DES ACCIDT-X.-S Î)F; LA GP.OS'^E.ÇSF
Dans le Cas de réicnlion d^îrinC; la vessie ;, en se disîendanîj; peut acquérir- un volume assez considéraMe pour former une hernie aux aînés ou au pe'rinéê. Dans l'élat de grossesse^ la vessie^ lorsqu'elle est dilatée \, a beaucoup plus de tendance à se présenter au périnée , parce que la matrice qui la presse la porte sur un des côtés du vagin , où elle écarte quelques fibres des muscles releveurs de l'anus. Levret a secouru une femme qui avait, pendant le travail , une hernie de vessie avec une descente de matrice. On doit faire rentrer la tumeur molle formée par la vessie à mesure que la télé descend
Cet accident arrive pendant le cours du travail lorsque le col de la vessieest comprimé par la tête de l'enfant. Cette compression offre souvent Findication de saisir la tête avec le forceps pour prévenir des accidens. On fait cesser la rétention d'urine produite par la compression exercée sur le sphincter delà vessie en écarlant; avec un ou deux doigls portés dans le vagin, le corps de la matrice de la symphyse du pubis. On peut, pendant le cours de la grossesse . instruire la femme elle-même à se rendre ce service, en soulevant avec quelques doigts la matrice pour faire cesser la pression qu'elle exerce sur le col de la vessie. Si l'obliquité antérieure de la matrice qui porte la vessie en bas^ de manière qiie son col est plus élevé que son fond, est la cause de la suppression des urines, on remédie à cet accident. en soutenant avec une ceinture large l'abdomen^ qui cède trop facilement à rimpulsion de l'utérus. Si ces premiers moyens ne suffisent pas pour rétablir le cours des urines, on doit sur-le-champ faire uriner la femme, en introduisant une sonde dans la vessie. Pour rendre son introduction plus facile, on doit s'efforcer de jiorlêr la matrice vers le sacrum, en comprimant la région hypognslrique.
Il est urgent de remédier de bonne heure à la rétention des urines. La distension excessive de la vessie peut occasioner l'inflammalion de cet organe et sa rupture. L'inflammation du corps se propage jusqu'au col, et devient une nouvelle cause qui ajoute aux difficultés qui se rencontrent dans ^introduction de Talgalie. Quand on a différé si long-temps d'administrer les secours , la saignée, les bains, les fomentations émollientes deviennent nécessaires, avant de pouvoir profiter des ressources que Fart nous offre dans l'emploi de la sonde, il ne survient x>^s des accidens
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si graves lorsque le développement de la vessie s'est opéré avec jonteur j mais ce viscère perd toujours, à la suite de cette distension excessive, une grande partie de son élasticité : pour lui rendre la force contractile que lui a fait perdre la distension énorme à laquelle il avait été porté, on peut conseiller les injections d'eaux thermales, soit ferrugineuses, soit sulfureuses, celles faites avec des solutions de sulfate acidulé d'alumine.
Quelquefois, dans les derniers mois de la grossesse, les femmes ressentent en urinant une cuisson considérable, et elles éprouvent les accidens de la strangurie, de la dysurie ou del'ischurie, expressions qui ne désignent que des variétés du même phéno' mène, et qu'on emploie selon que l'urine, dont l'expulsion est gênée, coule goutte à goutte et avec difficulté^ ou qu'elle ne coule pas du tout. Elles ont des envies fréquentes d'uriner, qui sont accompagnées, dans quelques cas, d'une douleur aussi vive que s'il existait une pierre dans la vessie, ou bien un ulcère à son col, quoiqu'aucune de ces circonstances n^exisîej car cet accident disparaît souvent inconlinent après raccoucbement. La plupart des auteurs ont pensé que ces douleurs, ces épreintes , sont produites par l'urine qui séjourne dans la vessie et y acquiert de l'âcreté. Ils ont en conséquence conseillé de soutenir l'abdomen pour diminuer l'obliquité antérieure qui force l'urine à s'amasser dans les rides qui se forment dans le corps de la vessie, qui est portée en bas et en avant*
" Ces accidens dépendent d'un vrai catarrhe de la vessie, dont l'existence est prouvée par les douleurs que ressent la femme dans la région de la vessie. Les douleurs que suscite celle maladie produisent souvent l'insomnie. Les flocons blanchâtres, la matière purulente que l'on trouve dans les urines, ne laissent aucun doute que la difficulté ou le défaut de l'écoulement sont occasionés par l'inflammation dont est atteinte la membrane muqueuse de cet organe. On doit mettre la femme dans lé bain, que l'on réitérera aussi souvent que les symplômes inflammatoires l'exigero-nt, et entretenir des fomenlations émollientes sur la région hypogastrique. Il serait utile d'injecter dans la vessie un liquide émollient.
On est assuré que les épreintes dont se plaint la femme r^e déptendent pas de la présence d'une pierre lorsqu'avant la fin de la grossesse elle n'avait jamais ressenti de douleurs dans la vessie,
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rrî éprouvé (le difficultés cPuriner. Il est cependant plus prudent, pour assurer son diagnostique^ de porter une algalie dans la vessie; car il existe quelques exemples de pierres contenues dans la vessie qui, avant la grossesse, n'avaient donné aucune marque de leur présence, et qui ont occasioné, à raison de cet élat^ des douleurs insupportables , lorsque la matrice a été assez développée pour comprimer ce viscère, et diriger la pierre vers son col. Lorsque les douleurs qu^éprouve une femme enceinte atteinte de la pierre sont irès-vives, la lithotomie peut devenir indispensable pour prévenir Tavortement. Elle serait surtout nécessaire s'il était impossible de remédier à la rétention d^urine par l'introduction de la sonde.
Le gonflement des liémorrhoïdes, auxquelles plusieurs femmes sontsujettes vers les derniers temps de la grossesse^ peut occasioner la difficulté d'uriner. L'inflammation se propage jusqu^au col de la vessie, et peut s'opposera l'introduction de la sonde. On calme les accidens par les sangsues à l'anus, au périnée, et par les bains. La dysurie peut encore dépendre d'une affection hystérique qui s'est fixée sur les reins et la vessie.
L'incontinence d'urine n'attaque les femmes grosses que dans les trois derniers mois. L'atonie du col qui surviendrait après une forte compression de la part de la matrice dans les commencemens , pourrait cependant produire plus lot cet écoulement involontaire des urines. On peut faire çlisparaître cette atonie en employant les injections d'eaux thermales, comme celles de Barèges, de Balaruc, de Gauteretz, etc. 5 mais celle qui arrive vers la fm de la grossesse, parce que la matrice comprime le fond de la vessie, ne peut cesser qu'après Taccouchement. La guérison radicale n^étant pas possible, on met la femme à même de garder les urines un peu plus long-temps, en soutenant l'abdomen pour que la matrice presse moins sur là vessie. Les femmes n'éprouvent celte incommodité que lorsqu'elles sont debout. Elle n'offre rien de fâcheux, et ne les fatigue que par le désagrément qu'elles éprouvent de se sentir mouillées à chaque instant.
De la Dyspnée,
Vers les derniers mois delà grossesse, quelques femmes sont suj'eltes à une difficulté de respirer. On l'observe spécialement
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chez celles qui oui la poitrine e'Lroite el le bassin peu e'vase. Plus la nialrice s'élève perpendiculairement, plus la gène de la respiralion esl considérable. Celles qui sont aslhmaliques, sujelles aux calarrhes, sont encore lourmenlées d'une manière plus vive. Les femmes dont la poitrine est mal conforme'e sont également plus sujettes à la toux, au crachement de sang, elc. , dont je parlerai dans l'article suivant. La difficulté de respirer qui tient à l'état de grossesse, et qui seule peut éire considérée comme symplomalique, est bien plus fréquente dans une première gestation que dans les suivantes. Les tégumens du bas-venlre, offrant plus de résistance, la matrice ne peut pas se porter en avant, comme elle fait dans les grossesses suivantes, où les enveloppes du bas-venlre, devenues plus souples , cèdent facilement à l'impulsion de l'ulérus.
On ne peut que soulager dans cette affection, qui dépend de la diminution de la capacité de la poitrine que l'on ne peut pas éviter, puisqu'elle est produite par une cause inhérente à la grossesse, savoir, le développement considérable de la matrice et son élévation qui ont lieu pendant sa durée. Tant que cette gène de la respiration n'est accompagnée d'aucun signe d'engorgement des poumons , elle n^exige qu'un peu plus d'allenlion dans le régime. La malade doit manger peu à la fois , et éviter toutes les substances venteuses, qui, en distendant l'estomac, refouleraient encore le diaphragme et diminueraient la capacité de la poitrine. Lorsque la difficulté de respirer est accompagnée d'oppression, de suffocation ou de signes de pléthore, on doit pratiquer une saignée du bras, qui , en désemplissant les poumons, facilite l'entrée d'une quantité d'air suffisante pour la respiration. Le régime doit être plus sévère.
L examen du tempérament de la femme , les signes commémoralifs apprennent si la dyspnée est idiopathique, c'est-à-dire, si elle dépend d'une affection des poumons ou de la poitrine : dans ce cas elle existait avant la conception, et elle est seulement aggravée par la grossesse^ elle n'exige que le traitement de k maladie aiguë ou chronique dont elle est la conséquence.
De la Toux et de V Hémoptysie.
Quand la toux qui attaque les femmes dans les commeneemens de la grossesse est produite par cet étal, elle est «ne touxd'irïi-
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talion ; elle doit ét^re consiaerée comme sympathique, et prod'uiîe par l'affeclion ile ruîérus et le trouble du système nerveux, dont les effets se re'pèlent sur les organes de la respiration. On remarque qu'il n''est aucun organe, aucun système de l^e'conomie qui ne puisse être affeclé sympalhiquement, à raison de l'affection primitive de l'ulèrus; mais chacunFeslà sa manière : d'où naissent les incommodités varie'es dont j'ai traité jusqu'à présent, et qui, dans les premiers temps, sont presque toujours symptomaliques. Cette toux nerveuse doit être bien distinguée de celle qui est produite par une fluxion catarrhale ou par la pléthore des poumons , parce que le traitement doit être différent.
La toux catarrhale est produite par le passage subit du froid au chaud, et est toujours accompagnée d'enchifrenement, d'en-' rouement, de mal de gorge, de pesanteur de télé, et d''un léger frisson vers le soir, avec fièvre. Aucun de ces symptômes He s'observe dans la toux d'irritation produite par la grossesse. Lorsque la toux qui survient chez la femme enceinte est suivie d'une expectoration abondante au moment de la coclion, c'est un rhume, un catarrhe ordinaire qui complique cet état 3 en quoi cette loux accidentelle, indépendante de la grossesse, diffère essentiellement de la toux d'irritation qui en est la conséquence, et dans laquelle il n'y a peint ou peu d'expectoration de matières rauqueues. Je ne parlerai pas de la toux qui provient d'un rhume, d'une fluxion catarrhale, qui, étant de même nature que celle qui attaque les autres personnes qui seraient enrhumées , n'exige pas d'autre traitement que celui qui est indiqué dans toute autre circonstance^ comme les adoucissans, les béchiques. La saignée du bras peut devenir nécessaire chez une femme grosse, si la toux est violente. On doit seulement apporter plus d'attention à celle indisposition dans l'état de grossesse, parce qu'elle est bien plus dangereuse, et peut provoquer Tavortement.
La loux occasionée par l'engorgement des poumons a lieu le plus communément vers la fin de la grossesse. La dilatation et Télévation de la matrice en sont la cause occasionelle. La matrice ne peut pas s'élever à mesure qu'elle se développe sans rétrécir la cavité de la poitrine par le refoulement des intestins et du diaphragme qu^eile pousse au-devant d'elle. Une autre cause vient encore ajouter à la difficulté que cette compression des poumons doit apporter dans l'exercice de leuri fonclions. Lorsque la ma«
r,ES XCCWESJ DE LA GROSSESSE. 87
Irice est considérableineiU dislentlue^ elle s'oppose à la dilalalion de la poilrine et à celle des poumons, en empêchant les cotes de s'e'lever dans le moment de Tinspiration , à cause de Tétat de tension où se trouvent les muscles abdominaux qui , par leur partie supérieure , sont attachés à la charpente osseuse de la poilrine. L'obstacle qui empêche la poilrine de s'agrandir pour recevoir la quantité d'air nécessaire pour la respiration est un inconvénient d^\utant plus grave^ que la pression que la matrice exerce en même temps sur l'aorte abdominale , empêchant le sang de parvenir avec la même facilité aux membres abdominaux^ déterr mine vers les poumons une plus grande quantité de sang qu'ils n'en doivent recevoir dans l'état naturel.
■ Pans la toux qui dépend de la plélhore des poumons ; le pouls est plein ^ les douleurs de télé Lien plus fortes et susceptibles de s'exaspérer^au moindre exercice. Comme dans la toux d'irritation , on n'observe pas d'expectoration 3 la malade se plaint d'une espèce de constriction spàsmodique du thorax^ d'un sentiment continuel de chaleur ou d'ardeur avant que l'expectoration se manifeste. Cet élat est aisé à distinguer de la distension flalulente de Tes- ■lomac, qui peut aussi donner lieu à une toux sym.pathique. Ce viscère, distendu par des vents , peut gêner les mouvemens du diaphragme et de la poitrine; comme le fait la matrice par son développement. Celte touxstomacale n'est pas rare chezles femmes enceintes ; dont les digestions sont assez souvent dérangées j elle est accompagnée de dégoûts ^ de nausées 3 la bouche est mau" vaise.
La toux qui survient pendant la grossesse est toujours très-dan gereuse, quelle que soit sa nature. La secousse qu'elle excite cause des maux de lélC; la perte du sommeil; la difficulté de respirer, la fièvre. L^ébranlement qu'elle occasione peut rupturer les vaisseaux du poumon j et produire des crachemens de sang plus ou moins abondans. Cette hémoptysie des femmes grosses est si dangereuse; qu'il est prudent de conseillera celles qui crachent le sang abondamment de ne plus devenir mères par la suite. La fluxion qui se fait vers la poitrine ; à chaque grossesse nouvelle ; affaiblit de plus en plus cet organe 5 et Ton voit ordinairement ces femmes périr, quelque temps après être accouchées. Sil existait déjà; avant la grossesse; un yiçe idiopathique du poumon qui se manifestait par la toux ; des douleurs à la poi-
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trine^ au dos, entre les deux épaules, les crachcniens de sang font encore courir plus de dangers à la femme.
On observe quelquefois que les femmes chez lesquelles il existait, avant la grossesse, un vice organique considérable du poumon , se portent mieux, et semblent guéries pendant les trois premiers mois de la gestation ; mais que, vers le quatrième et le cinquième, la toux, les douleurs , le crachement de sang , et les autres symptômes de la phthisie reviennent avec plus de force. Ces femmes parviennent cependant jusqu'à la fin de la grossesse, et accouchent heureusement 5 mais elles périssent communément qiielque temps après être accouchées.
La secousse qu^occasione la toux peut encore déterminer Tavortement, parce qu'elle détruit les adhérences du placenta et du chorion. On doit craindre qu^elle ne produise cet accident lorsque les mamelles se flétrissent, que le ventre s'affaisse, et qu'il survient des douleurs de reins»
Si la toux symptomalique qui provient d'un état d'irritation est légère, le régime, les bains chauds des pieds et des jambes, quelques anii-spasmodiques suffisent pour calmer la femme. Mais lorsqu'elle est violente , continuelle, on ne peut pas se dispenser de pratiquer la saignée : les femmes en éprouvent ordinairement beaucoup de soulagement. Les caïmans, les narcotiques, employés après la saignée , sont utiles pour combattre l'irritation et le spasme qui accompagnent cette toux. On ne peut également dissiper que par la saignée et un régime sévère celle qui dépend delà quantité de sang qui surcharge le poumon. Il est toujours important de tenir le ventre libre. Dans la toux produite par l'affection de l'estomac , qui est distendu par des flatuosités, on doit ordonner les fortifians, les stomachiques, pour remédier à la faiblesse des organes digestifs, qui en est la cause déterminante. Si cette toux stomacale est accompagnée d'embarras gastrique , le vomitif doit précéder l'usage des stomachiques.
Des Palpitations.
Les palpitations déterminées par la grossesse sont une affection purement nerveuse , et un des nombreux symptômes par lesquels s'annonce l'affection hystérique. Aussi les femmes de ce tempérament, celles qui eh ont déjà éprouvé avant la conception , sont-
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elles plus sujelles à être lournj,enlées de celle incommodilé pendant leur grossesse. Deux causes inhérentes à leur nouvel e'iat font qu'elles sont plus fréquentes et plus fatigantes chez elles. La pression exercée par la matrice sur les arlères iliaques et autres vaisseaux de l'abdomen donne lieu au reflux du sang vers les parties supérieures. Vers les derniers temps delà gestation, l'estomac et le diaphragme sont refoulés } le péricarde et le cœur en sont plus ou moins déplacés ;, ce qui doit nécessairement influer sur les mouvemens de ce dernier organe , et peut leur donner plus d'irrégularité et de violence qu^à l'ordinaire. Ces palpitations sympathiques sont plus forles lorsque la femme est couchée sur le dos que quand elle est debout^ lorsque son esloinac est rempli de flatuosités , parce que la gène qu'en éprouve le cœur est plus grande. Elles ne présentent pas d'autres indications que dans les circonstances ordinaires 5 souvent elles ne cessent qu'après l'accouchement. J'observerai seulement que la saignée que quelques auteurs proposent sans distinction pour calmer les palpitations ^ ne convient pas toujours. Si quelquefois le reflux du sang vers le cœur les produit en gênant ses contractions ; souvent aussi elles tirent leur origine de la mobilité seule du système nerveux chez une femme délicate. La grossesse augmentant la susceptibilité , la moindre cause suffit pour porter le trouble dans le système nerveux , et donner lieu aux vertiges ^ aux palpitations. L'observation prouve que toutes les affections vives de l'âme, en troublant le système nerveux , portent aussi leur influence sur le système vasculaire. L'examen du tempérament de la femme, les signes comraémoratifs les font aiséineiU distinguer de celles qui dépendraient d'un vice organique du cœur ou de maladies des poumons. Ces dernières ne sont susceptibles que de remèdes palliatifs.
De VOEdeme,
L'œdème des jambes , des cuisses ; des parties génitales , est un accident assez ordinaire dans la grossesse. Celui qui s'élend jusqu'aux cuisses gène les mouvemens. La pression de la matrice 6ur la veine cave abdominale et sur les vaisseaux qui portent la lymphe des membres abdominaux au canal ihoracique est la cause occasionelle de cette infiltration de la sérosité dans le tissu cel-
lulaire sous-culanë qui conslilueJ''œcième. Il résulte des expe'riences de Richard Lower qu'on peut dëlenniner arlificiellement des épanchernens en liant les veines. L'œdème des femmes grosses ])eul élre de deux espèces : Tun tient à un état de plélliore , et laulre à un èlal d'atonie. Chez les femmes^ jeunes , pléthoriques , l'œdème est quelquefois accompagné de douleur , de chaleur, de réniîeuce de la partie, qui ne conserve pas Timpression du doi»!, d'une légère teinte inflammatoire dans la couleur de ia peau ^ au ]ieu de la pâleur qui caractérise la leucophlegmalie par atonie. Tous CCS signes, réunis à la force et à la plénitude du pouls, indiquent évidemment que cet œdème , qui survient ordinairement lout-à-coup , est accompagné d'une espèce de réaction. On doit l'assimiler à Fhydropisie que l'on a vu survenir en un instant chez des individus pour être entrés dans une cave ou tout autre lieu froid lorsqu'ils étaient échauffés : on sait qu'elle exige les antiphlogistiques et même la saignée. Le diagnostique de cette espèce d'œdème mérite beaucoup d'allenlion ^ puisqu'elle demande un régime anti-phlogistique , qui serait nuisible dans Taulre espèce.
J'ai vu des exemples d'œdème accompagné d'une sorte de réaction dans le temps que je suivais les leçons cliniques de M. Corvisart. Ce praticien célèbre ordonna la saignée , le petitlait édulcoré et nitré. Les jeunes-gens qui en étaient atteints furent soukgés par la saignée, et guérirent en employant les seuls anli-phlogistiques.
J^ai observé un autre exemple d'œdème de cette espèce à l'Hôlel-Dieu^Je l'étudiai avec d'autant plus de soin, que le chirurgien en chef et M. Sosquillon furent partagés d'opinion sur la nature de cette tuméfaction. Le premier la considéra comme une tu^ meur blaîiche des articulations, et le second la regarda comme un gonflement inflammatoire qui participait en quelque chose de la nature de l'œdème, que Ton devait combattre par la saignée. L'expérience prouva la vérité du jugement porté par M. Bosquillon^ car, dès la première saignée, le volume de la cuisse qiii était lé siège du gonflement diminua au moins de moitié. M. Breschet , dans ses savantes recherches sur l'hydropisie active du lissu cellulaire, cite plusieurs observations d'anasarques inflammatoires ou produites par un état de pléthore.
L'œdème par atonie arrive chez les femmes faibles : il est de même nature que eclui que l'on observe chez les convaiescens»
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Par leur consliiulion, les femmes sont nalurellement plus dispose'es aux iiifillralions. Celle disposition est encore plus marque'e pendant la grossesse; qui fait prédominer les fluides blancs, ce qui a fait dire aux auteurs que le^ystème lymphalique prédomine chez les femmes , et plus spécialement encore chez celles qui sont grosses. J^û fait voir que celle infiltration de la sérosité dans le tissu cellulaire est, au contraire; un indice d'une débilité relative. Les femmes dont les enfans sont volumineux, celles qui en portent deux, sont plus sujettes à l'œdème. Si Finfiltralion est légère, un régime tonique, le vin, les cordiaux, les infusions aromatiques , suffisent pour ranimer les forces , et donner du ton aux vaisseaux. On peut aussi chercher à augmenter l'action vitale de la partie par des frictions sèches avec une flanelle imprégnée de la vapeur de substances aromatiques. Si l'œdème fait des progrès malgré ces moyens , on doit employer les diurétiques, les préparations martiales, ou les eaux minérales ferrugineuses. Oii applique sur les parties des compresses trempées dans des décoctions aromatiques. Si l'infiltration est si considérable qu'elle donne lieu de craindre la crevasse de la peau , il faut donner issue au liquide épanché dans le tissu cellulaire sous-cutané par de légères mouchetures aux pieds et aux jambes. S'il s'agissait de dissiper une infillralion séreuse qui aurait son siège aux grandes lèvres, on doit préférer aux mouchetures l'application d'un vésicatoire entre les cuisses et les grandes lèvres. En suivant ce conseil donné par Levret , on évite qu'il se forme des cicatrices qui pourraient enlever à ces parties leur souplesse et gêner leur développement dans l'accouchement.
Des Varices.
Les varices sont encore un accident assez commun dans la grossesse^ il arrive surtout aux femmes qui portent leur enfant fort bas. Toutes choses égales d'aille\irs , les femmes dont la fibre est molle et lâche y sont plus exposées. On rencontre cependant quelquefois cette dilatation de quelques veines même chez des femmes robustes et dont la filtre est rigide, si elles se liennenl long-temps debout , comme dans Fexercice pénible de blanchisseuse.
Ces tumeurs, formées par la dilatation de quelques veines eu-
q2, DES ACCIDENS DE LA GHOâSESSE.
gorgées ; se nianifeslcnt le plus souvent vers le huitième ou le neuvième mois de la grossesse. Le trajet de la veine saphène (fe'moro-poplitée) est le siège le plus ordinaire des varices. On en voit cependant aux grandes lèvres , au vagin , et même au col de la matrice. Celles qui occupent l'orifice de Tulèrus gênent singulièrement dans l'accouchement ^ et exigent beaucoup d^atlenlion de la part du médecin-accoucheur y parce qu'elles peuvent se ruplurer pendant le travail^ et causer une hèmorrhagie funeste On ne doit rien négliger pour en prévenir la rupture. Pour cela , pendant les efforts ; on repousse les vaisseaux ;, et on les soutient avec un ou deux doigls. On peut saigner du bras pour que îa dilalalion de l'orifice se fasse avec plus de facilité^ quoique, dans ce cas ; on se fût abstenu de la saignée sans celle complicalion. Après l'accouchement^ le tampon serait le moyen convenable pour suspendre une hèmorrhagie produite par la crevasse d'une varice du col delà matrice ou du vagin.
Les varices de l'intérieur du vagin^ celles des parties extérieures exigent les mêmes précautions de la part de l'aceoucheur pour en prévenir la rupture ;, qui exposerait la femme aux méjnes inconvéniens.
La prédisposition aux varices , qui se tire de la faiblesse naturelle ou accidentelle des vaisseaux , est favorisée pendant la grossesse par une constipation opiniâtre ; et par la compression exercée par la matrice sur les veines iliaques. On neul avec raison les regarder comme la cause occasionelle de la dilatation des veines situées aux membres abdominaux ou aux parlies génitales, à raison de la difficullé qu'elles opposent au retour du sang 5 d'où il résulte que l'on doit ranger parmi les moyens préservatifs l'allenlion d'entretenir la liberté du ventre par des laveuîens dès que l'on s'aperçoit que la femme grosse a quelque disposition à être constipée, ainsi que celle de rester debout le moins de temps possible. On doit conseiller à la femme de se coucher de temps en temps , avec la précaution de se tenir toujours sur Fun des côlés , pour diminuer la pression que la matrice exerce sur les vaisseaux sanguins qui rapportent le sang du bassin et des membres abdominaux.
La saignée , que quelques auteurs ont conseillée pour prévenir les varices, ne convient pas toujours. Si elle peut élre utile, pratiquée dans les premiers mois de la grossesse^ pour s'opposer
à la formalion des varices chez les femmes sanguines , elle serait nuisible à celles dont la fibre est Idche. Au seplième el huilième mois ; on ne peut qu'espérer de s'opposer à une dilatation ulle'rieure. La cure radicale est impossible dans les varices fort anciennes qui se sont de'jà manifestées lors d'une gestation antécédente; on est réduit à la cure palliative ^ même chez les femmes pléthoriques ; parce que les veines ont perdu leur ton. Lorsqu'elles ont déjà eu lieu dans une grossesse antécédente; le plus petii obstacle suffit pour les produire dans les grossesses subséquentes : quelquefois même ton des vaisseaux est tellement affaibli ; que les veines restent variqueuses long-temps après les couches.
Lorsque les varices sont volumineuses , il faut entourer la cuisse el la jambe qui en sont parsemées, de bandes circulaires que Ton serre en commençant par la partie inférieure des membres. On peut tremper les compresses qui enveloppent la partie dans une décoction aromatique et astringente. On applique le bandage le matin ^ lorsque les veines sont affaissées. Quelques auteurs ont même conseillé ^ pour procurer Taffaissement des veines lorsqu'elles sont exlraordinairement dilatées , de pratiquer la saignée avant d'employer la compression. On peut aussi; pour sou tenir les veineS; se servir de bas ou de culottes de peau de chien qu'on lace pai derrière. La pression uniforme que produisent ces moyens prévient la dilatation ultérieure des variées, et la rupture des vaisseaux , qui pourrait produire une hémorrhagie grave. Une compression exercée sur les deux extrémités des vaisseaux divisés suffit toujours pour se rendre maître du sang qui serait fourni par une crevasse survenue à une varice située à Tun des membres abdominaux.
Quand; pour soutenir les varices ; on emploie un bandage ; àes guêtres ; un pantalon convenablement serré avec un lacet ; « il faut avoir grande attention de saigner, dit Antoine Petit, » sans quoi le sang pourrait refluer vers la matrice et produire » l'avorlement , ou vers la poitrine et produire l'hémoptysie , » et par suite la phthisie ». Cette crainte me paraît peu fondée dans une congestion sanguine produit de l'atonie.
On ne doit pas en général ouvrir les varices avec la lancette : une hémorrhagie grave pourrait en être la suite.
fj/{ DES ACCIDENS DE LA GROSSESSE,
Des Htmorrlioïdes .
Les hémorrhoïdes ; les liimeurs hémorrhoïdales ; sont trèsfréquentes chez les femmes grosses. La compression que la matrice exerce sur le reclum ^ une constipalion opiniâtre sont des causes occasionelles qui favorisent leur apparition chez les femmes qui y sont pre'disposées ; et qui peuvent les produire par leur action long-temps continuée. Les hémorrhoïdes sont placées au dehors ou cachées dans le reclum , d'où leur division en hémorrhoïdes externes et en internes. On les divise encore en hémorrhoïdes fluentes et non-fluenles. Le plus souvent l'écoulement se fait en rouge 5 mais quelquefois il est blanchâtre^ muqueux et comme purulent. On pourrait; dit Stahl, donner le nom Shéniorrhoïdes aux tubercules qui fournissent du sang; et appeler tumeurs hémorrhoïdales les tubercules lisses , rénitens ; d'un roucrç violet que Ton trouve à la marge de l'anus ; et qui ne fluent pas. Stahl; Knébel; Hiidenbrant; ont observé que les femmes sont plus sujettes aux tumeurs héinorrhoïdales , tandis que les hommes le sont au contraire plus au flux hémorrhoïdal.
Pendant long-temps l'on a considéré; et même à présent quelques pathologisles regardent les hémorrhoïdes comme des tumeurs sanguines dues à la dilatation des veines hémorrhoïdales ; et les ont comparées à des varices. Ces deux maladies sont cependant très-différentes. Les varices constituent une maladie locale j les hémorrhoïdes tiennent toujours à une affection de la constitution toute entière. H y a toujours des signes qui annoncent un éréihisme général.
Les hémorrhoïdes sont toujours précédées des signes propres aux hémorrhagies actives ; comide sentiment de plénitude et de pesanteur aux environs de la partie d^où le sang coule ^ chaleur; démangeaison 3 il existe une sorte de constriction spasmodique dans les parties éloignées ; douleur de tétC; fièvre ; spasme de FestomaC; borborygmes. Leur formation est rapide; accompagnée cVinflammation locale. Les tumeurs sont dures ; douloureuses. \ies hémorrhoïdes se manifestent dans Fâg'e adulte 3 elles paraissent périodiquement; et dans les intervalles on n'en aperçoit aucune trace. Cependant; lorsque ces tumeurs sont invétérées , il reste quelquefois; après que le sang est rentré dans le torrent
&ES ACCîDEXs DE LA cr.ossr.ssE. q5
<\e la circulation^ des poches \i(les, fln-icjnes et molles^ dont la surface est ride'e. qui j.rennenl diiïérenfes formes^ et ne causent pas d'incommodile's , à moins qu'elles ne soient irès-prolon^ées et nombreuses ; car alors elles pendent autour de Tanus comme des doigts de gant^, et gênent beaucoup le malade quand il s'assied. On les appelle hémorrhoïdes jlétries ; elles sont sillonnées et plaies: ce qui les fait distinguer des excrescences vénériennes qui auraient le même siège ^ qui sont en général inégales et après à leur surface j d'une figure irrégulière , et laissent suinter une matière icîioreuse et fétide.
L'examen anatomique établit encore plus sûrement leur différence. Par la disseclion^, on ne trouve point de caillot inorsjanique^ mais le tissu, cellulaire infiltré de sang qui le rou<yil , comme l'avaient déjà indiqué Cullen et son commentateur le docteur Bosquillon. L'ouverture des cadavres a prouvé que le plus souvent il n'existe aucune dilatation des veines. C'est avec raison que Ledran les regarde comme des tumeurs spongieuses^ dont Texlirpation ne peut pas être suivie d'une héraorrhagie formidable ; comme le serait celle des tumeurs variqueuses. Si on trouve quelquefois cette dilatation des veines à l'ouverture des cadavres, c'est parce que les tumeurs hémorrhoïdaies étaient compliquées de vatices qui ont lieu quelquefois dans celte partie.
Les varices ont une marche différente 5 leur formation est lente, n'est point précédée de signes d'éréthisme, ni accompagnée d'inflammation. Les tumeurs sont le plus souvent molles. Les varices ne disparaissent pas au bout de quelque temps pour reparaître ensuite périodiquement comme les hémorrhoïdes ; elles ne fournissent pas un flux sanguin à des époques tantôt fixes ^ tantôt irreguiières , comme on le voit pour les hémorrhoïdes. Les varices sont plus volumineuses dans la vieillesse. On trouve par la dissection un caillot inorganique. On doit à M. Récamier, médecin de FHôtel-Dieu , aujourd'hui professeur de la Faculté, une dissertation sur ce sujet.
Je ne me propose pas dç traiter des hémorrhoïdes en général, mais seulement de celles qiii surviennent dans la grossesse, hes hémorrhoïdes qui flu eut modérément sont peu fâcheuses: cet écoulement est salutaire aux femmes grosses, parce qu'il dégorge toutes les parties. Les hémorrhoïdes qui ne fluent pas sont ordinairement dures et très-douloureuses^ et j^euvent influer d'une
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manière faciieuse sur la grossesse. Elles commencent assez souvent par un prurit incommode aux environs de l'anus , ou qui se fait sentir profondément dans le rectum ^ comme s'il y avait des vers. La démanofeaison est quelquefois tellement vive, que les malades s'écorchent à force de se gratter. Elles causent une pesanteur incommode vers le rectum , des ténesmes qui obligent à se pre'senler souvent à la garde-robe. Quoique les selles soient fluides ; les efforts réitérés et infructueux que fait la malade font sorlir une matière muqueuse qui ressemble quelquefois à du blanc (i'œuf, et qui est parfois un peu teinte de sang. Si les matières sont dures ^ elles enîraînent assez souvent l'extrémité du rectum.
Les hémorrhoïdes produisent une irritation vive vers le col de la vessie, quelquefois une dysurie, et même une rétention absolue de l'urine. L'irritation qu'en éprouve la vessie , à cause de son voisinage^ peut être assez vive pour produire une phlegraasie vésicale accompagnée de douleurs aiguës dans cet organe. Celte cystite symptomatique n'est pas aussi dangereuse que celle qui est idiopathique : elle cesse avec la cause qui l'a fait naître. Chez les hommes, on observe en outre un chatouillement au gland , des érections fréquentes et douloureuses qui donnent assez souvent lieu à des pollutions pendant la nuil : l'espèce de convulsion qui les accompagne ne fait qu'augmenter le mal. D'autres éprouvent une démangeaison au scrotum , une rétraction des teslicules; qui se gonflent et deviennent douloureux, ainsi que les glandes ir>guinales.
Souvent les femmes ne peuvent marcher ni se tenir debout. Ces tubercules gênent pour s'asseoir. Si la douleur est très-vive, il survient des coliques que l'on pourrait appeler, avec Stoll, hé- Tiiorriioïdales ; des ténesmes, des borborygmes , des maux de léîe, de rinsomnicj, de la fièvre, des mouvemens spasmodiques dans l'estomac et les intestins. Les malades se plaignent d'un malaise ] général, d'une lassitude dans tous les membres, de difficulté de respirer, d'un sentiment de formication ou d'engourdissement et de pesanteur dans les cuisses. La digestion est ordinairement difficile, et il survient un méléorisme de l'abdomen lorsque le rétrécissement du rectum ou le resserrement spasmodique du sphincter empêche la sortie des vents. Les malades sont souvent tourmentées par une chaleur mordicanle dans la paume des mains, à là plante des pieds.
