennent beaucoup de matière nutritive sous un petit volume, et sont très-faciles à digérer. La propriété dont elles jouissent de ne fournir presque pas de matières excrémentilielles lorsque l'estomac fait bien ses fonc- lions ; est si tranchée ; qu'on leur a attribué pendant long-temps la faculté de resserrer le ventre. Si elles produisent un effet qui paraît resserrant, ce n'est pas en agissant à la manière des astringens , des aromatiques , des toniques. Les selles sont diminuées, parce qu'en usant de ces substances , qui sont presqu'entièrement nutritives, il reste très-peu d'excrémens.
Si le dévoiement est accompagné de coliques , on doit employer pour boisson une solution de goranie arabique, une eau de riz , ou une autre boisson semblable , tirée de la classe des adoucissans. Lorsqu'il n'y aura plus de douleur, on donnera avec avantage une décoction de racine de patience sauvage, ou bien une infusion de camomille. On peut aussi faire prendre une eau de rhubarbe légère (un gros par pinte), une eau minérale dont on prescrit deux ou trois verres dans la matinée. Un gros de diascordium , donné le soir , est utile pour dissiper le spasme qui accompagne les diarrhées^ mais on doit s'en abstenir dans les commencemens. Les légers narcotiques, les astringens, ne doivent être employés pour modérer ces diarrhées que lorsqu'elles sont anciennes et opiniiUres. Dans les commencemens, les lave-
DES ACClDî£NS DE LA GHOSSESSE. 53
mens adoucissans sont miles coin me dans l'espèce prccedcnlej ils cahneiiL eu enlraînant les matières qui irrileni les inlestins. Lorsqu'elle est ancienne; il faut se servir de lavenid^.is avec le ' quinquina ou autres toniques auxquels on peut ajouter vingt-cinq à trente gouttes de laudanum liquide.
On ne doit employer qu'avec beaucoup de réserve les purgatifs que plusieurs aulem's ont conseillés de substituer aux vomitifs. Un usage fréquent de ces moyens entretiendrait au contraire le dévoiement; parce qu'il favoriserait la formation de nouvelles saburres, en débilitant l'estomac. Si la présence de matières qui n'ont pas pu être expulsées par les vomitifs les rend nécessaires ; on doit préférer les amers. Les premières voies débarrassées, il faut insister sur les stomachiques. On donne les bouillons ; les apozèmes amers ; les eaux minérales. Si la diarrhée est très-fétide; et paraît prendre un caractère de putridité, elle doit porter à craindre; lorsqu'elle s'annonce avant les couches ; qu'il ne survienne après la délivrance une fièvre du genre des adynaniiques. On doit faire usage du quinquina acidulé. Les boissons toniques doivent être édulcocees avec le sirop de limon ; de groseillc; de vinaigre; etc.
S'il existe des acides dans les premières voies, ce qui est assez fréquent lorsque les digestions sont dérangées ; on donnera d'abord les absorbans ; tels que la magnésie seule ou combinée avec la rhubarbe. Après avoir dissipé les aigreurs ; on doit s'occuper de fortifier le canal intestinal par les moyens indiqués précédemment.
Dans le cas de faiblesse des intestins; la diarrhée est quelquefois lientérique. Dans cette all'ection , les malades rendent les alimens sans qu'ils aient presque éprouvé d'altération. Les toniques ; les eaux ferrugineuses ; les vins médicinaux où l'on a fait infuser l'absinthe , la petite centaurée, la gentiane sont les moyens curatifs indiqués. Les analeptiques ; qui sont des alimens médicamenteux; sont surtout très-propres à remplir les vues curatives qui se présentent dans celte circonstance.
Des Coliques,
Les femmes grosses éprouvent souvent des douleurs dans la région de Fabdomen. Leur siège, qui est le plus ordinairement
54 DES ACeiDENS DE LA GROSSESSE.
dans le colon , les a fait nommer coliques. Celles qui surviennent dans les premiers temps sont dues à un état de spasme et d'irritation des intestins qui trouve sa source dans les changemens qui se sont opérés vers l'utérus. J'ai vu une colique de celte espèce alterner avec un dévoiement de même nature chez une femme éminemment nerveuse ;, et l'un et l'autre être calmés par le bain.
C'est avec raison que M. Barthez dit que des recherches trèsattentives sont toujours nécessaires lorsqu'on veut reconnaître des coliques nerveuses. Bichat considère ces coliques essentiellement nerveuses comme indépendantes de toute affection locale du système musculaire des intestins , et comme de véritables névralgies du système nerveux de la vie intérieure , qui diffèrent essentiellement des névralgies du système nerveux de la vie animale. Celui qui veut bien connaître les névralgies doit consulter le tableau synoptique qu'a proposé M. Chaussier sur ce genre de maladies. On ne peut guère établir leur diagnostique que par des signes exclusifs. Pour distinguer si la colique est essentiellement nerveuse , on commence par s'assurer qu'il n'existe aucune matière étrangère qui puisse.irriter le canal intestinal par son séjour , aucune lésion idiopathique des intestins , comme une inflammation , une distension flalueuse. L'hystérie se manifeste fréquemment sous forme de coliques chez les femmes grosses , et surtout chez les nouvelles accouchées. Dans ces coliques hystériques les urines sont quelquefois supprimées ou diminuées ', ce qui est important à observer, pour ne pas prendre ces douleurs pour celles d'une néphrétique. Cette dernière n'exige pas d'autre traitement que celui que j'ai indiqué pour l'affection hystérique.
Il faut encore prendre garde de confondre des inflammations du foie, des reins j des intestins; qui ont quelquefois été décrites sous le nom de coliques ^ avec des douleurs dans le basventre produites par la grossesse. Lorsqu'il y a fièvre , que la douleur est fixe, constante, que la femme ne peut pas supporter la pression de la main sur le bas-ventre, les douleurs ne peuvent plus être considérées comme de simples coliques , suites de la grossesse, dans lesquelles le pouls n'est pas fébrile , quelque vives que soient les douleurs. Celles qui tiennent à la grossesse ont des intermittences , et n'occupent pas constamment le même lieu.
DES ACCIDEAJ> DE LA GRObStSoL. 55
Les coliques spasinodiques elsympalliiqucs des premiers temps de lu grossesse oui beaucoup d'analogie, si elles ne sonl pa> absolument de mén>e nature , avec celles qu'éprouvent certaines femmes aux approches et pendant la durée de leurs règles. Elles exigent les bains ; les fomentations émoUientes, les luvemenS; les hynopliques. Une infusion de fleurs de tilleul ou de camomille est la boisson qui convient. On peut ajouter quelques gouttes de laudanum liquide dans chaque tasse que Ton lait prendre à la femme. M. Barthez ^ dans son Mémoire sur les Coliques iliaques essentiellement nerveuses ( tome m de la Société médicale de Paris ) ; observe que quelquefois les bains ^ loin de soulager, aggravent les douleurs d'une manière très-marquée Les narcotiques ne produisent aussi qu'un soulagement mouienlané. L'effet calmant passé , les douleurs lui ont paru quelquefois redoubler après l'emploi des narcotiques. Il regarde les anti - spasmodiques comme préférables. Les plus pénétrant , comme l'assa-fœtida , le camphre, donnés à petites doses répétées souvent , lui ont semblé les plus utiles. Dans les deux obser» vations qu'il rapporte de cette colique, il a donné toutes les trois heures une pilule composée de six grains d'assa - fœtida , deux decamphre, et six de nitrate dépotasse (sel de nilre).
Les coliques qui ont lieu depuis le troisième mois de la grossesse surviennent spécialement chez les femmes dont les digestions sont dérangées, et qu'un appétit dépravé a portées à user d'alimens de mauvaise qualité. Ces coliques sonl produites tantôt par une quantité considérable d'air qui , ne pouvant s'échapper, gonfle et distend les intestins, tantôt par des matières, résidu de mauvaises digestions, qui agacent le canal intestinal. Quelquefois ces causes agissent séparément^ d'autres fois elles se trouvent réuallies. Ces douleurs peuvent devenir assez violentes pour occasioner de l'agitation, de l'insomnie. Leur continuité pourrait amener l'avortement. Dans la colique saburrale , il y a des nausées, quelquefois des voniissemensj la langue est chargée. Les douleurs sont le plus souvent suivies de Texcrétion de matières fécales. Tous ces symptômes n'ont pas lieu dans la colique venteuse qui ne serait pas compliquée avec la précédente. Dans cette dernière , le siège des douleurs varie davantage. La colique venteuse et la colique saburrale sont rarement dangereuses ; cHc^ si^e terniineul souvent d'elles-mêmes par un dévoiemcnt.