Il existe quelquefois une conslrielion spasmodique du recluni qui est accompagnée des douleurs les plus vives. Ces spasmes resserrent, dans quelques cas, tellement le sphincter, qu'il est impossible de pouvoir donner des lavemens : ils sont si douloureux parfois, qu'ils privent du sommeil: l'avortement peut eu élre la suite.
La toux, l'e'ternuement augmentent la douleur, soitqu'elle soit produilepar Tinflammation ou par une conslrielion spasmodique des fibres musculaires du rectum. Il est souvent urgent de la calmer. Si elle devient excessive^ il surviendra inflammation, suppuration, ulcères de mauvais caractère, et par suile fistule. On a vu plus d'une fois des fistules devoir leur origine à des hémorrhoïdes mal traitées. Lorsque l'inflammation est excessive, et que l'on ne replace pas à temps dans le rectum la tumeur qui en est sortie, le sphincter de l'anus, en se contractant, agit sur elle comme une ligature, et l'étrangle. Ces tumeurs deviennent bleuâtres ^ et le bourrelet que forme l'intestin renversé se gangrène. Il survient assez souvent des douleurs vives dans l'abdomen, qui feraient périr la malade si l'on ne se hâtait pas de scarifier la partie.
Les accès sont plus ou moins intenses : leur durée offre aussi beaucoup de variétés. Chez quelques individus^ les attaques reviennent à des périodes fixes. On a observé que l'usage des plaisirs vénériens aggrave les désordres produits par les hémorrhoïdes. L'hémorrhoïdaire doit éviter de satisfaire cet appétit, non-seulement pendant la durée des accès , mais encore aux approches de l'époque à laquelle ils ont coutume de paraître.
Les hémorrhoïdes, après avoir paru et disparu plusieurs fois, de sanguines qu'elles étaient , finissent par dégénérer en une masse spongieuse, charnue, assez consistante, qui n''estplns susceptible de s'affaisser. Ces tumeurs gênent assez souvent, par leur situation et leur volume, Tévacualion des matières fécales et la station sur les fesses. On est alors obligé d'en faire l'extirpation, ainsi que de celles qui menacent de prendre le caractère cancéreux,
La suppression des hémorrhoïdes peut amener après elle des affections raorbifiques très-graves. Alberti ne laisse rien à désirer sur le traitement qui convient lorsqu'elles viennent à se supprimer. Il se présente, dans le cas d'hémoirhoïdes supprimées , trois indications à remplir : la première est de rappeler le flux
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vers îa parlie où il doit se farire ; la seconcie consiste à combatire les causes qui ont pu y donner lieu , si elles persistent encore. Quelquefois on ne peut soupçonner d'anUe cause que l'irritation d'un organe qui attire à lui le sang qui se portait à Fanus. La troisième a pour objet de remédier aux accidens que leur suppression a détermines vers d'autres organes. Pour satisfaire à la première indication , qui consiste à rappeler vers l'anus le flux qui , en se portant vers un organe essentiel , y a déterminé des altérations graves ;j on doit appliquer proraptement des sangsues autour de Fanus. Ce moyen simple est recommandé par tous les médecins qui ont parlé de cette suppression. Si l'application des sangsues ne suffit pas , on doit appliquer des ventouses que Fou •scarifie. Il est aussi utile de recourir à Faloès; dont Futilité pou? rappeler les hémorrhoïdes supprimées paraît si bien prouvée pair l'observation.
Les moyens auxquels on a recours pour remplir la seconde indication doivent varier suivant les causes qui ont donné lieu à la suppression. Les accidens qui existent , les organes où ils oni leur siège ^ doivent guider le praticien dans le choix des moyens ù employer pour satisfaire à la troisième indication.
Les hémorrhoïdes doivent quelquefois être considérées comme symplomatiqnes : telles sont celles qui se déclarent à la suivie d'une aberration du flux menstruel. Pour combattre cette tendance vicieuse , on doit s'occuper de rappeler les règles. Jusqu'à ce qu'on y ait réussi, on doit respecter cet écoulement. Chez les femmes qui approchent du temps critique, les hémorrhoïdes sont quelquefois une excrétion salutaire que la ftaturese ménage. Souyent cette évacuation délivre les femmes des accidens qui sont «ne suite si ordinaire de la cessation des i vigies.
Quelques auteurs conseillent d^appliquer les sangsues àla marge de Fanus ; ou sur la tumeur méme^ pour calmer la douleur et pour remédier à k tension, inflammatoire de la partie tuméfiée. Il est vrai que , quand on en applique une quantité suffisante sur le lieu douloureux ;^ elles procurent momenlanéuient l'affaissement et la mollesse de la partie qui était rénitente j mais bientôt la douleur des piqûres détermine un afflux de sang plus considérable qu'il nélait avant. On prescrit une dièle adoucissante 5 on doit insis^ 1er sur les lavemens émolliens y quoique les malades y répugnent^, parce que leur administration est difficile et douloiu'euse. Il est
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Utile de bassiner les parues avec des décodions ëmoliientes 0:1 h'iëii de les exposer à la vapenr de ces mêmes liquides. On doit éviter d'y appliquer des topiques qui seraient répercussifs. On peut appliquer dessus Tongent populeuni ^ la crème fraîche , le baume tranquille. Si les he'inorrhoïdes sont internes , on peut introduire dans le rectum des suppositoires faits avec le beurre de cacao , et qu'on y maintient avec un bandage en T. La femme doit être couche'e tantôt sur un côle' ^ tantôt sur l'autre. ^ Lorsque la douleur est excessive , quelques praticiens ont propose' d'ouvrir les he'morrhoïdes j mais l'application des sangsues doit élre pre'fe're'e à l'incision avec la lancette, qui irrite davantage, en niëine temps qu'elle fournit moins de sang. Antoine Petit assure que l'expe'rienCe a appris que , dans le cas où la tumeur est enflamme'e , douloureuse et très-rénitenle, le pédicule prend im mauvais caractère , et dégénère en fistule lorsqu'on ouvre les tubercules avec la lanCetle^
Quelques auteurs distinguent les liemorrhoïdes en idiopathiques et en constitutionnelles. Les premières sont une simple affection locale du rectum • les secondes tiennent à une disposition ge'nérale dont elles sont les suites ou les symplômes. Cette distinction est essentielle et peut influer sur le traitement; mais la première espèce de tumeur doit être considérée comme des varices , et non comme des liemorrhoïdes. Ces tumeurs étant une affection purement locale , disparaissent avec la cause qui les a fait nailre. Elles se bornent à l'anus , au rectum , et leurs symptômes sont ordinairement légers et locaux. Elles n'exigent^ pour l'ordinaire , que des remèdes topiques pour rétablir le ton des vaisseaux. Parmi ces topiques , l'eau froide tient le premier rang et produit d^exeellens effets. Rivière , Selle , Stoll , Hildebrant et plusieurs autres auteurs , en recommandent l'usage. C'est sur ces tumeurs seulement que l'on peut appliquer les dissolutions astringentes de sulfate d'alumine, les décoctions d'écorce de chéne«
Au contraire, les vraies hémorrhoïdes sont toujours constitutionnelles, et affectent tous les autres organes par une espèce de consensus. Elles sont longues et difficiles à guérir t quelquefois même elles sont incurables ^ Leur traitement exige beaucoup de prudence; elles demandent des remèdes internes.
Lorsqu'il y a constipation opiniâtre, si les lavemens ne suffisent pas pour rétablir la liberté du ventre , on doit recourir j*
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de doux purgalifs , comme la casse, la manne, les tamarins. Plusieurs liémorrhoïdaires ne peuvent pas supporter raclioil des purgatifs salins, ou de ceux tirés de la rhubarbe , qui augmentent, comme Tonl observé Cullen et Hildebrant, la douleur et le gonflement des tumeurs.
-Les lotions et les lavemens d'eau froide , qui sont utiles lorsq-ue les hémorrhoïdes sont une affection purement locale, exigent beaucoup de circonspection dans leur usage si la maladie est constitutionnelle. Il est des circonstances où leur emploi pourrait déterminer des congestions dans d'autres organes, soit parce qu'ils sent affaiblis , soit parce qu'il y existe un foyer d'irritation propre à y attirer les fluides pour la plus légère cause. On doit s'abstenir de ces applications d'eau froide lorsqu'on a lieu de fedupçonner des obstructions au foie 3 lorsque la malade a eu àes crachemeiis ou des vomissemens de sang -, lorsqu'il y a disposition à l'apoplexie j lorsqu'il y a pléthore générale , et que les tumeurs hémorrhoïdales sont très-douloureuses. Pour les administrer, on doit encore attendre que l'écoulement ait cessé, s'il est actif 5 que les tumeurs hémorrhoïdales , qui sont toujours l'effet d'une pléthore locale, soient affaissées. La pléthore générale exige la saignée , et celle du rectum l'application des sangsues. On doit distinguer deux temps dans le traitement de cette i)lélhore locale des gros intestins. Il est des moyens qui ont pour effet de la corriger lorsqu'elle existe , d'autres qui sont propres à la prévenir. Les lavemens d'eau froide peuvent être utiles pour prévenir les rechutes. Ils fortifient le rectum en rétablissant le ton des vaisseaux des gros intestins; ils diminuent nécessairement l'afflux de sang dans les vaisseaux hémorrhoïdaux , ce qui constitue la seconde indication qu'on a à remplir dans la cure des hémorrhoïdes.
11 faut éviter que l'eau soit trop froide dans les commencemens j un froid trop vif pourrait produire des accidens chez les personnes irritables, comme Hildebrant l'a vu une fois. Les lavemens d'eau froide sont un des meilleurs toniques auxquels on puisse recourir toutes les fois qu'avec la disposition hémorrhoïdale il existe une faiblesse du canal intestinal , ou que l'écoulement est devenu passif et a affaibli tout le corps. On doit les préférer , si le cas n'est pas urgent, aux infusions froides d'alun, de sulfate de fer (viiriol de mars), qui sont trop irritantes.
DES AjCCIDUNS de LA GROSSESSE. ICI
Les lie'juorrhoules penveiil se rupiurer pendant Ica riTorls du travail de renfanleinenl. 11 arrive aussi souvent, chez les femmes qui y sont sujettes^ que la partie inférieure du rectum est pousse'e en dehors avec les tubercules qui sont place's dans son inle'rieur. quand on n'a pas l'attention de soutenir convenablement cette partie. On craint que cette rupture spontane'e des he'morrhoïdes , ou que l'ouverture que l'on y pratiquerait avec la lancette ne produise des hémorrhagies difficiles à arrêter. Quand il est survenu des hémorrhagies aussi graves à la suite d'une rupture opérée pendant les eiïorls du travail^ c'est qu'alors les hémorrhoïdes étaient compliquées de varices. Si le sang coule assez abondamment par les hémorrhoïdes ; soit qu'il y ait rupture ou non , pour menacer la vie de la malade ^ on doit conseiller d'abord , comme dans touîe autre hémorrhagie^ le repos , la situation horizontale sur un sommier de crin. On a recours ensuite aux applicalfbns d'eau froide sur l'amis ^ Tabdomen. Si les hémorrhoïdes sont internes , on doit injecter de l'eau froide dans le rectum , dans les cas extrêmes de l'eau froide alumineuse y de l'eau végéto-milier aie.
Lorsque tous les autres moyens sont inutiles^ on doit^ dans «n cas aussi grave ', si les hémorrhoïdes sont internes^ pratiquer une compression avec le double tampon imaginé par J. L. Petit pour remédier aux hémorrhagies qui surviennent après l'opération^ de la fistule à l'anus ; et que M. Boyer a adaplé avec succès aux hémorrhagies qui sont la suite de Topération de la taille. Dans un cas oiï le double tampon n'avait pas pu réussir pour arréler une hémorrhagie survenue à la suite de l'extirpation d'iiémorrhoïdes internes devenues squirrheuses , M. Boyer appliqua sur l'anus un linge dont le centre fut enfonce dans le rectum. Le cul-de-sac fut rempli de charpie , qu'on mainlint au moyen d'un bandage convenable. Il réussit par là à arréler Thémorrhagie.
J'observe sur - le - champ qu'après l'accouchement quelques femmes sont atteintes d'hémorrhordes dont la douleur est si vive qu'elle les prive du sommeil. La violence du travail paraît peu influer sur leur apparition. On les observe aussi souvent chez celles dont le travail a élé facile que chez celles où il a été laborieux. On voit même quelquefois des femmes ^ habituellement sujettes aux hémorrhoïdes , n'en éprouver aucune atteinte à la suite de leurs couches , si la délivrance ne correspond pas à Vé^
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poque >']e rcfforl liémorrhagique qui produit le flux hemorrhoïdal. Lorsque les nouvelles accouchées en sorU tourmenle'es ^ le gonflement des tubercules survient communément aux approches de la fièvre de lait ou pendant sa durée. L'application des médicamens répercussifs aurait encore des suites plus fâcheuses que pendant lé cours de la grossesse. On doit, pour ainsi dire, respecter cette incommodité , et se contenter de bassiner les parties tuméfiées avec des décoctions émoliienîes , de les enduire avec des substances adoucissantes ; ou de -Vider les tubercules hémorrhoïdaux avec les sangsues lorsqu'ils sont gonflés et douloureux.
Des Hernies produites par la grossesse.
Je ne parlerai pas des hernies produites par la grossesse, parce qu'elles n'exigent pas d'autre traitement que celui des hernies en général pour les réduire ou les maintenir réduites. Je dois cependant observer que , pendant la grossesse j deux causes se réunissent pour disposer les femmes aux hernies. D'une part , cet état rend la fibre plus lâche , plus molle , parce que les fluides blancs sont plus abondans : cet état de mollesse dispose les fibres à céder plus facilement à Timpulsion des parties contenues dans le bas-ventre lorsqu'elles viennent à se présenter aux ouvertures naturelles. De Faulre , la matrice , en s'élevant dans Fabdomen , refoule au-devant d'elle les intestins et l'épiploon. Forcés de lui céder la place , ils tendent à sortir quelquefois par les ouvertures inguinales , par-dessous les ligamens iléo-pubiens ; mais le plus souvent à travers l'ombilic. Les hernies occasionées par le développement de la matrice disparaissent après raccouchemenl. On a vu quelquefois cet organe , en se développant , faire rentrer des hernies qui existaient avant la conception: mais ces dernières ressortent immédiatement après l'accouchement. Les intestins ne sont pas les seuls organes contenus dans le bas-ventre qui puissent faire hernie durant la gestation. La vessie ^ soulevée par la matrice , fait quelquefois saillie aux environs du pubis. Dans d'autres circonstances, on la voit s'insinuer dans le tissu cellulaire qui entoure le vagin et descendre jusqu'au périnée dont elle écarte les fibres. Lorsque le ventre acquier; un très-grand développement, et que les fibres aponévroliques de la ligne blan-
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ch^; qui sont amincies^ aiïiiiblies , olTrent peu de re.'.islance ^ ilsiirvieiiUjiielqiieroiS;, entre les inuscles droits^ un écarlemcnl plus^ ou moins considérable. Les viscères du bas-ventre peuvent s'engager dans cet intervalle;, et y éprouver une pression. On doit rapprocher les parties écartées , et les maintenir en contact en faisant porter une large ceinture élastique. Une nouvelle grossesse augmenterait cet accident.
Il est encore quelques autres accidens , comme Fliémorrliagie utérine , les convulsions ; à la production desquels concourt la grossesse^ mais dont je remets l'exposition au moment où je parlerai des circonstances qui rendent raccouchement contre nature, parce que c^est à cette époque qu'on les observe le plus communément , et qu'ils font courir plus de dangers à la femme.
Il est beaucoup d'autres accidens qui accompagnent la grossesse, mais qui n'en sont pas les suites. Je ne dois pas en conséquence en parler, puisque cet état ne concourt en rien à leur production , quoiqu'il puisse en augmenter les dangers lorsqu'ils surviennent pendant qu'il existe.
En traitant des accidens qui arrivent dans les premiers mois de la gestation /j'ai fait remarquer qu'ils étaient presque tous produits par trois ou quatre causes générales : le spasme qui a lieu au moment de la conception , et qui de Tutérus se propage à d'autres organes dont il dérange les fonctions , un état de pléthore , la saburre des premières voies , la faiblesse des organes de la digestion. Il est également facile de s'apercevoir que la compression exercée par la matrice concourt à la production des maladies qui surviennent le plus communément dans les derniers mois de la grossesse, quoiqu'on ne puisse pas la regarder coujiue la cause unique. Si elle s'exerce sur le rectum , elle 'donne lieu à ia constipation, àla dysurie3 à Finconlinence d'urine si elle porte sur la vessie.
La dyspnée, la toux, l'hémoptysie, les palpitations reconnaissent quelquefois pour cause occasionelle , chez les femmes grosses, le refoulement des viscères du bas-ventre déterminé par l'élévation de la matrice; dans les cas même où ces accidens trouveraient leur source dans une disposition particulière de 1 eçonomie , ils so'nt constannnent aggravés par le développement, qu'acquiert l'utérus. Les varices, rœdcme sont produits par h-
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compression qu'exerce la matrice sur les veines et sur les vaisseaux lymphatiques dans lesquels elle gène la circulation.
Conduite que doit tenir le médecin lorsque lajemme est atteinte de quelque maladie aiguë pendant la grossesse.
Il me paraît utile ^ avant d'abandonner les phénomènes mor- Lifiques qui compliquent quelquefois la grossesse^ de proposer encore quelques réflexions propres à diriger dans le traitement des maladies aiguës dont les femmes peuvent être attaquées pendant ce temps. En traitant d'une manière générale des maladies qui attaquent les femmes grosses à une époque quelconque de la gestation ; je ne me propose de faire mention que des différences que l'on a cru qu'elles devraient présenter dans le traitement relativement à l'état de grossesse. Tant que Ton a pensé avec les anciens que la grossesse conire-indiquait l'emploi de tous les moyens énergiques dans les maladies aiguës dont elles sont atteintes, on était fondé en quelque sorte à regarder avec Hippocrafe cette corfiplication comme mortelle. Mais depuis que l'on s'est convaincu, par l'observation, que Ton pouvait employer à-peu-près le même traitement que dans toute autre circonstance ^ en usant seulement de plus de ménagemens , on a vu que les maladies aiguës ne mettaient pas toujours les femmes grosses dans un danger imminent de perdre la vie. Si la méthode expectante convient plus spécialement dans les maladies aiguës des femmes enceintes, le médecin doit cependant agir au besoin soit pour modérer les mouvemens de la nature lorsqu'ils sont trop forts, soit pour les exciter lorsqu'ils sont trop faibles , soit enfin pour les ramener à une direction plus favorable quand ils en ont pris une vicieuse.
Doit-on employer , pendant le cours de la grossesse, les vomitifs dans les maladies où ils font une partie essentielle du traitement, comme dans les fièvres méningogaslriques ( bilieuses ) (i)? Plusieurs praticiens les défendent, parce qu'ils crai-
(i) Je n'entends pas parler de ceux qui les croient contre-indiqués à raison de la phlegmasie de la muqueuse gastrique dans laquelle ils font consister la nature de cette indisposition qu'ils ne regardent pas comme une fièvre essentielle. Je raisonne uniquement dans l'opinion de ceux qui n'ont pas changé de manière de voir sur la nature de ces fièvres»
gnent qu'ils ne produisent ravorlemenl , ei conseillent d'y su^ ple'er par des purgatifs. Ces derniers ne peuvent cependaiu pas leur être substitués avec avantage dans les cas où les matières «irangères ont leur siège dan^ l'estomac. L'emploi des vomitifà. exige de la prudence ^ m^is c'est à tort que l'on se priverait de ce me'dicament , donné à petites doses, dans les maladies aiguës des femmes grosses , où ce moyen est le plus efficace pour en favoriser la crise, et pour en abréger la durée, qui peut avoir des suites fâcheuses pour la mère et pour Tenfant. Le vomissement survenant assez souvent spontanément dans ces maladies, il peut être excité par l'art, à raison de celle tendance naturelle sans efforts considérables. D'ailleurs , l'exemple des femmes devenues grosses contre leur vœu , qui ont souvent recours au vomitif pour se faire avorter , mais presque toujours sans réussir dans leur dessein, prouve que le vomissement sollicité par l'art n'est pas aussi dangereux que le prétendent ces praticiens.
Plus la grossesse est avancée, plus l'usage des vomitifs exige de niénagemens , sans qu'on doive cependant s^en abstenir dans les deux derniers mois, si leur usage est fortement indiqué. Plus la femme est irritable et avorte pour la plus légère cause, plus ils exigent de circonspection. Si, chez une femme faible et irritable, on redoute l'action violente d'un émétique qui est indiqué , ne pourrait-on pas solliciter les contractions de l'estomac en remplissant cet organe de fluides ? On doit moins redouter les vomitifs si la femme est robuste, si elle n'a jamais avorté, quoiqu'elle ait été sujette aux vomissemens dans les autres grossesses. On préfère ordinairement l'ipécacuanha pour solliciter le vomissement chez les femmes grosses. Je crois , avec Tissot , que dans les fièvres méningogastriques , où il s'agit de procurer des évacuations bilieuses y le larlrate antimonié de potasse est plus avantageux que l'ipécacuanha.
L^état de grossesse ne contre-indique pas non plus l'usage des boissons acidulées prises à froid , qui sont si utiles dans les fièvres bilieuses, pourvu qu'on les emploie avec circonspection. Mais lorsque cette complication n'existe pas, on doit éviter de prendre , dans le temps de la grossesse, des boissons très-froides, parce qu'elles peuvent occasioner des coliques violentes.
Tous les praticiens modernes conviennent que Vtm peut saigner dans les maladies inflammatoires qui surviennent durant la
grossesse; en se réglant , dans radministralion de ce moyen , d'après la constitution de la femme et Tinlensité de la maladie. L'observation a prouvé que le pre'ceple donné par Hippocrate, dans l'aphorisme 3o de la section V; de s'abstenir de la saignée/ surtout vers la fin de la grossesse , est fondé sur un préjugé/ comme l'avait reconnu Celse. Mulier utero gerens venâ sectâ ahortity idque potissimum si fœtus grandiorfuerit. On est étonné/ en lisant les observations de Mauriceau , de voir avec quelle facilité les femmes enceintes supportent des saignées abondantes. Il cite l'exemple dedeux femmes dont l'une a été saignée quarantehuit fois; et 1 autre quatre-vingt-dix ^ pour une suffocation et une oppression. Si ces exemples nesontpas àimiter^ du moins cet abus prouve très-bien le peu de danger de la saignée lorsqu'on en use modérément , et seulement d'après des considérations puissantes.
Si l'on croyait la saignée du pied plus convenable , parce qu'on partage l'opinion de ceux qui la regardent comme nécessaire dans toutes les maladies inflammatoires qui ont leur siège au-dessus du diaphragme^ et dans le cas d'apoplexie ; de .convulsions qui tiendraient à l'engorgement du cerveau , on pourrait hardiment la pratiquer sans craindre l'avortement. D'ailleurs ; on ne peut conserver l'enfant qu'en sauvant la mère. Si la saignée du pied était le seul moyen d'assurer les jours de la mère^ on ne devrait pas s'en abstenir sous prétexte de ménager le fœtus , quand il serait constant qu'elle expose quelque peu la femme à avorter. La saignée du bras , que redoutent ces praticiens , serait souvent plus avantageuse que celle du pied. Cette assertion est prouvée par plusieurs observations, où l'on a vu les convulsions ^ par exemple^ être augmentées par la saignée du pied , tandis que des femmes ont été soulagées ensuite par celle du bras.
Les auteurs , entre autres Galien parmi les anciens ; Solano de Lucques , Quesnay parmi les modernes ; se sont beaucoup occupés du lieu où il fallait saigner dans les diverses maladies. Le choix de la saignée , l'endroit où on doit la faire , leur ont paru subordonnés au siège de l'affection. Dans les maladies qui attaquent des organes situés au-dessus du diaphragme , on doit pratiquer la saignée aux parties inférieures pour la rendre révulsive^ et vice, versa pour celles qui ont leur siège au - dessous du diaphragme. Si ; au contraire, on veut attirer le sang vers la partie malcide^ il faut la pratiquer le plus près possible de l'organe où
existe l'aclion contre nature à laquelle on se propose de remédier : on lui donne alors le nom de saignée dêrwative. Quoique les idées des Galénistes et de quelques médecins modernes sur les effets révulsifs et dérivatifs attribués à la saignée me parais^ sent fondées sur des faits mal observés^ ou sur des cas particuliers dont on a tiré des conclusions trop générales , je m'abstiendrai de prononcer affirmativement dans une question aussi importante. L'indécision qui règne encore parmi les praticiens sur un point de pratique agité depuis Galien jusqu'à nous , adopté et combattu par les médecins les plus célèbres , prouve bien la vérité de cette sentence aphoristique d''Eip'pocTSile:EjcpenentiaJallax f judîciiun difficile,
Xn lieu de s'occuper de déterminer quel est le lieu oiî l'on doit pratiquer la saignée dans les diverses maladies^ il serait bien plus important , comme l'a observé Bichat ^ « de savoir quand ?) il faut agir par la saignée sur la circulation générale^ quand
» il faut agir au contraire sur la capillaire On doit distin-
M guer deux espèces de saignées : Fune extrait le sang de la cir- » cuîation générale ; l'autre de la capillaire , comme les sang- » sues ; les ventouses : cette dernière convient dans les engor- 5) gemens locaux. »
Les saignées générales ^ en diminuant la masse du sang dans les gros troncs 7 préviennent ou diminuent la réaction vitale. Gomme elles agissent principalement sur le système vascuîaire ^ quel que soit le lieu où l'on ouvre la veine ^ l'espèce de vaisseau que l'on choisisse , elles rempliront toujours leur principale indication y qui est de tirer du sang , d'en diminuer la masse. La sensibilité diminue dans la proportion du sang qui a été évacué.
On peut purger dans tous les temps de la grossesse ^ si la femme est atteinte d'une maladie aiguë qui exige l'emploi des évacuans. Les modernes ont appris par Texpérience que l'on doit s^écarter du précepte d'Hippocrate ^ qui en borne l'usage du quatrième au septième mois.
J^ai déjà indiqué que la grossesse ne contre-indiquait pas l'emploi des bains dans le trfî.ilement des maladies aiguës dont les femmes peuvent être atteintes pendant sa durée.
Les narcotiques, en général , n'ont pas des effets aussi prononcés dans les maladies des femmes grosses que dans tout autre temps. Le soulagement qu'ils produisent est moins durable. On
loS DES ACCIDEAS DE LA Gr.OSSCSSE.
ne doit cependant pas se p'^iver de ce moyen curalif, pourvu qu'on remploie avec circonspection dans les cas où les femmes éprouver! l des accidens qui exigent leur usage.
Quand la grossesse est compliquée d'une hydropisie ascite ou enkystée, d'une anasarque générale, on doit s'abstenir des diurétiques actifs et des hydragogues pendant toute sa durée. La cure radicale ne peut être tentée, en usant de ces moyens, qu'après laccouchemenl. On doit adopter d'autant plus volontiers cette règle de conduite dictée par la prudence, qu'en général la cure des hydropisies est moins urgente pendant la grossesse, parce qu'elles font ordinairement des progrès moins rapides que dans tout autre temps. Les toniques, les martiaux, les eaux minérales ferrugineuses , sont les seuls médicamens que l'on doit employer pour s'opposer à l'accroissement de la maladie , comme je l'ai conseillé pour l'œdème suite de l'atonie.
Si l'hydropisie qui complique la grossesse était assez considérable pour menacer la femme de suffocation , il ne faudrait pas différer de pratiquer la ponction connue sous le nom de paracentèse ^ à laquelle on a quelquefois recours dans les cas ordinaires dliydropisie ascite ou enkystée. Quoique le succès de l'opéralioti soit très-incertain pour la mère, elle devient nécessaire pour la conservation de l'enfant , que Ton sauve presque constamment en prolongeant la grossesse. Quelques exemples attestent que Ton a quelquefois l'avantage de soustraire, par la paracentèse, la femme à une mort qui, dans cette circonstance, eût été inévitable sans l'emploi de ce moyen.
Plusieurs médecins regardent l'accouchement comme le moyen le plus sûr de délivrer les femmes des maladies dont elles sont ailaquées pendant la grossesse : elles ne peuvent en éprouver de soulagement qu'autant que les maladies dont elles sont atteintes seraient produites par cet étal; mais si leurs incommodités en sont indépendantes, comme des fièvres continues, des plilegmasies locales , une dysenterie, etc. , loin de diminuer après l'accouchement, lors même qu'il se déclarerait naturellement, elles deviennent au contraire plus dangereuses. Les femmes ne tardent pas à succomber , parce que le travail de l'accouchement et les suites des couches troublent la nature dans les crises qu'elle préméditait pour la guérison de ces maladies. On a encore plus à craindre si on sollicite le travail par l'art , lorsqu'un organe quel-
DES ACCIDENS DE LA GROSSESSE. lOQ
conque esl affecté ^ que la nature , ainsi distraite, ne puisse pas fournir convenablement l'évacuation des lochies et la séçrélion laiteuse, et qu'il ne se fasse une congestion plus considérable vers Torgane malade.
On doit regarder comme dangereux le conseil de ceux qui veulent que Ton cherche à procurer l'avorteraent dans le cas où l'enfant serait mort, dans la crainte que, si l'enfant vient à se pulréBer dans la matrice, celle fonle putride ne doittie lieu à des accidens qui pourraient causer la mort de la mère. Outre que celle crainîe est peu fondée, la conduite de ceux qui veulent que l'on accouche la femme dès que l'on croit que l'enfant est mort, est téméraire et hasardée , parce que l'on n'a jamais de certitude de sa mort, mais seulement des conjectures plus ou moins fondées. Ces praticiens établissent la nécessité d'accélérer raccouchement sur ce que^ lorsque l'enfant esl mort et que les femmes le portent, long-temps, elles sont alteinles d'une fièvre lente qui les consume. En effet, il arrive assez souvent, lorsqu'une femme grosse porte un enfant mort, qu'elle ressent des lassitudes dans les membres , et qu'elle éprouve de légères horripilationsj l'appétit se perd^ les joues deviennent livides, la léte douloureuse j les yeux sont caves et cernés; la femme est dans un état de langueur j une matière fétide s'écoule par les parties génitales. Quoique ces accidens s'observent assez souvent chez les femmes qui portent un enfant mort, ils ne suffisent pas pour autoriser à solliciter l'avortement. Les remèdrs que l'on emploierait pour y réussir aggraveraient encore les désordres. On doit se borner à soutenir les forces par les décoctions de quinquina et par des eaux spirilueuses. La femme succombe rarement quand elle est bien dirigée , quel que soit le temps pendant lequel elle porte dans son sein un enfant putréfié.
M. Çhambon proscrit avec raison les emménagogues que quelques auteurs ont conseillés lorsque l'enfant est mort dans la matrice. On ne doit pas non plus faire usage des cônes de plomb ou de bois poli qu'il conseille d'introduire dans Torifice pour l'entr'ouvrir : une dilatation obtenue par ce procédé ferait courir de très-grands dangers à la mère.
Maladies syphilitiques des Femmes grosses.
Ces maladies ont le même caractère chez les femmes grosses que chez celles qui ne le sont pas. Leurs causes, leurs symptômes
sont les mêmes que dans toutes les autres maladies vénériennes. Je ferai seulement mention des parlicularite's qu'elles présentent chez les femmes enceintes ^ et des différences que cet état doit apporler dans leur traitement.
Cette maladie produit des effets bien plus funestes dans l'état de grossesse^ elle porte atteinte en même temps à deux individus } l'enfant est exposé à venir au monde avant terme. Le plus souvent^ si la mère n'a pas été traitée convenablement; il naît mort ou dans nn état de marasme qui le menace d'une destruction prochaine. Quand on considère que le plus grand nombre des femmes atteintes de véroles anciennes accouchent avant terme, que les enfans viennent au monde mort ou dans un état de marasme qui leur devient bientôt funeste, on est porté naturellement à admellre que la syphilis est la cause de tous ces désordres.
Les caractères de la décrépitude que présente le visage des enfans qui naissent vivans, leur peau ridée, flélrie, ne sont- ils pas à leur tour des symptômes qui indiquent l'existence de la vérole ?
Ce ne fut qu'en i GSg qu'on s'occupa du traitement à administrer aux femmes grosses infectées de maladies vénériennes. Jusqu'alors on ne les traitait qu'après raccouchement. A cette époque, un médecin nommé Garnier s'efforça de prouver que non-seulement on peut traiter, mais encore qu'il serait avantageux de traiter, pen^ dantle cours de la grossesse, une femme qui serait atteinte du virus * vérolique. C'est le moyen de prévenir l'avortement et de garantir l'enfant de linfeclion dont il pourrait être victime 5 cur l'expérience apprend qu'en même temps qu'en traitant la femme grosse on la délivre de cette terrible maladie, on guérit aussi l'enfant dans le sein de sa mère en lui portant le remède par la voie par laquelle le virus avait étéintroduit. LaFaculté, consultée par l'Administration, adopta les vues de ce médecin philanthrope 5 ce qui décida à entreprendre le traitement des femmes grosses.
On doit seulement en excepter les derniers temps de la gfos-^ sesse, lorsque le traitement ne pourrait pas être achevé avant Faccouchement. La diarrhée et la salivation qui surviennent quelquefois pourraient rendre les suites de couches dangereuses. On n'entreprend pas le traitement des femmes grosses au-delà de sept mois et demi pour les maladies récentes, et de sept au plus dans celles qui sont anciennes. Lors même que la grossesse est trop
DES ACCIDENS DE LA Gr.OSSESSE. Ht
avancée pour que l'on puisse traiter complètement une femme enceinte infectée de la maladie vénérienne^ il serait peut-être avantageux de commencer le traitement pour en suspendre les progrès. On se contente de donner quelques frictions volantes ou quelques verres de dissolution de muriale suroxigéné de mercure. S'il y a des symptômes locaux ; comme chancres ^ pustules et ^ulreS; on applique dessus les topiques indiqués par la nature du mal.
L'intérêt de l'enfant dicîe aussi de commencer le traitement pendant la grossesse, quoiqu'on ne puisse pas le terminer : il est moins incommodé du mercure lorsqu'il en a éprouvé les premiers effets dans le sein maternel. L'expérience apprend que les préparations anti-syphilitiques, administrées à la mère après l'accouchement, produisent bien moins souvent chez ces enfans que chez les autres de lagitalion , des coliques sans déjections alvines^ iine chaleur acre et brûlante, des mouvemens convulsifs. On calme d'une manière surprenante ces mouvemens convulsifs par Tusage des lavemens camphrés.
Les auteurs recommandent aussi de ne point traiter les femmes avant trois mois de grossesse. L'irritabilité plus grande de la femme, la salivation, les nausées, les vomissemens , la diarrhée les coliques, accidens si fréquens à ceLte époque, et qui seraient aggravés par l'usage du mercure, me font penser qu'il est prudent de ne pas entreprendre le traitement avant cette époque. Mais , pour empêcher la maladie de faire des progrès ^ on doit administrer au moins , comme dans le cas pirécédent , quelques palliatifs, jusqu'à l'époque où l'on pourra traiter méthodiquement la femme sans avoir rien à craindre pour elle.
Comment préparer les Femmes grosses au traitement?
On évite de purger, comme le recommande Antoine Petit. A k rigueur , on pourrait absolument se passer de faire prendre des bains aux femmes grosses avant le traitement. Si elles sont trèsfaibles, il serait dangereux de leur en faire prendre. Dans les cas ordinaires, il vaut mieux administrer quelques bains ^vant le traitement 3 mais on y aura recourjs biens moins fréquemment que chez celles qui ne sont pas grosses.
Des bains trop rapprochés, trop chauds, dans lesquels la femme reste trop long-temps, peuvent causer l'avortement, surtout si elle est d'une fiiible compîexion. Les avoriemens étaient fréquens
Iî2 BES ACGIDENS DE LA GliOSSESSE. ;
à Bicétre chez les femmes grosses lorsqu'elles prenaient neuf bains !
de suite; comme c'élait l'usage. Ils sont devenus plus rares lors- •'
que M. Cullerier eut changé de méthode. Les femmes ne doivent !
rester dans le bain que de demi-heure à une heure au plus. Sa !
température doit être de vingt-sept degrés environ.
La solution aqueuse de muriate suroxigéné de mercure; les :
frictions ; sont les seules méthodes que Texpérience prouve être '
. avantageuses : on peut les combiner. On n'a pas toujours la li- \
berté de choisir. Le muriate suroxigéné de mercure doit élre ^
préféré dans les maladies invétérées; à moins que la constitution ;
du sujet ne s'y oppose. La liqueur de Van-SwiéteU; dont il fait >
la base ; ne convient pas aux phthisiques, aux hémoptysiques; ou !
à ceux qui ont une disposition à ces maladies. Mais Texpérience ;
journalière a prouvé; à l'hospice des Vénériens ; que les per- :
sonnes faibles supportent aussi bien cette préparation que celles \
qui sont plus fortes.
On emploie plus ordinairement, dans cet hospice ; le traite- [
ment par le muriate suroxigéné de mercure que celui par les •
frictions. On y a observé que ces dernières exposent plus les
femmes à la salivation pendant le traitement que la liqueur de i
Yan-Swiéten. \ Si on préfère; avec Antoine Petit, les frictions avec l'onguent i mercuriel aux mercuriaux pris intérieurement; parce que; ditil; ils causeraient des vomissemens; des diarrhées qui pourraient ■ élre suivis d'avortement; on doit commencer par un demi-gros d'onguent napolitain. On élève successivement la dose à un gros ; et à un gros et demi. Les femmes nerveuses sont plus exposées < à être affectées gravement par le mercure. On met trois jours | d'intervalle entre chaque friction; et même pluS; si la mère j éprouve quelque accident. On s'exposerait à nuire à son enfant ] si on portait les frictions à de plus fortes doses ou qu'on les rap- ; prochât davantage. On évite ; en les éloignant ainsi; que la bouche soit affectée. ; Antoine Petit conseille de mettre; sur une once de cet on-* i guent; deux scrupules de camphre. Cette précaution me paraît ■ très-sage: l'addition du camphre prémunit les nerfs contre les j effets du mercure ; et retarde singulièrement la salivation. Ce ' praticien préférait que l'on fît seulement les frictions sur les bras j et les épaules. On peut en faire sans inconvé;iicns sur les pieds ^ j
DES ACCIDENS DE LA GROSSESSE. f|3
îes jambes et même sur les cuisses. On doit frictionner le^èrenient les cuisses , à cause du voisinage de la matrice. On passe successivement d'une jambe à l'autre; on frictionne de préférence la partie interne des membres.
Pendant le traitement , on fait prendre des bains tous les <]fuatre fOUrs. Si la femme est faible , si on craint Tavortement, oq peut mettre six et même huit jours d'intervalle entre chaq^ue bain.
Quatre ou cinq onces de pommade suffisent quand la maladie est récente. H en faut quelquefois depuis cinq onces jusqu'à sept en huit quand la maladie est ancienne et rebelle.
On doit continuer le traitement quinze à vingt jours après la disparition des symptômes.
Lorsque la salivation survient pendant les frictions ; les baina très-chauds^, les purgatifs que l'on emploie dans les cas ordinaires pour l'arrêter , seraient dangereux. On doit suspendre le traitement^ et donner des gargarismes adoucissans auxquels on peut ajouter un demi-grain ou un grain d'opium , une tisane adoucissante et opiacée à la dose d'un grain par pinte, des lavemens émoliiens ou légèrement laxatifs. Lorsqu'il n'y a plus d'irritation, les gargarismes doivent être alumineux ou acidulés.
La crainte qu^avait Antoine Petit des mercuriaux pris par la bouche est peu fondée. Non-seulement on peut employer le mercure doux, dont il permet l'usage, à la dose d'un grain et demi ^ deux grains, de deux jours l'un; mais encore on peut donner le sublimé corrosif ( muriate suroxigéné de mercure ).
Si on accorde la préférence au muriate suroxigéné de mercure, on doit commencer par un huitième de grain seulement. On passe ensuite à un quart de grain. Au bout de quelque temps, on le donne à la dose d'un demi-grain par jour, si la liqueur n'irrite pas trop vivement l'estomac. Si cet organe est agacé par l'usage de cette liqueur, on s'en tient pendant tout le traitement à un quart de grain.
On administre ce remède dans un verre d'une décoction de graine de lin, dans du lait, dans un look gommeux, ou dans le sirop sudorifique^ dans le cas où on l'emploie à raison de la gravité des symptômes. Lorsque, malgré ce mélange et Taddition d'un sirop ou d'une dissolution de gomme arabique , l'estomac est pincé , le goût désagréablement affecté , que des nausées se T. H. 8
jl4 DES ACCIDEN'S DE LA GROSSESSE*
font sentir y on partage le remède en deux prises ^ dont l'une pouF le malin et. l'autre pour le soir. On se comporte ^ Felativemenl à l'emploi des bains ; comme je Tai indiqué pour les frictions.
La dose totale n'est pas la même pour toutes les malades t outre les modifications qu'exige le tempérament^ on doit surtout avoir égard à l'ancranneté et aux complications de la maladie.
Dans les maladies vénériennes récentes ;, il suffit de faire prenr dre à la malade une quantité de quinze à vingt grains de muriate de mercure suroxigéné. Quand les symptômes sont graves ^ la maladie ancienne ^ le traitement doit durer plus long-temps ^ et la dose totale doit être portée jusqu'à trente et même quarante grains. Lorsque le mal est parvenu à ce point , on a en outre recours aux sudorifiques en tisane et en sirop. La tisane est composée d'une once et demie de gaïac, et de demi-once de salsepareille dans deux pintes d'eau réduite en une. On peut porter la quaulité,de salsepareille à une once et demie.
On donne le sirop sudorifique ou de salsepareille à la dose de trois à six onces le matin. Quand on mêle la liqueur de Van-Swiélen au sirop , on ne doit faire le mélange qu'au moment seulement où la malade doit le boire, pour éviter sa décomposition.
M. Bouilay, pharmacien à Paris, rue des Fossés-Montmartre , a prouvé dans un Mémoire que le sublimé corrosif; uni au sirop de salsepareille , s'y décompose : d'où il résulte que l'on devrait les donner séparément et à des heures différentes.
Pendant le traitement, on doit éviter , autant que possible , de purger les femmes grosses : on doit user avec beaucoup de réserve des émulsions , qui pourraient troubler les digestions chez ces femmes , dont l'estomac est si souvent dérangé par cet état.
Ce traitement fini, Antoine Petit passe à Fusage du lait coupé avec les stomachiques , qu'il continue pendant un mois ou deux j ou bien il fait boire des eaux minérales acidulés pour rétablir Festoniac , qui a souffert pendant le trailemenl;
De V Ai'ortement.
Je donne le nom à^av^ortement à Fexpulsion prématurée du fœtus ; à quelque terme de la grossesse qu^elle arrive , réservant ^expression dejausse-couche adoptée par quelques auteurs pour | la sortie ou l'expulsion d'un corps quelconque étranger à la con-
DÉS ACOIDFNS DG LA GLOSSi: S-î: . tl5
Ception j ou au moins à la grossesse, ce qu'indique J'ailleiirs son nom.
L'avorlement est un accident qui peut arriver à toutes les époques de la grossisse } on Tobserve cependant pliis souvent dans les deux ou trois premiers mois que dans les autres ;, quand il n'est pas le produit d'une cause accidentelle. Gonside'ré sous le rapport de son invasion , il aurait donc dû être placé parmi les incommodités qui appartiennent pliis spécialement aux premiers liioiâ. Si j'ai remis son exposition après celle de tous les autres accidéns de la grossesse ^ c'est que laplupart d'entr'eux sont de nature à le produire. Pour indiquer les moyens de le prs'^enir^ il suffira j et il sera naturel de renvoyer à ce que j^aurai dit de chacun de ces accidéns en particulier.
Sœmmeririg dit avoir observé que^ dans Un certain nombre de fœlus avortés ; il y en a plus du sexe féminin que du sexe masculin , et aussi proportionnellement plus de difformes qiie de bien conformés.
Parmi les causes dont je ferai mention ^ il en est qu'on ne peut pas prévenir ^ et contre lesquelles tous les secours de Fart seraient inutiles. Les moyens curalifs que l'avorlement exige consistent â éloigner les causes qui l'ont déierminé, ri elles continuent d'agir, et à combattre les accidéns qu'elles ont fait naîlre.
Pendant long-temps^ les auteurs ont pris lés mots à^a^^orts^ ment y de fausse- couche j \)Our l'expulsion dé l'enfant hors dé l'utérus avant le terme ordinaire, quelle qire soit l'epociue où Cet accident arrive. Mais dans ces derniers temps , ils ont généralement restreint le terme à'avortement à l'expulsion de l'enfant avant un terme de la grossesse où il soit assez développé pouf continuer de vivre après la naissance. Cette époque s'étend du moment de la naissance jusqu'au terme de sept mois révolus^ avant lequel ils pensent que les enfans n'ont pas acquis le degré de perfection nécessaire pour exécuter les diverses fonctions qui constituent la vie. Ils ont donné le nom de naissance prématurésà celle des enfans qui viennent au monde depuis le septième mois inciusivement, où ils sont regardés comme viables ^ jusqu'au terme ordinaire de la grossesse.
Celte distinction établie par les auteurs entre avortement et naissance prématurée , tirée de Fépoque pu l'on croit que commence la viabilité du fœtus ; suppose comme eerlain pe qui,
I 1 6 DES ACeiDENS DE LA GROSSESSE.
comme je l'ai dit^ est encore un sujet de controverse pour les médecins. On semble admettre comme constant que la viabilité n'a lieu qu'au terme de sept mois révolus. Or, quoique l'opinion la plus généralement admise ne fasse remonter la viabilité qu'au terme de sept mois accomplis ^ il faut convenir qu'il est dijBTicile déposer des limites sur le terme précis où la viabilité commence pour chaque individu /parce que la perfeclion du fœtus , qui est la seule règle que l'on puisse suivre pour fixer l'époque où commence l'aptitude à vivre, peut varier à l'infini. D'ailleurs , celte distincLion est peu importante à retenir , puisque ces deux états M'offrent pas des indications différentes lorsqu'il s'agit de préve-^ nir ou de remédier au travail accidentel qui s'est déclaré.
Des Causes de rAvortement.
Les causes de l'avorlement sont très-multipliées. On peut les rapporter : i°. à celles qui concernent la mère ; 2°. la matrice; 3". le foetus et ses dépendances , son placenta , son cordon oni^
bilical.
Des Causes d' Ai'ortement propres à la 77ière,
Les causes d'avortement particulières a la mère sont en plus ^grand nombre chez les femmes des villes que chez celles des campagnes. Cette prédisposition plus grande à l'avorlement chez les premières trouve sa source dans leur constitution , qui étant plus faible , plus irritable , fait qu'elles sont plus exposées à éprouver l'empire des passions. En effet, dans les villes les avorlemens sont le plus souvent dus à des causes morales 5 dans les campagnes , au contraire, lorsque la grossesse est troublée, l'expérience apprend que cet accident est le plus souvent produit par des coups, des chutes, des travaux excessifs, et autres causes analogues.
Pour se former une idée de la multiplicité des causes d'avortement qui tiennent aux dérangemens dont la mère est atteinte, il sufiit de se rappeler que souvent sa constitution, son tempérament, la prédisposent à cet accident; que le lieu qu'elle hahile, l'air qu'elle respire , les exercices auxquels elle se livre, les postures qu'elle prend, les passions dont elle est atteinte, toutes les impressions propres à l'émouvoir fortement qui viennent l'as-
DES 4CCIDENS DE LA GROSSESSE. iXj
saillir, les saisons, ies.habillemens, les alimens , les métlicainens, les maladies, soit aiguës, soit chroniques, qui surviennent pendant la grossesse . sont assez souvent des circonstances qui , par leur influence délétère, menacent la femme d'avortement ou qui le produisent.
Elles doivent se diviser en causes prédisposantes et en causes occasionelles. Les premières font que les femmes sont exposées à avorter avec plus de facilité lorsqu'elles éprouvent Faction des impressions extérieures.
Cette disposition particulière à Pavortement ne suffit pas ordinairement pour le produire; il faut encore qu'elle soit mise en jeu par des causes occasionelles, mais qui produisent d'autant plus d^effet qu'elles agissent sur des corps déjà mal disposés.
1*^. Quant à la prédisposition qui se tire de la constitution générale et du tempérament, l'observation apprend que les femmes éminemment nerveuses avortent facilement. On en a vu quelquesunes n'avoir pu réussir à porter à terme, quelques précautions qu'elles aient prises. Chez elles, Tulérus étant dans un spasme continuel, ne peut pas se prêter à Texlension nécessaire sans en éprouver une irritation qui sollicite son action. Un usage fréquent âes bains tièdes , même dès les commenceraens , combiné avec les anti-spasmodiques, et secondé d'un régime convenable, serait le moyen le plus sûr de conserver la grossesse, en remédiant à cette irritabilité nerveuse immodérée.
On observe encore que les femmes faibles , soit que cet état tienne à la constitution générale, ou que celte débilité ait été produite par des causes accidentelles , sont exposées à avorter pour la plus légère cause. L'expérience confirme chaque jour cette remarque, déjà faite par Hippocrale. C'est en affaiblissant la constitution qu'une diète sévère, de longues veilles, des saignées abondantes failes sans nécessité, que les observateurs rangent avec raison parmi les causes d'avortement, prédisposenî; les femmes à cet accident. Des veilles prolongées peuvent encore concourir à produire cet acxîident en augmentant l'iriilabilité. Chez ces femmes, les vaisseaux qui unissent le placenta avec la matrice ayant peu de consistance, la secousse la plus légère suffit pour détruire leur union , et produire Tavortement. Si l'observation apprend que les femmes faibles, épuisées par la faim ou la maladie, sont plus exposées à avorter, on les voit cependanl
ïîS DES ACCiDENS DE LA GROSSESSE.
quelquefois accoucher à terme, et d'enfans très-bien porîaTiSj. Dans tous ces cas, s^il existe un moyen d'assurer la grossesse^ il consiste à donner des alimens faciles à digérer et reslaurans. En nourrissant bien la femme , on a suspendu dans quelques cas le travail qui s'e'tait de'claré à la suite d'une absiinence totale des alimens pendant plusieurs jours. J'ai élé te'moin d'un exemple de cette espèce à ma salle d'accouchement. Si la consliluticn scorbutique de la femme fait craindre cet accident, on doit enir ployer, pour remédier à cette complication, qui trouble asseZt souvent la grossesse , les remèdes que l'expérience a appris elre les plus convenables pour détruire cette cachexie.
La pléthore sanguine peut aussi devenir une cause d'avorter ment 5 elle peut être générale ou locale. Cette dernière est peutêtre plus fréquente, en même temps qu'elle est plus fâcheuse. On a vu ces femmes avorter cinq ou six fois de suite, et n'avoir pu accoucher à terme et d'enfans vivans, que par àes saignées répétées très-souvent dans le cours de la grossesse , et même dès le commencement de la conception. Chez les femmes pléthoriques qui vivent splendidement et qui mènent une vie indo^ lente, les saignées générales sont souvent nécessaires pour évi^ ter Tavorlement : par ce moyen on fait cesser le travail qui s'était déclaré à raison, de cette disposition, quoique l'orifice de la matrice fût déjà èntr'ouvert de la largeur d^un écu de trois livres. Je pourrais ajouter plusieurs observations à celles que cite à ce sujet M. Baudelocque. Les saignées générales doivent être employées avec bien plus de réserve et de circonspection si la plér ihore est seulement locale, et s'obserye chez une femme faible* Malgré le préjugé général, ne pourrait-on pas la combattre par les saignées locales, les bains de vapeur, les injections vaginales propres à modérer l'excès de vie dont jouit l'utérus, et qui y détermine une congestion?
Lorsque le sang ne trouve pas d'issue et qu^il est retenu dans l'intervalle des membranes, l'avorlement est plus à craindre que lorsqu'il paraît sur-le-champ au dehors , soit qu'il soit fourni par une rupture des vaisseaux ou seulement par exhalation : eu effet, dans le premier cas , le sang qui est retenu entre les membranes les écarte de phjs en plus, tiraille les vaisseaux et de'terniine le décollement de la majeure partie du placenta.
2°. Relativement au lieu- qu'habile la femme, à l'air qu'elle -|
Ï)ES ACCIDENS f)E LA GROSSF.SSE. Tin
respire, ii est d'observation que les lieux marécageu'X, le voisinage des cimetières, des fosses d'aisances et autres cloaques où se dégagent des exhalaisons putrides, soit qu'elles soient dues à la pre'sence de corps d'animaux ou à celle de végétaux exposés à une décomposition spontanée^ le séjour dans des hôpitaux surchargés de malades et mal aérés, font que les femmes, qui le plus souvent sont fixées par leur profession dans ces lieux malsains^ sont Irès-exposées à avorter pour la plus légère cause. Dans Fimpossibilité où Ton est de les soustraire à Tinfluence délétère de #!es émanations, on doit au moins s'efforcer d'en affaiblir l'impression par diverses précautions que l'on ne saurait indiquer d'une manière générale, parce qu'elles tiennent aux circonstances où se trouvent les femmes.
. Les odeurs fortes et désagréables produisent souvent l'avorîemenl. On a vu des femmes avorter pour avoir respiré l'odeur du charbon, d'autres celle du suif dans des ateliers destinés à la confection de la chandelle.
Un air trop vif devient nuisible, parce qu'il peut occasioiieî" de& toux violentes. Un air trop humide relâche la fibre, ce qui peut devenir dangereux chez les femmes où elle pèche par défaul de ton. Il y a beaucoup plus d'inconvéniens que dans toute autre circonstance de la vie de s'exposer à la pluie et aux injures du temps y qui^ en développant des maladies aiguè's , peuvent occasioner l'avorteraent.
3^. Les maladies aiguës ou chroniques peuvent troubler la grossesse. Celles dont la femme grosse est attaquée sont étrangères à cet état ou bien produites par lui. Plus la douleur qui les accompagne est vive, plus il y a à craindre. Toutes les grandes douleurs, quel que soit leur siège, peuvent causer Favorlement. Plus l'organe affecté a des correspondances sympathiques avec Putérus, plus on doit redouter cet accident. La présence d'une pierre dans la vessie peut faire avorter une femme enceinte.
Il est d'observation journalière que les femmes infectées depuis lon^-temps du vice vénérien accouchent souvent avant terme, et d'enfans morts ou mourans , qui sont toujours maigres est comme macérés par les eaux de l'amnios. Un traitement convenable, dirigé d'après les circonstances qui compliquent la grossesse, eût prévenu ces accidens.
Des observations nombreuses apprennent que Ton voit i'it'n
plus d'avorlemens , bien plus d'enfans mourir dans les circonstances où les mères éprouvent des maladies. Cependanl il y a aussi beaucoup d'exemples contraires qui prouvent que, quoique les fœtus éprouvent des atteintes lorsque leurs mères sont malades, ils peuvent néanmoins venir au monde vivans, et seulement au terme naturel.
Les convulsions peuvent produire l'avorlement. Mais je consacrerai, dans un autre endroit , un article particulier à cette cause d'avortement et d'accouchement contre nature.
Tous les accidens de la grossesse , s'ils sont portés %uh degré très-intense , peuvent, comme nous l'avons vu, donner lieu à l'avorlement. Mais on doit spécialement redouter les dévoiemens opiniâtres, surtout lorsque le flux de ventre est accompagné d'épreintes et de ténesmes. J'ai dit, en traitant de cet accident, qu'Hippocrate le regardait comme un indice certain d^avortement. S'il doit alors raisonnablement faire craindre que la grossesse ne . parvienne pas au terme naturel , quelques exemples apprennent cependant qu^elle n^est pas toujours troublée.
Une toux violente , soit qu'elle ait son siège vers les poumons ou l'estomac , soit qu''elle doive éire considérée comme une toux d'irritation et nerveuse , est une cause assez fréquente d'avortement : elle fait courir plus de danger à la femme que le vomissement : il est même rare que ce dernier produise Tavortement, Dans le vomissement , les efforts se dirigent de bas en haut , et agissent peu sur la matrice. Dans la toux , l'impulsion se fait de haut en bas. Les contractions tendent à pousser l'utérus en bas.
Les coqueluches sont encore bien plus dangereuses , parce que, pendant les quintes , il peut survenir des contractions convulsives dans le diaphragme et les muscles du bas-ventre , déterminées par les accès. L'effet de ces contractions violentes porte sur la matrice et détruit l'adhésion du placenta.
4°. Toutes les passions dont la femme est atteinte, comme la .joie, un excès de colère, la crainte , une surprise, un violent •ehagrin j l'annonce d'une nouvelle affligeante ou imprévue, peuvent devenir autant de causes d'avortement , parce qu'elles sont de nature à occasioner un ébranlement comme' convulsif dans la machine.
5". Toutes les impressions vives, comme celles qui résulteraient ' de l'immersion subite dans l'eau froide ,. de liqueurs Irès-froides
dont la femme userait pour ëlancher sa soif^ agissent de la niëm« manière que les passions trop vives , et peuvent , comme elles , devenir causes d'avortement. On doit surtout redouter l'exposition de la gorge et des bras nus à un air très-vif. L^aclion de mettre les pieds en contact avec des corps froids peut aussi occasioner des coliques vives.
Au sujet des dangers résultant de passions ou d'émotions vives et brusques ; on doit conseiller la ne'cessité de la modération dans les plaisirs de l'amour : des embrassemens trop fréquens et trop ardens , que quelques femmes semblent désirer davantage après la conception , peuvent être regardés comme une des causes les plus ordinaires d'avortement. Ces jouissances sont surtout dangereuses dans les premiers temps et à la fin de la grossesse. Lorsque le médecin est consulté par une femme qui a déjà avorté plusieurs fois ; il doit lui conseiller de s'abstenir totalement des plaisirs de l'amour dès qu'elle se soupçonne grosse. L'acte de la copulation exalte la sensibilité de l'utérus, augmente l'afflux du sang vers cet organe , et produit un désordre dans toute Téconomie qui peut devenir nuisible , surtout chez les femmes d'un tempérament sensible et éminemment nerveux. L'irritation que cet acte établit vers l'ulérus peut occasioner par suite des per^ tes , ou bien détruire les faibles adhérences qui attachent un élre aussi frêle à la matrice. L'époque à laquelle les jouissances conjugales peuvent élre sujettes à plus d'inconvéniens est çells qui répond au retour périodique de la menstruation. L'incontinence pendant la grossesse a aussi des suites plus fâcheuses lorsque la femme est atteinte d'accidens dépendant d'un état spasmodique que le coït pourrait augmenter.
Plesman rapporte « qu'une femme d'un tempérament lascif j) éprouvait , pendant le cours de la grossesse , un frémissement » involontaire et très-visible , en entendant seulement prononcer » un mot qui pût lui rappeler l'idée du coït..... Ce phénomène » disparut après l'accouchement , comme tant d'autres singula- » rites que l'état de grossesse enfante. »
Celte modération dans l'usage du mariage semble être dictée par la nature , puisque nous voyons les femelles des animaux fuir le mâle dès qu'elles ont conçu.
L ébranlement qui résulterait d'un grand bruit, comme celui de canon ; d'un coup de tonnerre, peut introduire dans la matrice "
un ëlal coiivulsif ^ lequel est suivi du décollement du placenta et de ravorlement. M. Baudelocque rapportait^ dans ses leçons, que pendant les huit premiers jours qui suivirent Fexplosion de la plaine de Grenelle ; il avait été' appelé pour soixante et deux femmes en péril ou en état d'avorlement. Lors de cette forte détonation , l'épouvante qui se joignit à la commotion fit périr plusieurs fœtus dans le sein de leur mère y et détermina , chez un millier d'autres femmes qui n'étaient pas enceintes , des spasmes^ des accès hystériques , des raouvemens convulsifs.
6®. Quant aux [causes externes qui produisent une secousse, il est d'observation constante que les coups j les chocs portés sur la région hypogastrique , les chutes sur celte région ^produisent souvent l'avortement.
no. Les habillemens trop serrés ont le même mode d'action : le ventre comprimé par des busqués roides , dans le dessein de celer la grossesse, ou seulement de se rendre la taille plus élégante , produirait le même accident. Il est important pour les femmes grosses d'éviter toute compression sur l'abdomen : elles ne doivent point porter de vétemens trop légers.
8°. Relativement aux exercices et aux postures que peut prendre la femme , on sait que l'ébranlement et la commotion produits par des danses, des éclats de rire, des sauts , des etforls, deviennent des causes d'avortement , parce qu'ils rompent Fu-» iiion du placenta avec l'utérus. Des voyages longs , une marche prolongée , les secousses d'une voiture rude , agissent de la même manière.
Le soulèvement des bras ., soit pour lever un fardeau , pour atteindre quelque chose d'élevé , pour tirer de Teau dans un puits , soit simplement pour bâiller, est une cause assez ordinaire d'avortement, quoiqu'il soit peut-être dillicile de concevoir la manière dont elle agit pour produire cet effet.
9**. Quant à ce qui concerne les médicamens, il est d'observation que les purgatifs drastiques, les lavemens irritans, que ] les remèdes acres ^ comme les cantharides , l'aconil, etc., les substances emménagogues qui ont un effet plus direct sur la matrice, telles que la sabine, la rue , la mercuriale, etc., sont nuisibles aux femmes enceintes. Les moyens usités chez les dames romaines pour se faire avorter étaient tirés de l'une de ces classes. Je n'entrerai pas dans le détail de ces médicamens homicides ,
enseignés parAspasie^ et qu'elle a consigne'» dans un volume clonlAe'lius nous a conservé un fragment. Tetra-bibl, iv^ serm. iv^ cap. 2^ et 28.
Le serment qu'Hippocrate exigeait de ses élèves , de ne jamais employer les secrets de la trop célèbre Aspasie , prouve que ce crime était commun de son temps. Si l'on en juge par la satire sixième de Juvénal ^ c'était une chose commune de se faire avorter^ de son temps , à Kome.
Sedjacet aurato vix iilla puerpera lecto , Tantum artes hujus , tantuin medicamina possunt , Quœ stériles facit atque hominis in ventre neeandos Conducit>
L'usage de ces substances regardées comme aborlives produit rarement cet effet chez les femmes dont la grossesse n'était pas menacée auparavant. Si ces substances sont très-acres , elles occasionent la mort de la mère j en hiéme temps qu'elles excitent les contractions de l'utérus. Les remèdes que des hommes pervers emploient pour procurer l'avortement ne le produisent que quand une certaine disposition individuelle concourt avec leur action.
J'ai déjà indiqué que lorsqu'on n^employait les bains pendant la grossesse qu'avec circonspection , et pour remédier à quelque indisposition qui la compliquait^ loin de procurer ravoriemenr ^ ils étaient , au contraire , un moyen de le prévenir. L'abus seul des bains ^ pris à conirertemps^ peut faire qu'ils deviennent une cause d'avortement. La femme n'a rien à redouter de leur emploi si elle observe les précautions requises , comme de les prendre modérément chauds j et de ne pas y rester trop long-temps.
Les hémorrhagies considérables exposent les femmes à Tavorlement , et on doit le craindre toutes les fois que la femme en est atteinte. S'il a précédé une cause qui ait pu opérer le décollement du placenta , le danger est encore plus grand. Quelle que soit la cause qui menace la femme de cet accident^ l'hémorrhagie utérine l'accompagne et l'annonce assez ordinairement. Toutes les fois qu'elle a lieu ^ on doit craindre qu'il n'y ait au moins un décollement partiel du placenta. Mais il faut prendre garde de considérer comme une perte Févacualion menstruelle ^ qui peut con- [inuer nonobstant" la grossesse.
124 I»ES AftCIDENS DE LA GROSSESSE.
Doil-011 ranger parmi les causes d'avortement une saignée du pied pratiquée chez une femme grosse? La crainte où sontge'néralement les praticiens que la saignée du pied ne produise l'avorte- h inenl, est plutôt^ fondée sur des vues théoriques que sur l'observation ; elle est le résultat de la doctrine de la révulsion et de la dérivation , qui ne repose sur aucun fait positif. Les partisans ide cette opinion pensent que la saignée du pied , chez une femme grosse , peut attirer une trop grande quantité de sang vers la matrice. Cette congestion peut produire une hémorrhagie ; le décollement du placenta , et par suite l'avortement. Les femmes devenues grosses contre leur vœu fournissent des preuves nombreuses que la saignée du pied ne produit pas habituellement l'avortement. Elles trouvent toujours le moyen ; en feignant des indispositions ^ de se faire pratiquer plusieurs saignées du pied , sans réussir pour cela dans leur dessein.
Il est sans doute arrivé plusieurs fois que l'avortement aura suivi celle saignée ^ mais il aurait eu également lieu quand on s'en serait abstenu. Regarder la saignée comme la cause de l'ac- i cidentj quand cette coïncidence n'arrive que rarement , c'est con- I dure avec le vulgaire ^ post hoc j ergo proptcr hoc. i
Des Causes d^Avortement qui trouvent leur source dans les i
lésions de Vutérus^ \
ï**. De la part de l'utérus trop de rigidité dans la fibre , trop j
de sensibilité exposent la femme à avorter : trop de rigidité de la \
part de cet organe peut faire qu'il ne se laisse pas distendre suf- \ fisamment. S'il est trop irritable; le plus léger stimulus suffit pour
en solliciter les contractions. •
Plusieurs femmes qui avaient accouché souvent avant le terme \
ordinaire . sans qu'aucune cause apparente y eût donné lieu , ont ■
pu ; dans les grossesses subséquentes ; porter leur enfant plus j
long-temps , et même jusqu'à neuf mois , en prenant des précau- ;
lions pour diminuer la sensibilité de la malrice , ou pour faci- ;
liter son extension en relâchant ses fibres. Les bains ^ les demi- '
bains, les injections vaginales ^ la saignée chez les femmes ro- \
bustes ; sont les moyens indiqués pour satisfaire à ces indications. ■
Suivant quelques auteurs , l'avortement peut dépendre de l'a- \
tonie et de la faiblesse des fibres du col de la malrice. En effet ^ i
l'observation apprend que TefFacement prématuré' du col de'pendant de l'organisation même de ce viscère, peut aussi le produire sans l'influence d'aucune autre cause. Dans tous ces cas , l'avorlement survient sans qu'aucune cause ait annoncé qu'il était à craindre.
2°. Les squirrhes, les stéatômes, et autres tumeurs ou maladies de l'utérus , sont rangés avec raison parmi les causes d^avortemenl. Les flueurs blanches , en inondant la surface interne de ce viscère , diminuent ses propriétés vitales , et ramollissent ses fibres. Les ulcères, les cancers de la matrice agissent en développant une irritabilité contre nature. Des exemples contraires prouvent que, dans quelques cas, ces affections organiques n'empêchent pas la grossesse de parvenir à terme.
3®» La présence de plusieurs foetus, d'une hydropisie , d'une môle, d'un polype, qui co-existeraient avec un enfant, sont autant de causes qui peuvent déterminer cet accident, parce que la matrice ne peut pas se développer sufEsamment pour loger l'enfant et ses dépendances.
Des Causes de VAvorlement qui tiennent au Jœtiis,
On peut ranger parmi ces causes ses maladies , sa mort, sa faiblesse. Quoiqu'il soit constant que la mort de Fenfant est une cause occasionelle d'avorleraent, il n'arrive cependant pas toujours aussitôt après sa destruction. On a vu des mères conserver pendant quelque temps dans leur sein un enfant mort. Il n'est pas possible de déterminer combien de temps cet état peut durer. Plusieurs exemples attestent que des enfans sont restés pendant plusieurs mois après leur mort dans le sein de leur mère.
Quelle que soit la cause qui ait produit la mort du fœtus dans la matrice , sans avoir opéré auparavant la séparation du placenta , cette masse cesse presque aussitôt, dès que, l'enfant est mort, de pomper les fluides qu'elle puisait auparavant ; ses adhérences deviennent plus lâches , et elle ne tarde pas à se détacher de l'utérus comme un fruit qui se gâte avant sa maturité se détache du rameau auquel il adhérait.
Le fœtus ne croissant plus, ses dépendances, ou ne pompant plus , ou ne pouvant consommer la totalité des liqueurs qui continuent d'affluer vers l'utérus , ce viscère augmente de volume,
îl en estirrile, ce qui sollicile ses coiltractions. L'ifiitatron que produit raccumulation des liqueurs qui a Heu dans la matrice après la mort de Teiifant ^ me paraît une des éauses qui contribuent le plus à opérer la se'paralion de i'œuf de Tulérus.
Cependant l'observation apprend que les adhérences du placenta et du chorion ne se rompent pas toujours aussitôt après la mort de Fenfant^ et qu'elles peuvent encore ^ dans des cas rares , continuer de recevoir la nourriture y non-seulement pendant plusieurs mois ;, mais même pendant des années. C'est dans les circonstances où les adhérences des secondines subsistent encore long-temps après la mort du fœtus ^ qu'on les a vues^ prendre un accroissement extraordinaire ^ et former ces corps que les médecins connaissent sous le nom de moles.