56 BES ACÇ[DENS DE LA (GnOSS^SSE.
Daiiâ les derniers temps de la grossesse quelques femmes sont sujettes à une colique à laquelle on pourrait donner le nom de stercorale, parce qu'elle est déterminée par l'accumulation des excrémens ; qui est la suite de la pression que la matrice, qui est irès-développée j exerce sur le rectum et les autres intestins. Ce canal étant comprimé d'une manière inégale, il peut offrir des ressenemens partiels qui donnent lieu à des renflemens^ à des espèces de culs-de-sac dans lesquels s'arrêtent les matières fe'cales. Dans ce cas , l'abdomen présente dans divers points des tumeurs inéf^ales que l'on a prises quelquefois pour des engorgemens des glandes du mésentère ^ ou pour des squirrhosités des intestins» Il y a toujours, dans ce cas, constipation opiniâtre. Ces tumeurs abdominales disparaissent lorsqu'on a provoqué des selles, et se forment de nouveau si on n^enlrelient pas la liberté du ventre.
Si les douleurs que la femme éprouve sont causées par des vents, elle est soulagée par l'application de serviettes chaudes sur l'abdomen. Des frictions pratiquées sur cette région avec des linges chauds sont très-propres à faciliter le dégagement de l'air. Des lavemens carminatifs et narcotiques sont aussi très-utiles. On pourrait croire que les lavemens ne sont pas indiqués dans les coliques venteuses, parce qu'ils doivent augmenter les douleurs en occupant une grande partie du canal intestinal. L'augmentation des douleurs est réelle au moment où Ton administre les lavemens , mais elle dure peu 3 lorsqu'on les rend, ils entraînent avec eux beaucoup d'air et de matières et procurent un soulagement sensible. J'ai employé avec beaucoup d'avantage les bains lorsque la douleur était très-vive. Cependant, si le bain ne peut pas faire cesser la constriction spasmodique qui existe dans certaines parties du canal intestinal î.nad \i *" augmenter les douleurs en accroissant la distension flatueuse des portions non resserrées de ce canal.
Les digestions imparfaites produisent , pour l'ordinaire, une très-grande quantité de vents dans l'estomac: c'est cet état que Ton désigne vulgairement sous le nom de colique d'esiomac. On peut faire prendre une infusion amère et stomachique, çonin)e celle de genièvre ou à'enula campana. Lorsque les accidens sont urgens, on doit recourir au vomitif.
Dans la colique saburrale, après avoir donné pendant quelques jours des déiayans ^ des mucilagineux, il faut recourir aux vomi-
DES ACCIDENS DE LA GROSSESSE. 5j
lifs; aux purgatifs amers ; suivant que la turgescence se manifeste par liaut ou par bas, ou à un émëlo-cathariique, s'il existe en même temps des signes d'embarras stomacal et intestinal. Les ëvacuans sont préfe'rables à l'opium ^ que quelques praticiens conseillent. Il ne peut procurer qu'un soulagement passager , parce qu'il n'enlève pas les matières qui, par leur présence , continuent à irriter les intestins. Les douleurs une fois dissipées;, il faut tnivailler à en prévenir le retour. Les infusions amères^ les eaux minérales; etc.^ et autres moyens propres à fortifier l'estomac, sont les mieux indiqués pour prévenir la récidive d'une maladie qui dépend essentiellement du vice des digestions.
Si les femmes sont attaquées de coliques pour s'être exposées au froid, il faut les tenir au lit, appliquer sur l'abdomen des serviettes chaudes , ou le frotter avec ces mêmes linges pour rétablir la transpiration. On sollicite les sueurs par des boissons chaudes et légèrement aromatiques, comme la fleur de sureau. Les fomentations émollientes , et en général tous les corps cliauda appliqués sur les extrémités inférieures, dont la pratique était familière à Sydenham dans des cas analogues ; seraient employés avec beaucoup d'avantage.
Des Douleurs d'estomac ^ et plus spécialement de celles connues sous le nom de Soda, de Crampe nerveuse de l'estomac ^ de Pyrosis.
Les douleurs d'estomac sont celles que ressentent le plus communément les femmes grosses : elles en éprouvent dans tous les temps de la grossesse, mais surtout dans les commencemens. Celles qui ont lieu dès les premiers momens de la conception dépendent souvent, comme je l'ai dit pour le vomissei^ntj, les coliques , d'un état de spasme dont le siège primitif esf dans la matrice, et qui se propage par sympathie à l'estomac, dont il exalte les propriétés vitales. On reconnaît que les douleurs d'estomac sont un symplôme de l'hystérie qui trouble les fonctions de cet organe, en ce qu'elles sont, pour l'ordinaire^ accompagnées d'ennui^ de baillemens, d'une tristesse profonde. Ces douleurs spasmodiques, qui ont lieu dans les premiers temps, sont ordinairement légères; elles n'exigent que le régime, l'exercice, des fjoi^sons' légèrement anli-spusmodiques. Si ces douleurs, occa-
SS DES ACC!DE^S DE LA GT-OSSESSE.
sionëes sympalhiqueineiit par l'irrilalion de l'ulerus, sont vives ^ il faut recourir aux bains ^ aux fomentations énioliientes , aux narcotiques, aux anti-spasmodiques. Sydenhani a vanté; dans ce cas, l'usage de ses gouttes anodines. On ne peut pas les attribuer, comme le font plusieurs auteurs, à la difficullé qu'e'prouve Fute'rus dans son développement, puisque sa cavité, dans les premiers momens, est plus grande qu'il ne faut pour contenir le fœtus.
Chez quelques femmes , les douleurs d'estomac sontoccasionées par des acides , suites assez ordinaires de mauvaises digestions. Les femmes ont des rapports aigres, des envies de vomir, quelquefois des expectorations de phlegmes acides. La douleur est plus vive le matin , et se dissipe quand elles ont pris des alimensj elle est portée quelquefois au point que quelques-unes ressentent comme un sentiment de feu dans l'estomac et Tœsophage. Le premier degré de ce sentiment douloureux de chaleur à la gorge et au pharynx a été appelé carJ^Vz/g^/e^ derap^ia , orifice, et de a>.yoç, douleur. Dans le plus grand nombre des cas , cette sensation provient des rapports sj'mpathiques de l'utérus avec l'estomac; dans d'autres, il est occasioné par une accumulation d'humeurs acres, et le vomitif devient indispensable.
Le dernier degré de ce sentiment de chaleur vers la gorge et l'estomac a été nommé soda oufer chaud, parce que les individus qui l'éprouvent ont quelquefois comparé cette sensation à celle d'un fer chaud que l'on passerait sur ces parties. La bile , par son séjour prolongé dans Testomac, des acides, peuvent causer le soda ou cette sensation de chaleur brûlante: l'affection doit alors être considérée comme idiopalhique. Ces sucs acides peuvent acquérir assez d'âcrelé, non-seulement pour produire laphlogose de l'estomac, mais encore pour attaquer ses tuniques, les amincire et les corroder. On cite des exemples de mort subite par celte cause. Mais, dans beaucoup de cas , celle sensation de fer chaud nommée soda , pjrosis y que l'on ressent à l'estomac, est purement sympathique chez les femmes enceintes.
La cardialgie et la pyrosis ne diffèrent pas seulement par l'intensité, mais encore par leur siège, qui est plus étendu dans l'une que dans l'autre : la cardialgie affecte uniquement Torifice supérieur de restomac; dans la pyrosis la sensation pénible qui en fait le caractère essentiel et dislinclif comprend tout l'espace situ c entre l'estomac et la gorge inclusivement. Dans celle dernière
DES ACCIDEN.S DE LA OnoSSF.^.SE. Sf)
névrose de la digestion les malades rendenl loujours une p;r;Hîcie quanlite' de salive limpide. Les aigreurs de Feslomac, celles de la gorge , car Tune et l'autre parties peuvent être le siège de celle sensation d'âcrete'; sont assez souvent l'origine delà pyrosis, dont elles constituent le premier degré; si la maladie , au lieud'élre passagère , comme cela a lieu pour l'ordinaire; fait des progrès. Quelque vives que soient les douleurs épigastriques ; et qui^ partant de ce centre, semblent envoyer des irradiations vers le dos ou derrière le sternum ; le pouls est à-peu-près naturel, et il n^y a presque jamais de fièvre si la pyrosis est essentielle. Cette maladie spasraodique n'est pas continue : elle se développe et se fait sentir par accès qui n'ont rien de régulier ni dans leur marche, ni dans leur durée, ni dans leur intensité. Dans les intervalles les malades paraissent jouir d'une santé parfaite j l'accès se manifeste tantôt avant, tantôt pendant, tantôt après le repas , mais plus souvent dans cette dernière circonstance.
Dans la cardialgie etlesoda, que je considère seulement comme des degrés différens d'une même affection, les indications curatives peuvent se réduire à deux chefs. On ne peut guérir ou diminuer celle sensation qu'en neutralisant les fluides accumulés dans l'esloraac, ou qu'en les expulsant. Quand les ardeurs d'estomac sont vives , comme dans le soda, la prudence dicte d'employer d'abord les caïmans et les anti-spasmodiques , des boissons abondantes. Buchan a employé avec succès l'infusion de thé légère, prise à peiiles doses j contre la cardialgie, suriout celle qui a lieu chez les femmes enceintes) ce qui est d'accord avec la faculté qu'on lui attribue aussi d'émousser l'action irritante des liqueurs alcooliques. Par leur continuité, ou si on venait à les exaspérer par des évacuans employés à conlre-temps, elles pourraient produire la phlogose de l'estomac , toujours très-irritable chez les femmes grosses. L'éther sulfurique convient dans ces douleurs d'estomac. On pourrait aussi employer Téther acétique, que M. Sédillot jeune préfère à l'opium dans ces affections et dans les coliques de Teslomac.
Quand les douleurs sont dues à la présence d'un acide, on doit conniiencer la cure par les absorbans. On doit préférer ceux qui, comme la magnésie , neutralisent ces substances en s''unissant avec elles. De leur combinaison résulte un sel qui sliniule le canal intestinal dont l'action en procure l'expulsion. Lorsque des douleurs^
6o DES AGCIDEKS DE LA GROSSESSE.
vives annoncent uneirrilabiliLéexlrémC; il faut unir à la magne'sie Foxicle blanc de bismuth. M. Chaussier conseille l'usage du vinaigre contre les acides. Lapre'sence des acides suppose toujours qu'il existe faiblesse de l'estomac. Les amers, l'eau de rhubarbe, les vins médicinaux où l'on fait infuser des substances amères, conviennent pour confirmer la cure, et pour empêcher qu'il ne se forme de nouveaux acides, en ranimant l'action de cet organe.
Parmi les douleurs d'estomac, il en est une qui mérite une attention particulière de la part des médecins : c^est celle que Ton connaît vulgairement sous le nom de colique df estomac , et qui a été nommée crampe nerveuse de l'estomac par Buchan, dans sa Médecine domestique.
Cette maladie, dont les médecins n'avaient point encore fixé i
les caractères avec assez de précision, et qu'ils avaient souvent con- ^i
fondue avec des cardialgies symplomatiques , a fourni à M. Mahot j
le sujet d'une monographie écrite avec beaucoup de discernement, j
et basée sur des observations tirées des meilleurs auteurs. On doit ;
la considérer comme une maladie idiopathique de l'estomac, à la- '
quelle le nom de crampe nerveuse adopté par Buchan me paraît \
irès-bien convenir, parce qu'il donne une idée précise sur sa na- \
turc; car les médecins sont convenus de donner le nom de crampe \
à la contraction spasmodique et extrêmement douloureuse d'un |
ou de plusieurs muscles : or, la description de cette maladie porte \
nécessairement à penser qu'elle consiste dans une contraction )
spasmodique violente et douloureuse des fibres musculaires qui j
entrent dans la structure de l'estomac. Si cette conlraclion est ;
plus douloureuse lorsqu'elle attaque Feslomac, si elle cause plus j
d'accidens que lorsqu'elle a son siège dans les muscles de la vie \
animale , c'est que cet organe est plus sensible et exerce plus d'in- [
fluence sur le reste de l'économie. Je considère, avec M. Chaus- \ sier, la crampe comme une névralgie gastrique.
On doit regarder comme un signe palhognomonique de celle ■
maladie une douleur violente dans la région de l'estomac, douleur i
accompagnée tantôt d'un sentiment de déchirement, de pin- ;
cément, de morsure, tantôt d'une sensation de serrement si \
atroce, que le malade se croit à chaque instant sur le point \
d'expirer. Celle douleur peut se dissiper sur-le-clftimp et sans |
retour. Toutes les fois que la douleur n'est que passagère, quoi- ^
que très-vive, les fonctions^ n'en éprouvent aucune alléralion ma- !
DES ACCIDENS DE LA GROSSESSE, 6l
lîifeste j mais quand elle se prolonge au-delà de quelques-inslans avec toute sa violence , bientôt on voit le visage palir^ le sentiment et la connaissance se perdre. J'ai "vu les syncopes se prolonger a. la suite de ces accès ; quoiqu'ils fussent d'assez courte dure'e. Chez d'autres malades ^ il survient des vomissemens qui , joints au sentiment de pression qu'elles éprouvent, leur font suspectera tort une indigestion. Le spasme de Testomac entraîne le désordre de tous les autres organes sur lesquels il exerce une influence si marquée.
J'ai vu chez la mérne femme ces divers symptômes , et beaucoup d'autres analogues, tels que les frissons, roideur des membres^ sueurs froides , se succéder allernalivement après quelques instans de repos. Si la maladie est portée à son dernier période, les évacuations se suppriment, la déglutition devient impossible, la respiration et la circulation sont extrêmement gênées. La constipation est si opiniâtre, qu'à force de lavemens ou a beaucoup de peine à obtenir quelques évacuations, dont les matières sont toujours dures, noires, et semblables à des crottes de chèvres. Si les paroxysmes^ quoique violens , laissent entre eux des intervalles de repos assez longs, la maladie peut se prolonger plusieurs jours sans élre funeste. Mais si les intervalles de repos sont très-cour is et les accès très - douloureux , la malade peut mourir en peu d'heures, comme Boerhaave, Bodin des Plantes, de Nantes, en citent des exemples chez des individus qui éprouvaient des douleurs d'estomac atroces , et qui ont succombé en moins de trois heures.
Pour rendre le diagnostique de la crampe d'estomac encore plus évident , je vais établir les différences essentielles qui doivent la faire distinguer de beaucoup d'autres affections avec lesquelles elle a été confondue, parce qu'elle a avec elles quelque analogie. Elle diffère de l'inflammation de ce viscère par l'absence de la fièvre, la lenteur du pouls, l'atrocité et l'intermittence des douleurs. Whitt ( Maladies nerveuses j, tome I^"" ^ pag. 42 ) et M. Halle ont reconnu qu'une douleur spasmodique qui se fait ressentir vivement dans l'estomac rend souvent le pouls plus lent que dans Tétat naturelj il çst en outre serrée concentré, convulsif. A l'ouverture des cadavres de personnes mortes de crampe d'estomac, on n'a pas trouvé de traces d'inflammation. Quand , à la suite de pareilles lorlures, on trouverait, dit M. Mahot, dans la dissertation que j"ai
déjà cit-ée, la lunique interne de l'eslomac rougeatre j quand, après une irritation aussi vive, on rencontrerait dans sa cavité des fluides de diverses couleurs, tout cela pourrait encore être regardé plutôt comme un effet que comme la cause des accidens. La sécrétion qui se ferait dans l'estomac serait analogue à celle qui a lieu dans la coqueluche, où le spasme qui saisit le diaphragme et la glotte détermine, par une irritation suigeneris, et qui revient par accès, des vomissemens glaireux et une expectoration pituiteuse. Les fluides sécrétés peuvent devenir assez acres pour produire Tinflammation de la membrane muqueuse de cet organe.
La crampe nerveuse de l'estomac diffère de la colique des peintres par le siège de la douleur, qui . dans cette dernière , est dans l'abdomen, et plus spécialement vers l'ombilic, par la différence dans la sensibilité de la partie affectée, par la marche des accidens, qui est chronique dans la colique des peintres, tandis que celle de la crampe nerveuse de l'estomac est une des plus rapides de toutes les maladies connues. Elle diffère du soda en oe que ce dernier peut subsister long-temps sans porter des atteintes graves aux autres fonctions, en ce que cette sensation de fer chaud est souvent la suite, ou du moins s^exaspère à l'occasion de l'introduction des alimens dans l'estomac^ tandis que la crampe nerveuse est quelquefois causée par l'abstinence.
Une constitution sensible, hypochondriaque^ dispose éminemment à la crampe d'eslomac. On doit ranger parmi les causes prédisposantes un tempérament disposé aux affections arthritiques, rhumatisantes.
On doit regarder comme causes occasionelles toutes celles qui peuvent porter une impression vive sur l'estomac , comme la terreur, la colère, le chagrin porté à l'excès , les boissons à la glace, l'usage des acides, les purgatifs acres et irritans , le froid sur la région épigastrique. Les personnes qui ont éprouvé des crampes d'eslomac doivent éviter les violentes émotions de l'ame , porter s\ir cette région un morceau de flanelle^ ou encore mieux une peau de lièvre, de lapin, s'abstenir de toute espèce d'alimens acres, et de tout excès de liqueurs spiritueuses.
On a deux indications à remplir dans le traitement de la crampe nerveuse de l'estomac : \°. calmer la douleur et l'irritation en faisant cesser le spasme; oP. rappeler à l'extérieur les mouvemens concentrés d'une manière vicieuse vers cet organe.
Les caïmans, les anli-spasmodiqiies donnés à l'inlérieur, sont les moyens propres à remplir la première indication. L'extrait gommeux d'opium , l'ëlher sulfiirique à fortes doses, Péther ace'lique à la dose de deux à trois gros par jour , paraissent être, parmi toutes les pre'parations puise'es dans Tune de ces classes, celles qui méritent la préférence. Pour retirer des avantages de l'opium, il faut le donner à haute dose , comme l'établissait le professeur Peyrilhe : plus Tirrilation est vive, plus les doses doivent éire fortes. Il faut en administrer plusieurs grains en quelques heures, soit qu'on le fasse prendre seul, ou délayé dans quelques onces d'eau aromatique. Le docteur Odier, de Genève, a préconisé l'oxide blanc de bismuth contre les crampes nerveuses de l'estomac. Je Tai toujours employé avec le plus grand succès dans le traitement de cette affection. Une dose de six grains calme assez subitement les douleurs j mais elles ne tardent pas à reparaître^ si on ne la répète pas de manière à administrer vingt -quatre ou trente grains dans les cas graves. Je fais prendre cette poudre dans une cuillerée d'eau sucrée,* d'autres l'incorporent dans du sirop ou du miel. La ciguë a quelquefois produit du calme dans cette maladie, mais d'une manière moins prononcée que l'oxide blanc de bismuth. On doit recourir aux lavemens adoucissans, que Ton rend narcotiques par l'addition de quelques portions de tête de pavot. La diète sera adoucissante. Il serait utile de rendre les bouillons de veau, de poulet que Ton fait prendre à la malade, légèrement caïmans par l'addition de portions de têtes de pavot.