Il est incontestable que l'enfant peut être Atteint de plusieurs inaladies dans le sein de sa mère ^ mais il est le plus souvent impossible de les connaître. Les convulsions qu'il y éprouve ^ et qui donnent lieu à des raouvemens que l'on distingue de ses mouvemens ordinaires en ce qu'ils sont vifs , irréguliers , et se font par soubresauts ^ occasionent quelquefois des douleurs violentes qui peuvent produire l'avorlement. Ant. Petit regarde la saignée comme le meilleur moyen pour calmer ces convulsions. On peut la répéter chez les femmes robustes : elle tranquillise^ dit-il ^ comme par enchantement la mère et l'enfant. Il recommande les lavemens anti-spasraodiques ) il réprouve les narcotiques ; « qui 5) suspendent; à la vérité^ les convulsions ; mais ce n^est que pour » peu de temps 5 elles reviennent ensuite avec plus de force et 5) de violence. » On doit appliquer à ce cas les vues générales: que je présenterai sur les convulsions ; dont le traitement doit être | différent; suivant le tempérament de la femme. 1
Quand l'avorteraent se fait sans cause ^ sans coups ^ sans chute ^ | on voit si fréquemment l'enfant naître dans un état de langueur^ que je crois que l'on est autorisé à regarder cette faiblesse comme causé de son expulsion prématurée. i
Dts Causes d' Avortement qui tiennent aux dépendances du I
Fœtus, • ■ ,.
" i**. Delà part dn placenta. L'insertion du placenta sti^ rorifice " de la matrice donne constamment lieu à des hémorrhagies vers î
DES ACCIDEKS DE LA GROSîtESSE. 127
les derniers temps de la grossesse , et produit assez souvent l'ayortemeiit. Les callosités^ l'ossification de cette niasse qui inlercepteraient la circulation commune entre la mère etFenfant, font périr le fœtus et procurent sa sortie.
2". La rupture du cordon ^ soit en partie^ soit en totalité; pendant la grossesse ; parce qu'il est trop court, peut déterminer Tavorlement. Les noeuds .du cordon ne peuvent pas devenir causes d'avortement , comme Tont prétendu Levret et Smellie.
3°. Quant aux membranes , l'extrême délicatesse de leur tissu est une cause d'avorlement chez les femmes dont la matrice s'ouvre de bonne heure.
4'*« Quant aux eaux, une très-petite quantité de liquide dans l'amnios peut devenir une cause d'avortement. Lorsqu'il y a beaucoup moins d'eau que de coutume, l'œuf n'étant pas garanti dans toute sa circonférence par le liquide ;, l'enfant éprouve une irapression fâcheuse de la part de Futérus, qui en est également irrité; ce qui peut donner lieu à l'avortement ou à l'accouchement prématuré.
L'avortement est soumis jusqu'à un certain point à l'empire de riiabitude. Une femme qui a déjà éprouvé plusieurs fois cet jîccident , le voit souvent se renouveler sans cause manifeste, presque à la même époque de sa gestation. La matrice paraît conserver une sorte de tendance à produire le même acte à la même époque où il est déjà survenu plusieurs fois. Schulzius rapporte « qu'une » femme violemment émue ayant fait une fausse-couche , en fit 51 encore vingt-deux autres, toutes au même temps de sa gros- » sesse que la première. »
Chez quelques femmes peut-être pourrait-on rapporter la cause de la périodicité de l'avortement à une maladie organique de Fulérus : il est au moins assez vrai que l'avortement est une époque de laquelle on peut dater le commencement de plusieurs maladies fâcheuses delà matrice, soit qu'elles soient la cause ou seulement la suite de cet accident. Mai» je crois que le plus souvent on ne peut accuser qu'une sensibilité nerveuse trop exaltée.
- Toutes choses égales d'ailleurs^ la même cause produit d'autant plus sûrement l'avortement , que son action coïncide avec l'eV poque où les règles auraient paru si la femme n'avait pas été ;grosse. Car si les .femmes enceintes sont tourmentées d'incom-
223 DES ACCmEXS f)E LA GROSSESSE.
modilis ; elles &é font sentir bien plus vivement ^ans le temps où elles avaient coutume d'avoir leurs règles , et celles même qui sont bien portantes éprouvent alors un malaise inaccoutumé'.
Peut-être même pourrait-on regarder avec quelque fondement la menstruation non-seulement comme propre à faciliter l'aclion des autres causes d'avortement , mais encore comme pouvant le produire toute seule chez les femmes surtout où le mouvemenC qui tend à établir les règles pendant le temps de la grossesse est fort et brusque. Le danger est proportionné à la nature du tempérament des femmes. Boerhaave dit avoir observé que , sur dix avortemens survenus spontanément dans les premiers moiS; il en est neuf qui arrivent à Tépoque du flux menstruel, où la nature fait toujours plus ou moins eftbrt pour détruire les adhérences du placenta.
Il est même probable que le travail qui a lieu pendant la grossesse pour produire la révolution périodique , fait que les conceptions qui se font dans les derniers jours qui précèdent Férupliort des menstrues réussissent rarement^ parce que l'aclion du sang détruit les racines du germe , qui sont très-faibles.
Le docteur Sacombe pense que lorsque la conception a lieu^ peu de temps avant l'époque destinée par la nature pour l'apparilion du flux menstruel , la grossesse est plus orageuse, comme die est plus exposée à être troublée. Plus Tinstant de la conception est éloigné de la dernière menstruation, plus la grossesse sera pénible pour la femme. Cette assertion est loin d'être confirmée par l'expérience, qui la dément au contraire assez souvent.
A quelle époque de la grossesse l'avortement spontané est-il plus fréquent? Je pense que les avortemens qui ne sont pas produits par une cause externe, physique ou morale, arrivent bien plus souvent dans les premiers mois de la gestation que dans les derniers. Les deux causes suivantes rendent facilement raison de la fréquence de cet accident prouvée par l'observation. Dans les premiers mois, l'effort de la nature pour produire les règles esÈ bien plus fort. L'afflux du sang qui se fait alors vers Torgane utérin cîoit y exercer une influence d'autant plus sensible, que les vaisseaux sont dans un état à ressentir plus vivement le stimulus qui leur est appliqué. Ajoutez à cela que l'embryon n'a dans les eom« niencemens que des adhérences très-lâches avec l'utérus , et qui
peuvent par conséquent céder avec la plus grande facilité à la plus petite force qui tendrait à les détruire,
La plupart des causes dont j'ai parlé peuvent donner lieu â î'avorlement dans tous les temps de la grossesse indifféremment mais elles ne sont pas toujours assez actives pour procurer la sortie du fœlus : les désordres qu'elles peuvent occasioner dépendent de leur intensité, et de la disposition où se trouve la femme sur laquelle elles agissent, dont le corps peut être plus ou moins disposé à recevoir leur impression : telle femme avorte pour la plus légère cause, souvent même sans cause manifeste^ tandis que telle autre éprouve les secousses les plus violentes, soit au physique, soit au moral, sans que la grossesse en soit ébranlée. Combien de filles débauchées , voulant dérober au public la connaissance de leur grossesse, mettent en usage les moyens les plus actifs pour se faire avorter, se livrent à des exercices forcés, sans réussir dans leur dessein quand il n'y a pas de cause prédisposante !
Signes précurseurs et présomptifs de l^Âvortement.
Si quelquefois l'avortement s'annonce sans aucune cause apparente et sans symptômes précurseurs, le plus souvent la femme éprouve long-temps auparavant des accidens qui le font craindre. L'accoucheur doit étudier avec soin les signes particuliers qui peuvent lui apprendre que la femme est menacée de cet accident^ afin de pouvoir le prévenir. Les signes particuliers qui précèdent l'avortement et qui font présumer qu'il peut avoir lieu , sont des douleurs dans les lombes et la région hypogastrique, qui deviennent plus suspectes si elles vont se perdre dans le fondement et vers la viilve j des hémorrhagies plus ou moins considérables, suivant la cause qui les produit, et qui dépendent le plus souvent du décollement du placenta. Lliémorrhagie utérine est souvent précédée de douleurs d'estomac. Il existe un malaise, un frisson , si la cause qui menace d'avorlement est aiguë, comme un coup , une chute.
L'affaissement subit des seins, Tévacuation d'une liqueur séreuse par le bout des mamelons, l'absence du mouvement du fœtus, l'aplatissement du ventre, qui se porte tantôt d'un côté, tantôt de l'autre , la chute de la matrice ^ qui , en plongeant dans T. u. cj
î3o > ' DES ACCIDEXS DE LA Cr.OSSESSE. (
le pelit bassin, produit un senlimenl de pesanteur vers le pubis, le périnée^ des envies fréquentes d'uriner, sont une présomption assez forte , lorsque tous ces signes se trouvent réunis, que Favortement aura lieu, si en même temps le col s'abaisse, devient plus mou, et paraît disposé à s'entrouvrir. On doit regarder Tavorlement comme prochain si l'on a des indices de la mort du fœtus, ou si les causes qui le procurent continuent d'agir.
Les symptômes immédiats du travail propre à opérer l'avortement sont absolument les mêmes que ceux du travail de Feiifantement, auxquels se joignent ceux déterminés par les causes qui l'ont produit. Lorsqu'il a lieu depuis quelque temps, il arrive les mêmes changeraens dans l'état de la matrice que lorsque l'aceoucliement ordinaire se déclare. Les contractions de la matrice ,^ excitées accidentellement, amènent les douleurs^ la dilatation de l'orifice, la formation de la pcche des eaux ,,la rupture des membranes et l'écoulement du liquide.
Que doil-on penser de Topinion de plusieurs auteurs qui croient que les douleuft sont plus fortes dans les avortemens des premiers mois delà grossesse que dans Faccouchement naturel? Ce qui a pu accréditer cette assertion erronée, c'est que les douleurs se prolongent plus long-temps, parce que le travail n'est pas dans Fordre de la nature, et qu'il s'y sur-ajoute des açcidens qui sont dus à la violence de la cause qui provoque l'expulsion du fœtus abortif. Mais si on a égard à l'intensité seule des douleurs, on observe constamment qu'elles sont bien moins fortes vers ia fin du travail 3 ce qui est d'accord avec le volume du fœtus , qui, étant moindre , exige proportionnément une moindre dilatation de l'orifice, et distend beaucoup moins les parties génitales.
Les femmes redoutent beaucoup Favortement , et plusieurs croient qu'il met toujours leur vie en danger. Cependant leur appréhension est exagérée, et il importe de les désabuser. Ses suites sont plus ou moins dangereuses pour elles , suivant la nature de la cause qui le produit, et la force avec laquelle elle agit , soit qu'elle soit extérieure ou qu'elle vienne de médicamens internes très-actifs. Aétius pense que les convulsions surviennent souvent lorsque Favortement a été provoqué par des médicamens trèsactifs. Elles peuvent se manifester pendant la durée du travail, indépendamment de cette cause. Pour évaluer le danger , il faut toujours avoir égard au dérangement des fonctions. C'est à la
Des ACCIDE^S DE LA GT.OSRESSF.é l3f
cause qui produit l'avorlemenl qu^il faut allribuer le danger qui raccompagne, et non à Favortement lui-même. Si cette cause n'amène pas des de'sordres particuliers , ses suites ne diffèrent de celles de l'accouchement que par leur degré d'intensité.
Si Favortement arrive naturellement , il est plus facile et moins dangereux dans ses suites que Faccouchement. L'hémorrhacrie est moins grave, la fièvre de lait moins violente, les lochies moins abondantes, l'expulsion du fœlus plus facile. Au contraire, si Favortement est dû à des chocs, des contusions ^ iï peut être accompagné d'accidens graves , parce que ces causes et autres anaio^^ues peuvent occasioner une inflammation de la matrice ou du péritoine : il en serait de même s'il avait été sollicité par dès médicamens internes incendiaires.
Kavortement que les femmes se procurent volontairement et par quelque cause violente, soit externe, soit interne, les met en plus grand danger que celui qui leur arrive sans être excitée La raison en est évidente : dans le premier cas , le col de ïa matrice est obligé de céder tout-à-coup , tandis que ^ dans le second « la nature emploie beaucoup de temps pour opérer la dilatation.
Les auteurs ne sont pas d'accord sur Fépoque de la grossesse où Favortement fait courir plus de danger à la femme. Il en est qui pensent , avec le professeur Alphonse Leroy , que Favortement qui arrive dans les trois premiers mois est plus fâcheux. Il est, constant que la délivrance est plus difficile à opérer lorsque Fem.^ bryon ne sort pas renfermé dans les membranes. La femme reste sujette à des pertes que l'on ne peut arrêter par aucun moyen . jusqu^à ce que les secondines aient été expulsées. Mais je prouverai, en traitant de l'hémorrhagie utérine, que les pertes qui ont lieu alors , quoique plus fréquentes et plus rebelles , ne sont pas cependant aussi souvent funestes à la femme. Plus la «rossesse est avancée, plus le travail est laborieux, plus les suites en sont graves*
Les dangers auxquels Favortement expose la femme devraient suffire pour la détourner àj recourir, lors même que, par cet acte, elle ne se rendraitpas coupable d'une transgression des lois naturelles et sociales. Les substances propres à exciter Favortement sont toutes de nature à produire l'inflammation de ïa ma« triée ou du péritoine , ou une hémorrhagie utérine Si la femme ne succombe pas aux accidens primitifs qui sont la suite des-
l32 DES ACCIDENS DE LA OnOSSESSÉ.
etïorls vio,lens qui ont élé nécessaires pour enlr'ouvrir le c ol , qui conservait encore toute sa longueur et sa consistance, elle resie sujette lé reste de sa vie aux ulcères ; aux squirrhes et aux cancers qui en sont les suites nécessaires. L'humanité doit détourner de jamais concourir à FexécuUon d'un acte si criminel^ et dont les suites sont si fâcheuses pour la femme.
On assure qu^on emploie aujourd'hui un stylet ou une espèce de trois-quaris ou pharyngotome pour faire écouler les eaux dont Tissue soilicîlè les contractions de la matrice. Je ne rappelle ce procédé homicide que poui' le proscrire. L'introduction d'un stylet me paraît impossible dans une première grossesse , où lé col de la matrice n'est pas entrouvert;, sans en léser les parois j ce qui expose la femme à des hémorrhagies graves.
Je m'abstiens d'énumérer les divers moyens que des hommes pervers ont employés , au mépris des lois de la nature et de la société, pour procurer l'avortement. L''homme honnête doit ignorer quels sont les inslrumens dont on use pour produire ces œuvres d'iniquité.
Lorsqu'une femme est suspectée d'avoir sollicité l'avortement y les juges cherchent presque toujours à s'éclairer des lumières de la médecine pour s'assurer , i°« s'il a véritablement eu lieu ^ 2°. son existence prouvée , il faut ensuite décider s'il est survenu spontanément; ou par des accidens à la production desquels elle n'a pas concouru avec une intention criminelle; ou s'il a été l'effet de moyens violens ou de manœuvres criminelles.
Les signes qui se tirent de Tinspection des parties génitales de la mère sont communs à l'avorlemenl et à l'accouchement. Je renvoie, pour éviter des répétitions , à l'article où j'ai discuté s'il existe des signes d'un accouchement récent. Tout ce que j'ai dit de l'un est applicable à l'autre. J'observerai seulement que, quoiqu'on ail eu raltenlion de faire ces perquisitions peu après l'avortement, les signes que fournit l'examen de la mère ne sont pas aussi sensibles ni aussi décisifs , quoiqu'ils se trouvent réunis eq certain nombre, parce que le volume du fœtus étant moindre, la distension des parties a été moins considérable. Plus l'avortement dont est accusée la femme se rapproche du terme naturel de l'accouchement; plus les signes sont sensibles et plus leur durée est longue. Mais si l'avortement a eu lieu dans les premiers mois delà grossesse^ le volume du fœlus est si peiit, que son
expulsion ne peut laisser de iraces sensibles dans les parlies qu'il a traverse'es, lors même que l'on lenlerait de reconnaîlre les changemens peu de temps après un avortement de celte espèce.
Quand on aurait cru reconnaître, d'après la réunion des signes qu'a jy-ësentès l^inspeclion de la mère, que l'avortement a eu lieu depuis peu, il serait impossible, pour l'ordinaire, de prononcer s'il a ëié sponlanê' ou produit par des moyens violens et des manœuvres criminelles. Les signes de l'un et de l'autre sont presque toujours les mêmes. Le seul cas où l'on pourrait prononcer que ravortcment a été provoqué^ serait celui où le fœtus porterait sur lui des marques de la violence qui aurait causé son expulsion.
Comme le dit M. Malion , « les juges ne peuvent donc asseoir » un jugement que sur des preuves pour ainsi dire extrinsèques » et étrangères au délit,* s'il est constaté, par exemple, que l'ac- » cusée a caché avec soin sa grossesse; qu'elle a cherché à ac- 3) quérir la connaissance des moyens qui peuvent procurer l'a- » vortejnent; qu'elle a tout disposé chez elle comme devant être » malade; qu'elle a entrepris des travaux immodérés et contre » son habitude, des exercices violens de toule espèce; qu'elle 3) s'est fait faire clandestinement des saignées répétées, tantôt » par un chirurgien, tantôt par un autre, et surtout des sai- » gnées du pied ; qu'elle a demandé à des médecins , à des chi- 3ï rurgiens , à des apothicaires, à des charlatans, à des com- 3) mères , quelqu'unes de ces substances emménagogues qui pas- » sent pour abortîves; qu'elle en a acheté, qu'elle les a préparées, » qu'elle en a fait usage, que, sans le conseil ou contre le con- 3) seil des médecins;,elle s'est purgée avec des drastiques, quoiquau- 3) cune maladie ne dût l'y engager ; qu'elle a été trouvée munie de 3) ces sortes de drogues ; qu'elle a feint une maladie subite 3) et de faux accidens , en dissimulant les véritables
3) On doit être porté, dans tous les autres cas, à présumer 3) qu'il y avait des causes naturelles d'avortement; que la dispo- 3) silion individuelle, la saison de Tannée, l'époque de la gros- » sesse , des maladies antécédentes , des remèdes administrés pour » quelque maladie, l'auront favorisé. »
Je ne m'arrêterai pas à prouver que c'est se rendre coupable d homicide que de chercher à procurer l'avortement par des remèdes de quelque espèce qu'ils soient. C'est une vérijé sanctionnée
l3| DES ACCIDENS DE LA GROSSESSE.
du lenips iiiënie du paganisme. En Grèce , où il était permis aux courtisannes de se faire avorter^ on a toujours regardé comme criminelles les femmes qui se procuraient des avorlemens par un motif quelconque. Ovide , dont la morale n'est pas sévère^ dit^ dans un livre consacré à l'amour, que la première qui a appris Fart des avprtemens méritait de périr par sa méchanceté :
Quœ prima instituit teneros ai^ellere foetus Maliiiâ fuerat digna perire sud.
Peu après il ajoute :
Jfoc neque in ennemis tigres fecere îatehris ^ Perdere necjœtus ausa leœna suos.
At tenerœ Jaciunt , sed non inipune , puellce ; Scepè , suos utero quœ necat , ipsa périt,
Amorum, Eleg. XIV, lib. IL
Les avorîeuFs méritent certainement d'être poursuivis par les lois, comme ayant attenté à la vie de deux individus. Je n'enlends pas parler ici de cette espèce d'avortement sollicité seulement au terme de sept mois révolus ;, époque où l'enfant est reconnu viable par les lois et les gens de l'art. Ce serait méconnaître l'esprit des lois portées contre les avorteurs ^ que de les appliquer à ceux qui chercheraient à procurer l'accouchement à un terme de "grossesse où l'on pourrait conserver l'un et l'autre individu^ tandis qu'en différant l'un des deux serait nécessairement victime. Ne cesse- t-il pas d'être criminel^ puisqu'alors l'avortement^ au lieu d'être destructeur, peut devenir un moyen de conservation?
Il ne pourrait en résulter aucun inconvénient pour les bonnes mœurs qui pourrait porter le législateur à le proscrire; car, dans le cas de grossesse produit d'un commerce illicite que l'on se proposerait de détruire, on ne pourrait pas différer Feniploi des moyens après le septième mois. La grossesse ne peut pas se cacher aussi long-temps.
Ce n'est cependant pas que je veuille approuver l'avorlement sollicité même à cette époque; je prouverai au contraire que l'accouchement prématuré est toujours dangereux pour la mère et l'enfant, lorsque j, pour le provoquer, on irrite la matrice, on dilaie le col avec violence, on rompt préinaîurémen!. lea niem-
^ DES ACCIDENS »E LA GRO.SSriS.SF:. l35
l^ranes, qui sont les moyens employés jusqu'ici pour y parvenir. Dans Faccoucheraent prématuré obtenu de celle manière l'enfant^ qui est encore frêle quoique viable , doit nécessairement succomber avant de naître ^ ou peu après la naissance^ puisqu'au lieu d'éire protégé par la présence salutaire des eaux, il supporLe seul; et pendant long-temps^, l'effort des contractions utérines.
Je veux seulement indiquer que le législateur, en attachant un cliâliment à cette espèce d'avortement volontaire , s'exposerait peut-élre à établir des lois qui tendraient à la dépopulation et à la destruction, qu'il doit au contraire chercher à prévenir : ce qui serait surtout vrai si , comme le croit Plessm^mn dans sa Médecine puerpérale, Taccouchement pouvait élre provoqué par les bains au terme de sept mois, époque où l'enfant, quoique né avant terme, mais sans cause violente, est assurément trèsviable sans qu'il en soit victime, et éviter ainsi à certaines femmes contrefaites l'opération césarienne ou la section du pubis le fœtus étant rarement à cette époque trop volumineux pour ne pas franchir le bassin sans danger.
Il est une autre manière de considérer Favortement volontaire bien plus délicate et plus difficile à résoudre. L'observation démontre qu'il est des femmes dont le bassin est si mal configuré si on veut parler le langage subtil du docteur Sacombe , qui admet des vices de configuration du bassin, et nie l'existence des vices de conformation, qu'il est impossible qu'elles puissent accoucher au terme naturel. Peut-on dans ce cas fâcheux et extrême, pour conserver la vie à la mère, exciter Favortement avant une époque de grossesse où le fœtus est viable?
Juncker a pensé que , pour épargner à la mère une opération presque toujours mortelle, on pourrait la faire avorter dans les premiers temps, où Fembryon n'est encore qu^informe et inanimé. Je réponds avec Tertuliien que, tout informe qu'on suppose le fœtus, il vit puisqu'il croît. Qu'importe, d'ailleurs, que, dans les premiers momens de la conception^ l'âme se trouve unie à l'embryon ou non? Fempécher de naître, c'est le faire périr. Etiam conceptum tantum utero , clum adhuc sanguis in hominem delibatur , dlssolvere non licet. Homicidii fcstinalio est j prohibere nasci^ nec refert natam ^ quis eripiat animam, autnascentem disturbet. Homo est qidfiUurus est. Outre que touies les vraiseoîblances semblent indiquer que Fembryon eat animé lors
I) j36 I>ES ACCIDENS DE LA GROSSESSE. 1
de la conceplion^ je crois que le fœtus doit autant élre respecté \ lorsqu'il n'est encore qu'informe; que lorsqu'il est tout- à- fait
formé.
Bichat pensait aussi que l'on pouvait sacrifier l'enfant pour \
sauver la femme, d'après un raisonnement à-peu-près semblable. j
La réputation si bien méritée dont jouit cet auteur pouvant en- I
traîner plusieurs de ses lecteurs , je crois qu'il est important de \
prouver que son raisonnement est plus spécieux que solide. !
Lorsqu^on est dans la cruelle nécessité de sacrifier l'enfant ou d'ex- ;
poser la mère à une mort presque certaine , voici comment il '
cherche à légitimer sa destruction : « Dans le fœtus, dit-il, la \ » vie animale est nulle 5 s'il exerce des mouvemens , ils appar-
» tiennent à la vie organique,- son existence ne ressemble qu'à ;
X celle du végétal, et ne présente encore rien de celle qui carac- ;
» lérise l'animal » : d'où il conclut que Ton peut le détruire sans i
crime , parce que sa destruction ne porte que sur un être vivant ]
fdt non sur un être animé. Ce raisonnement, qui est un pur so- i
phisme, est susceptible d'être réfuté par le même genre de preuves 1
que l'opinion de Juncker. Dans le système de Bichat, par élre |
animé, on ne doit entendre que celui qui a des rapports avec les i
objets extérieurs : or , nous immolons tous les jours sans repu- ;
gnance des éires animés dans le sens qu'il donne à ce mot. Ce : n'est donc pas uniquement parce que l'enfant a des relations avec
les objets extérieurs que sa destruction est un crime. !
Il me semble que tout ce que l'on peut dire de plus raisonnable |
sur une question aussi épineuse, qui a un rapport si direct aux 1
bonnes mœurs, et sur laquelle Zacchias , médecin-légiste , Mer- [
eurialis, Sennert, qui l'ont agitée, n'ont répandu aucune lumière, i
se réduit à savoir si l'on peut conserver la mère aux dépens d'un \
fœtus qui n'est pdtir ainsi dire qu'une partie d'elle-même j, et qui , \
pour venir au monde, exige que l'on pratique sur elle une opé- j
ration qui lui est presque toujours funeste. Je crois que, pour la |
résoudre, il faut d'abord établir ce que plusieurs regardent comme J
évident, que la mère et l'enfant sont exposés à un danger certain !
si on n'a pas recours à l'infanticide du fœtus dans le sein de sa j
mère. Je raisonne ici dans l'hypothèse gratuite admise par quel- \ ques auteurs, qu'il n'y aurait aucun moyen de sauver en même
temps la mère et l'enfant. Dès que l'un des deux individus est '
destiné à périr , il s'agit d'examiner ensuite si , dans l'impos- j
DES ACCIDEXS DE LA GROSSESSE. l3j
sibilile où Ton est de conserver tous les deux^ il n'est pas pernii? d'en sacrifier un pour assurer les jours de Taulre. Enfin, cl:ins Ui cas où Ton regarderait cet acte comme licile , parce que c'est alors éviter de deux maux le pire, il s'agit de de'cider celui des deux qui aie plus de droit à la vie, du fœtus ou de sa mère, de qui il a reçu l'existence. Il me semble que le droit que la mère a à la vie est mieux fonde' et bien plus probable que ceint dini fœtus faible et cacochyme, comme c'est l'ordinaire chez ces sortes de femmes. La vie de la mère , qui a franchi l'âge le plus critique ; est bien plus probable que celle de Tenfant, qui, après être venu au mondc; a tant de dangers à courir. La société , à qui elle a rendu des services et à qui elle peut en rendre encore, semble la réclamer de préférence.
Les femmes mal constituées sont sujettes à accoucher avant terme, ce qui diminue singulièrement les probabilités de la vie future de leurs en fans.
Il est des auteurs qui pensent que le fœtus est obligé de racheter par sa mort celle de sa mère, à laquelle il fait courir ce danger. Ils c )mparent dans cette circonstance la mère et l'enfant à un agresseur injuste qui tente de donner la mort à un autre individu. Si ce dernier ne peut pas éviter le danger en prenant la fuite, les moralistes les plus rigoureux conviennent qu'il lui est permis de l'attaquer avec des instrumens meurtriers. Pourquoi de même, dans un cas de nécessité où la mère ne peut éloigner un fœtus qui menace sa vie, ne pourrait-elle pas , pour la conserver, l'attaquer la première par le fer, puisqu'il n'est point d'autre moyen d'éviter les embûches qu'il lui tend? Si Ton avait la certitude que la femme ne voudra pas se soumettre à l'opération césarienne, on conviendrait encore plus facilement que cet infanticide commis dans le sein de la mère est licile, qu'il devient officieux et peut-être nécessaire : il est évident qu'il en résulterait un bienfait pour îa mère, tandis que lorsqu''on s'abstient de tuer l'enfant qui ne peut être conservé, par ce retard deux personnes sont sacrifiées : pour épargner l'enfant^ qui n*a plus de droit à la vie, on commet deux homicides. Je crois devoir rappeler qu'en exposant l'opinion de ces auteurs, je raisonne ici dans l'hypothèse gratuite qu'il n'y aurait aucun moyen de sauver en même temps la mère et l'enfant.
L'enfant ne peut pas être comparé à un agresseur injuste. C'est
l38 DES ACCIDENS DE LA GROSSESSE. |
la mère elle-même qui a posé volonlairemenl l'obstacle qui me- . ] nace sa viej l'enfanl. est purement passif; elle doit s'impuler à J elle-même le danger qu'elle court. Sa situation me paraît être ana- ^ logue à celle d'un individu qui , pour éviter un péril imminent qui le menace ; et ne pouvant s'échapper que par un seul endroit | défendu par une sentinelle qui doit ^ sous peine de mort , en dé- \ fendre le passage à qui que ce soit^ se pern^etîrail de la tuer pour ,j s'évader : cet acte serait criminel. |
L'enfant doit nécessairement périr si la mère ne subit pas une ; opération extrême. Cependant ^ qui oserait assurer qu'elle est \ tenue de la subir pour lui donner le jour ^ et la regarder comme '] criminelle si elle s'y refusait? IMais si on n'ose pas la condamner à , subir cette opération , on convient donc qu'elle peut ^ sans être ; coupable , laisser périr son enfant ^ quoiqu'il y eût un moyen de : le sauver. Ce qu'elle peut au moment même de l'accouchement J sans mettre sa vie en sûreté ^ pourquoi ne le pourrait-elle pas à j une époque de la grossesse moins avancée^ où elle se conserverait elle-même à la société? |
Mais il est évident quC;, pour se permettre l'avortement ^ il faut | qu'on puisse en venir à bout sans compromettre la vie ou la sanié ] de la mère , puisqu'on n'y a recours que pour sauver l'un des ' deux individus; dans l'impossibilité oii l'on est de les conserver ; tous deux. Outre que les moyens que l'on emploie manquent sou- \ vent leur eiïet ^ le danger que court la mère , surtout lorsque la j grossesse est avancée , me fait rejeter cette méthode lors même i , qu'il serait permis ^ dans un cas extrême , de sacrifier l'enfant î pour sauver la mère. Des moyens moins actifs suffisent pour pro- ] curer Favortement dans les premiers mois y et il serait moins dangereux de le solliciter à cette époque. L'avortement provoqué j par l^art n'étant pas sans danger ^ même dans les premiers mois j de la grossesse , plutôt que de le tenter à celte époque ( si l'on j pensait qu^il n'existe aucun moyen de sauver en même temps la , mère et l'enfant ) ^ ne serait-il pas plus avantageux pour la mère, i plus conforme aux principes religieux , d'attendre le moment de | Taccouchement , et de pratiquer alors , après avoir assuré la vie ; spirituelle de l'enfant , une ponction au crâne pour évacuer le J cerveau , puisque l'on tue également l'enfanl ? D'ailleurs ; en dif- ] férant; il peut arriver que les femmes avortent naturellement , ce i qui les expose à beaucoup moins de danger : or ^ Texpuision du j
fœlus avant leriiie a assez souvent lieu chez les femmes mal conslituëes.
Il ne suffit pas d'avoir exposé les causes qui peuvent donner lieu à Favortement, d'avoir fait connaître les accidens qui en sont la suite , il faut encore parler des moyens de le pre'venir. En effeî, on le préviendrait souvent, même lorsque le travail est déclaré , si l'on pouvait reconnaître la cause qui le provoque. Il faut diri'^er les remèdes vers la nature de la cause , et les diversifier comme elle. Moins le travail est avancé , plus on doit espérer des moyens qui seront employés.
Avoir exposé la conduite que doit tenir le médecin lorsqu'il survient des accidens propres à Télat de grossesse , ou des maladies aiguës pendant sa durée , avoir indiqué la manière la plus sûre de les prévenir ; c'est avoir enseigné en même temps la manière de prévenir ou de remédier à Tavortemenl dans le plus grand nombre des cas où cet accident peut survenir. J'ai aussi déjà indiqué dans cet article comment doit se comporter le médecin lorsque les causes d'avorlement se tirent de la constitution générale de la femme et de son tempérament. Celles qui tiennent aux lésions de l'ulérus sont ou incurables , ou la manière d'y remédier a été enseignée ailleurs. Il est le plus souvent impossible de remédier aux causes d'avorlement qui sont propres au foetus et à ses dépendances. Si quelquefois elles présentent des indications rationnelles à remplir, elles sont exposées dans d'autres endroits de cet ouvrage , auxquelles elles apparliennent plus spécialement.
Si des passions violentes ; une grande agitation font craindre ravorlement , il faut s'efforcer de calmer : si c'est une frayeur ou des affections tristes de \kvi\Q , on doit tacher de ramener la iemme à des idées plus gaies , plus consolantes. Si elles ont donné lieu à des douleurs des reins et des lombes , il faut commencer par la saignée , employer ensuite les boissons acidulées^ les émulsions , les caïmans.
Les coups reçus à la région hypogastrique exigent les saignées, llans tous les cas on prescrit le repos et la situation horizontale. La plupart des causes d'avortement exigent qu'on ait recours à lu saignée, à moins qu'elle ne soit contre-indiquée par la conslilulion taible et délicate de la femme. On trouve cependant des praticiens qui craignent que la saignée ne favorise l'avorlement plutôt que de le prévenir, lis fondent celle .crainte sur ce que Ion
observe que la saignée est souvent un des moyens les plus sûrs ^ d'acce'leFer raccouchement en favorisant la dilatation du col. A i cette objection, en apparence très-plausible^ je réponds que la j saignée facilile la sortie de l'enfant lorsque , pendant le travail , ] les parties externes ; le col , sont dans un état d'érélhisme ou d'in- '• flammalion qu'elle fait cesser j tandis que dans Fautre cas, elle j conserve la grossesse en détruisant la pléthore ou l'agitation qui \ menaçait les jours de l'enfant.
J'ai dit que des pertes abondantes précédaient et accompa- j gnaient presque toujours l'avortement , quelle que fût la cause qui l'eût produit. Les femmes s'en effraient ordinairement : on ne doit rien négliger, de quelque manière qu'il arrive, pour les rassurer sur leur état, et relever leur courage en leur observant que des femmes attaquées d'hémorrhagies utérines aussi abondantes n'ont pas laissé d'accoucher heureusement.
Si les causes qui produisent l'avortement ne peuvent être prévenues ni détruites; si les douleurs se font sentir avec force, et que l'orifice soit très-dilalé, il faut extraire le fœtus en se comportant suivant que Texigent les circonstances. Tant qu'il n'y a point d'accidens , l'expulsion de l'enfant et du placenta doit être abandonnée à la nature, comme dans l'accouchement qui a lieu au terme ordinaire. Si les secours de l'art sont nécessaires , on se comporte depuis la fin du cinquième mois comme on le ferait dans un accouchement à terme. Dans les trois premiers mois ^ la délivrance offre l'indication essentielle et la plus difficile à rejiiplir. Nous verrons que le travail est plus facile si , sous prétexte de Taider^ on n'ouvre pas la poche des eaux.
Des Dépendances du Fœtus,
C"est ici le lieu le plus convenable pour traiter des dépendances du fœtus , parce que plusieurs des phénomènes qui y sont relatifs se rattachent nalurellemeni à la grossesse, et servent, pour ainsi dire, à completter l'histoire de cette fonction sexuelle, D'ailleurs, sans la connaissance de ces dépendances du fœtus, ; il serait impossible de pouvoir aider la femme dans l'accouchement naturel 3 car il est quelques-unes de ces parties qui se présentent les premières à l'orifice de la matrice.