Les bains , qui paraissent si propres à dissiper les spasmes intérieurs, et qui sont si souvent employés par les médecins dans cette affection, sont presque toujours nuisibles. On doit attribuer l'augmentation des accidens , lorsqu'on emploie les bains , au sentiment pénible de froid qu'éprouve la malade en entrant dans l'eau et en sortant. En effet, on est extrêmement sensible au froid dans la crampe nerveuse de Testomac, et l'on se trouve bien d'entretenir constamment des linges très- chauds sur cette
région.
Lorsque les caïmans ne suffisent pas , on doit chercher à rappeler les mouvemens vers la circonférence du corps. Des friclions sur le creux de l'estomac avec des flanelles chaudes, des embrocalions huileuses chaudes sur la partie malade , auxquelles on ajouterait des caïmans, tels que le baume tranquille, appor-
64 I>E5 ACCIDEN'S DE LA nrOSSESSE." j
teiit ordinairement quelque soulagement. Lorsque ces. moyens ] ne réussissent pas^ il faut appliquer nn large vésicatoire sur le : creux de l'eslomac. On doit le saupoudrer de camphre pour éviter ' son action irritante sur les voies urinaires. Dans un cas aussi j promptement mortel; pour rendre son action plus prompte , on ! devrait frotter, avant de l'appliquer^ la partie avec de l'ammo- | niaque. L'expérience a prouvé refficaciléde ce moyen à MM. Des- ! plantes et Mahot. Un malade a rapporté au premier médecin que ; je viens de citer, que dès le moment où le vésicaîoire commença ; à se faire sentir, les douleurs d'estomac s'étaient entièrement dissipées. Il est probable que les vésiçatoires seraient également ; utiles dans les coliques spasmodiques. i
Les vomissemens qui ont souvent lieu dans la crampe d'esto- ^ mac n^offrent pas l'indication de donner l'émétique, qui, le plus i souvent , pourrait occasioner la mort. Ces vomissemens , pro- '. duiis de l'irritation et du spasme ^ ne demandent que des cal- i jnans.
L'air qui se dégage et se raréfie dans l'estomac est quelquefois : la cause des douleurs momentanées que les femmes éprouvent \ dans cet organe : elles rendent alors souvent des vents qui les I soulagent. Les carminalifs associés aux toniques sont les movcns que Ton doit employer pour calmer ces douleurs, comme une ; infusion de geniè\Te, de camomille, dans laquelle on met une pincée d'anis, ou quelques goulles d'élher sulfurique dans chaque ^ tasse de boisson. On doit continuer long-temps les toniques y ; parce que cette distension flatulente indique toujours que les di^ : gestions sont pénibles.
Si la pléthore sanguine produit les douleurs d'estomac , ellessont plus constantes 5 elles sont accompagnées d'un sentiment de \ chaleur, de coloration du visage > de douleurs de télé gravatives, : de la force et de la plénitude du pouls. Cette espèce ne peut se i dissiper que par la saignée. \
Il est , au contraire, des douleurs qui dépendent delà faiblesse j de l'eslomac : elles arrivent aux femmes dont l'estomac était ma- : lade avant la grossesse, à celles qui ont éprouvé des chagrins, ; qui ont usé de boissons tièdes, qui affaiblissent à la^ longue l'estomac. On doit soupçonner celte cause lorsque la douleur aug- ' mente après le repas, et que les femmes senlent au montent de ; la digestion comme un poids qui les suffoque. Elles sont alors !
sujettes à élre lourmenle'es cleveiUs. C'est dans celle espèce que l'on doit administrer les vins généreux , les vins médicinaux, les substances aromatiques, qui seraient nuisibles s'il existait ple'ihore ou une irritation vive, soit idiopathiquC; soit sympathique. Les douleurs d'estomac , chez les femmes grosses , trouvent plus souvent leur source dans l'une de ces dispositions que dans la faiblesse de Testomac.
De la Douleur des Mamelles.
Le gonflement et la douleur des mamelles sont inséparables de la grossesse j mais ils ne peuvent pas devenir pour la femme un indice certain de cet état, parce que ces phénomènes surviennent aussi à la suite de la simple suppression des règles. La douleur est ordinairement si légère que les femmes ne s'en plaignent pas, quoiqu'elle se manifeste quelquefois dès les premiers jours de la conception. On accuse communément la pléthore produite par la suppression des règles d'être la cause du gonflement des organes mammaires. Mais ce phénomène dépend évidemment du rapport sympathique qui existe entre eux et l'utérus, puisqu'il se manifeste avant Tépoque où les règles auraient dii paraître. Il s'opère de la même manière que celui qui a lieu aux approches des règles. Beaucoup de femmes enceintes ressentent, dans les mamelles , une douleur assez vive pendant trois à quatre jours, à chaque époque du mois où elles auraient dû avoir leurs règles sans la conception. Plus la grossesse avance, plus le gonflement est considérable. La nature porte de plus en plus les fluides vers les mamelles pour les disposer à la sécrétion du lait qu'elles sont destinées à fournir pour nourrir l'enfant dès qu'il aura vu le jour.
Les femmes doivent alors éviter de porter des habillemens trop étroits, et de heurter contre quelques corps solides les seins, qui sont alors très-sensibles. La compression exercée par des vétemens trop serrés augmenterait les douleurs , et pourrait donner lieu à l'engorgement de quelques glandes qui s'enflammeraient à la suite des couches, ou qui deviendraient par la suite le germe à'm\ squirrhe. Lorsque les douleurs sont légères , on doit les respecter j elles sont nécessaires pour attirer vers ces organes les fluides qui doivent s'y porter suivant Je vœu de la nature. On
(y6 DES ACCIDENS BE LA Gr.OSSESSl!» i
doit éviter les aslringens et les réperciissifs 3 lorsque la douleur de- ; vient plus vive, on peut appliquer les sang'-'ies. Si la violence i de la douleur est porle'e au point de produire ou de faire crain- • dre la fièvre . on doit preTérer la saigne'e du bras. Je pense , avec | M. Barlhez , dans son Me'moire sur les Fluxions ^ que les saignées \ locales ne sont utiles pour prévenir l'inflammation que lorsqu'il -j n'y a point de pléthore générale ; ou qu'on l'a dissipée aupa- [ ravant. ^
De UOdontalgie. \
Ce mot dérive du génitif o(5'ovtoç ; dents j, et d^alyoç; douleur. Les ; douleurs de dents sont;, chez quelques femmes ^ le premier in- ': dice qui leur fait reconnaître qu'elles sont grosses. Il en est qui | les éprouvent dès les premiers jours de l'imprégnation . Quelque- i fois la douleur est sourde et incommode peu les femmes 5 d^au- ; très fois ^ au contraire ; elle est insupportable , fait jeter les hauts \ criS; enlève le sommeil à celles qui en sont affectées ;, dérange i les digestions; produit la fièvre et menace d^avortement. Le genre i de douleur qu'on ressent est si aigu qu'on le désigne assez com- | muîiément sous le nom de rage de dénis. On a vu cette ma- \ ladie ; par sa violence et sa continuité ^ altérer la constitution des | femmes grosses les plus robustes. L'odontalgie peut dépendre de ! diflérenles causes 3 elle peut être entretenue par la pléthore ^ î ou éire la suite d'une affection calarrhale. L'état de l'estomac^ !; Taffection de quelques parties éloignées ; peuvent aussi la pro- 'i duire. Quelquefois elle dépend de la carie de la dent. Quelquefois i on doit la considérer comme une névralgie dentaire. Il n'existe i aucun gonflement 7 aucune trace d'altération lorsque les nerfs dentaires sont le siège de ces douleurs vives. Il n'existe non plus ni chaleur ni pulsations dans la partie . comme on l'observe dans Todontalgie inflammatoire . La névralgie dentaire est assez fréquente chez les femmes grosses 5 cette affection se guérit par l'usage des anti-spasmodiques. On applique avec avantage sur le lieu où passe la branche nerveuse qui distribue des rameaux aux nfrfs un large emplâtre d'extrait gommeux d'opium. On peut aussi en placer aux tempes. Les saignées locales par Vapplication des sangsues sont aussi utiles. Les vésicatoires aggravent celte douleur , comme celle de toutes les autres névralgies. Le succès que j'ai obtenu de l'extrait de semences de stramoniuiri
DES ACCinENS DE LA GF.O.SSESSFi . 67
pour des cloiileiirs du même genre qui avaient leur sie'ge à la face , au front , me porte à en conseiller l'usage dans celle espèce.
Le mal de dents est dd à un état inflammatoire soit des gencives ^ soit des membranes ou des parties qui pénètrent dans la cavité dentaire lorsque les douleurs sont vives, permanentes^ et la dent saine à l'extérieur. La malade éprouve de la chaleur , des pulsations dans la région attaquée j si on ne la calme pas promptement , lorsqu'elle est violente, il se forme quelquefois un abcès dans l'alvéole , qui se fait jour au pourtour de la dent , et qui occasione assez souvent sa chute. Celte odontalgie s'annonce pour l'ordinaire lorsque la femme s'expose à un courant d'air froid et humide 3 le plus communément elle est accompagnée d'un gonflement inflammatoire des gencives voisines et de la joue* Si la douleur est très-vive, la fièvre peut survenir, et l'inflammation s'étendre jusqu'à Tœil et l'oreille du même côlé, qui se tuméfient. Une saignée du bras est le moyen le plus prompt et le plus sûr pour dissiper cette douleur^ comme on l'observe dans loules les affections inflammatoires. Lorsqu^il n'y a plus de pléthore générale, une saignée locale, faite par l'application des sangsues sur les gencives voisines , produit aussi du soulagement. Il faut avoir l'attention de tenir la tête chaudement^ et de diriger vers la bouche la vapeur de l'eau chaude. Ce n'est qu'après avoir dissipé les accidens inflammatoires qu'on peut employer avec avantage le vinaigre, l'eau-de-vie, que l'on garde quelque temps dans la bouche. Le vésicatoire lui-même rie peut être utile, si la femme est pléthorique, qu'autant qu'on a eu le soin de pratiquer une saignée avant de l'appliquer. Faute de celte précaution, on a vu la tête devenir monstrueuse pour avoir appliqué un large vésicatoire à des femmes atteintes d'une odontalgie de cette espèce.
L'odontalgie dépend d'une simple fluxion catarrhale si la douleur, au lieu d'être vive ^ n'est qu^une sensation sourde, accompagnée d'un gonflement des gencives, plutôt œdémateux qu'inflammatoire. C'est dans ce cas que les masticatoires , tels que la racine de pyrèthre , le tabac , que les gargarismes acres sont utiles pour dégorger les gencives , parce qu'ils ont la propriété d'exciter une sécrétion abondante de salive. Le vésicatoire apr pliqué à la nuque ou sur la gencive même , est très convenable
dans les douleurs de celle nalure. Quoique celle espèce d'odonlaioie soit la circonstance où le vésicaloire est le mieux indiqué , cependant lorsqu'il y a complication inîlammaloire , ou que Ton doule si elle existe, on doit commencer par saigner du bras. C'est dans ce cas que l'application sur la gencive de certaines feuilles j telles que celles du ranunculus acris j et autres semblables, qui est usitée dans quelques campagnes pour les maux de dents, est utile, en faisant FolEce d'un exuloire qui dégorge
iës parlifes.
On reconnaît que le mal de dents dépend de la saburre contenue dans l'estomac , par Féiat de la bouche , de la langue. Les vomitifs sont le seul moyen qui puisse dissiper ces douleurs, i^près leur usage, elles disparaissent comme par enchanlement quand elles tiennent à cette cause , tandis qu'elles résistent à tous les autres remèdes. Si les accès revenaient périodiquement et simulaient un accès de fièvre intermittenle^ comme je l'ai vu plusieurs fois , le quina conviendrait pour en empêcher le relour. Avant de l'employer , le plus souvent il serait utile de donner un vomitif pour nettoyer l'estomac.
La douleur de dents dépend quelquefois de l'aiïeclion de quelques parties éloignées. Le traitement, pour être efficace , doit élre dirigé vei-s la maladie primitive Le rhumatisme , la goutte peuvent en élre la source : dans ce dernier cas elle porte le nom d'qdontagre. Elle est fréquemment un symptôme de l'afiection hystérique , et tourmente surtout les femmes qui deviennent grosses , parce que cet état augmente leur irritabilité. L'odontalgie qui se manifeste dans les premiers temps de l'imprégnation doit presque toujours être attribuée à l'irritation du système nerveux, et considérée comme sympathique : c'est une vraie névralgie dentaire. Dans ces odontalgies symptomaliques, lorsque la douleur est très-vive, la saignée du bras devient nécessaire. Souvent elle guérit sur-le-champ , quoique les autres remèdes n'aient procuré aucun soulagement. Les anli-spasmodiques , les narcotiques , qui paraissent très-bien indiqués dans les maux de dents que produit une grossesse commençante, sont cependant en général moins avantageux que la saignée.
C'est l'examen de la constitution du sujet qui apprend si l'odonlalf^ie est symplomalique. Le vésicaloire est utile dans le cas de rhumatisme. Lorsque le mal de dents lire son origine d'une
DES ACCIDENS Ï)E LA GROSSESSE, 6cï
affection arthritique , hysle'rique ;, il faut tenir les parties chaudement et donner les narcotiques. Le laudanum , ou tout autre narcotique combiné avec Fe'lher , paraît; plus utile chez le.^ femmes hystériques tourmentées de maux de dents , que si on Fadminislrait seul. Les avantages que Ton relire des caïmans son t moins sensibles chez les femmes grosses, et leur effet est moins durable que dans les autres états de la vie. De petits emplâtres d'opium^ appliqués sur la tempe , conviennent plus particulièrement pour apaiser les douleurs lorsqu'elles dépendent d'un état nerveux. Lorsque la* dent est cariée^ il est bien plus avantageux d'insérer de l'opium dans la cavité formée par la carie : placé immédiatement sur la dent , il soulage plus promplemeni que celui que l'on applique aux tempes.
La carie des dents est fréquemment une maladie de la constitution. Dans ce cas , après avoir arraché une ou deux dents par manière d'essai , si les douleurs subsistent encore^ on doit conseillera la malade tle les supporter et de ne plus en faire arracher : comme Bell dit l'avoir observé plusieurs fois ^ elle éprouverait encore les mêmes douleurs dans la mâchoire après avoir enlevé la totalité des dents ; c'est ce qui arrive spécialement chez les sujets scorbutiques. Il est quelques-unes de ces fejnmes qui ont perdu des dents à chaque grossesse. On voit aussi cet accident arriver aux femmes pituileuses. C'est dans ces cas que différentes eaux vantées contre les maux de dents sont utiles en affermissant les gencives : toutes contiennent des astringens ou des antiscorbutiques. Des gargarismcs composés avec un demi-gros d'esprit de cochléaria pour six onces de liquide ;, une eau alumiiieuse ; la mastication des feuilles de cochléaria , de la racine de rathania, sont utiles pour raffermir les gencives 3 ces moyens peuvent, en s'opposant au gonflement des gencives, prévenir la carie des dents.
Si la dent est cariée, il faut l'arracher. Des praticiens assurent que l'odontalgie se guérit souvent par l'extraction de la dent, lors même qu'elle n'est pas malade dans son tissu , en sorte qu'ils conseillent d'y recourir toutes les fois que la douleurest constante, lorsque les autres tentatives pour obtenir la guérison ont élé infructueuses. Chambon, Bell, veulent que l'on attende chez les femmes grosses, pour l'arracher, que les accidens qui accoml'iigueul les couches soient dissipes depuis quelque icjups, et
yo BES ACCIDENS DE LA GROSSESSE.
que Ton se eoiilenle creiigourdir le nerf par le moyen de Thuile de girofle^ de lavande et autres huiles essentielles; ou par les préparations d'encens ou d'opium porle'es sur la carie. L'éther^ l'alcool sont aussi employés avec avantage dans cette espèce de mal de dents. Toutes ces pratiques ne produisent qu'un calme passager, et n'empêchent pas les progrès de la carie. Quand on juge que la prudence dicte de s'abstenir d'arracher la dent cariée ^ le moyen le plus sûr pour prévenir le retour des douleurs serait de boucher l'ouverture de la dent avec des feuilles d'or ou de plomb.
Chez le plus grand nombre de femmes enceintes y l'évulsion d'une dent ne peut occasioner aucun accident. Levret pensait que le plus souvent il était nécessaire de saigner une femme grosse peu de temps après lui avoir arraché une dent. Cette pratique ^ qui serait avantageuse à une femme robuste ^ serait nuir sible à celle qui est faible , délicate.
De la Céphalalgie,
Lorsque la douleur occupe toute la tele, on la désigne sous le nom de céphalalgie ^ sous celui de migraine lorsqu'elle ne s^étend qu'à un côté de la tête ^ ou qu'elle en occupe seulement la partie antérieure d'une tempe à l'autre, et sous celui de clou si elle est fixée dans un point peu étendu et circonscrit. Le caractère distinclif de la migraine consiste dans une douleur gravalive, brûlante, dont le siège répond le plus souvent aux sinus frontaux ,et dont les accès, qui sont en général de courte durée, s'annoncent de temps à autre à des intervalles plus ou moins éloignés. Les uns l'attribuent à une disposition rhumatismale qui a son siège primitif dans les sinus frontaux j d'autres à un état nerveux. Celte dernière opinion me paraît la mieux fondée. Celte névralgie exige le repos le plus absolu, l'éloignemenl du bruil et de la lumière, et surtout le sommeil. J'ai vu des individus être soulagés par l'élher^ par l'inspiration du camphre et de l'assafœtida j d'autres par les boissons à la glace.