Leur exposition terminée, j examinerai ensuite la manière dont
DES ACCIDENS DE LA GROSSESSE. jAl
elles adhèrent à l'ule'rus. Ce mode de communication , une fois bien fixe', jettera le plus grand jour sur la nulrilion du fœtus. Je ferai encore connaître les dimensions de la tête d'un enfant à terme, avant d'entreprendre l'exposition de la fonction naturelle connue sous le nom d"^ accouchement , parce que les principes fondamentaux de l'art d^accoucher sont fondés sur les rapports qui existent entre le hassin de la femme et la tête de Fenfant qui doit le franchir. C'est d'après cette connaissance comparative que l'on a tracé des règles pour aider la nature dans ce travail ; et pour la mettre à même de l'opérer sans danger pour la mère et pour l'enfant.
ï. De VAniere-Faix ou des Secondines,
Le fœtus j dès le premier moment de la conception, est enveloppé de membranes auxquelles on a donné le nom de secondines ou arriere^faix . Des observations faites dans les premiers jours de l'imprégnation sur des femelles de diverses espèces d^animaux apprennent que l'on distingue une espèce de vessie membraneuse remplie d'un fluide clair et transparent, sans que l'on puisse apercevoir aucun linéament de l'embryon. D'après les recherches de Haller et celles de Hunter , celte poche membraneuse est formée de diverses parties qui n''ont point entre elles le même arrangement aux diverses époques de la grossesse.
Le nom de secondines qui a été donné aux enveloppes du fœlus serait très-impropre si on les considérait sous le rapport de leur formation et de leur développement : car si l'on ne peut pas assurer qu'elles soient formées avant l'embryon , du moins est-il certain que ces membranes ont déjà acquis un développement très-grand à une époque où le fœtus est encore à peine ébauché, et n'est même pas encore visible. La dénomination de secondines donnée à ces substances vient de ce qu'elles sont ordinairement expulsées après le fœtus. Nous verrons cependant qiie cela n'arrive pas toujours.
Sous le nom d'arrière -faix on comprend le placenta , les membranes et le cordon ombilical. On est aussi dans l'usage de comprendre sous celte dénomination les eaux renfermées dans la cavité des membranes. Mais l'expression de secondines ne peut pas convenir à celte dépendance du fœtus, même sous le rapport de l'expulsion qui précède communément celle de l'en-
1^3 DES ACCÎDEXS DF. L\ r.r.OSSESSE^ ";
faut, ou du moins qui se fait simullanément^ si lit poche des eaux i
ne se rompt pas avant la sortie du fœtus. ^
Les membranes par lesquelles le fœlus adhère aux parois de ]
Tulerus lui sont^ pour ainsi dire, accessoires. Le placenta, au '^
contraire^ et le cordon ombilical sont une partie intégrante de ■
l'appareil circulatoire du fœtus. H
■ \ IL Des Membranes. j
Les auteurs anciens et modernes ne sont pas d'accord sur le nombre des membranes qui forment la poche ovoïde dans laquelle est renfermé le fœtus. Il en est qui n'en admettent que deux , même depuis que Guillaume Hunter a publié ses observations sur la membrane caduque 3 tandis que d'autres en por-^ trnt le nombre à trois et même à quatre. Ces derniers ne diffèrent que dans la manière d^examiner et de décrire la membrane caduque et la membrane réfléchie de la matrice , dont quelques pliysiologistes ne font qu^une seule et même membrane, tandis que d'autres la considèrent comme formée de deux membranes très-distinctes , parce qu'elle n'est pas exactement et partout la même. Ceux qui admettent que dans les premiers temps de la grossesse il existe quatre membranes , enseignent que dans les derniers temps on n'en trouve que trois..
Il règne encore beaucoup d'obscurité dans les descriptions qu'ont données de ces enveloppes ceux qui ont écrit le plus récemment sur l'art des accouchemens , . ou sur cette partie de l'anatomie. Le peu d''accord des auteurs sur l'arrangement particulier des enveloppes de Tœuf humain et sur leur nombre , la manière obscure et confuse dont ils en ont traité^ me paraissent devoir être attribués à ce que plusieurs d'entre eux^ d'après l'examen d'un ou plusieurs œufs aborlifs qu^ilsont rencontrés par hasard^ ont donné une description qu'ils ont cru convenir à l'état naturel. Cependant les œufs aborlifs sont rarement constitués naturellement. La variété des noms sous lesquels ces membranes ont été décrites, et surtout la caduque, contribue encore à augmenter la confusion et l'embarras.
La division des membranes de Tœuf, établie par Blum<;nbach, en celles qui sont propres au fœtus et en celles qui appîulienuent en propre à la matrice, me paraît la plus convenable. Le
DES ACCIDENS DE LA Cr.OSSESSE. Ï^S
chorion el Tamnios , les seules membranes que décrivent quelques auteurs , proviennent et dépendent de Tœuf. La membrane caduque et la membrane réfléchie ^ si cependant on préfère eu faire deux membranes, quoiqu'elles soient exactement unies ensemble au moyen de leurs fibres qui communiquent de Tune à Tautre , appartiennent en propre à la matrice. La membrane caduque préexistant dans ce viscère à la descente du germe , ne peut pas appartenir à ce dernier.
1®. Des Membranes propres à la inatrice.
On doit considérer comme appartenant plutôt à la malrice qu'au fœlus la caduque utérine et la caduque réfléchie.
De la Membrane caduque décrite par Hanter.
Beaucoup d'accoucheurs n'ont encore qu'une idée confuse de la membrane caduque^ ce qui dépend en partie de ce qu'elle offre un aspect ^ un arranoement différens dans les divers mois de la grossesse. Plusieurs même ont contesté son existence , parce que le plus souvent, après l'expulsion de l'œuf ^ elle reste encore quelque temps dans l'utérus ; et est chassée par la suite avec les lochies j recouverte de grumeaux de sang qui empêchent de la reconnaître. Mais elle est très-visible surtout dans les premiers mois , lorsqu'on examine Fœuf encore adhérent à la matrice.
Dans les premiers temps ;, la membrane caduque consiste dans une couche molle ^ floconneuse^ qui se forme dès les premiers jours de l'imprégnation , et qui ^ suivant Hunter , préexiste dans la matrice à la descente du germe^ ce qui prouve que cette membrane n'appartient pas au germe fécondé : elle tapisse toute la surface interne de la malrice. On prétend avoir remarqué qu'elle est percée dans trois endroits, savoir^ à l'embouchure des trompes utérines, et vers le lieu de son adhérence à l'orifice interne^ qui paraît y élre plus forte que dans tout autre endroit. Je crois que Ton a pris pour des ouvertures complètes les trous que l'on voit à Tceil nu sur la membrane caduque^ mais qui ne vont pas directement d'une surface à l'autre , et qui ne font que glisser obliquement dans la substance de la membrane. M. Lobstein, auquel on doit un travail précieux s)ur la nulrilion du fœtus j que l'on
l44 ^ES ACGIDENS DE LA GROSSESSE.
trouve dans la collection des thèses de Strasbourg ( 12 messidor an 10); et qui a souvent eu occasion d'examiner la membrane caduque , n'a pas vu les ouvertures dont parle Hunier^ que l'on prétend correspondre aux trois orifices de la matrice.
On a eu diffe'renles opinions sur la formation de la membrane caduque. La première origine que Hunier lui a assignée consistait à la regarder comme une exfoliation de la tunique interne de Tulérus qui tombait à chaque grossesse : c'est d'après cette circonstance qu'il l'avait appelée decidua. Quand on connaît la force de l'adhérence de la membrane muqueuse à la substance de l'utérus, on ne conçoit guère qu'il soit possible qu'elle puisse s'en séparer , et changer ainsi de nature pour être rejetée au dehors , sans qu'il s'ensuive; comme le remarque très-bien M. J. Frédéric Lobstein ; aucune altération dans les fonctions de l'organe , ou clans tout Tindividu en général.
Dans cette opinion ^ la membrane interne de l'utérus ou plutôt son épidémie , à raison de l'afflux des humeurs qui est la suite d'un coït fécondant; se gonfle et augmente d'épaisseur jusqu'à la fm du troisième mois. Depuis cette époque ; elle va en s'attéîiuant à mesure que la grossesse avance , et se sépare de l'utérus vers la fin de la gestation , à la manière de Tépiderme. On sait aujourd'hui ce que l'on doit penser de ces prétendues exfoliations. On s'est trompé sur leur nature , et on a pris, comme le remarque Morgagni dans le troisième livre ^ de faTisses membranes pour les membranes internes des organes qui auraient été rejetées.
Hunter ne tarda pas à changer d'opinion sur la nature de la caduque. La plupart des anatomistes ont embrassé le sentiment qu'il a proposé en dernier lieu sur -la formation de cette mem- Xrane : il pense qu'elle trouve sa source dans la concrétion de Ihumeur qui se sécrète plus abondamment à la surface de la membrane muqueuse de l'utérus ; parce qu'immédiatement après la conception ; ses propriétés vitales sont augmentées. Les humeurs qui s'y rendent en plus grande quantité ; en se concrétant par l'augmentation de chaleur que développe la conception dans Tinlérieur de cet organe ; forment une couche d'abord assez épaisse ; pulpeuse ; qui ne présente aucune structure fibreuse réo'ulière. Elle est , comme l'observe M. Lobstein , le résultat d'une irritation spécifique déterminée parle co'i't fécond. Laforinalion de celte membrane est assujettie à des lois régulières ^
DES DÉPENBAISCES DU FOSTCS. 1^5
et elle offre beaucoup d'analogie avec celle des fausses memhranes qu'on rencontre à la plèvre. Il s'y développe par la suile un appareil vasculeux qui rend celte concrétion organisée. M. Dupuylren a très-bien prouvé qu'il est des fausses membranes qui, comme la caduque , finissent par avoir des vaisseaux sanguins. M. Lobstein assure avoir injecté plusieurs fois les vaisseaux des fausses membranes j ce qui vient à l'appui des vues qui ont été présentées > il y a quelques années ; par M. Dupuytren ; sur le même sujet.
M. Millot pense que l'on ne peut pas admettre avec Hunier qu'à la suite d'un coït fécondant , l'utérus se trouve dans un état de phlogose ^ à la suite duquel il transsude des extrémités artérielles une lymphe qui ^ en s' épaississant ^ se forme en membrane; ce qui constitue la deuxième origine que Hunier a assignée à la caduque^ Cette inflammation de la tunique interne de Tutérus s'opposerait à la conception , ou du moins rendrait cet organe peu propre à accomplir l'œuvre qui lui est confié dans ce moment. L'objection de M. Millot serait sans réplique si l'irritation était portée au .point de produire une phlogose : elle empêcherait \t?, sucs nourriciers d^arriver dans le premier moment à celte membrane qui fournit les premiers sucs à Tembryon. Mais le gonflem.ent ; l'afflux des liqueurs peuvent avoir lieu sans qu'il y ait de phlogose proprement dite. Une chaleur douce sufîit pour la formation de la caduque.
M. Millot regardant un état inflammatoire admis par Hunier pour expliquer la concrétion de la lymphe exsudée comme contraire aux vues de la nature , lire l'origine de cette membrane du mucilage, de l'humeur muqueuse fournis par l'un et l'autre des conjoints pendant la copulation , et qui n^a besoin que d'une chaleur douce pour se former en membrane pulpeuse.
La couche que forme la membrane caduque est d^autant plus épaisse que le fœtus est plus près de l'instant de la conception. Cette membrane adhère aux parois de l'ulérus. Cette union est Irès-lâche dans les commencemens de la grossesse j elle s'en sépare avec facilité , ce qui fait qu'on la trouve souvent à l'extérieur de l'œuf dans les avorlemens qui n'ont pas élé précédés de Févacuation des eaux. C'est entre cette caduque utérine et le chorion que se trouvent interposés les filamens qui sont les ru dimens du placenta ^ et qui^ disséminés à la surface du chorion ;
T. II, lu
î/^G DES DEPENDANCES DU FOETUS.
doivent se réunir pour former cette masse. Les vaisseaux utérins, pour se rendre au chorion, traversent cette substance pulpeuse que Hunter a décrite sous le nom de caduque , en sorte qu'elle fait les fonctions du tissu cellulaire à l'égard des autres membranes. M. Lobstein considère la membrane caduque non-seulement comme une espèce de tissu cellulaire que traversent les vaisseaux qui se rendent de la matrice aux membranes séreuses de l'œuf; il pense en outre que c'est dans cette substance épaisse et molle que sont implantés les flocons qui forment l'ébauche du placenta , etquesans sa présence les vaisseaux de cette masse spongieuse ne pourraient pas se développer. Cette opinion n'est pas admissible : les vaisseaux du placenta ne viennent pas de la caduque 3 ceux de sa face utérine sont fournis immédiatement par la matrice , et ceux de sa face fœtale par le fœtus lui-même.
Les secondines ne sont pas ; dans les premiers instans de la grossesse , recouvertes dans une partie de leur étendue de cette masse spongieuse connue sous le nom de placenta , que l'on y remarque vers la fin. Au terme de six semaines^ toute la surface du chorion est encore garnie uniformément d'un duvet épais. Quoique ce tomentum existe dès les premiers momens de la conception y on ne l'aperçoit cependant pas toujours dans lès œufs aborlifs , parce que, lors de leur expulsion , la caduque peut se détacher de l'utérus et se trouver appliquée sur le chorion. Lorsque les femmes ont rendu des vessies membraneuses sur lesquelles on ne remarquait ni couche pulpeuse ni tomentum , c'est que dans ces premiers temps la caduque et le chorion sont restés dans la matrice ^ et que l'embryon est sorti uniquement enveloppé par l'amnios , dont la surface est lisse et polie. Le plus souvent les femmes cliez lesquelles ces membranes sont retenues ne s'aperçoivent pas lorsqu'elles sont expulsées ; ou si elles sont averties de la sortie de ce corps étranger ^ elles le prennent assez ordinairement pour un caillot de sang^ car ces membranes sont toujours colorées par ce fluide.
La membrane caduque ne se trouve pas dans la partie de l'utérus à laquelle adhère le placenta. On y trouve seulement une substance celiuleuse qui^ en se continuant sur cette masse et sur la face externe de la caduque , les unit innnédiatement à la matrice. '
La membrane caduque conserve assez d'épaisseur jusqu'à Ja
DES DÉPENDAKCES DU FOETUS. idj
fin du troisième mois de la grossesse; mais depuis celle époque, elle diminue insensiblement de volume; en sorte que sur la fin de la gestation elle paraît seulement sous la forme d'une lame très-mince^ dont l'existence peut à peine être de'monlrée à cause de sa le'nuilè. Lors même qu'elle recouvre le cborion dans Taccouchemenl opéré au terme naturel , on a de la peine à la découvrir si on se borne à un examen superficiel^ ce qui a fait dire à plusieurs physiologistes qu'elle disparaissait par la suite , ou s'idenlifiail avec le chorion. Quoique cette membrane soit mince à cette époque ; elle est encore plus épaisse que le chorion. En s'amincissant; celle couche reste toujours molle ;, pulpeuse; sa couleur est grisâtre , et elle ressemble assez à la couenne qui; dans certaines circonstances, recouvre le sang que l'on lire par la saignée. Si celte membrane se détache de la matrice lors de l'accouchement , et se trouve appliquée sur le chorion , on peut aisément l'en séparer par lambeaux , de manière à se convaincre qu'elle en est très-dislincle.
La caduque étant très-amincie vers la fin de la grossesse y se déchirant facilemenl , il arrive quelquefois que des portions res= tent adhérentes aux parois de l'utérus ; ce qui fait que les enveloppes sont plus transparentes dans certains endroits que dans d'aulres. Les portions restées se détachent facilement, et sont expulsées pendant l'écoulement des lochies sans que la femme s'en aperçoive.
De la Caduque réfléchie.
La structure singulière de la caduque utérine, el surtout sa continuation en caduque réfléchie , rendent sa description trèsdifficile à saisir pour celui qui n'a jamais disséqué ces parties. Il n'est pas surprenant que ceux auxquels on cherche à expliquer comment cette membrane caduque se réfléchit pour se j)rolonger ensuite sur la totalité de l'œuf, auquel elle fournit une enveloppe, ne s'en forment qu^une idée très-obscure, et quelquefois même très-éloignée de la réalité. Lorsque j'aurai fait connaître l'opinion généralement admise sur la formation de la caduque réfléchie, j'exposerai l'idée que je m'en suis formée, et qui me paraît prouvée par l'analogie et même par l'autopsie.
Suivant Hunier, après la formation du placenta, c'est-à-dire^
vers le second mois environ , se forme une quatriéma membrane de l'œuf. D'après la manière dont on conçoit la formation de cette producLion membraneuse , on la nomme caduque réfléchie. Après la formation complète du placenta , la caduque de la maîrice se porte en se re'fléchissant de la circonfe'rence du placenta sur le chorion. Soit qu'on les considère comme deux lames de la même membrane, ainsi que le pense Hunter, et avec lui le plus grand nombre des anatomistes, soit qu'on les regarde comme deux membranes distinctes ; réunies seulement vers la circonférence du placenta , elles forment, ainsi réunies ^ une poche séreuse dont une partie serait appliquée sur l'œuf ^ et l'autre sur la surface utérine. Si on considère la caduque réfléchie comme une lame ; une production de la caduque utérine , ce qui me paraît extrêmement probable^ on peut se former une idée de la manière dont la caduque produit la membrane réfléchie, en se représentant comment le péricarde se continue sur la surface du cœur : elle se jette sur l'œuf et le tapisse ; dit M. Lobstein, de la même manière que le péritoine recouvre le foie après avoir abandonné le diaphragme. Aussi, dans les œufs naturels rendus surtout dans les trois premiers mois^ voiton que si l'œuf est expulsé en entier , il est libre et flotte , pour ainsi dire, dans la membrane caduque ; comme le cœur dans le péricarde.
Si l'idée que je me suis formée sur la réflexion de la caduque utérine est fondée, celte membrane existerait dès le premier moment où l'œuf parvient dans l'utérus. Pour tâcher de me rendre plus intelligible, je vais établir une comparaison qui me parait très-propre adonner une idée du phénomène qui se passe alors. Il me semble que l'on peut en quelque sorte assimiler la réflexion de la membrane caduque vers la périphérie du placenta à un rejeton qui croît après uu arbre : comme le rameau, à mesure qu'il s'élève au-dessus de la surface de Tarbre , pousse au-devant de lui l'écorce qu'il a séparée de la tige, et ralténue , pour ainsi dire, en l'étendant 5 de même l'œuf, en parvenant de la trompe dans l'utérus , ne perce pas la caduque pour pénétrer dans sa cavité, mais il la pousse au-devant de lui en la décollant peu à peu. 11 se glisse entre la caduque et l'utérus à mesure qu'il augmenle de volume \ il entraîne avec lui sa tunique caduque, et en change »un peu la forme en la forçant à l'envelopper: ce qui me porte à croire que la poche séreuse existe avant la formation du placenia.^^
DES DÉPENDANCES DU FOETtJS. Ï^Q
mais qu'on ne l'a pas dislinguée, parce cpie re'carlcincnl csl Ircspelit; à cause de Fépaisseur de la caduque ule'rine dans les premiers temps-
La caduque re'flechie ne passe pas sur la poriion du chorioii qui recouvre la face fœlale du placenta 3 arrive'e sur les Ijords de cette masse ;, elle se réfléchit sur le chorion. Le placenta ^ la portion du chorion qui tapisse sa face antérieure, sont hors de l'enveloppe que la caduque réfléchie fournit à l'œuf, comme le colon, le rein sont en partie hors du péritoine. D'après l'idée que je viens de présenter^ la caduque réfléchie serait une conlinualion delà caduque utérine : elle couvre l'œuf dans tous ses points , à Texception de la partie qui correspond au placenta. Avant la formation de ce dernier, il est également une portion du chorion qui n'est pas enveloppée par la poche séreuse formée par les caduques utérine et réfléchie.
A l'endroit où la caduque se réfléchit et se continue vers la circonférence pour produire la membrane réfléchie , elle conserve encore les mêmes apparences,* mais à mesure qu'elle se porte plus loin et qu'elle abandonne la périphérie du placenta pour envelopper tout l'œuf, elle prend une apparence différente 3 elle devient plus dense, moins poreuse et moins pulpeuse j elle est moins épaisse dans les œufs rendus avant maturité 3 elle est un peu plus épaisse dans ceux venus à terme , pendant que la caduque utérine est bien plus mince.
Les anatomistes pensent communément qtie , par le développement du produit de la conception , la caduque utérine s'uni6 Ûitimement , se confond avec la membrane que l'on nomme caduque réfléchie , de manière à n'en former plus qu'une seule vers le milieu delà grossesse. Cependant le docteur Krummacher dit avoir observé dans des œufs reçus à divers termes de grossesse, et par l'ouverture des cadavres de femmes mortes pendant la gestation ou peu de temps après raccouchement , le placenta étant retenu dans la matrice , que la tunique caduque n'était adhérente avec la réfléchie que vers la circonférence du placenta; que dans le reste de leur étendue, ces membranes ne faisaient que se toucher, et n'adhéraient pas entre elles au moyen du tissu cellulaire comme les autres membranes.
Quoique je partage l'opinion du docteur Krummacher , je conviens que l'on trouve rarement des traces de cette poche séreuse
î5o DES DÉPENDANCES DU FOETUS.
dans Paccouchement à terme : les circonstances suivantes en rendent facilement raison. Si la membrane caduque adhère élroiîement à l'ulérus, elle se se'pare quelquefois , ainsi que la memjbrane re'fléchie; et Tœuf est expulsé, enveloppé seulement de ^l'amnios et du chorion. Ces deux membranes peuvent séjourner pendant un ou plusieurs jours; et lorsqu'elles sorlent, elles offrent tellement les apparences d'un second œuf abortif , qu'on les prendrait facilement pour telles. Quand l'œuf est chassé avant sa maturilé, mais surtout avant le milieu de la gestation ^ le plus souvent la membrane réfléchie se déchire dans l'endroit où elle se continue avec la caduque ^ et est rendue en même temps que l'œuf 5 tandis que la caduque reste dans la matrice.
Enlre le chorion et la caduque réfléchie, on trouve souvent une masse dense , blanche ou jaunâlre , comme gélalineuse, offrant quelquefois les apparences de la graisse , et que Haller a prise pour de la vraie graisse ^ mais qui ne paraît être qu'une lymphe coagulée , et rassemblée par fragmens plus ou moins grands.
Dans les œufs rendus avant le troisième mois, on trouve encore assez souvent sur le chorion un sang grumelé en plus ou moins grande quantité, qui écarle le chorion et la membrane réfléchie quelquefois de plus d'un pouce , et donne à l'œuf une forme singulière et très-différente de celle qui lui est naturelle; ce qui est cause que dans les figures que les observateurs nous ont données des œufs rendus avant maturité , on trouve si rarement des exemples d^œuf conformé naturellement.
2°. Des Membranes propres au Fœtus.
Elles sont au nombre de deux , le chorion et Faranios. Je les regarde , avec les anatomistes , comme deux membranes distinctes. Leur organisation paraît difî"érente. L'amnios est une membrane séreuse 5 sa surface est lisse ^ polie comme celle de toutes n les autres membranes séreuses. Le chorion ne ressemble à aucune des membranes connues j, et si on pouvait le rapprocher de quelques-unes d'elles , ce serait avec les membranes fibreuses qu'il paraîtrait avoir plus d'analogie. M. Lobslein considère cependant le chorion comme une membrane diaphane.
DES DEPENDANCES DU FOETUS, l5l
Du Chorion,
Le chorion est la plus extérieure de ces deux membranes et renferme Famnios. Par sa face externe il répond à la face interne de la caduque réfléchie , et avant sa formation à celle de la caduque utérine^ si on admet l'opinion commune ^ savoir^ que la caduque réfléchie ne se forme qu'après l'apparition du placenta.
La membrane chorion est celluleuse extérieurement. Vers la fin du second mois*; le tomentum qui recouvrait uniformément toute sa surface externe se ramasse de plus en plus , à mesure que la grossesse avance , dans un espace déterminé j et forme cette masse spongieuse dont je traiterai tout-à-l'heure : de sorte qu'après le premier mois , les villosités ne recouvrent plus que les deux tiers de l'œuf, la moitié après le troisième , et le quart au terme de raccouchement. Dans les premiers momens , le placenta est très-large , mais très-mince j, on remarque que son épaisseur augmente d'une manière sensible à mesure qu'il diminue d'étendue. Le placenta a donc dans les derniers temps , proportionnellement au fœlus; moins d'étendue que dans les commencemens de sa formation.
Le placenta étant formé par l'agglomération du tissu cellulaire et vasculeux qui revêt la face externe du chorion , il résulte évidemment de cette disposition qu'une partie de celte membrane passe au-devant de la face fœtale de cette masse , d'où s'élève le plexus vasculaire qui donne naissance au cordon ombilical. Hevvson a fait voir que lechorion^à Tendroitde rinserlion du cordon ombilical, s'enfonce dans la substance du placenta, et accompagne les vaisseaux qui résultent de la division du cordon , auquel il sert de tunique externe jusqu'à leurs plus petites ramifications.
Les accoucheurs disent communément que le chorion est formé de différentes lames qui sont plus écartées dans le voisinage du placenta, où elles admettent un suc adipeux en plus ou moins/ grande quantité. Le chorion n'est formé que d'iineseule lame lisse, transparente. Ce que quelques auteurs ont appelé lan7e externe du chorion , épiciiorion ; d'autres, chorion velouté ^ pulpeux ; chorion réliculaire , spongieux ^filamenteux , n'est autre chose que les membranes caduque et réfléchie qui , pendant la dernière moitié de la gestation , sont plus rapprochées du chorion, et qui.
j52 des DEPENDANCES DU FOETUS,
suivant quelques anatnmisles ; lui sont imiiiédialement unies. C'est entre la caduque réfléchie et le chorion que se fait quelquer fois cet amas de sucs que Haller considérait comme adipeux 5 en sorte que Ton peut dire que la membrane caduque ;, telle qu'elle se présente dans les derniers mois delà grossesse, n'a point été inconnue aux anciens ; qui ont admis à la surface externe de l'œuf une masse spongieuse par laquelle il est attaché à la matrice^.
Le chorion est partout adhérent à la surface interne de la caduque réfléchie par du tissu cellulaire qui se voit à sa face externe , à Texception de la partie de sa surface qui répond au placenta. Cette adhérence est assez forte vers la fin de la grossesse pour qu'elle se déchire ver^ la circonférence du placenta ; où elle s'unit à la caduque utérine ^ plutôt que de se décoller.
Dans la manière ordinaire de voir , avant la formation du placenta , Fœuf est contenu dans la caduque. Si ^ à cette époque ^ il est expulsé avec ses enveloppes ^ les flocons qui recouvrent le chorion et qui tiennent lieu de placenta ^ ne deviennent visibles qu'après qu'on a enlevé la caduque qui les couvrait en manière de gaine. M. Lobstein admet que lorsque le placenta est formé^ la membrane caduque disparaît entre lui et la matrice. En partant des vues que j'ai présentées , dans le principe même , une portion de l'œuf est hors de la caduque et adhère immédiatement h, la matrice.
De VAmnios.
La membrane amnios est renfermée dans îe chorion , et elle renferme immédiatement le fœlus et les eaux 5 elle est mince et transparente : elle est cependant un peu plus forte et un peu plus épaisse que le chorion. Par sa face externe elle est unie au chorion par du tissu cellulaire très- fin. Quand l'œuf est parvenu au terme naturel ^ ces deux membranes sont unies assez étroilement pour que plusieurs physiologistes aient regardé le chorion comme la lame externe de Taninios. Leur union est moins serrée du côté du placenta. On a cru que ces deux membranes pouvaient s'écarter l'une de l'autre^ et permettre à une certaine quantité d'eau de s'accumuler dans leur intérieur. C'est au fluide amassé dans cette poche formée accidentellement que l'on a donné le nom àe faussas eaux. Ei; traitant du liquide contenu dans la cavilé de l'amnios. je prouverai que bi cet écarleraent est possible^
DES DÉPENDANCES DU FOETUS. ï53
il est fort rare /et que ce que l'on appelle comnmnémcnt Jausses eaux a une autre source.
ÏII. De la Vésicule ombilicale , ou de l'Allanioïde des anciens.
On prétend qu'il se forme, avant la fin du second mois, une ve'sicule remplie de fluide dans un écartement qui survient entre le chorion et l'amnios qu'elle soulève , et à travers lequel elle proémine. Les modernes ont donné le nom de vésicule ombilicale à celte vésicule hydatiforme^ décrite d'abord sous le nom d'aïlanioïde par Diémerbroech, Fabrice d'Aquapendente^ Bartholin , Albiuus, Bohémer. Suivant Louis de Neuville, dans une dissertation, Trept ryjç a)^XavToifîsoç, Néedham, Hobokenus, de Graaf^ et surtout Haies, sont les premiers qui ont prouvé Texislence de Tallantoîde humaine.
Les remarques de ces auteurs sur Texislence de l'allantoïde dans l'espèce humaine furent taxées de méprise par la plupart de ceux qui les suivirent, et entre autres par Noorlwyck, Piuisch, Heister et Haller. Ce partage de senlimens a régné parmi les analomistes jusqu'à ce que la description qu'ils avaient donnée de celte vésicule ait élé confirmée par les observations analogues qu'ont publiées successivement Wrisberg, Hunter, Sandifort, Sœmmering, Blumenback , M. Lobslein, dans son Traité sur la Nutrition du Fœtus, Si l'on doit admettre qu'il existe dans le fœtus humain , avant la fin du second mois , une vésicule hydaliformedontle siège le plus ordinaire est vers l'insertion du cordon au placenta, quelquefois cependant à une certaine dislance de celte insertion , mais toujours sur la surface du placenta , il est certain que celle poche membraneuse diffère sous beaucoup de rapports de l'ailanloïde telle qu'on la Irouve dans les animaux. Il existe deux différences essenlielles entre l'allantoïde des animaux et la vésicule du fœtus humain.
Dans les différons animaux chez lesquels on rencontre la membrane allantoïde, dont l'étendue varie suivant l'espèce, l'ouraque forme un canal destiné à conduire les urines dans cette poche, qui leur sert de réservoir jusqu'au moment de la naissance. Chez le fœtus humain, au contraire, on ne rencontre jamais aucune cavité dans toute la longueur de l'ouraque, lors même que l'on examine celte partie à une époque de la gestation qui correspond
à Fexislence de la vésicule ombilicale j ce qui indique que leurs usages doivent elre diffe'rens.
M. Lohslein prétend que l'on s'est trompé sur les usages de l'allanloïde dans les quadrupèdes, en lui attribuant pour usaf^e de servir de réservoir à l'urine. 11 résulte des observations faites par Haller, et répétées par M. Lobstein, que dans tous les animaux Fallantoïde est proportionnellement d'autant plus longue et d^au tant plus considérable, que le fœtus est plus petit j cependant elle devrait s'accroître dans le même rapport que le fœtus si elle avait pour fonction de recevoir l'urine, puisque ce liquide est sécrété plus abondamment à mesure que le fœtus grandit. Si celte vésicule, dpnt l'utilité parait se borner aux premiers mois de la grossesse, disparaît plus tôt dans certains animaux que dans d'autres, cette différence doit être attribuée, dit M. Lobstein, a à ce que, dans les premiers , le cordon ombilical M croît très-rapidement, tandis qu'il n'en est pas de même dans » ceux chez lesquels la vésicule reste. » j
M. Lobstein attribue pour usage à la vésicule ombilicale de | servir à la nutrition du fœtus dans les deux premiers mois de la \ gestation, c'est-à-dire, pendant tout le temps qu'elle adhère à i Fabdomen^ en sorte que dans les commencemens il admet trois ; sortes de nutritions. L'embryon, dit-il, peut se nourrir, i°. par i la vésicule ombilicale j 2*'. au moyen des eaux de l'amnios 5 | 3°. par les sucs que les radicules de la veine ombilicale ab- ! sorbent.
Une autre différence non moins essentielle est celle qui se j tire de l'époque de leur formalion. Dans les animaux, Fallantoïde i préexiste au fœtus , persiste pendant toute la durée de la gros- i sessej dans l'espèce humaine , au contraire , la vésicule ombi- j licale ne peut s'observer qu'après deux mois environ de grossesse^ ; et elle disparaît complètement après le quatrième mois. 'i
Cette vésicule est tantôt sphérique, tantôt de forme ovalaire3 '| elle acquiert pour Fordinaire la grosseur d'un gros pois : le li- j quide qu'elle contient est le plus souvent de couleur jaunâtre, j Suivant plusieurs elle se termine, à une de ses extrémités, par I, un filet grêle qui marche sous l'amnios et se dirige vers le cordon j ombilical, dans l'épaisseur duquel il est reçu. Wrisberg dit s'être j; assuré . au moyen de Finjeclion , que ce filet n'est qu'une artère j qui se détache de celles de Fépiploon, et aboutit au cordon à ji
l'endroit où il s'insère dans le bas-ventrè. En suivant son trajet , il parvient à la ve'sicule ombilicale ^ sur laquelle il se ramifie par des branches extrêmement fines. Les recherches de Guiilauiue ^Hunier et deSandifort ont confirmé cette observation.
M. Lobslein croit que, dans les premiers temps ; la vésicule ombilicale est attachée immédiatement à l'ombilic de Fembryon et paraît sortir de son ventre, et qu'elle est très-grande proportionnellement à son volume j mais que les premières semaines de la grossesse passées, elle s'éloigne de l'abdomen par Taccroissement du cordon ombilical , dans l'épaisseur duquel elle se trouve. « Il paraît que c'est dans cet état que Ruisch l'a observée, » et que pour celle raison il l'a appelée hjdadde du cordon. « Plus lard on l'observe à l'endroit de l'insertion du cordon om- « bilical au placenta. C'est à cette époque qu'elle a été observée « par Hunter. Plus lard encore elle est placée plus loin que l'in- » sertion du cordon. Vers la fin du quatrième mois, elle se » trouve vers le disque du placenîa. Elle disparaît au-deîà de ce » terme, semblable en cela à la membrane pupillaire, qui dis- » paraît aussi dans le fœtus. « Le corps de la vésicule diminue de capacité à mesure qu'elle s'éloigne de rembryon.
Je n'ai pas encore été à même de vérifier l'existence de cetle vésicule sur des œufs rendus de la fin du second mois au quatrième de la gestation, qui sont, suivant Hunier^ les seules époques où l'on puisse l'observer. Je n'ose cependant pas en conclure qu'elle n'avait pas existé , parce qu^il est possible qu'elle se détruise pour l'ordinaire par les efforts qui accompagnent Tavorlement. Il faudrait trouver l'occasion de disséquer des femmes enceintes mortes de la fin du second mois à la fin du quatrième , qui sont les seules circonstances de la grossesse où elle existe^ suivant les auteurs qui la décrivent, si Ton en excepte M. Lobslein, dont je viens de faire connaître l'opinion sur celte vésicule.