Les douleurs de télé sont plus communes pendant le eouvs de la grossesse chez les femmes pléthoriques 3 mais d'autres causes, entièrement indépendantes de la pléthore , peuvent aussi les produire^ comme le dérangement des digestions ^ une affeclion h) s-
DES ACCIDENS DE LA Cr.OSSESSK. 7I
leriquC; le lroui)le qui survient dans lout le syslèinc nerveux au moment de la eonceplion.
On attribue ordinairement la céphalalgie qui tourmente les femmes ; dans les commencemens de la grossesse, à l'irritation qu'e'prouve la matrice dans son développement, parce qu'elle devient et plus rare et plus supportable à mesure que la grossesse avance. Sans admet^îe que la matrice e'prouve une diificulle' dans son de'veloppement (ce qui est peut-être supposé gratuitement au moment de la conception , où la cavité est plus ample qu'il ne faut pour contenir l'embryon) , on conçoit que le désordre qui s'annonce si visiblement dans le système nerveux , lorsque la fécondité a lieu , doit produire des dérangemens vers le cerveau , comme je l'ai observé pour les organes de la digestion. Ces douleurs de tête spasmodiques doivent aller en diminuant d'intensité , parce que le trouble nerveux que produit la conception devient de moins en moins sensible à mesure que la femme s'éloigne de cette époque : elles laissent de temps en temps quelque peu de relâche aux femmes. On reconnaît qu'elles sont de cette nature par l'absence des signes de la pléthore, ou d'un vice des digestions qui puisse occasioner cet accident. Les bains ^ les fomentations émollientes sur la région hypogastrique, les anti-spasmodiquesj comme l'eau de fleurs d^'oranger, l'éîher, les infusions de fleurs de tilleul, de camomille ou de feuilles d'oranger p sont les moyens convenables pour dissiper cet état de spasme.
La céphalalgie sympathique, chez les femmes grosses, est fréquemment un symptôme d'une affection hystérique. Quoiqu'elle puisse attaquer indistinctement toutes les parties de la télé , elle s€^ fait cependant spécialement sentir à Tocciput et au sommet delà tête, comme si Ton enfonçait un clou dans cet endroit. Cette circonstance nous présente ce que les auteurs appellent clavus hjstericus . La douleur que produit le clou hystérique est bien plus insupportable que celle propre à la migraine, qui n'est que gravative. Elle est ordinairement d'une courte durée. La lumière est insupportable à la malade. Les douleurs de léte qui ont leur siège dans l'estomac affectent spécialement la partie antérieure de la léte. Dans les douleurs violentes de la tête et de l'estomac qui sont un symptôme hystérique, Sydenham a préconisé l'usage du laudanum^ mais il conseille de pratiquer auparavant
ni DES ACCID£^S DE LA GROSSESSE.
une saignée. Ce précepte esl donné d'une manière trop générale. Si elle est indiquée chez les femmes sanguines ; dont le visage serait coloré , le pouls plein j fort ;, elle serait nuisible à celles dont le visage est pâle ;, le pouls faible. Or, les douleurs de Tune ou de Tau ire partie qui tiennent à cette cause s'observent pour Tordinaire chez les femmes de ce dernier tempérament. La saignée les affaiblirait et augmenterait encore leur sensibilité , qui est la cause prédisposante dé ces affections. Dans l'emploi de la saignée ; ainsi que dans leresle du traitement, on doit toujours se régler d'après le tempérament de la femme.
Le mal de tête qui dépend d'un état de pléthore est plus commun depuis le milieu de la grossesse jusque vers sa fin. Quand il tient à celte cause , il est quelquefois un signe précurseur d'autres accidens plus graves qui surviendront si Ton n'y remédie pas promptement. Les signes suivans caractérisent Texislence de la pléthore sanguine chez les femmes grosses. Elle s'annonce par une douleur continuelle , gravative^ qui se fait sentir vers le front et les yeux, par un assoupissement et un sentiment de pesanteur^ chez quelques femmes il survient des hémorrhagies nasales 3 le mouvement des paupières est difficile et douloureux^ les yeux sont brillans , gênés dans leurs orbites 5 les membres s'engourdissent j les mains ont de la peine à se fermer 3 les veines sont plus saillantes j la surface du corps semble se gonfler j la peau est très-chaude et colorée 3 le pouls est plein et fort. Dans les maux de tète qui tiennent à cette cause, on ne peut obtenir un soulagement prompt et sensible que par la saignée. On doit insister sur l'exercice , le régime et les délayans.
Le dérangement des digestions est un cause aussi commune de la céphalalgie que la pléthore. On rencontre alors les signes qui indiquent un embarras gastrique, comme langue chargée, bouche mauvaise , parfois obscurcissement dans l'organe de la vision. Les douleurs de tête sympathiques qui viennent de l'eslomac sont lancinantes, laissent des intervalles de repos , ne s'annoncent ordinairement qu'après le repas, et augmentent sensiblement si elles existaient auparavant. Plusieurs auteurs regardent le itnebricosa "vertigq qui accompagne quelquefois cette espèce de céphalalgie, comme un signe constant de pléthore qui indique qu'un conp de sang esl à craindre, Hippocratç avait
DES ACCîDENS DE LA GHOSSEtSE. ^3
reconnu qu'il peul survenir lorsqu'il existe seulomcul vice des digestions ; el que Testoinac esl surchargé de sahurres gastriques, puisqu'il le range parmi les syniplômes qui font connaître la ne'cessitë des vomitifs. (Aphorisme 17^ section iv.) Si le vomissement survient sponlanément , il dissipe les e'iancemens , el laisse un sentiment de pesanteur qui est toujours la suite d'une digestion difficile. Si l'estomac est seulement affaibli , on dissipe celte ce'phalalgie par les amers et les toniques. Mais si l'estomac et les intestins sont surchargés de matières hétérogènes ^ il faut ^ avant d'employer les toniques ^ évacuer ces matières par les vomitifs ou les purgatifs , suivant que la turgescence se manifeste par le haut ou par le bas.
Des Vertiges ^ des Binettes , des Etourdissemens , des Eblouissemens y des Tintemens d'oreilles et de la Syncope.
Je réunis sous un même titre ces divers phénomènes; parce qu'ils dépendent de la même cause ; et ne sont que des variétés ou des épiphénomènes d'une autre affection. Les vertiges ^ les blueltes; les éblouissemens , les etourdissemens ^ les tintemens d'oreilles peuvent élre les symptômes précurseurs d'affections c^e nature différente. Si quelquefois ils présagent un coup de sang , des convulsions ou la léthargie , souvent aussi ils sont les avantcoureurs de la syncope produite par la faiblesse ^ accident auquel les femmes enceintes sont très-sujettes, et qui est ordinairement précédé d'affaiblissement de la vue , de vertiges, de tintemens d'oreilles , etc. ; quelquefois même les objets extérieurs leur semblent tourner devant les yeux^ Quelles croient voir devant elles des bluelles , des fantômes.
Pour tracer les indications curatives , je vais prendre les vertiges pour exemple. Comme elles sont essentiellement différentes, suivant la nature des accidens dont ils font craindre l'invasion , il faut apporter la plus grande attention aux signes qui peuvent annoncer qu'ils sont produits par la pléthore ou par la mobilité du système nerveux. Celte dernière cause les produit peut-être plus fréquemment que la pléthore chez les femmes des villes , surtout si elles sont sujettes à l'affection hystérique.
Dans les vertiges dont la pléthore est la cause , les douleurs de tête sont continuelles ^ avec un sentiment de pesanteur , un
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assoupissement passager. Les femmes se plaignent que les yeux i
sont gênés dans leurs orbites, où ils ne peuvent se mouvoir qu'avec \
douleur, et ils sont quelquefois un peu rouges, tuméfiés. Celte \
gène des yeux se fait sentir encore plus vivement si les femmes \
sont couchées horizontalement. Si elles sont forcées de se baisser, :
elles éprouvent des éblouissemens ^ tout semble tourner autour 1
déciles ', elles ils sont dans un état destupeur^et tomberaient par !
terre si elles n'avaient pas l'attention de s'attacher contre quel- !
que corps en se relevant. Elles éprouvent quelquefois les mêmes '
accidens en marchant , et feraient une chute si elles ne s'arc- >
boutaient pas promptement contre le premier corps qui se trouve '
sous leurs mains. Celles qui éprouvent ces accidens courent les !
plus grands dangers si Ton n'y remédie pas sur-le-champ par la i
saignée répétée, suivant le besoin. Le régime et la diète doivent ; être rigoureux. Les lavemens et les bains de pieds sont utiles.
On doit recommander à la femme de se coucher sur un des côtés l
pour diminuer la pression exercée par la matrice sur l'aorte ab- ]
dominale , qui , étant plus grande lorsqu'elle est couchée sur le 1
dos , fait refluer les humeurs vers le cerveau. i
L'espèce de vertige occasionée par la mobilité des nerfs se !
reconnaît par Texamen de la constitution de la femme, par les '
circonstances où elle s'est trouvée , par la cause qui a précédé, i
et par l'absence des signes delà pléthore , que j'ai tracés en fai- )
sant le diagnostique de l'autre espèce. Les femmes délicates, ner- ]
veuses , sont exposées à tomber en syncope pour la plus légère |
cause lorsqu'elles sont grosses , parce que cet état augmente leur i
sensibilité et leur mobilité. Au lieu d'une vraie syncope , il }
n'existe quelquefois qu'une lipothymie, et on observe encore les '
battemens du cœur. Une affection morale vive , la joie , la co- j 1ère suffisent pour donner lieu à des vertiges suivis de lipothymie ou d'une vraie syncope. J'ai vu , chez une femme nerveuse et faible , les mouvemens de l'enfant produire des évanouissemens momentanés.
Cette syncope hystérique est ordinairement précédée de tinlemens ou de bourdonnemens d'oreilles, de vertiges j la vue s'affaiblit , et la femme croit voir devant elle des fantômes. Elle est dans un élat de langueur 3 elle éprouve des bâillemens, une sensation de chaleur vers la région du cœur. Bienlôt les extrémités se refroidissent 3 les tempes ; le front ^ la poitrine se couvrent
d'une sueur froide et la face se décolore 3 les fondions des sens sont abolies , le pouls et la respiration suspendus. L'accès dure plus ou moins long-temps. Lorsque la femme commence à se ranimer j on la voit bâiller de nouveau et pousser quelques soupirs. Le paroxysme fini , la couleur du visage ; les mouvemens du pouls et du cœur , les fonctions des sens reviennent graduellement dans leur état naturel. Le traitement doit se diviser en celui qui convient dans le moment du paroxysme j et en celui qui a pour but d'en prévenir le retour.
Pendant la durée de la syncope ^ on peut porter sous les narines de Tammoniaque ou^dePacide acétique (vinaigre radical) ^ verser de l'eau froide sur la figure^ frotter les tempes avec des spiritueux. On peut aussi pratiquer des frictions sur tout le corps et sur les extrémités. Le moyen le plus sûr d'empêcher que les vertiges , les éblouissemens ; les tintemens d'oreille de cette esipèce ne se terminent par la suite par des syncopes ; consiste à diminuer en même temps la faiblesse et la sensibilité par les forlifians et les anli-spasmodiques unis ensemble, comme la valériane et le quinquina. L'écorce d'orange avec la cannelle a paru très-propre à Yan-Swiéten pour remplir ce double but^ parce qu'elle est en même temps amère et aromatique. Boerhaawe employait un vin préparé avec deux onces d'écorce d^orange et autant de celle de citron ^ trois à quatre gros de cannelle et trois livres de vin d^Espagne : il en donnait deux onces à la malade le soir avant de se coucher. M. Ghambon dit avoir employé avec succès j dans les vertiges de cette espèce ;, une infusion de sommités de pécher. Il donnait dans les campagnes ^ où il pratiquait alors , une tasse de cette infusion le matin avant déjeuner et une autre le soir.
Les incommodités dont j*ai traité jusqu'à présent sont celles que Ton observe le plus souvent dans les premiers mois de la grossesse. Si on les rapproche et si on les compare les unes aux autres ; on s'apercevra bientôt que ; quoique le siège de l'organe affecté soit différent^ elles sont en général produites par trois ou quatre causes différentes^ qui sont les mêmes pour la production de chacun de ces accidens. Tantôt on peut accuser un état de spasme et d'irritation qui accompagne la conception^ et qui;, se propageant tantôt à l'estomac ou aux intestins ^ tantôt à la tête, a la poitrine p dérange et pervertit les fonctions de ces organes;
n(j DES ACCIDCNS DE LA GHOSSESSE.
d'autres fois on doil les allrihucr à la plélhore^ à la sahurre conleiiue dans les premières voies, ou à Falonie des voies digeslives.
Des JSévToses ophthabniques et acoustiques .
J ai de'jà indiqué que des névroses fixées sur ces organes avaient élé observées pendant la grossesse^ elles surviennent , pour l'ordinaire, chez les femmes nerveuses, hystériques, délicates; tantôt elles sont continues , tantôt elles cessent pour quelque temps, pour reparaître ensuite. La névrose ophthalmique se reconnaît aux symptômes suivans: elle est sans rougeur,, sans douleur, sans gonflement des yeux 3 ce sont de simples éblouisse- \ mens, des illusions d'optique qui grossissent, diminuent les objets, "changent leurs formes, en créent d'imaginaires.
Beaucoup de femmes, pendant la grossesse, entendent moins distinctement qu'àl'ordinaire; d'autres fois l'oreille, pervertie, croit entendre un son qui n'exisie pas, tel que celui du bourdonnement d'un essaim d'abeilles, d'une cloche, du tonnerre , d'un il
roulement de tambours^ etc., etc. Souvent une oreille conserve r
sa finesse, tandis que l'autre perçoit le son avec dilhcullé. J!
L'indication consiste à combattre l'état nerveux général par les jj
moyens appropriés à la constitution de la femme.
Des Douleurs des Lombes ^ des Aines et des Cuisses.
Les femmes grosses se plaignent souvent de douleurs dans l'une de ces régions. L'accoucheur instruit ne confondra pas la douleur que les femmes enceintes ressentent dans les régions des lombes, et que l'on appelle assez souvent douleur de reins , avec une affection propre aux viscères de ce nom. Si la douleur existait avant la grossesse^ si elle est continuelle, si les urines de la femme charrient des graviers, si elles sont teintes de sang, si elles sont supprimées ou rendues avec difficulté, on n^ peut pas méconnaître des douleurs néphrétiques qui dépendent d'un vice dans les fonctions des organes appelés reins.
Plusieurs femmes sont sujettes à éprouver, aux approches des évacuations menstruelles, des douleurs dans la région lombaire. Les femmes de cette constitution sont également fatiguées par ces
douleurs lombaires ; dans le cas de suppression des menslrues ou de grossesse. Elles se manifestent le plus souvent vers le troisième mois. Les symptômes qui les accompagnent ^ la constitution pléthorique du sujet qui les éprouve , indiquent que ces douleurs sont dues à un état de pléthore. Elles s'annoncent par un sentiment de plénitude et de pesanteur dans les parties douloureuses. Quelques femmes éprouvent une sorte d'engourdissement qui les rend paresseuses ; et leur fait craindre de se livrer à quelque exercice. Les douleurs qui tiennent à un élat de pléthore se dissipent par la saignée. Dans les douleurs de reins de cette espèce, les Lains administrés avant de pratiquer la saignée seraient nuisibles.
G^est à cette même cause que l'on doit attribuer les douleurs des aines , des cuisses dont les femmes se plaignent dans les premiers mois de la grossesse : elles dépendent de l'engorgement des ligamens ronds, qui sont des cordons vasculaires, et non de leur tiraillement. Le toucher apprend que, dans les premiers mois ^ la matrice étant plus basse et se portant en avant, ne pçut pas se diriger vers le pubis sans que les deux insertions de ses ligamens ronds, qui s'épanouissent dans l'aîne et dans les grandes lèvres, ne soient rapprochées Tune de l'autre, et par conséquent dans l'impossibilité d'être tiraillées. L'ouverture des cadavres apprend, au contraire, que le tissu cellulaire qui unit les artères et les veines qui composent ces cordons, s'engorge et prend uneapparence charnue. Ces douleurs exigent la saignée , comme les douleurs lombaires qui tiennent à la même cause , si elles sont vives.
Celles que les femmes ressentent , vers la fin de la grossesse, dans ces mêmes régions, dépendent assez souvent du tiraillement des ligamens. Celui des ligamens larges occasione les douleurs des lombes 5 celui des ligamens ronds cause les douleurs du pubis, des aines et des cuisses,* mais il n'est possible que depuis le milieu de la grossesse^ par la raison que j'ai donnée tout-à-l'heure. Ces douleurs augmentent lorsque les fpmmes changent de position et qu'elles prennent de l'exercice : un faux pas suffit pour en produire de vives et lancinantes, qui disparaissent ordinairement lorsqu'elles sont en repos, ou qu'elles ont gardé quelque temps la position horizontale.