Malgré des autorités aussi nombreuses, le docteur Krummacher
a cependant élevé des doutes sur Fexistence de la vésicule ombilicale , et il a regardé la petite quantité de liquide que contient dans quelques cas l'amnios, comme le produit d'un état contre nature, plutôt que comme une disposition naturelle. Il rapporte avoir rencontré en effet cet interstice rempli d'une bulle aqueuse dans plusieurs œufs expulsés dans le second ou le troisième mois , mais seulement lorsqu'ils étaient dans un état contre nature, et
ï56 DES DÉPENDANCES DU FOKTUS.
qu'ils avaient feslé pendant plusieurs semaines , et quelquefois ''i -pendant plusieurs mois dans Fulérus avant d'être chasse'sj mais i qu'il n'a jamais pu découvrir cet écarlement des deux membranes i et un liquide interposé dans les œufs qui , ayant été expulsés l aussitôt après l'action de la cause qui avait produit Tavortement, 1 ne s'écartaient pas de l'état naturel. t.
Les membranes chorion et amnios se continuent sur toute la 1 longueur du cordon j Tamnios forme un repli à l'endroit où elle ! gagne le cordon. Lorsqu'on tire dessus cette anse pour extraire le j \ placenta, ces membranes s'écartent l'une de l'autre dans le lieu de 1 ce repli; et forment une cavité accidentelle que quelques accou- i cheurs ont prise pour celle de l'allanloïde, qui , chez le fœtus hu- ; main , n'existe jamais vers la fin de la grossesse. ■
Ces deux membranes peuvent être tantôt d'un tissu trop serré^ J tantôt d'un tissu trop lâche. Cette disposition doit être connue de à l'accoucheur, puisque dansjle premier cas elles peuvent^ par leur ré- | sistancC; relarder l'accouchement, et devenir la cause d'acciden s | graves que je ferai connaître ailleurs; tandis que lorsque leur tissu n'a pas assez de consistance, elles se rompent de trop bonne heure et rendent l'accouchement beaucoup plus long, parce qu'il manque une des causes qui concourent à opérer la dilatation du col.
Si l'orifice était ouvert de bonne heure, comme on le voit chez quelques femmes chez lesquelles, dès le septième mois, on peut toucher les membranes à nu, leur ténuité extrême pourrait donner lieu à un accouchement prématuré, parce qu'elles ne peuvent pas supporter, dans le lieu où elles ne sont pas soutenues. Taclion exercée par la colonne de fluide qui presse la matrice en touî sens pour en opéççr la dilatation.
On ne peut pas douter que les membranes et le placenta n'aient des fonctions importantes à remplir àl'égarddu fœtus. Jamais on ne rencontre de fœtus sans qu'elles n'existent; et si on les rencontre sans le fœlus, c'est qu'après avoirperdula vie à une époque où il n'était encore qu'une mucosité, il s'est entièrement dissous dans les eaux.
Les membranes et le placenta sont-ils nourris par les fluides qu'ils reçoivent de la matrice, ou bien par ceux que leur envoie le fœtus? Je crois qu'en considérant l'ordre que suivent ces substances dans leur développement pendant tout le cours de la grossesse, il est aisé de répondre à cette question dont la solution peut jeter un grand jour sur la manière dont se nourrit le fœlub.
DES DEPENDANCES DU FOETUS. } f^n
Les membranes existent; et ont cîe'jà acquis un cerlain dooré d'accroissement dans un moment où le fœtus ne tombe pas encore sous les sens. Il est évident qu^un corps invisible ne peut pas fournir au développement et à la nutrition^d'un corps qui est de'jà très -sensible et dont l'accroissement est rapide ^ elles ne peuvent donc pas recevoir du fœtus leurs fluides nourriciers dans le commencement de la grossesse. Mais si ces substances reçoivent leurs fluides dans les premiers momens de la part de la matrice, tout porte à croire qu'elles continuent de les recevoir delà même source pendant tout le cours de la grossesse. Dans l'espèce humaine les membranes de l'œuf vivent tant qu'elles sont en rapport avec la malricC; quoique le fœtus soit mort et qu'il n'en existe plus de traces ; ce qui prouve que l'œuf tire sa nourriture de la mère. A mesure que le fœtus croît , le volume des secondines devient respectivement moindre : or, si elles tiraient leurs fluides du fœlus; elles devraient être respectivement plus volumineuses. Si au contraire, elles sont faites pour transmettre au fœtus les fluides qu'elles reçoivent de la malrice, on conçoit que le fœtus ^ absorbant de plus en plus une plus grande quantité' de fluides , elles ne doivent pas augmenter autant de volume dans les derniers temps que dans les premiers, parce qu'il reste moins de fluides dans leur tissu pour en favoriser le développement.
Du Placenta.
On^donne le nom de placenta à cette masse spongieuse de
couleur rougeâlre qu'elle doit au sang qu'efle contient qui forme à
I la face externe du chorion une espèce de gâteau parenchymaleux.
C'est de cette ressemblance qu'il tire son nom. Si la femme a
éprouvé pendant la grossesse quelque indisposition^ la couleur
I et la substance du placenta en portent presque toujours des mar-
^ques après l'accouchement : c'est ce que l'on remarque surtout
I chez celles qui sont atteintes de maladies vénériennes anciennes
[chez celles qui sont phthisiques. Les endroits du placenta qui se
jsont séparés de la matrice sont recouverts de sang extravasé, ou
i présentent des taches noirâtres.
I Le placenta est formé par la réunion du tissu qui recouvre le I chorion 3 il n^exisle pas durant tout le premier mois; les lames j qui le composent sont arrangées de manière à former une éponge; jil est fortement uni au chorion, et l'on ne peut pas l'en séparer
l58' DÉS DÉPENDANCES DU FOETUS.
sans déchirure 3 en sorle que plusieurs auleurs ont cru que le placenta et le chorion ne différaient l'un de Taulre que par Far-*: rangement différent des lames qui les composent. Cette opinion' de Haller^ adoptée par les physiologistes, paraît démentie parla structure et les usages , qui sont différens. On ne peut donner^ une meilleure idée de l'organisation du placenta, qu'en disant' avec Albinus ; Piuysch , que ce corps spongieux est composé d'ar- > tères et de veines qui le constituent en grande partie ;, et qui se Ij ramifient dans une substance pulpeuse ou cellulaire. Jusqu'ici ; on n'a pas encore démontré l'existence de glandes^ de nerfs ^ ni -i de vaisseaux lymphatiques dans le placenta. Les travaux des mo- i dernes n'ont pas constaté; comme l^avaient avancé Cruikshank et | Mascagni; que les vaisseaux lymphatiques de la matrice se prolongent jusque sur la portion utérine du placenta. C^est cependant sur l'existence de ces vaisseaux qu'est fondée, comme nous le verrons ailleurs, Fopinionde Schreger surles fonctions du placenta. Le placenta est épais vers son milieu et mince sur les bords 3 son épaisseur dans son centre est de douze à quinze lignes,- son diamètre , pris selon sa largeur, est de sept à huit pouces. Les dimensions du placenta varient suivant la force de l'enfant , la vigueur de la femme, et le lieu de la matrice où il s'est implanté. Cependant le volume du placenta n'est pas toujours en rapport avec celui du fœtus. Il n'est pas rare de voir de trèspetits enfans qui ont des gros placenta.
Le placenta présente dés variétés qui sont relatives à sa conformation, à l'insertion du cordon ombilical, au nombre d'enfans qui peuvent exister, à ses dimensions, à sa consistance qui, de spongieuse, peut devenir squirrheuse , cartilagineuse , osseuse , à ses \ adhérences, qui peuvent être trop faibles ou trop denses. On ren- p contre souvent des hydalides dans le tissu du placenta : c^est une N des altérations morbifiques les plus fréquentes du placenta. Lors- Ij que le placenta est beaucoup plus petit qu'il ne doit l'être ou j beaucoup plus gros qu^on ne le trouve ordinairement , il peut en \\ résulter des accidens. Ces deux excès opposés peuvent même oc- <! easioner la mort du fœtus. Si les indurations squirrheuses , l'ossi- fication n'occupent que quelques points du placenta, le fœtus i peut ne pas souffrir de ces affections^ parce qu'elles n'empêchent i pas sa nutrition lorsqu'elles ne sont que partielles. j
he placenta est formé de plusieurs lobes unis par un tissu cet- ' i
DES DÉPENDANCES DU FOETUS. ï5q
lulaire Irès-fin, Si l^on plie celle masse sur elle-même. les. lobes qui la composent se séparent les uns des autres^ el rendent la surface ex le'rieurelrès-inégale el profondément sillonnée ; tandis que dans l'état nalurel, les anfracluosilés que l'on y remarque sont superficielles. On a vu des placenta dont les lobes étaient séparés les uns des autres j en sorte qu'on aurait pu les prendre pour autant de placenta ^ si ces différens lobes n'eussent été liés les uns aux autres par les membranes et les vaisseaux.
La forme du placenta varie suivant le point où le cordon ombilical s^insère. Quand il s'implante sur un des bords, il prend le nom de placenta en raquette. On connaît un mode particulier d'insertion du cordon ombilical où les vaisseaux , en sortant de l'abdomen du fœtus , se divisent , s'écartent et vont gagner les membranes de l'œuf ^ rampent dans leur épaisseur, et vont s'insérer au disque du placenta par des branches séparées. J'ai été témoin d^un cas de cette espèce. M. Lobslein , en donnant la description d'un placenta où cette distribution des vaisseaux avait lieu, a rapporté deux exemples à-peu-près' analogues. Le premier se trouve dans les Commentaires de Gœllingue ( tom. iv pag. 67), et a été communiqué par Wrisberg ^ l'autre cas est rapporté par Sandifort. ( Observation, anatomic. pathologicœ , lib. II, cap. IV, tab. 7.) Lauverjeat , M. Baudelocque ont rencontré des placenta où cette disposition vasculaire était très-manifeste. Elle n'est pas sans inconvénient ; elle peut donner lieu à une hémorrhagie promptement funeste à l'enfant , parce que les vaisseaux peuvent se diviser , si la rupture des membranes a lieu dans l'endroit où ils rampent«dans leur épaisseur.
Le nombre des placenta répond toujours à celui des enfans. Lors même qu'ils paraissent ne former qu'une seule masse, chaque enfant avait cependant , lors de sa formation , un placenta distinct. Quoique les placenta soient réunis dans une certaine étendue de leurs bords , les vaisseaux de l'un n'ont cependant aucune communication avec ceux de l'autre. L'injection poussée par l'un des cordons ne passe pas dans les vaisseaux qui appartiennent à Tautre cordon. Cette disposition présente des avantages. L'un des enfans peut perdre la vie sans que l'autre en éprouve aucune atteinte. Si le plus souvent les placenta des jumeaux sont unis , on voit cependant quelquefois qu'ils sont entièrement séparés l'un de Faulre. On ne doit cependant pas re-
/ l6o DES DÉPENDANCES DU FOEtUS.
garder comme constante la disposition dont je viens de parler ^ savoir^ qu'il n'existe aucune communication vasculaire entre les \ placenta qui appartiennent à deux ^ trois , ou à un plus grand i nombre d'enfans. Si le plus souvent il n'y a entre eux que des i rapports de contiguile% quelques exemples prouvent que leurs ; vaisseaux s'anastomosent quelquefois. M. le professeur Désor- \ meaux a vu les artères ombilicales de àeux fœtus jumeaux com- i muniquer entre elles. Si les injections faites après la mort pouvaient offrir, dans les cas oii la matière a péne'tré dans les deux j masses unies d'une manière intime , un moyen certain d'assurer que leurs vaisseaux communiquaient durant la vie , cette com- ; munication serait plus fréquente qu'on ne pense , car MM. les \ professeurs Ghaussier, Bèclard , M. Breschet et quelques autres i anatomisles ; sont parvenus , dans ces derniers temps, à faire pé- ' nëlrerrinjecliondans les deux masses. La possibilité de cette com- i munication a porté M. Désormeaux à donner le précepte général | dans le cas d'accouchement de jumeaux , de lier du côté de la mère le cordon ombilical appartenant au premier enfant sorti. ( four. gén. de 3Iéd. , juillet 1816. ) i
Le placenta est attaché à la matrice par sa face sillonnée , que j l'on pourrait appeler j'îzce utérine. Celte adhérence , quelque so- ; lide qu'elle soit , se fait par le moyen du tissu cellulaire qui en l recouvre les anfractuosités. Ce tissu cellulaire est fourni par la i membrane celluleuse et vasculaire très-délicate , dont la face utérine du placenta est recouverte, et qui se déchire avec la plus \ grande facilité quand on le roule sur lui-même. Les auteurs ne ; sont pas d'accord sur la nature de celte membrane et sur l'épo- ' que à laquelle on peut Tapercevoir. M. Chaussier pense qu'elle * est une continuation de l'épichorion ( membrane caduque des au- j leurs ) , et qu'elle se forme dans l'acte de la conception 3 en sorte j qu'elle est dans tous les temps le moyen qui unit le placenta à j Futérus , comme cela a lieu pour le chorion. Si l'œuf ^ en des- ; cendant dans la cavité utérine , décolle et pousse au-devant de lui '^ la portion de la caduque qui lui correspond , ainsi que je l'ai in- ! diqué , au lieu de la percer pour s'insinuer dans sa cavité , elle ■ est étrangère à cette membrane, et ne se forme que quelque temps \ après elle. Cette opinion , que j'adopte , est aussi celle qui a été ] admise par M. Lobstein dans sa Dissertation sur la nutrition du \ fœlus; que j'aurai occasion de citer plusieurs fois avec éloge. Les i
DES DÊi>£NDA^CES DU FOETCS. l6l
adhérences du placenta à la malrice qui seraient assez fortes pour qu'il ne puisse pas se séparer naturellement après l^accouchement, si l'organe se contracte avec force , sont beaucoup plus rares qu'on ne le croit. Cependant on nepeut pas méconnaîlfe qu'on en rencontre quelquefois de semblables. La phlogose des parois internes de l'ute'rus paraît ^etre la cause la plus ordinaire de 1 adhérence iiiîime que quelques placenta , oU\ plutôt quelques portions de celte masse ^ contractent avec sa surface interne. On a cru remarquer que cette adhérence extraordinaire existait plus souvent lorsque ce corps spongieux est implanté sur la paroi antérieure de la matrice. Dans quelques cas ; les adhérences du placenta à la malrice sont si faibles j que le moindre effort ^ le moindre mouvement, suffisent pour le séparer. La pléthore sanguine peut seule occasioner de décollement que l'on peut , en quelque sorte , considérer comme spontané. Bans une disposition semblable ;, la saignée peut convenir pour prévenir cet accidènti L'observation ne permet pas d'admettre d'anastomose entre les vaisseaux de la malrice et les vaisseaux ombilicaux du fœtus ; ni aucune espèce d'engrenure mamelonnée entre les surfaces de Tulérus et du placenta^ en sorte qu'il existe réellement deux parties dans le placenta, une fœtale et Taulre utérine, qUi sont seulement èntre-mélées l'une avec l'autre sans avoir aucune communicalion. Les vaisseaux qui se distribueni à Funè de ces substances ne pénètrent pas dans l'autre. On remarque seulement dans le placenta des cavités qui cor= respondent aux vaisseaux uîérins ^ mais ces cavités ne paraissent plus lorsque le placenta est détaché. Leur bord s'affaisse^ et elles n'ont plus que l'apparence de déchirures. D'après cette disposition, le sang des artères utérines est déposé dans les cellules du placenta , dans lesquelles il est puisé par les radicules de la veine ombilicale. La mère fournit seulement la matière dont le sang dU fœtus est formé j mais le sang de ce dernier est enlièrement indépendant de celui de sa mère , relativement à sa formation et à sa circulation. On a cependant vu dans quelques cas un certain nombre de petites artères qui allaient de l'utérus au placenta, et qu'on a proposé de désigner sous le nom d'arlères uléro-placenîales. Je rapporterai ailleurs celui que M. Dubois montra , en 1790-, à 1 Académie de chirurgie. •
La surface fœtale du placenta est. recouverte par le cliorion eE
T. lî, 15
1V2. DES DEPENDANCES DL' FOETUS. j
î'amnios. C'esl sur ceîle face que Ton remarque un plexus d'ar- i lères et de vein-es qui est l'origine du cordon ombilical. :
L'aUache du pkcenla n'est pas fixe ^ il peut s'implanter indis- ij linclement sur tous les points de la surface inlerne de la malrice. i L'adhérenee la plus conirniHie se trouve sur les régions moyennes ; de cet organe : la plus rare est celle qui a lieu sur l'orifice de la \ matrice. On a observe' que quand le placenta était implanté sur ! celle dernière réi^ion , son volume était moins considérable. Ce 1 phénomène dépend probablement de la quanlité de sang qui s'é-= ) chappe de celte masse ^ soit pendant la grossesse; soit pendant | le travail. \
L'obliquité de la malrice ^ les positions défectueuses que prend ' l'enfant dans la malrice , ne reconnaissent jamais pour cause ; l'adhérence du placenta sur telle ou telle région de ce viscère. \
A moins que le placenta ne soit attaché sur l'orifice delà ma- i Irice ou dans le voisinage ^ on ne peut reconnaître qu'après l'ac- i couchement le lieu qu'il occupe. Pour juger de sa situation dans ; celle dernière circonstance ^ on tend le cordon j et l'on examine ! s'il se conlourne sur la paroi antérieure ou sur la postérieure ^ ou j bien sur l'une des parois latérales. M. Baudelocque prétend que \ lorsque le placenta est au dehors ^ on peut ; en comparant l'ou- • verture des membranes avec le centre du placenta ^ reconnaître l a quelle distance de l'orifice il était attaché. L'ouverture des mem- j ])ranes; dit-il, répond constamment à l'orifice de la matrice qui est \ diamétralement opposé au fond. Par conséquent^ si l'ouverture est \ également éloignée de tous les points de la circonférence du pla- ] centa, cet organe élait inséré au fond de l'utérus. Plus l'ouverture ] sera rapprochée d'un des bords du placenta ^ plus l'insertion élait ! voisine de l'orifice de la matrice. Ce raisonnement suppose que l'ouverture des membranes répond constamment au centre deTorifice de la malrice. Or , M. Baudelocque lui-même établit^ en irailant de la rupture de la poche des eaux , qu'elle se fait quelquefois vers l'un des bords et même au-dessus de l'orifice. Ces dernières assertions étant confirmées par l'expérience , qui apprend que l'on est souvent obligé de déchirer la poche qui se forme après une rupture sur un point éloigné du centre de l'orifice , il est évident que le rapport qui existe entre l'ouverlure des meniî)ranes et le centre du placenta ^ ne peut pas faire reconnaître J'ins€riion de ce dernier après sou issue.
DBS DÉPENDANCES DU FOETUS. l63
Du Cordon ombilical.
Le cordon ombilical s'étend du placenta au nombril j il ne jouit d'aucune sensibilité , comme le prouve le défaut de douleur de la part du^œtus et de la mère lorsqu'on pratique la section. M. Piibes^ anatomiste distingué ^ y a cependant rencontré des filets nerveux. Il est composé de deux artères , et d'une veine dont le diamètre est plus considérable que celui des artères prises ensemble. Il est assez rare de ne trouver qu'une seule artère, comme de rencontrer la veine divisée en deux branches. Quelquefois on a vu les artères communiquer ensemble par une ou plusieurs branches intermédiaires. Pour l'ordinaire il n'existe qu'un cordon pour chaque enfant. Schurigius , Stalparlwanderviel , et autres observateurs f parlent de fœtus de l'ombilic desquels il partait plusieurs vaisseaux ombilicaux qui s'implantaient chacun dans le même placenta.
L*e cordon est enveloppé des membranes chorion et amnios y depuis le placenta jusqu'au nombril. Ces membranes peuvent facilement se séparer du cordon ombilical dans une étendue de plus d'un pouce j mais au-delà , elles adhèrent si fortement aux vaisseaux ombilicaux , qu'on ne peut plus les en séparer avec la même facilité, quoiqu'elles se prolongent sur toute la longueur du cordon. L'amnios forme la membrane extérieure de celle enveloppe. Le chorion, parvenu à l'ombilic ^ se continue avec le derme de l'organe cutané du foetus.
Les vaisseaux qui composent le cordon ombilical sont contournés les uns sur les autres. Le plus communément ce sont les artères qui entournent la veine. Celte dernière se replie sur ellemême, et forme d'espace en espace de gros nœuds variqueux. Les bonnes femmes croient pouvoir juger, d'après leur nombre^ combien l'accouchée aura d'enfans.
La grosseur du cordon ombilical varie dans les différens sujets. Quelquefois il est grêle et secj d'autres fois il est gros et pâteux. Ces derniers cordons sont exposés à se casser lorsqu'on tire dessus avec force pour délivrer la femme.
Le cordon ombilical forme à la surface interne du placenta sur lequel il s'épanouit, un plexus vasculaire très-considérable. La veine ombilicale prend sa source des radicules déliées qui s'élèvent
iG/j. DES DEFEKÎÏAXCES DU FOETUS»
en très-grande quantilé de la substance du placenla. Celle manière de s'expliquer semblerait indiquer^ comme l'admettent tous les accoucheurs^ que la veine ombilicale vient du placenla, tandis que les artères ombilicales du cordon viennent du fœtus. Cependant il est assez probable que l'embryon^ en descendant de l'ovaire dans l'ule'rus; apporte avec lui le principe des ramifications veineuses qui vont s'étendre, et puiser dans le placenla les fluides ne'cessaires à son développement^ comme la plante, l'arbuste et l'arbre étendent les leurs, dont le germe est le principe 3 dans la terre, pour en tirer les sucs nécessaires à la tige. Ils admettent que la veine ombilicale est unebranche de la veine porle de l'enfant , comme les artères du cordon sont une bifurcalion des iliaques. Il est très-probable que les trois vaisseaux doivent avoir la même origine. La veine porle envole une branche hors de l'embryon, comme les artères iliaques. Ces deux genres de vaisseaux subissent^ après la naissance, la même métamorphose.
Ces ramifications ojctrémement déliées, soit qa''el!es viennent du fœtus, soil qu'elles tirent leur origine du placenta, se réunissent de proche en proche en d'autres branches plus considérables, qui diminuent en nombre dans la même proportion qu'elles augmentent en diamètre, jusqu'à ce qu'elles ne forment plus qu'un seul tronc auquel on donne le nom de ^veine ombilicale. Après la réunion des branches en un seul tronc, la veine ombilicale se dirige, accompagnée des deux artères du même nom , vers Fomhilic du fœliis. Les vaisseaux s'écarient les uns des autres à la partie postérieure de l'anneau. La veine monte le long du ligament suspeiiseur du foie, d'où elle gngne sa scissure. Lorsqu'elle s'approche du sinus de la veine porte ( sous-hépatique ) elle se divise en deux branches , dont l'une se plonge dans le sinus de la veine porte^, et l'auîre, sous le nom de canal ^veineux , se rend dans la veine cave inférieure. De là le sang se rend dans le cœur , qui le chasse jusqu'aux extrémités. Dans le fœtus, le sang des artères iliaques continue sa route dans les artères ombilicales , qui en sont une continuation. Ces dernières se portent de la partie pcstérieute de la vessie vers l'ombilic, d'où elles se rendent, conjointement avec la veine du même nom, dans le placenta , dans la substance duquel elles se divisent et subdivisent à lïnfmi.
Tout le sang apporté par les artères ombilicales n'est pas versé dans les cellides du placenta 3 upe partie plus on moins grande
DES DEPENDANCES DU FOETUS. îGj
est transmise dans la veine du ine;!!C iioin ^ au mîovvîi cIc.^j uoinniuuicaliùiis qui exisleiit enlre ces deux genres de vaisseaux : eiles sonf. prouve'es par rinjeclioii qui passe des uns dans les autres. En injecianl uiiC des arlères, on injecle en même temps tout le tissu du placenta qui re'pond à la face fœtale. Une partie du sang qui vient de circuler chez le fœtus lui est reportée de nouveau par ces coiuniunicalions;, sans passer par le placenta. Ces anastomoses entre les artères ombilicales et les veines du meiiie nom ^ que Roysch ade'monire'es un des premiers ^ font concevoir qu'il peut se faire une petite circulation du fœtus avec ^ui-méuic^ indépendante de celle de la mère. /
Quoiqu'il y ait deus artères contre une \^ine dans) le cordon ombilical; cette disposition se borne aux seuls If^ncs : dans toutes les divisions des vaisseaux ^ il n'y a qu'une veine et une artère qui s'accompagnent. La veine remplit les fonctions d'artères ^ puisque c'est elle qui porte au fœtus le sang qui doit fournir à son développement^ tandis que les artères qui rapportent le superflu font rolBce des veines. J'expose ici l'absorption d'après la manière dont les physiologistes modernes l'ont conçue jusqu'à ce jour j car nous verrons plus loin que M. Chaussier pre'tend que la nature emploie ces vaisseaux dans un ordre inverse. Les observations de Haller prouvent que la veine est visible avant les arLeres. M. LobsLein, dans son ouvrage sur la Nuîritiou du fœlus ; confirme; par ses recherches , l'opinion de Haller. Il est cependant probable que les veines ne sont pas formées avant les artères.
La longueur du cordon varie dans les diiTeVens sujets : elle est pour l'ordinaire de vingt à vingt-deux pouces. On en a vu qui avaient six pouces seulement^ d'autres jusqu'à cinquante -sept pouces. M. Morlanne en a rencontre' un qui offrait cinq pieds de longueur. Un cordon trop long ou trop court petit devenir nuisible. Quand le cordon est plus long qu'à l'ordinaire ;, il peut s'entortiller autour du coi de l'enfant; il peut aussi se nouer; soit pendant le cours de la grossesse; soit au moment où l'enfant sort du sein de sa mère. On conçoit comment de simples nœuds peuvent se former. Le cordon étant très-long; l'enfant passe à travers une anse formée par celte corde. Il y a un ou plusieurs nœuds ; suivant le nombre d'anses à travers lesquelles est passé Fenfanl. ïl serait diiiicile d'expliquer comment le cordon peut s'entrelacer en manière de natte ; comme dans celui que M. Baudelocqtie a fait
lG6 DES DÉPENDANCES DU FOETUS.
graver dans son ouvrage. Les inoiivemens du fœlus dans la matrice sont les vraies causes de ces circonvolutions.
Quels que soient le nombre el la nature des nœuds qui existent dans le cordon ^ ils ne peuvent jamais se serrer au, point de faire périr l'enfant, ni même de nuire à son dëveloppemenf^ comme l'ont cru Smellie et Levret. Il est évident que l'anse à travers laquelle passe l'enfant ne peut pas se former que le cordon ne soit beaucoup plus long que la matrice n'a d'étendue. L'enfant; par conséquent, en se portant d'une paroi de l'utérus à l'autre , ne peut pas tirailler le cordon.
Le peu de longueur du cordon , soit naturelle ^ soit à raison^ de son enlorlillement autour du col ou autour de quelques autres parties, nepeut pas mettre d'obstacle à l'accouchement jusqu'à ce que la léle soit dehors. En traitant de cette complication, que les accoucheurs ont rangée pendant long-temps parmi les circonstances qui peuvent rendre l'accouchement contre nature ^ je prouverai que le défaut de longueur du cordon , quelque considérable qu'on le suppose ;, ne peut pas retenir la tête 3 mais une fois qu'elle est dehors ; il peut causer des accidens. Les circonvolutions qui sont autour du col peuvent se serrer et faire périr l'enfant, ou l'exposer à l'apoplexie. Si le cordon est très-court, ce vice peut occasioner, lorsqu'une fois la tête est dehors, le décollement du placenta ou le renversement de la matrice, si les adhérences de celte masse sont très-fortes. Il peirt aussi occasioner , pendant le cours de la grossesse , le décollement du placenta, soit en totalité, soit en partie, et même la rupture du cordon. En effet, Ton conçoit que si la matrice contient beaucoup d'eau , et que l'enfant dont le cordon est très-court exerce de grands mouvemens , le placenta et le cordon peuvent être fortement tiraillés, puisque la matrice a plus d'étendue que le cordon n'a de longueur. Un effort violent exercé sur un cordon fréie peut le rompre. On trouve dans les observateurs plusieurs exemples d'hémorrhagies occasionées par cette rupture, à la possibilité desquelles M. Baudelocque n'avait pas cru, jusqu'à ce qu'il ait été forcé de les admettre d'après sa propre expérience.
DES UEPENDaKCES DU FOETUS. 167
Des Eaux de VAmnios.
La oavîLé de Tamnios renferme une (juanlilé d'eau plus ou moins considérable dans laquelle nage le fœlus. RelativenieiU au volume du fœlus , elle est plus grande dans les premiers mois do la grossesse que vers la fin. Mais la quanlilë absolue est plus grande aux approches du lerme de neuf mois. Elle n'est pas toujours la même dans une grossesse parvenue à lerme. On trouve pour l'ordinaire de quinze à dix-huit onces de liquide. D'aulres fois il s'en écoule une quantité plus petile , comme deux ou trois onces. La pesanteur spécifique de la liqueur de Tamnios surpasse très-peu celle de l'eau.
La tempéralure la plus grande des eaux de l'amnios s'élève de trente à Irenle-un degrés ; elle ne se trouve jamais au-dessous de vingt-neuf. Le degré de température est toujours le raérne^, soit qu'on introduise le thermomètre pendant que les membranes sont encore entières ou après leurruplurej soitaprès raccouchement.
Les physiciens ont demandé si le fœtus éprouve une sensation de la part de ces eaux^ qui sont pour lui un corps étranger. Le fœlus ne peut pas avoir la conscience des eaux de l'amnios dans lesquelles il nage, ni de leur température habituelle^ parce que cette impression est constante. Toute sensation suppose comparaison entre l'état actuel et Tétai passé^ ce qui ne peut avoir lieu chez le fœtus j qui est toujours dans le même milieu. Il en est chez lui des eaux del^1mnios comme de Pair chez l'adulte, qui ne se fait sentir qu'autant que sa température ou son mouvement change.
Les eaux de Tamnios sont ordinairement claires , iransparenies et ont une odeur douce, fade, qui a beaucoup d'analogie avec celle qui s'exhale de l'abdomen des animaux que l'on égorge pour nos cuisines : elles ont une saveur légèrement salée qui se rapproche de celle d'un liquide dans lequel on aurait dissous du muriate de soude. Quand on l'agile, ce fluide mousse comme une légère dissolution de gomme. Quelquefois elles sont blanchâtres , louches ,. et ont une apparence laiteuse. La matière tenue en suspension par cette eau ressemble, par son aspect , à la partie caséeuse du lait. L^opinion la plus générale attribue la croûte qui recouvre le corps des enfans nouveau nés à coite matière, qui dépose un sédiment à sa surface. BL Riclicraud re-
l68 DES Dî^Pr,NDA!S'CES DU FOETUS.
gurJc CCI enduit viscjtjcux comme une secrélion de Torgane çiilitïic. Celle opinion avail de'jà eîé celle de Pienck. M. Lobslein demande pourquoi on ne rencontre jamais cet enduit dans les fœlus rendus dans les premiers mois , mais seulement depuis le sixième et le seplième, si les eaux de Famnios déposent celle couche. Ma propre expe'rience me porte à regarder comme confiant le fait dont parle ici M. Lobslein. Biais si; comme l'ont indique MM. Yauquelin et Buniva, on doit attribuer la formation de celle matière à la dege'nérescence de l'albumine contenue dans les eaux de Famnios , on conçoit pourquoi il ne se fait point de se'diment dans les premiers mois ^ puisqu'il faut un espace de temps assez long pour que cette conversion ëlonnanle ait lieu.
Si cet enduit était le produit d'une sëcrélion ^ on devrait le rencontrer chez tous les fœlus. Cependant il en est plusieurs chez lesquels il n'existe pas. Cette concise m'a toujours paru manquer quand les eaux de Famnios ëlaient limpides, et ëlre d'autant plus épaisse et élendue, que les eaux élaient plus troubles.
Chez quelques femmes on trouve les eaux épaisses, d'une couleur tanlôt grisâtre et lanlôt verdâlre ou noirdlre. Dans quelques circonstances elles sont tellement acrimonieuses, que les doigts de Faccoucheur en ressentent l'action.
J'ai souvent observé que le doigt porté dans le vagin au moment de l'écoulement de ce liquide était ridé, crispé lorsqu'on le retirait. Si ces allérations sont plus communes dans le cas d'affections morbifiques, soit de la mère , soit du fœlus, on les voit survenir même lorsque l'un et l'autre sont sains. Quelquefois ces dégénérescences dépendent de quelque substance étrangère à ces eaux^ comme du sang^ du méçonium^ de la putréfaclion qu'a éprouvée le fœlus.
On a beaucoup disputé sur la nature ; les usages et la source de la liqueur contenue dans la cavité de Famnios. Celle liqueur est une humeur sid generis. et qui diffère plus ou moins de toutes les autres humeurs de noire corps : plusieurs physiologisles Font comparée avec Falbumen des œufs; mais l'analyse apprend que; ces deux substances diffèrent essentiellement par leurs propriétés» L'albumen des œufs se coagule promplement par les acides minéraux 3 ce qui n'a pas lieu pour la liqueur de Famnios ) il se coagule aussi par la chaleur ^ qui , à un degré bien plus considérable j ne coagule pas la liqueur de Famnios ^ laquelle au
DES DÉrEKDA:XCES DU FOETUS. 169
degré de re'biîîliiion , ne donne encore aucun congulum : ce n'est qu'après qu'elle a élé e'vapore'e ù plus de moi lié que l'on commence à en apercevoir des traces.
Ce liquide dilTère de la sérosité du sang en ce qu'il ne se coagule que irès-diincilement^ tandis que le sérum du sang est facilement çoagulable. La liqueur qu'exhalent les vaisseaux dans quelques-unes des cavités de notre corps revêtues de membranes séreuses ^ comme la plèvre, le péricarde ^ le péritoine, est une de celles avec laquelleleliquide contenu dans l'amnios paraît avoir le plus d'analogie j il en diffère cependant essentiellement, en ce qu'il ne se coagule pas par les acides, Talcool, la chaleur , ou du moins très-peu et irès-lentement , en proportion de la coagulation prompte et facile qu'éprouvent les autres humeurs. L'analyse que le docteur Van-den-Boscli a donnée de cette liqueur dans une dissertalion publiée en 1792 > et qui a pour titre : de Nolurâ et liquoris aninii UtilitatSy prouve qu'elle diffère essentiellement de toutes les autres humeurs du corps.
Les réactifs qu'ont employés MM. Vauquelin et Buniva , qui se sont aussi occupés de l'analyse de celle humeur , prouvent quil existe dans les eaux de l'amnios, 1°. une matière alburaiîieuse en petite quantité, tenue en dissolution par un acide léger et volatil. Pour bien connallre la proportion de la matière albumineuse , il faudrait, suivant, Bi. Lobstein, examiner cette liqueur dans les premiers mois de la grossesse, et non dans les derniers et au moment de raccoucliemenl. Il pense , sans en apporter cependant aucune preuve , qu^elle contient plus de parties nutritives dans les premiers temps de la gestation. Osiander observe que Peau de l'amnios est très-coagulable à cette époque.