On dit ordinairement que les douleurs sont plus grandes dans une première grossesse que dans celles qui suivent , parce que les
rrS DES ACCIDENS DE LA criOSSESSE- . ji
ligamens ne faisant que souffrir un allongement auquel ils se sont I de'jà prèles, doivent opposer moins de re'sistance à leur disten-r,! sion. Assez souvent, malgré tous les remèdes, elles persistent | jusqu'après l'accouchement . Si le médecin ne se borne pas ton- || jours dans ce cas à exhorter la femme à la patience, et s'il emploie J quelquefois des moyens simples, comme des bains, des fomen- ;| talions émollientes , il sait d'avance que le soulagement sera peu ] sensible, parce qu'ils ne faciliteront pas beaucoup Fexlensiûn \ des organes tiraillés : leur effet le plus réel est peul-étre de dis- l Iraire son imagination. Toutes les fois que les douleurs sont j vives, lancinantes, on doit pratiquer la saignée: elle calme les i douleurs du dos, des lombes, qui, par leur violence, expose- j raient les femmes à avorter: elles acquièrent plus souvent cette] intensité vers le dernier mois de la grossesse. On diminue les | douleurs qui dépendent de ce que le fond de la matrice se porle j en avant, en soutenant l'abdomen au moyen d'une ceinture large. ■ On fabrique aujourd'hui des ceintures élastiques qui sont très-pro- .' près à produire cet effet , sans incommoder les femmes en aucune | manière. |
Les douleurs que les femmes ressentent à la partie interne des ; cuisses, dans les derniers temps de la grossesse, ou lorsque la ^ léte commence à parvenir dans l'excavation, sont probablement ' dues à la compression que la matrice exerce sur les nerfs lombaire* j et cruraux. C'est encore à la compression de ces mêmes nerfs que: l'on doit attribuer en partie les chutes que les femmes grosses sont î exposées à faire sur les genoux ou sur les fesses. Si le changement ; du centre de gravilé était la cause unique de leur marche incer- '. laine , ce phénomène serait d'autant plus marqué que' l'abdomen \ se porle plus en avant : or, cette vacillation dans la marche s'ob- j serve quelquefois chez les femmes dont le ventre est peu saillant, ; tandis que quelquefois il n'a pas lieu chez celles dont l'obliquité j antérieure est très-prononcée. ~ ■
Chez les femmes dont la matrice plonge de bonne heure dans ; l'excavation, on observe quelquefois des crampes très-fatigantes | dans les cuisses et les jambes, occasionées par la compression j que la matrice exerce sur les nerfs sacrés. Rarement les deux j cuisses sont affectées en même temps. Au lieu de crampes , quelquefois il ne survient qu'un engourdissement dans la partie pos- j térieure des cuisses. On ne peut pas délivrer la femme de ces
DES ACCIDENS DE LA Gr»O.SSESSE. nq
douleurs, parce qu'elles cle'pendent d'une compression me'canique exerce'e par la léte^ qu'il n'est pas au pouvoir de l'art de faire cesser. Les frictions que l'on pratique dans toute retendue de la cuisse, dans le cas de stupeur, ne produisent qu'un soulagement momentané , parce qu'elles ne font pas cesser la cause de cet accident.
De V Insomnie.
Quelques femmes sont tourmentées par l'insomnie pendant une partie de la grossesse ,• on l'a même vu persister quelquefois jusqu'après l'accouchement. Une insomnie opiniâtre peut avoir des suites assez fâcheuses chez une femme enceinte pour mériter toute l'attention du médecin. Les femmes privées du sommeil deviennent plus irritables et plus irascibles. G^elles qui sont délicates et naturellement nerveuses y sont plus sujettes que les femmes sanguines et pléthoriques. La pléthore produit ordinairement l'assoupissement. L'agrjpnie des femmes grosses est le plus souvent une espèce de névrose : le défaut de sommeil est plus difficile à dissiper quand il tient à cette cause. Si l'insomnie est légère, les bains de pieds chauds, les lavemens, le régime suffisent pour procurer le sommeil -, si elle est plus rebelle , les hypnotiques deviennent nécessaires. On peut donner le soir des éraulsions avec le sirop diacode. Denman assure qu'on a très-souvent favorisé le sommeil en avalant un verre d'eau froide avant de se mettre au lit, ou en enveloppant une main avec une serviette trempée dans l'eau froide^ et dont on laisse pendre un des bouts hors du lit.
La saignée produit peu d'effet sur les femmes nerveuses, ou le calme qu'elle procure n'est que passager. Si elles sont en même temps faibles , les toniques unis aux anti-spasmodiques sont plus avantageux ; c'est dans ce cas qu^on a donné avec succès les eaux minérales coupées avec deux parties de lait. Si la femme qui est tourmentée d'une insomnie considérable est forte , robuste, la saignée du bras , que l'on peut répéter au besoin, est le meilleur moyen pour procurer le sommeil , parce que la pléthore est la cause des accidens qu'elle éprouve. Les bains de pieds chauds sont aussi convenables pour dégager la tête , qui est ordinairement affectée d'un sentiment de pesanteur.
Sq. des ACeiDENS DE LA GROSSESSE. "^
L'insomnie est souvent accompagnée de la constipation comme i
effet. Quelquefois aussi , vers la fin de la grossesse, elle est la l
cause de l'agitation qui enlève le sommeil à la femme : dans ces ; cas ; les lavemens , les laxatifs sont le véritable somnifère : les
narcotiques aggraveraient indisposition en rendant la consti- i
palion plus opiniâtre. Quand on a ré;abli la liberté du ventre, \
le sommeil revient avec promptilude. j
De la Constipation. '\
La constipation est un accident assez ordinaire vers la fin de la grossesse. Cette difficulté de rendre les excrémens devient quelquefois si grande chez les femmes qui vont à la selle ha- ^j biiuellement avec peine, qu'on a vu des femmes grosses être \ constipées pendant huit à dix jours. La constipation opiniâtre ; s'observe principalement chez les femmes d'un tempérament mé- i lancolique. La compression que la matrice exerce sur les in- | testins , vers les derniers temps de la grossesse , contribue à re- ) tenir dans l'arc du colon les matières fécales, qui sont naturellement dures et compactes. - ; Il faut remédier le plus tôt possible à la constipation qui cause ; Tinsomnie, les maux de tête, une chaleur incommode. Les efforts que font les femmes pour expulser les excrémens qui se sont durcis occasionent souvent la phlogose du rectum, les hémor- j rhoïdes , l'avortement. Les efforts des muscles abdominaux et du ' diaphragme sollicitent l'action de la matrice. On prévient cette grande difficulté de rendre les excrémens , qui doit d'autant plus j faire craindre l'avortement , qu'elle est accompagnée de ténesmes , \ par. les lavemens, les jus de pruneaux. On la dissipe par les \ mêmes moyens ou par l'usage des laxatifs. On ne doit rien né- \ gliger pour dissiper cette incommodité chez les femmes grosses j car on a vu quelquefois chez elles les matières se durcir telle- | ment pendant leur séjour dans les intestins , qu'il a fallu recou- j rir aux doigts ou à des curettes pour les extraire.
Si la constipation est un effet du tempérament de la femme et qu'elle soit accompagnée de beaucoup de chaleur , on doit la combattre par les rafraîchissans , tels que le petit-lait , l'eau de vegu , de poulet. Le régime, pendant tout le temps de la grossesse, sera composé d'herbages relâchans, comme l'oseille, les
DES ACCIDENS DE LA GROSSESSE. St
épinards. Les fruits acides, tels que les fraises, les cerises, les groseilles , ou ceux qui sont fondans , dont la femme userait abondamment, suivant la saison, sont très-utiles pour prévenir le relour de la constipation , quoique le pre'jugé les deTende indistinctement à toutes les femmes grosses.
Pour dissiper une constipation opiniâtre , quelques auteurs ont conseillé d'appliquer un froid vif aux pieds. Celte pratique me paraît dangereuse chez les femmes enceintes, parce qu'elle pourrait donner lieu à des coliques , à une diarrhée peut-être plus fâcheuse que la constipation.
De la Dysurie et de L' Incontinence cVurine.
La difficulté d'uriner et l'incontinence d'urine, infirmités loulà-fait opposées, s'observent assez fréquemment chez les femmes grosses. Lorsque ces deux accidens ont lieu vers la fin de la grossesse, ils surviennent le plus communément chez les femmes dont le ventre est pendant. La suppression des urines est Occasionée par Ja compression que la matrice exerce sur le col de la vessie. L'incontinence d'urine, au contraire, est produite par la pression de la matrice, qui porte le fond de la vessie contre la symphyse du pubis , et qui oblige les femmes à rendre les urines à chaque instant, parce que son diamètre est diminué par cette pression.
La difficulté d'uriner peut survenir, dans les commencemens de la grossesse, à l'occasion des descentes de matrice, des déplacemens de ce viscère, connus sous les noms àHantéversion et de rétroversion. En traitant de ces accidens , f ai indiqué la manière d'y remédier suivant l'espèce de déplacement de Tulérus qui y donne lieu. On observe aussi la rétention d^urine vers la fin de la grossesse, lorsque la matrice plonge de bonne heure dans l'excavation. Les femmes urinent souvent, peu à la fois, et quelquefois avec douleur. On peut rencontrer la suppression des urines vers la fin de la grossesse , quoique la matrice ne plonge pas dans l'excavation 5 s'il existe une obHquilé antérieure Irès-grande, l'abdomen et l'utérus pendent alors sur les cuisses en forn^.e de besace, ce qui fait que le corps de la vessie fait un angle avec le col, et se trouve quelquefois plus bas. Cette disposition empêche l'urine de couler.