Suivant les chimistes français , l'alcool donne lieu à un précipité floconneux formé par ralbumine. Van-den-Bosch dit expressément que l'alcool n'occasione aucun coagulum. Les acides ont peu d'effets sur les eaux de l'amnios : Yan - den- Bosch assure même qu'ils n'en ont aucun. 2°. On soupçonne la présence d'un acide dans cette liqueur , parce qu'elle rougit la teinture de tournesol , et que la potasse caustique y occasione un précipité floconneux , ainsi que s'en sont assurés MM. Vauquelin et Buniva. Van-den-Bosch avait aussi obtenu le même résultat , en mêlant des alcalis , la potasse, la soude , à la liqueur de l'amnios. 3°. Ils y ont trouvé un sel muriatique qu'ils ont présumé être celui de
soude. Ce sel y eslen'pôtite quantité j car lorsque la liqueur de i'amnîos a été distillée, si on jette sur des charbons ardens une partie du résidu , à peine s'aperçoit-on qu'elle crépite. 4.**. Ils y ont reconnu une petite quantité de matière alcaline; car elle verdit très-visiblement la teinture de violette. La présence d'un aleali, qui est certaine, les a rendus timides pour assurer l'exislence d'un acide isolé.
Cent parties des eaux de î'amnios contiennent un douzième de leur poids de matière qui reste après qu'on les a soumises à révaporation. Ces substances sont l'albumine^ la soude , le muriate de soude et le phosphate de chaux.
Si la présence d'un acide dans les eaux de I'amnios de la femme est douteuse, on trouve évidemment dans celles de la vache un acide sul generis , auquel MM. Vauquelin et Buniva ont donné le nom à^acide amniotique. Il est très -différent des deux autres acides animaux connus , l'acide sacco-lactique et l'acide urique. L'acide amniotique fournit ^ à la distillation , de Tammoniaque et de Facide prussique ; ce que ne fait pas l'acide sacco-lactique. L'acide urique fournit ces deux principes par l'action du feu ; mais il en diffère en ce qu'il se colore à l'air, et donne une couleur rose à l'acide nitrique; tandis que Tacide amniotique , exposé à l'air, reste blanc ^ et n'altère pas par son mélange la couleur de l'acide nitrique.
La source des eaux de I'amnios est la même que celle des humeurs que Ton trouve dans le péricarde, la plèvre, le péritoine. Le liquide s'échappe par voie d'exhalation de la surface fœtale de I'amnios. L'analogie que j^établis entre les fonctions des membranes séreuses et celles des membranes de l'œuf, présente cependant cette différence, que les humeurs s'accumulent dans I'amnios , tandis que , dans Tordre naturel , elles sont résorbées de suite sur les autres surfaces séreuses. Comme on n'a point encore rencontré de vaisseaux lymphatiques dans les membranes d'aucune espèce d^animaux , soit vivipares , soit ovipares , il est probable que c^est à leur absence que l'on doit attribuer l'accumulation du liquide.
L'existence des exhalans sur la membrane amnios ne peut être révoquée en doute , quoique ces vaisseaux soient tellement lénus qu'on ne peut pas les apercevoir à l'œil nu , ni venir à bout de les injecter par aucun des procédés usités dans l'art anatomique. Dans l'état ;\aturel , \h n'admettent qu'un fluide iBcolore =
Les expériences de MoDro prouvent assez lenr existence. En injeclant de Feau chaude dans les artères ombilicales^ il a toujours vu le liquide transsuder et comme jaillir de la surface interne de Famnios. Ruiscli ; Fabrice d'Aquapendenle, Haller , Néedham , assurent avoir dislingue' à l'œil nu des vaisseaux , même rouges ^ sur la membrane amnios des autres animaux , surtout avant les derniers mois de la grossesse. En effet ; cette liqueur étant fournie plus abondamment durant les premiers mois ^ ils sont les plus favorables pour apercevoir les vaisseaux de Famnios.
La liqueur de Famnios participe évidemment , dans quelques circonstances , des qualités des humeurs delà mère j ce qui ne permet pas de douter qu'elle soit fournie par les vaisseaux qui se rendent de la matrice aux membranes du fœtus. Si la femme a fait usage de safran pendant sa grossesse ^ les eaux de Famnios présentent cette couleur^ si elle a reçu des frictions mercurielles , les eaux ont la propriété de blanchir le cuivre. Ces phénomènes ne pourraient pas avoir lieu si , comme le prétendent L]uelques auteurs, les eaux deFamnios étaient ieproduit delà transpiration ou des urines du fœtus. Lorsque les enfans naissent sans ïvoir la verge ou le méat urinaire perforés , on ne laisse pas de rouver la même quantité d'eau dans les membranes. Chez les înfans , Furine contient de Facide phosphorique et de l'acide jenzoïque que Fon ne trouve pas dans le liquide de Famnios.
Si les eaux venaient du fœtus d'une manière quelconque^ on le devrait pas en apercevoir dans un temps où le fœtus ne tombe pas encore sous les sens: elles devraient être d'autant plus abondantes que le fœtus est plus gros , puisqu'il transpire et urine davantage. Cependant les eaux de Famnios suivent une proportion inverse. On les aperçoit dans un temps où le fœtus est nvisible. Toute proportion gardée, elles sont d'autant moins ibondantes que le fœtus a acquis plus de développement. Si , . somme je Fai admis, il n'y a point de vaisseaux lymphatiques ou inhalans destinés à reprendre l'humeur sécrétée continuellement parles eshalans, « il s'ensuivrait qu'elle serait d'autant plus abon- » dante que le fœtus est plus près de sa naissance j ce qui n'a » pas lieu, j) M. Lobstein croit que cela dépend de ce que le fœtus absorbe une portion de ce liquide par toute la surface du corps. On peut expliquer la diminution relative de Feau de 1 amnios sans admettre son absorption par les vaisseaux lym-
phaliqnes donl les orifices s'ouvrent à la peau. A mesure que îa i grossesse avance, la membrane caduque s'amincit considérable- ; ment 5 les vaisseaux qui la traversent pour se rendre dans le clio- ■ rion et Tamnios diminuent et deviennent plus petits, ce qui \ suffit pour concevoir que la quantité' du liquide se'cre'lé doit élre \ moindre. :
Les eaux de l'amnios peuvent pe'cher par excès ou par dëAuit; \ ou parce qu'elles ne se sont pas formées dans le lieu ordinaire. \ Une quantité trop considérable d'eau rend la grossesse plus pé- 1 nible, favorise les positions obliques ou transversales, et la sortie \ du cordon^ elle retarde Taccouchement et dispose la matrice à i î'inerlie. Les grossesses où il existe une Irès-pelile quantité d'eau ! sont ordinairement douloureuses pour la mère, et exposent Ten- ; fant à des difformités^ parce qu'il se trouve gêné dans ses mou- ' ^\emens. Cet état peut amener Tavortement. j
On a cru que des eaux pouvaient s'amasser entre le chorion i et l'amnios , et on leur a donné le nom àejausses eaux. Suivant ■ les accoucheurs qui en admettent Texislence y ce sont ces eaux ] que quelques femmes rendent avant raccoucliement. Toutes les I ''fois que l'on a examiné les membranes chez les femmes qui ont j présenté ce phénomène , il a été impossible d'apercevoir des ! traces d'écartemenl entre elles. On a vu qu'elles étaient unies par i du tissu cellulaire dans toute leur étendue. On prend souvent pour ]{ de fausses eaux les urines que les femmes rendent involontaire- l ment vers les derniers temps de la grossesse. On a aussi pris quel- 1 quefois pour de fausses eaux un liquide qui provenait de la cavité de l'amnios ; parce qu'il s'était fait une solution de continuité aux membranes dans un point élevé et éloigné de l'orifice de la matrice. Dans quelques cas , le liquide que Ton considère comme de fausses eaux ne pourrait-il pas sortir de Fœuf qui appartiendrait à im autre fœtus conçu en même temps que le premier , mais qui serait mort peu de temps après , et qui se serait entièrement dissous dans les eaux ? Dans quelques cas , comme je l'ai dit en traitant de l'h'ydropisie utérine qui complique la grossesse , les eaux que les femmes rendent quelque temps avant d'accoucher, et' quelquefois à plusieurs reprises , sortent de la cavité même de la^ matrice.
Les usages attribués aux eaux de l'amnios sont très-variés. Les lins sont douteux et les autres certains. Plusieurs auteurs ; en .
DES DÉPENDANCES DU FOETUS. îyS
cherchant à assigner les causes de la dilatation de la matrice , ont avancé que la nature n'employait pour Topérer que le fluide qui s'épanche à chaque instant dans la cavité des membranes. Lors même que la dilatation devrait être considérée comme active, il est probable que Taccumulation du liquide serait la cause qui déterminerait cet organe à se dilaler activement. La poche des eaux est un des instrumens dont se sert la nature pour faciliter la dilatation de l'orifice de la matrice , en agissant à la manière d'un coin qui tend à écarter les lèvres. Le liquide renfermé dans l'amnios empêche l'adhérence du fœtus avec les membranes qui , sans sa présence , surviendrait facilement : il paraît encore propre à prévenir celle des membres avec le tronc. M. Morlane rapporte avoir rencontré l'adhérence des bras , des avant-bras avec la poitrine, et celle des cuisses avec Tabdomen chez un fœtus jumeau de cinq mois et demi ; dans un cas où les eaux s'étaient écoulées plus d'un mois auparavant.
Pendant le cours de la grossesse, ces eaux font que les mouvemens sont plus libres et moins incommodes pour la femme, eî niéiTie pour l'enfant qui viendrait heurter contre les parois de la matrice. Le choc de l'enfant contre les parois de cet organe , qui est peu sensible pour lui lorsqu'il nage dans les eaux , produirait sans leur présence une sensation douloureuse. Ces eaux garantissent aussi Fenfanl de la percussion que pourraient exercer sur lui les corps extérieurs. Les accoucheurs enseignent communément qu'après la rupture de la poche des eaux, elles servent à humecter et à relâcher les parties de la génération , et qu'elles favorisent ainsi la sortie de l'enfant. Cet usage me paraît assez douteux, car toute la portion du liquide contenue au-dessous de la léte s'écoulant tout-à-coup , celle issue brusque est plutôt propre à entraîner les mucosités qui lubrifient naturellement le canal du vagin qu'à l'humecter.
Les àeni^ usages siïivans , attribués par quelques auteurs aux eaux de l'amnios , sont purement hypothétiques. David, dans son traité de la Nutrition , pense qu'elles sont inspirées, par le fœtus ^ et qu'elles servent à rafraîchir son sang. On ne peut pas admettre que le fœtus respire par le moyen de l'air qui se mêle aux eaux tie Tamnios , ou bien par celui que lui transmettrait le cordon ombilical. Cette opinion de Schurigius , de Diémerbroeck , de Méry, ne compte plus, de nos jours, de partisans. Le mode de
Ï74 I>IîS DEPENDANCES DU FOETUS.
cîrcKlalion qui lui est propre, raflaissement que l'on observe dans son organe pulmonaire, prouvent qu'il ne respire pas. Ed supposant que les eaux de l'amnios fussent inspirées par le fœtus, elles ne serviraient pas à rafraîchir son sang , puisque la physiologie porte à conside'rer la respiration comme un des principaux foyers du calorique. Je pense avec M. Dupuy, ancien chirurgien de l'Hôtel-Dieu de Lyon, dans son Mémoire physiologique sur la Respiration; que, dans les cas ordinaires, cette fonction n'augmente ni ne diminue la température, mais qu^elle concourt seulement à l'entretenir; et que dans d'autres , tantôt elle la diminue, tantôt eilel'augmente, suivant le genre de lésion qu'elle a éprouvé. L'examen de l'opinion des physiologistes qui pensent que les eaux de l'amnios servent à nourrir le fœtus, appartient plus particulièrement à l'article où je traiterai du mode de nutrition qui lui est propre.
De la Circulation du fœtus.
Avant de décrire la circulation du fœtus telle qu'elle est généralement admise par les physiologistes, je crois devoir faire connaître l'opinion de Schreger , médecin allemand , sur cette matière. Dans une dissertation intitulée de Functione placentœ uterinœ j dont on a donné un extrait dans le tome iv de la Bibl. german. rédigée par MM. Brewer et de Laroche, Schreger prétend que les radicules de la veine ombilicale n'ont pas pour usage de pomper les fluides versés par les artères utérines dans le tissu de la portion utérine du placenta, et qu'elles n^ont d'autre office que de charrier celui qu'elles reçoivent des artères ombilicales. Il pense que l'absorption des fluides séreux fournis par les vaisseaux de l'utérus se fait par des lymphatiques qui vont les déposer dans le canal thoracique. De là celte sérosité passe dans la veine sousclavière gauche , pour se rendre ensuite dans la veine cave supérieure, puis dans le sinus des veines caves et dans le ventricule pulmonaire. Le canal artériel la porte dans l'aorte , d'où elle est distribuée dans toutes les parties du corps. Les artères ombilicales rapportent le sang qui passe dans la veine du même nom , sans élre versé dans les cellules du placenta, comme l'adraellent communément les physiologistes 3 elles y déposent seulement un fluide séreux par le moyen duquel il se dépouille de son carbone.
DES DErEra)AKCES DU FOETUS. 173
Les fluides dëpos<iS par les artères ombilicales dans le placenta sont rendus à la mère par les vaisseaux lymphaliques de la matrice qui les absorbent. Schreger fait remarquer que l'existence de ces vaisseaux dans la matrice est connue depuis long-temps des anatomistes. Cruiksbank , Meckel , Mascagni ^ Wailer et Ludwig sont parvenus h en injecter avec le mercure un si grand nombre, qu'ils recouvraient tous les vaisseaux sanguins en manière de plexus, Cruiksbank et Mascagni se sont assure's, par leurs expériences j qu'ils se prolongent jusque dans la portion ule'rine du placenta. Dans toutes les autres parties du corps , les veines ne jouissent pas de la faculté d'absorber. 0^; dit Schreger, la ressemblance qu'ont les extrémités veineuses des vaisseaux de la matrice avec celles des vaisseaux du même ordre de tout autre organe, ne permet pas de supposer que leurs orifices soient plus propres à l'absorption qui s'y ferait exclusivement aux autres parlies du corps, te D'ailleurs, comment admettre qu'une semblable » organisation puisse être particulière à ces vaisseaux, quand on » voit le fœtus extra-utérin se nourrir et prendre son accroisse- 5) ment dans toutes les parties du bas-ventre de la mère où le » hasard a fixé l'œuf qui le renferme? » ( Bibl. Germ. ) 11 convient que les fluides injectés dans les veines de la matrice parviennent dans les cellules du placenta ^ mais il pense que l'on ne peut pas en conclure pour cela que les veines de la matrice se terminent réellement par des orifices dans les cellules du placenta. « Ces épanchemens , dit-il, peuvent être la conséquence du dé- » chirement des vaisseaux dont les parois sont trop faibles pour » soutenir l'effort de la matière injectée. »
Dans ce système, le placenta doit être considéré comme un prolongement du corps de l'enfant. Le sang en circulant dans cet organe s'y dépouille , ainsi que dans les jDoumons et à la surface du corps chez les adultes, de toutes les parties hétérogènes qu'il peut contenir. L'anatomie n'a pas démontré l'existence des vaisseaux lymphatiques qui , du placenta, vont se rendre au réservoir thoracique tout le long du cordon ombihcal. Schreger convient luimême que ses argumens reposent spécialement sur l'analogie. On remarque , dit cet auteur , que la nature s'assujettit à des lois fixes et immuables dans toutes ses opérations. Si donc on voit que dans toutes les autres parties du corps, les veines ne font pas l'oflace des vaisseaux absorbans, il n'est pas vraisemblable qu'elle ait
Ïy6 Î)ES DEPENDANCES DU FOETUS.
arrangé les choses diffe'remmenl dans le placenta , et que cet organe offre une exceplion à la règle générale^ qui apprend que les ^ veines ne jouissent pas de la faciillé d^absorber. Quelques physiologistes^ convaincus que l'absorption appartient aux lympliatiques seuls, ont avancé que le parenchyme du placenta était doué d'une force contractile particulière , par laquelle il pousse les fluides qui y sont épanchés dans les orifices des veines. Schreger soutient « qu'on ne peut pas admettre dans cet organe une » pareille force, qui d'ailleurs ne pourrait siippléer à la faculté » que doivent avoir ici les absorbans, de choisir^ pour ainsi dire, » et d'attirer à eux les fluides qu'ils sont destinés à charrier , tant » pour rendre à la mère ceux qui ne conviennent plus au fœtus, » que pour porter à celui-ci des sucs propres à sa nourriture et » à son développement. » {Biblioth. Germ»)
Schreger cite même quelques faits qui paraissent propres k prouver , d'une manière directe , l'existence des lymphatiques dans le cordon ombilical. Wrisberg a vu deux ou trois vaisseaux de ce genre accompagner les vaisseaux sanguins ombilicaux , et en les ouvrant il en a fait sortir de la lymphe. Schreger fait aussi voir qu'avant Wrisberg d'autres auteurs avaient déjà parlé, d'une manière plus ou moins précise, de vaisseaux lymphalico-lactés, tant dans le placenta que dans le cordon ombilical. Le gonflement œdémateux qui affecle sqjuvent le cordon dans toute sa longueur, et qoi est quelquefois très-considérable, lui paraît aussi j>roavér Fexistence de ces lymphatiques. Cette hydropisie du cordon lui semble devoir être attribuée, comme toutes les autres hydropisies, à une affection des vaisseaux lymphatiques. Il apporte encore comme preuve de Fexistence des lymphatiques dans le cordon et dans le placenta, les hydalides que Ton rencontre dans ces partie , parce qu'il les regarde comme de simples dilatations de cel ordre de vaisseaux. Les hydatides devant être considérées comme des kystes développés accidentellement , ne peuvent pas servir à prouver l'existence des lymphatiques dans les parties où elles se sont formées.
J'ai cru devoir faire connaîire, avec tous les développemens convenables, les bases sur lesquelles repose celte théorie singulière, quoique je sois loin de la regarder comme probable. Les travaux des physiologistes modernes n"onl pas confirmé iopinion de Cruikshauk et de.Masc;igni^ qui avaient cru voir que les vais-
DES DÉPENDANCES DU foEtU^. I77
seaux lymphatiques de la matrice se prolongeaient jusque sur la portion ute'rine du placenta. On ne peut pas admettre avec Schreger que la matrice ne fournit que des fluides blancs au placenta, à toutes les époques de la grossesse. Quoique je regarde comme certain que le sang rouge de la mère n'est pas approprie' aux besoins du fœtus dans les premiers temps ^ cela ne prouve pas;, comme le prétend Schreger, que la partie séreuse seule soit versée par les artères utérines dans les cellules du placenta. Quoique le sang passe en nature des artères utérines dans les cellules du placenta, comme le prouvent les hémorrhagies qui accompagnent toujours le décollement de cette masse, les radicules de la veine ou des artères ombilicales peuvent bien ne pomper que des fluides blancs.
Uôpinion la plus généralement admise par les physiologistes est que les racines de la veine ombilicale puisent les fluides dans les cellules du placenta. Ces. radicules, d'abord très-fines et trèsnombreuses , finissent par se réunir en un seul tronc qui, parvenu à Tombilic, gagne la partie concave du foie. Près le sinus de la veine porte (sous-hépatique), une partie de ce liquide est détournée par le canal veineux qui la décharge de suite dans la veine cave inférieure. L'autre partie du sang qu'apporte la veine ombilicale est versée dans le sinus de la veine porte : en circulant dans le foie, il se mêle avec celui qui revient du bas-ventre. Les veines hépatiques portent ce sang , ainsi mélangé , dans la veine cave inférieure , qui reçoit en outre celui qui revient des membres abdominaux , et celui que le canal veineux y a versé : cette dernière le charrie dans le sinus des veines caves ( oreillette droite) j de celte oreillette le sang passe de suite, au moyen du trou de Bol-^l, dans le sinus des veines pulmonaires (oreillette gauche). Suivant M. Sabatier, dans son Mémoire sur les organes de la circulation du sang dans le fœtus, le sang apporté par la veine cave inférieure ne se mêle pas avec celui de la veine cave supérieure. Bichat et M. Lobstein soutiennent , avec assez de raison, que ces deux sangs se mêlent dans l'oreillette antérieure du eœur. La majeure partie de ce sang est soustraite au ventricule pulmonaire^ celui qui y a été poussé est encore enlevé en grande partie au poumon , au moyen du canal anériel dans lequel il passe lors de ses contractions , et qui va àê cette artère à 1 aorte inférieure. Cependant, à mesure que la grossesse avance ,
1^8 DES DÉPENDANCES DU FOETUâ.
le trou de Botal et le canal arlériel se rétrécissent; et il arrive plus de sang aux poumons ^ en sorte que le mode de circulation propre au fœtus éprouve des modifications pendant le cours de la grossesse.
D'après la disposition que je viens de faire remarquer , les artères et les veines deviennent continues dans le fœtus comme dans les reptiles , par le trou de Botal et le canal artériel ; comme chez les reptiles les deux espèces de sang se mêlent chez le fœtus \ en sorte que l'on pourrait regarder le cœur comme simple chez le fœtus ; parée que chez lui les deux cavités communiquent.
Lorsque le sinus des veines pulmonaires ( oreillette gauche ) se contracte, il pousse dans le ventricule aortique le sang qu'il a reçu^ soit delà veine cave inférieure; soit des veines pulmonaires. Le venlriôuleaorlique le distribue ensuite dans toutes les parties du corps ; et même dans le poumon pour sa nutrition^ mais de manière que le sang poussé par la contraction du ventricule aortique gagne principalement les parties supérieures ; tandis que celui qui a été transmis dans l'aorte pectorale par le canal artériel passe aux parties inférieures 5 ce qui fait que le sang circule dans le fœus par la force réunie des deux ventricules; et que le cercle qu'il parcourt dans sa circulation représente un 8 de chiffre. En effet ; le sang qui revient des parties inférieures et du placenta, gagne les parties supérieures ; tandis que celui des parties supérieures est distribué à l'abdomen et aux membres abdominaux. Le sang qui se porte au cerveau du fœtus est le plus pur^ puisqu^il vient immédiatement du placenta et de la mèrC; tandis que celui que le canal artériel verse au-dessous de la crosse est un sang veineux qui revient de la léle et àç,s membres thoraciqueS; ce qui aide à concevoir pourquoi la télé est plus volumineuse chez le fœtus dans les premiers mois que le reste du corps ; pourquoi 5, avant la naissance; l'accroissement des parties supérieures est plus rapide que celui des autres parties du corps. Elles reçoivent une phis grande quantité de sang qui est en même temps plus chargé d'oxigène.
Dans le fœtus ; le cercle que parcourt le sang porté parFaorte abdomiriale s'étend jusqu'au placenta. Les artères ombilicales; qui sont une continuation des artères- iliaques ; ramènent au placenta une partie du sang qui y avait été pompé par les radicules de la veine ombilicale.
Telle est la manière dont s'exécute la circulation du sàpg chez le fœtus , jusqu'au moment de l'accouchement et jusqu'à celui où il vient au monde ^ car elle e'prouve de grands changemens dans ces deux instans. Au moment et pendant le travail de l'enfantement^ ils dépendent des conlraclions de la matrice. Au moment de la na-issance , ils reconnaissent pour cause la respiration qui s'établit chez l'en fan l. Le changement qui arrive dans ce dernier moment dans ia circulation n'est cependant pas aussi grand qu'on l'a cru pendant long-temps ; avant qu'on eût étudié les modifications progressives qu'elle éprouve par le rétrécissement du trou de Bolal et du canal artériel. Plus la grossesse est avancée^ plus il arrive de sang aux poumons 3 en sorte que , dans le fœtus de neuf mois, la circulation se fait; à peu de chose près^ comme chez l'adulte.,
Des expériences faites par M. Chaussier l'ont porté à élever des cloutes sur la nature des fonctions attribuées par la plupart des physiologistes à chacun des vaisseaux ombilicaux. Il croit que la nature les emploie dans un ordre inverse à celui assigné par eux. Les injections faites par ce savant physiologiste lui semblent démontrer que les radicules de la veine ombilicale ^ au lieu d'absorber^ comme on l'enseigne , le sang de la mère que les artères iilérines ont déposé dans les cellules du placenta ^ servent au contraire à reporter le sang du fœtus dans les veines de la malricCé
Changemens que produisent le travail de V enfantement et la res^ piration dans la circulation du sang qui a lieu de la mère, à reirfani.
En parlant des ehaîigemens qu^éprouve la matrice pendant la grossesse , j'ai fait voir que ses vaisseaux acquéraient plus de rectitude, que leur calibre augmentait ^ et que par conséquent il y circulait ^ dans un temps donné, une plus grande quantité de sang, €t que ces trois phénomènes étaient d^autant plus sensibles que le terme de la grossesse était plus reculé.
Lorsque ia matrice fait effort, pour expulser Tenfant, sa con-traction est toujours accompagnée d'une diminution dans la capacité de ce viscère. Les vaisseaux sont comprimés , diminuent de calibre , et laissent échapper une plus petite quantité de sang, et par un mouvement plus lent. Aussi, s'il existe une perte chez
la femme , on s'aperçoit qu'elle diminue à chaque contraction de la matrice. La diminution de l'he'morrhagie ute'rine est en raison directe de la force des contractions et du degré de réduction qui survient dans la matrice.
Si on suit les phénomènes qui se passent pendant le travail de raccouchement , il est facile de voir que l'on a deux moyens d'arrêter les perles : le premier consiste à augmenter les contractions ^e la matrice. Si la perte continuait malgréles efforts que l'on aurait faits pour ranimer les douleurs languissantes ^ l'autre moyen serait de faciliter la réduction de la matrice sur elle-même ; en éloignant les obstacles qui s'opposent au resserrement de ses fibres et au rapprochement de ses parois. Pour cela on évacue les eaux^ on va chercher l'enfant, et on délivre la femme. Quoique, par ces procédés, on n'augmente pas les forces contractiles de l'utérus, on a un espoir plus fondé que Thémorrhagie s'arrêtera , parce que tout étant égal d'ailleurs, ce viscère, après une déplélion opérée graduellement, se resserre davantage sur lui-même.
Les changemens produits dans la circulation pendant les efforts de l'accouchement ne se bornent pas à la matrice , ils s'étendent encore au placenta et au fœtus lui-même. Il arrive un moment où les contractions de la matrice sont tellement intenses, que les cellules du placenta sont comprimées d'une part contre la matrice, et de l'autre contre le corps de l'enfant : elles ne peuvent plus recevoir le sang des artères utérines , ni celui qu'apportent les artères ombihcales. Celui des artères utérines est repris par les veines de la matrice ;► tandis que celui de l'enfant passe des artères ombilicales dans la veine ombilicale , par le moyen des communications nombreuses qui existent entre ces deux genres de vaisseaux.
On pense communément que le sang revient alors à l'enfant pour la première fois sans s'être mêlé dans le placenta avec celui de la mère. Je crois que dans tous les temps il existe une plus ou moins grande quantité de sang apporté par les artères ombilicales, qui n'est pas versée dans les cellules du placenta, mais qui passe dans la veine du même nom, amiioyen des communications immédiates qui existent entre elles, et que par conséquent il se fait une petite circulation du fœtus à lui-même lorsqu'il est encore renfermé dans le sein de sa mère.
Toutes les fois que la compression est assez forte pour inier-
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copier le passage du sang des arlères utérines, dans les cellules du placenta, cet e'ial ne peut pas durer long-temps sans que l'enfant n'en soit viclinie : outre que la quantité de sang qui lui est rapportée est moindre , il n'est pas vivifié par celui de la mèrC; qui lui rend les qualités nutritive^ qu^il a perdues pendant la circulation. On doit s'occuper de hâter la terminaison de raccoucheraent en assouplissant le c61 qui résiste trop à sa dilatation , ou extraire l'enfant si l'on craint qu'il ne périsse pendant la durée des efforts qui deviendraient nécessaires pour opérer son expulsion spontanée.
La compression et l'affaissement des cellules du placenta peuvent être portés au point d'intercepter le passage du sang des arlères ombilicales dans la veine ; ou bien le cordon ombilical peut se trouver comprimé par la léte contre le rebord du bassin. La circulation qui se fait du fœtus à lui-même venant à cesser dans ces cas, les dangers pour l'enfant deviennent plus grands, et sont proportionnés à la force et à la longueur de la compression. On a peut-être exagéré les dangers de la compression du cordon, en avançant que quelques inslans suffisent pour occasioner la mort du fœlus. Quoique la circulation soit suspendue un instant, de l'une ou de Tautre manière, je ne pense pas que l'enfant doive nécessairement périr sur-le - champ. Dans l'asphyxie et dans la syncope, la respiration et la circulation, qui sont quelquefois suspendues . peuvent cependant élre mises de nouveau en jeu par un usage assidu des stimulans. Il est probable qu'il en est de même chez le fœtus lorsqu'il naît dans un état de mort apparente, qui est une vraie syncope, à raison de la compression qui intercepte le cours du sang dans le cordon ombilical. L'irritabilité peut exister encore malgré cette mort apparente, et il suffit d'irriter pour remettre en jeu toutes les fonctions de la vie, Deventer, Rœderer, Levret ont reconnu qu'il serait difficile de déterminer d'une manière précise combien peut diu'er la compression du cordon ombilical sans donner la mort à l'enfant j mais ils regardent comme certain qu'une compression long-temps continuée le fait périr.
Il arrive un instant où il n'existe plus de communication entre le placenta et la matrice , ni entre le placenta et lenfant. li résulte de là que l'on ne peut pas espérer de ranimer les enfans qui naissent dans un état de faiblesse , en les laissant auprès dç
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leur mère sans couper le cordon ombilical, puisque le sang ne peul plus parvenir de la malrice dans le placônla s'il n'existe pas un état d'inertie. Si la communication existait encore de la malrice au placenta après Taccouchement, on verrait le sang couler par la section pratiq^i^ sur le cordon : cependant on observe tous les jours le contraire. Lorsque je traiterai de la syncope des enfars nonveao nës^ je ferai voir que s'il est vrai que Ton ail réussi à sauver des enfans qui naissaient dans un éiat de stupeur ^ en les plongeant dans un bain chaud pendant que le cordon est encore entier^ qui neTeussent pas été si on l'avait coupé, ce bienfait dépend uniquement de ce que la circulation se ranime dans le placenta par l'aclion du calorique ^ et se propage jusqu'à l'enfant.
Si l'on coupe le cordon ombilical; il s'écoule peu de sang , dans l'ordre naicrel^ de l'une et l'autre extrémité produite par celle section. Si la matrice se contracte ^ la veine ombilicale ne répand qu'une ou deux cuillerées de sang 5 mais si la malrice ne revient pas sur elle-même immédiatement après l'accouchement ^ au lieu du faible dégorgement dont je viens de parler ^ le sang s'écoule quelquefois en abondance si le placenta conserve encore ses adhérences. La perte dure pendant tout le temps que la matrice reste dans Tinertie^ et est proportionnée à son intensité. L^indication que présente cet écoulement y qui reeonnaîE pour cause l'atonie de l'utérus ; consiste à ranimer sa force contractile; qui est assoupie.
La portion du cordon qui tient à Tenfant ne fournit aussi qu'une très - petite quantité de sang ^ si l'enfant respire immédiatement après être sorti du sein de sa mère. Il résulte de là que le moyen le plus simple d'arrêter une hémorrhagie par le cordon ombilical qui serait occasionée par son déchirement fort avant dans l'abdomen j serait de s'occuper d'établir la respiration sans cherchera placer une ligature , qui devient inutile si celle foncLion s^exécute avec régularité. Mais si i'enfant ne respire pas encore , ou si une cause quelconque suspend la respiration après qu'elle s'est établie ; le sang coule par les artères ombilicaies jusqu'à ce que celte fonction s'exécute avec facilité.
Dès que Tenfant a respiré , ce qui arrive plus tôt chez certains enfans que chez d'au 1res . il se passe chez lui deux phénomènes
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elonnaiis dont il est impossible de rendre raison : Tun esi la cessation subite du passage du sang par le canal artériel et par le irou de Botal pour se rendre dans les poumons ^ auxquels tout le sang qui prenait l'une ou Tautre de ces voies était soustrait et l'autre est le deTaut d'afflux du sang dans les artères ombilicales. Tout ce que Ton sait^ c'est qu'ils dépendent de la respiration ; puisque le sang coule librement dans ses canaux jusqu'à ce que cette fonction soit établie ^ et qu'il cesse d'y couler lorsqu'elle s'exécute. On voit même le sang reprendre son cours par les artères ombilicales si un maillot trop serré , des cris aigus que pousse l'enfant suspendent pendant quelque temps après la naissance la respiration. On peut produire le même effet en comprimant la poitrine avec la main , et en empêchant sa dilatation. Cette expérience démontre combien il est important que l'élévation et l'abaissement alternatifs de la poitrine puissent s'opérer avec toute l'aisance possible pour que les changemens qui doivent avoir lieu dans la circulation s'établissent.
Toutes les fois que la respiration est gênée après la naissance par une cause quelconque , le sang s^écliappe par les artères si elles ne sont pas liées ;, ou il se porte vers le cerveau si la ligature a été faite , et Tenfant meurt apoplectique. Le sang qui tend à s'échapper avec force par le cordon le soulève et l'agite sur Tabdomen^
De la Nutrition du Fœtus,
C'est un fait démontré et avoué de tous les physiologistes ^ que le fœtus lire sa nourriture de sa mère. On peut seulement disputer sur la nature des fluides qu'elle lui fournit^ et sur la manière dont ils lui sont transmis. Que les fluides épanchés dans le placenta^ ou que les eaux de l'amnios servent à nourrir le fœtus ; il est toujours vrai de dire qu'il tire sa nourriture de sa mère y puisque le placenta reçoit ses sucs de la matrice ^ et que les eaux de l'amnios ont aussi ;, en dernière analyse, la même source. Soit que l'on prétende que. le fœtus se nourrit par le cordon ombilical ;, par la bouche ou par les pores de la peau, c'est toujours la mère qui a fourni les fluides . quoique leur nature et le mode de transmission ne soient phis les mêmes.
l8î{. DES DÉPENDANCES DU FOETUS. ' ^
C'est encore une vérité qui n'est plus contestée par les physiologistes; que le fœtus lire, au moins en partie ^ sa nourriture par le cordon ombilical. Le mode de circulation proposé par Schreger ^ qui confie l'absorption à des vaisseaux lymphatiques qui du placenta se rendent au canal ihoracique , en suivant le trajet du cordon ; ne fait pas exception à cette proposition générale.
Il est encore certain que les fluides que pompent les radicules de la veine ou des artères ombilicales , ou bien les vaisseaux lymphatiques, si l'on admet la théorie de Schreger, sont fournis par la mère , puisque les cellules du placenta en sont gorgées à une époque où le fœtus est à peine ébauché. Mais ce qui démontre jusqu'à l'évidence que le placenta ne reçoit pas du fœtus les fluides qui remplissent ses cellules , c'est que celte masse continue quelquefois de croître et abonde en fluides, quoique le produit de la conception n'existe plus. La coloration en rouge des os du fœtus lorsqu'on donne de la garance aux femelles des quadrupèdes pendant la gestation ;, est une preuve incontestable que le placenta reçoit de la malri-ce le sang et les humeurs qu'il transmet au fœtus.
L'hémorrhagie par le cordon ombilical , le placenta étant encore adhérent , cause quelquefois la mort de la femme : elle ne souffrirait pas de cette perle si le sang qui s^écoule par le cordon n^élait pas fourni par la matrice. L'hémorrhagie utérine fait en même temps périr le fœtus si elle est grave : il n'en éprouverait aucune atteinte si la matrice ne lui fournissait pas des fluides. Les exemples qui apprennent qu'à l'ouverture des cadavres on a trouvé les vaisseaux du placenta , du cordon , du fœtus parfaitement remplis , tandis que ceux de la matrice étaient vides , ne prouvent pas que ces organes ne reçoivent pas leurs fluides de la matrice, mais seulement que dans ces cas particuliers les ramifications des artères ombilicales , les cellules du placenta n'ont pas concouru à augmenter l'hémorrhagie. L'enfant meurt alors plutôt parce que le sang qu^il reçoit n^est pas vivifié par celui de la mère , que parce que sa quantité est diminuée.
La communication qui a lieu de la matrice au placenta se faitelle seulement par des fluides séreux , comme le prétend Schreger? On ne peut pas nier que le sang ne passe, au moins en partie , en nature ; des artères utérines dans les cellules du placenta. Le.-^
DES DÉPENDANCES DU FOETUS. l85
perles qui accompagnent toujours le de'collemenl du placenta d'avec la matrice , à quelque terme de la grossesse que cet accident arrive , prouvent que le sang rouge circule , au moins en partie, de la mère au fœtus.
Si les physiologistes sont d'accord sur Texistence d'une circulation sanguine de la matrice dans le placenta^ ils se partagent d'opinion quand il s'agit de de'terminer comment elle se fait , et dans quel rapport elle se trouve avec celle du fœtus. On peut réduire leurs opinions sur ce point de doctrine à deux principales. Les uns soutiennent que \a circulation qui se fait de la mère à -l'enfant est immédiate ; d'autres qu^eile est seulement médiate.
On ne peut pas admettre une circulation immédiate de la mère à l'enfant : par circulation immédiate, on doit entendre celle qui se ferait par le moyen d'anastomoses entre les artères utérines et les racines de la veine o-mbilicale^ entre les artères ombilicales et les veines de la matrice. La théorie de l'anastomose directe des vaisseaux utérins avec ceux du placenta ne comple presque plus aujourd'hui de défenseurs. Les expériences de Hunter paraissent prouver que le sang est seulement déposé par les artères utérines dans les cellules du placenta. Il a fait voir qu'en injectant la matrice, on ne peut pas injecter la totalité de celte masse. Pour y réussir , il faut pousser en même temps l'injection parles vaisseaux de la matrice et par le coi'don ombilical.
Haller , Walter , Wrisberg , Meckel fils , Schreger , qui ont répété ces injections , ont aussi reconnu qu'il ne passe pas la moindre matière des vaisseaux de la mère dans ceux du fœtus , en sorte que Meckel fils convient que l'exemple dans lequel son père paraît avoir réussi à faire passer la matière injectée des vaisseaux de la matrice dans ceux du fœtus , a besoin, pour être admis , d'être confirmé par de nouvelles expériences qui paraissent, au contraire, prouver contre.
Cette opinion sur le mode de circulation de la mère à l'enfant , émise par Hunter, paraît rigoureusement prouvée par la pièce anatomique que présenta à l'Académie de Chirurgie de Paris M. Ant. Dubois , ancien professeur de l'école de Médecine de la même ville , et dont on trouve les détails dans la Médecine éclairée par les* Sciences physiques , rédigée par M. Fourcroy. ' Une matrice pleine d'un enfant de sept mois et demi, injecléc par Farlère crurale , fut monlrée à l'Académie de Chirurgie ^-ai
^o6 DES DÉPENDANCES DU FOETUS.
M. Dubois. « On a vu à la surface interne de la matrice une infinité d'arlërioles Irès-flexueuses^ lesquelles s'élevaient de cetîe surface pour s'enfoncer dans la substance spongieuse du placentaquelques-unes ont pu être suivies pendant deux lignes de longueur depuis qu'elles avaient quitté la matrice. Toutes aboutissaient à une espèce d'infiltration qui s'était formée, non dans les sillons , mais dans Fépaisseur des lobules du placenta. Aucune n'allait à la surface interne de cette masse. Les vaisseaux qui s élevaient de celte surface interne ne contenaient aucune parcelle d"injection. » On voit par cette pièce que la circulation entre la mère et le fœtus n'est pas immédiate, et que les parties fœtale et utérine du placenta sont seulement entre-mél^es , sans communiquer ensemble.
Si les vaisseaux de Fuîérus se continuaient avec ceux du placenta , leur déchirement . qui serait une suite nécessaire de Taccouchement , pourrait occasioner àes liémorrhagies et de Vinîîammation. Les pulsations du cordon ombilical ne sont jamais isochrones avec le pouls de la mère , tandis qu'elles devraient l'être si la circulation était immédiate.
Une expérience tentée par M. Chaussier sur une femme morte au septième mois de la grossesse , dans laquelle on voit que du mercure injecté dans la veine ombilicale avait passé en plus ou moins grande quantité dans les \eines utérines ^ et qui se trouve consignée dans le vol. xxix du Journal de Médecine, janvier 1814, semble en apparence favorable à Fopinion de ceux qui admettent une circulation immédiate. Il assure que le résultat a toujours été le même dans diverses cas analogues. Haller, dans ses Élémens de Physiologie , cite aussi des expériences dans lesquelles , en injectant les artères et les veines de l'utérus , la veine et les artères ombilicales , la matière de lïnjection a passé des vaisseaux de la mère dans ceux de Tenfant et réciproquement.
MM. Chaussier et Ribes ont entrepris, eu i8i4, ^es recherches pour savoir quels étaient les rapports des artères et des veines ombilicales avec le placenta. Il en résulte que lorsqu'ils remplissaient les artères ombilicales , la matière passait facilement des artères dans les veines, et toutes les branches de l'artère se trouvaient injectées dans l'épaisseur duplcfcenta; mais la masse ou le tissu de ce corps ne recevait presque point d'injeclion. lisse déterminèrent à injecter la veine , et il^ virent avec élonnemeni^
DES DEPENDANCES DC FOETUS. iS^
non-seulement les arlères se remplir en même temps , mais en^ core Tinjeclion s'e'chapper en quantité de tou'e la surface utérine du placenta : ce qui leur fit penser que les veines du placenla pouvaient être en rapport plus direct avec la matrice que les artères. Ils ont cherché à vérifier cette conjecture sur deux femmes mortes étant grosses 5 ils injectèrent chez l'une et chez Taulre du mercure dans la veine ombilicale : Tinjeclion remplit , nonseulement les artères ombilicales et le placenta , mais elle passa encore dans les sinus utérins et dans le tissu même de la matrice^ et jusque dans quelques branches des veines hypo-gastriques dans Tune de ces injections. Ptl. Chaussier a eu une nouvelle occasion de vérifier le même fait. Cet illustre professeur n'en conclut cependant pas qu'il y ait une anastomose immédiate de celte veine avec celles de Tulérus. îl pense que le mercure que i"on trouve dans l'épaisseur des parois de rutércs , lorsqu'on i'a fait cuire après avoir ainsi élé injecté ^ ne s'introduit dans les veines utérines qu'après s'être insinué , qu^après s'être épanché ^ en quelque sorte , dans la membrane qui revêt la surface utérine du placenta. On trouve une innombrable quantité de molécules de mercure dans les mailles de cette membrane.
Quoique M. Chaussier admette que le mode de circulation de la mèreau fœtus et du fœtus à lamère n'est que médiat^ cependantles expériences que je viens de rapporter lui ont fait naître des doutes sur la nature des rapports généralement admis entre la mère et le fœlus. Au lieu de l'absorption telle que la conçoivent les physiologistes modernes, il croit qu'il est prouvé par les faits que j'ai exposés , que les veines utérines communiquent . mais indirectement j avec la veine ombilicale^ ce qui est opposé à l'ordre dans lequel les physiologistes font agir ces vaisseaux : car , dans la manière ordinaire de concevoir l'absorption , c'est la veine ombilicale dont les radicules pompent dans les interstices lobulaires du placenta le sang de la mère qui y a été déposé.
Les physiologistes qui admettent une circulalion immédiate , ou j en d'autres termes . une anastolnose des vaisseaux de la matrice avec ceux du placenta^ citent . à Tappui de leur oj^inion ^ les exemples de femmes mortes d'hémorrhagie pendant la gros sesse ou avant Taccouchement , chez lesquelles on a trouvé les vaisseaux du fœtus vides de sançr comme ceux de la mère. Ils font aussi valoir les exemples d'hémorrhagie devenue mortelle par la
l88 ^ DES DÉPENDANCES DU FOETUS. i
section du cordon ombilical , lorsqu'on a négligé d'exlraire le pla- . ^
centa. Aux prejniers faits, on peut en opposer d'autres en bien ' plus grand nombre , dans lesquels on voit que ^ quoique tous les
vaisseaux de l'ule'rus fussent vides de sang , cependant ceux du \
placenta , du cordon , ainsi que du foetus étaient entièrement rem- j
plis. On n'applique pas aujourd'hui de ligature sur la portion du !
cordon qui tient au placenta. Cependant on n'observe jamais d'hé- ]
morrhagie par le cordon ombilical quoique le placenta séjourne ]
clans la matrice. S'il en est survenu par cette anse dans quelques ] ans rares ; n'est-ce pas parce qu'il existait alors deux enfans ; et
que les placenta avaient des rapports entre eux ? ]
Les exemples de fœtus dépourvus de cœur ^ qui néanmoins se j
sont développés ^ ne prouvent pas qu'il y ait une communication 1 immédiate de la mère à Tenfant. Il est probable que la circulation
dans le placenta n'est pas due uniquement à Faction du cœur. Ce ^ corps spongieux , d'après le professeur Chaussier , jouit d'une
force vitale qui le rend propre à en faire les fonctions. 1
Des faits pratiques , rapportés par des praticiens judicieux , tels !
que Hunter^ Osiander , Lobstein ; prouvent que les vaisseaux om- ' Lilicaux possèdent une force vitale très-considérable et une contractililé très-manifeste. Hunter , M. Lobstein ont observé qu'ils
chassent avec force le sang qu'on y a retenu au moyen de liga- ;
lures y quoiqu'on les coupe de manière à laisser subsister celle j
qui correspond au fœtus. Cette force contractile subsiste quoique ;
le placenta ne conserveplus , depuis plusieurs heures ; aucun ; rapport ni avec la matrice, ni avec le fœtus.
Je crois que , dans les premiers momens de la grossesse , les ^ radicules des vaisseaux^ soit que ce soient les artères y comme le J prélend M. Chaussier , soit que ce soil la veine ombilicale qui ? fasse l'office de vaisseaux absorbans , ne puisent que des fluides ■] Lianes et ténus qui paraissent plus appropriés aux besoins du ; fœtus et au diamètre de ces radicules. Le volume des globules rouges me paraît trop considérable pour que le sang puisse parvenir i en nature jusqu'au fœtus dans les premiers momens de la concep- j lion. A mesure que la grossesse avance, les radicules augmentent de calibre ^ et pompent des fluides de plus en plus chargée ; de principes nutritifs jusqu'à ce qu'ils puissent charrier le sang en nature. ,;
Le sang déposé dant les cellules du placenta y éprouve-t-il
I>ES DEPENDANCES DU FOETUST iSq
une altération de la part de cet organe avant d'elre pris par les racines de la veine ou des artères ombilicales? Les pliysiolo<'isles ne sont pas d'accord sur ce point. Les uns considèrent le placenta comme un simple moyen d'union entre la mère et le fœtus • d'autres, dont M. le professeur Ciiaussier a embrassé l'opinion, soutiennent que le placenta n'est pas une masse inerte , qu'il jouit d'une action qui lui est propre , en vertu de laquelle il assimile à la substance du fœtus les sucs trop animalisés de la mère. Plusieurs auteurs pensent que cette masse remplit chez le fœtus les fonctions du poumon chez l'adulte, et l'ont nommée poumon physiologique du fœtus. Ils enseignent qu'il a pour usage de suppléer à la fonction importante de la respiration , qui n'a pas lieu chez l'enfant avant la naissance. Ils ne croient pas que le fœtus reçoive par le placenta et le cordon ombilical Tair nécessaire pour cet usage, hypothèse admise par les anciens sans aucune espèce de vraisemblance. Le placenta ne peut pas être comparé au poumon, en ce sens qu'il servirait, comme ce dernier, à changer le sang noir en sang rouge. Il paraît que chez le fœtus le stimulus produit par le sang noir suffit pour exciter l'action du cœur et des autres organes. Le sang est renouvelé dans le placenta comme l'air l'est dans les poumons.
S'il y avait une analogie entre les fonctions du poumon et celles du placenta, le sang qui est porté au fœtus devrait être d'un rouge plus vermeil que celui des artères. Cependant les expériences de M. Autenrieth (i) prouvent que la couleur du sang est la même dans la veine et dans les artères. Il a aussi remarqué que la chaleur propre au fœtus était moindre que celle de la mère. Le thermomètre appliqué sur le corps de la mère marquait une température de trente degrés , tandis qu'appliqué sur l'enfant il ne montait qu'à vingt-sept degrés. Ce qui est encore plus étonnant, c'est que ces mêmes observations prouvent que la chaleur des fœtus morts surpasse d'un degré celle des fœtus vivans. On peut expliquer pourquoi la température du fœtus est intérieure à celle de la mère , ainsi que l'ont appris les expériences de M. Autenrieth, en se rappelant que le sang de la veine ombilicale passe en grande partie dans le foie, dans
(i) Dissertatio sistens expérimenta circa calorem foetus et sanguinem ipsius imtituta, Tuhing^i'jQCf,
lf)0 DES DÉPENDA?;CES DU FOETUS. '
lequel il perd iiiie portion de son calorique^ qui est emploje'e a une sécrétion.
Des faits bien positifs prouvant que le sang passe en nature de la matrice dans le placenta^ on ne peut pas lui attribuer^ avec d'autres, pour usage de faire rhémalose, et le considérer comme l'orsane delà sançuification chez le fœtus.
Le plus grande nombre pense que le sang du fœtus reçoit de la part de celui de la mère Toxigène et les autres principes dont il a pu se dépouiller pendant la circulation , et qu'il se débarrasse • de rhvdrofiène et du carbone dont il se charge en circulant, parce que le sang que charrient les artères ombilicales est déposé dans les cellules du placenla ;, où il est pompé par les veines de la matrice. Ils pensent , avec assez de probabilité^ que cet écliange de principes alieu dansle placenta j ce dernier point est cependant contesté par plusieurs physiologistes. Schreger^ M. Lobsteinpensent qu'aucune portion du sang n est épanchée dans le parenchyme du placenta j que les deux espèces de sang ne se mêlent pas. Le premier soutient que le sang apporté par les artères ombilicales se débarrasse d'une certaine quantité d'hydrogène et de carbone^ dont la présence lui communiquait une couleur plus obscure parla transsudation séreuse qui alieu par les extrémités de ces vaisseaux. Le second enseigne que ce n'est qu'à travers les parois mêmes des vaisseaux ombilicaux que le sang de la mère peut communiquer a celui du fœtus un principe subtile et vivifiant ^ de la même manière que l'air agit sur le sang apporté aux poumons à travers les parois des vaisseaux pulmonaires. Je ne chercherai pas à déterminer quelle est la nature de ce principe. M. Lobstein pense qu'il consiste peut-être seulement dans une communication de i calorique^, en sorte qu'il établit un parallèle entre l'usage des poumons et celui du placenta^ sous le rapport de la calorification. M. Fourcroy pense que si le sang artériel apporté au fœtus se dépouille ^ avant dejui être transmis ; de quelques principes ^ comme l'hydrogène et le carbone dont il a pu se charger en traversant les vaisseaux de la mère et les cellules du placenta, il est probable que c'est dans le foie, qui reçoit la majeure partie de j I celui qu'elle a apporté, que s'opère cet échange propre à revivi- i fier ce sang. Schreger, M. Lobstein admettent aussi qu'il se fait dans le foie une dépuralion du sang, en sorte que dans cette opinion le foie remplit les fonctions dont les poumons seront char-
DES DEPENDANCES DU FOETUS. Iftt
ges après la naissance. M. Fourcroy fait valoir^ en faveur de ce senlimcnt; le volume du foie^ qui, chez l'enfant qui vient de naître , remplit la plus grande partie de la cavilt' abdominale.
Parmi ceux qui admettent que le cordon est la voie principale qu'emploie la nature pour nourrir le fœtus , il en est qui pensent qu^elle n'est pas la seule, et qu'il se nourrit en partie parles pores de la peau ou par la bouche. On cite un certain nombre d'exemples d'enfans venus au monde sans cordon ombilical^ ou avec un cordon dont les vaisseaux ombilicaux étaient oblitérés ;j que M. Thouret a rassemblés dans un Mémoire où il cherche à établir que la compression du cordon ombilical n'est pas aussi dan^ïereuse qu'on le croit communément. Lillre rapporte avoir vu un enfant venir au monde bien portant^ quoique le cordon ombilical fût rupture depuis long-temps ^ puisque les deux extrémités étaient parfaitement cicatrisées. Si ces exemples sont réels, la nutrition n'ayant pu avoir lieu par le cordon ombilical, elle n^a pu s^opérer que par la voie de la déglutition ou par celle de Tabsorption. "
Beaucoup d^àuleurs Vilt embrassé l'opinion d'Aîcmaeon de Crotone, qui pensait que le fœtus se nourrit par les pores delà peau. Elle a été admise par Kaau-Boerhaave, Levret, Buffon , mais combattue par Haller. Ils apportent les mêmes argumens dont on se sert pour établir Tabsorption cutanée chez les adultes. On a fait contre ce sentiment une objection qui n^est applicable qu'au fœtus. On prétend que l'enduit gras qui recouvre la peau doit s'opposer à l'absorption par la surface. Cet enduit occupe rarement toute la surface du corps , et il n'a lieu que dans les derniers mois de la grossesse. La viscosité des eaux de i'amnios ne peut pas s^opposer , comme Fa objecté Haller , à ce qu'elles puissent être absorbées, puisque des Humeurs beaucoup plus onctueuses, comme celles contenues dans les capsules synoviales, sont absorbées.
On a fait deux objections fondamentales contre l'opinion de Haller, qui admet que le fœltis lire une partie de sa nourriture par la bouche, en avalant la liqueur de I'amnios. L'une se tire <ïu défaut de respiration^ sans laquelle on croit que la deMutilion est impossible, et lautre du manque dévide. Les auteurs qui prétendent que la dégîutilion est inséparable de la respiration hasardent gratuitement une supposition qu'ils ne peuvent prou-
Tg^ I>ES DEPENDANCES DU FOETUS.
Ver par aucun fait. Si la déglulilion suppose l'élevatioti du pîia« rynx et du larynx , elle peut avoir lieu sans être aide'e par l'action des organes de la respiration. La contraction des muscles attachés au pharynx et au larynx peut élever ces parties ; quoique leur action ne puisse pas contribuer à la respiration. M. Béclard a puWié, dans le Bulletin de la Faculté et Société de Médecine^ Vol. xxviii du Journal de Médecine, des recherches qui semblent prouver que le fœtus respire l'eau contenue dans Famnios. Pour s'assurer si le liquide dont on trouve la trachée-artère et les bronches remplies lorsqu'on examine un fœtus né mort, était l'eau de Famnios , il a injecté de l'eau colorée en noir par de l'encre par une petite ouverture de l'amnios d'un fœtus de chienne. Au bout de quelques heures, il a lié le cou du fœtus, qui vivait encore, et il a trouvé de l'eau noire dans la trachée artère et les bronches. Mais existe-t-il une action chimique entre l'eau de l'amnios et le sang qui traverse les poumons?
On ne peut douter que les phénomènes mécaniques de la respiration n'existent chez le fœtus. Dans les accouchemens par les pieds ^ on voit distinctement des mouvemens d'inspiration trèsmarqués, quoique la tête, le col et les membres supérieurs soient encore contenus dans la malrice et le vagin.
Les partisans de la déglutition sont embarrassés pour assigner les causes qui peuvent déterminer le liquide à s'introduire dans la bouche, puisqu'il n'y a point de pression de la part de Fair. Les uns prétendent que la pression qui force le liquide à s'élever contre son propre poids , pour parvenir dans la bouche , est exercée par les muscles abdominaux et le diaphragme lorsqu'ils se contractent 5 d'autres pensent que les mouvemens variés du fœtus qui agitent le fluide sont la vraie cause qui le déterminent, à raison de cette impulsion , à s'introduire dans les ouvertures, soit de la bo"che, soit des narines.
S^il n'est pas démontré que la déglutition soit impossible chez i le fœllis , ainsi que l'ont prétendu les adversaires de Haller , les j Taisons qu'il fait valoir pour Fétablir ne sont pas non plus pé- -j remptoires. |
C'est une loi générale, dit-il, de l'économie animale, que tous 1 les canaux dans lesquels il ne coule point de fluides s'oblitèrent promplement. C'est ce que Fon voit arriver aux artères ombili- ; cales, au canal artériel^ au canal veineux, quoiqu'ils soient d'un i
DES DEPENDANCES DU FOETUS. 1q3
calibre assez considérable, lorsque le sang cesse d'y passer au moment de la naissance. Les cavités osseuses elles-mêmes se resserrent en vertu de leur force tonique , lorsque la cause qui les distendait n'existe plus. Gomment concevoir que les vaisseaux lactés et les glandes l^^mphatiques du mésentère, dont le calibre est si petit , puissent le conserver s'il ny coule aucun fluide pendant neuf mois? La parité n^est pas parfaite. Les vaisseaux lactés absorbent la partie la plus liquide des fluides muqueux versés à chaque instant à la surface interne des intestins.
Cette matière excrémentitielle, connue sous le nom de méconiiun , que l'on rencontre dans tous les enfans, et que plusieurs physiologistes attribuent à la rétention des fluides muqueux versés à la surface interne du canal intestinal, est donnée par Haller comme une preuve que les eaux de l'amnios passent dans l'estomac du fœtus pour y être digérées comme les aiimens chez les adultes. L'une et Tautre de ces opinions sur la formation du méconium paraissent appuyées sur des faits qu'on ne peut pas révoquer en doute : ce qui semblerait indiquer qu'aucune d'elles ne peut élre admise exclusivement. On a vu des fœtus nés avec la bouche fermée chez lesquels on a trouvé du méconium. Ces faits sont plus nombreux et mieux prouvés que ceux où l'on dit que des fœtus sont venus au monde ians cordon. Dans ces cas^ le méconium qui engorge le canal intestinal doit nécessairement être fourni parles fluides muqueux versés à la surface interne.
On a plusieurs observations qui apprennent qu'après que les eaux de Tamnios s'étaient écoulées en totalité, l'enfant, qui a encore séjourné pendant long-temps dans la matrice, n'a pas pour cela perdu la vie. Bartholin raconte l'histoire d'un fœtus qui était encore vivant , quoique la liqueur de Tamnios se fût déjà écoulée depuis plus d'un mois. Les fœtus acéphales acquièrent un accroissement considérable dans le sein de leur mère, et présentent du mécoiîium dans les intestins, quoiqu'ils soient privés àes organes de la déslutition.
Dans une conformation vicieuse dont M. Pied a donné les détails dans le Journal de Médecine ( frimaire an i o ) , on voit que le duodénum, vers sa fin, était entièrement séparé de Teslomac. Cependant le reste du tube intestinal était rempli de méconium à la formation duquel ni les eaux de l'amnics ni la bile n'avaient concouru en rien.
T. ÏI. i3
JC)4 I>ES DÉPENDANCES DU FCœiUS.
Le fait rapporté par M. Desgranges , qui pratiquait alors la médecine dans la Suisse , semble prouver que le méconiura qui s'amasse dans les gros intestins ne peut pas être regardé uniquement comme le résultat de la sécrétion du mucus intestinal. Les intestins grêles étaient entièrement séparés des gros intestins. On n'a trouvé de mécouiura que dans la portion du canal qui était continue avec l'estomac. Les gros intestins étaient rétrécis par la nullité de leurs fonctions. Le colon avait seulement le volume d'un ver lombric. Cette portion , qui n'avait aucune communication avec l'estomac ; ne contenait pas un atome de méconium.
Lorsqu'on a rencontré des rélrécissemens du canal intestinal à l'ouverture des enfans morls avant de rendre le méconium j on n'en a point trouvé au-dessous du lieu resserré. Si le resserrement existait au pylore, comme dans le cas cité par M. Dubois ^ l'estomac seul contenait cette matière excrémentitielle. Mais on devrait en trouver au-dessous du lieu resserré si le méconium était uniquement produit par la sécrétion de la membrane muqueuse du canal intestinal. Répondre avec M. Vauquelin ^ que dans le fait cité par M. Dubois à ses élèves , la cloison n'a dû se former que postérieurement au refoulement du méconium dans l'estomac, parce que cet excrément contient de la bile, c'est chercher à éluder la conclusion que l'on peut tirer d'un fait, en y substituant le produit de son imagination. On n'a pas prouvé par i'analyse que, dans ce cas, cette matière excrémentitielle contenait de la bile.
L'analyse que M. VaMquelin a donnée du méconium démontre la présence de la bile dans cet excrément. Mais on n'est pas pour cela autorisé à conclure que les eaux de Tamnios ne concourent i pas à sa formation. Quoique ce liquide ne contienne pas de bile, elle peut s'y mêler en coulant dans le canal inleslinal, comme cela doit avoir lieu pour les fluides muqueux versés dans celte cavité , à l'accumulation desquels on attribue le plus communément la formation du méconium. ,j|
DBS DÉPENDANCES DU FOETUS. Iû5
Ihs Dimensions de la Tête de VEivfant au moment de la
naissance.
L'accoucheur n'aurait qu'une connaissance imparfaite de l'enfant, relativement au travail de l'enfanlement ^ s'il n'élait pas instruit des mouvemens dont ses différentes parties sont susceptihles j ainsi que de leur direction et des bornes que la nature a mises à chacun d'eux. Je n'entrerai point dans le délai! de ceux que peuvent permettre la structure du tronc et celle des membres; quoique cette connaissance soit essentielle à l'accoucheur dans quelques circonstances : je la suppose acquise par Tétudede l'anatomie. D'ailleurs ^ je rappellerai au besoin les dispositions particulières que peuvent présenter ces parties^ et qu^il serait dangereux de perdre de vue dans les manœuvres que Ton doit exercer pour faciliter la naissance de Tenfant. Jeme bornerai dans le moment à faire connaître la struciure et les dimensions de la léle, parce que l'anatomistene la considère pas sous le rapport des accouchemens. Elle est la partie la plus importante à connaître de loutes celles de Fenfant , parce qu'elle est la plus solide et la plus volumineuse ^ et parce qu'elle se présente presque toujours la première à l'orifice , et qu'elle est la seule qui oppose de la difficulté pour franchir les détroits.
La télé est composée de plusieurs pièces osseuses ^ unies par des parties membraneuses qui leur permettent de se rapprocher ou de séloigner. C'est à cette disposition et à la souplesse des os du crâne qu'est due la faculté dont jouit la tête de se mouler à la figure du bassin dans des accouchemens laborieux. On reconnaît dans le crâne deux parties très-distinctes ^ la voûte et la base. La propriété qu'a la tête d'être déprimée dans un accouchement laborieux dépend uniquement de ia réduction de la voûte osseuse , qui a plus de largeur que la base. La voûte osseuse du crâne ayant plus de largeur que sa base, il est hors de doute que lerapprochement des os qui la composent peut faciliter l'accouchement en diminuant le volume de la tête. Les avantages qui peuvent résulter de l'aplatissement de la voûte osseuse pour favoriser 1 accouchement sont si évidens , qu'ils sont avoués par [ous les accoucheurs 3 mais plusieurs n'ont pas connu jusqu'à quel point ils peuvent s^élendre. En convenant de l'utilité de ceile rér
ïq6 des dépendances du foetus.
clucliori; ils ne s'accordent pas sur Fétendue des avantages qu'on
doit lui attribuer.
Les uns ont cru que la léle n'était susceptible que d'une Irèspelile réduction 5 d'autres^ au contraire; ont pensé que Pétendue et la multiplicité des espaces membraneux pouvaient permettre à la léte de s'aplatir d^une quantité considérable. M. Thourel me paraît être le premier qui se soit occupé avec succès de celte recherche dans un Mémoire intitulé : Recherches sur les différens degrés de compression dont la tête du fœtus est susceptible. Il a fait dans ce Mémoire l'application la plus heureuse des connaissances anatomiques à l'examen de cette question importante. La méthode qu'il propose pour parvenir à ce but est fondée sur l'analomie; et consiste à s'assurer de la différence de largeur la plus ordinaire entre la base et la voûte du crâne , en le mesurant transversalement. La plus grande largeur de la voûte osseuse se niesure entre les deux protubérances pariétales : c'est le diamètre transversal de la léle ^ ou le diamètre bi-pariélal. La plus grande largeur de la base du crâne se mesure d'un temporal à l'autre, vers la base de la portion écailleuse ; à la racine de l'apophyse zygomalique : c'est le diamètre auriculaire. 11 n'est pas susceptible de dépression I ce qui l'a fait encore nommer diamètre fixe et immobile.
En effet; la base du crâne est incompressible dans i^élat naturel y quelqu'énergiques que soient les efforts expulsifs auxquels se livre la mère pour mouler la léte au passage. Elle est formée de parties si étroitement articulées . qu'elles paraissent comme soudées ensemble 5 d'où il résulte que laplatissement du crâne serait en pure perte pour favoriser Taccouchement toutes les fois que, pour faire cesser la disproportion; il faudrait comprimer la voûte d'une quantité qui surpasse la largeur du crâne. On ne peut donc pas étendre les avantages de la réduction de la voûte osseuse au-delà de six ou sept lignes . qui est la quantité dont elle surpasse en largeur la base, qui ne peut pas être déprimée , car la largeur la plus ordinaire de la base est depuis deux pouces et demi jusqu'à trois pouces.
Quoiqu'en clierchant à assigner jusqu'à quel degrç la compression du crâne peut cire avanlageusepour favoriser i'accouclîement^ j'aie établi qu'elle ne peut contribuer à favoriser le passage de l'enfant eu diminuant le volume de la tcle au-delà de i.ix à sept
DES DEPENDANCFS BJS FOETUS. U)7
lignes , rarement huit , quanfiîe qui donne la différence moyenne de largeur entre la voille-el la base du crdnc;, je nVn conclurai cependant pas que l'on ne peut abandonner à la nature le soin de l'accouchement que lorsque la disproportion n'est pas portée audelà de six à sept lignes. Quoique cet aplatissement soit le seul qui puisse avoir lieu sans que la base du crâne ne dépasse celle de la voûte ^ on conçoit cependant que la tête peut franchir un détroit plus resserré par la manière avantageuse dont elle se présente. Comme je le dirai par la suite ^ lorsque la tête s'engage diagonalement , la plus grande largeur de la voûte et de la base du crâne ne passe pas dans la direction du plus petit diamètre. Une partie de la disproportion est surmontée par ce rapport avan-
tageux.
Il serait important de faire des recherches^ comme Fa reconnu M. Thouret dans son Mémoire, pour déterminer la différence qui existe entre la largeur de la voûte et de la base du crâne dans un fœtus de sept, de huit mois, pour savoir ee que l'on peut espérer de cet aplatissement à ee terme de grossesse. La différence est d'autant plus grande, que l'on se rapproche plus du moment de la conception.
La nature , en formant la voûte du crâne de différentes pièces qui sont séparées dans Fenfant par des espaces membraneux , n'a pas seulement eu pour but , suivant M. Thouret, de favoriser le passage de la tête de Fenfant , à la faveur de l'affaissement des os du crâne que procure celte disposition mécanique j cet auteur pense que, par la compression du crâne qui diminue le volume de la tête , la nature s'est encore proposé d'épargner à Fenfant le sentiment de la douleur dont il aurait ressenti vivement les impressions dans un travail laborieux, sans cette disposition particulière des os du crâne qui leur permet de se rapprocher. Les douleurs vives qu'aurait éprouvées Fenfant dans tous les accouchemens laborieux , s'il avait joui pendant le travail de la sensibilité physique qu'il manifeste après la naissance , auraient pu donner lieu à des mouvemens convulsifs propres à produire k rupture de la matrice. Mais la nature , toujours sage , assoupit Fenfanî pour lui épargner les douleurs qu'aurait causées sa sortie.
« Le rapprochement des os du crâne ^ dit M. Thouret, leur » croisement ne peuvent pas avoir lieu sans que sa cavité nalu-
igS DES DEPENDANCES DU POETUS.
y> relie ne perde de son étendue ^ et n'expose le cerveau à une » compression. » Or, la perte du sentiment et la cessation de tout mouvement volontaire, sont les effets conslans et nécessaires de cette compression. Plus la pression exercée sur le cerveau est considérable, plus Fassoupissement est profond. Il est d'observation conslante que toutes les fois que les os du crâne ont élé déprimés de manière à chevaucher les uns sur les autres, les enfans restent dans un état d'engourdissement après la naissance ^ jusqu'à ce que les os se soient rélablis.
La léle de l'enfant, quoique ovoïde, présente plusieurs régions que l'accoucheur doit apprendre à distinguer en les parcourant de Fextrémité du doigt. On doit distinguer cinq à six régions sur la télCj deux extrémités , quatre diamètres et deux circonférences.
Les régions de la téîe sont le sommet ou sj-nciput, la base ( cette région ne peut se présenter qu'autant que la tête a été séparée du tronc par des Iraclions immodérées ), les côtés, la face et la région de la nuque. Je remets à indiquer à quels signes on peut reconnaître que telle région de la téîe se présente à l'orifice de la matrice, au moment où je traiterai de l'accouchement naturel par cette partie.
Des deux extrémilés de la léle, Tune est postérieure et supérieure : on rappelle occiput ; l'autre est inférieure et antérieure : on l'appelle /?2e/z/o 71. Celte dernière est plus étroite et plus allongée que Textrémité occipitale, qui est épaisse et arrondie.
Le plus grand des quatre diamètres de la tète s'étend de la symphyse du menlon à l'occiput : on le nomme diamètre oblique à raison de sa direction , ou diamctre occipito -nientonnier , si ou a égard à ses terminaisons. Sa longueur esl de cinq pouces environ. Le diamctre moyen s'étend du milieu du front au haut de l'os occipital : on le nomme communément diamctre longitudinal : on l'appelle aussi quelquefois diamètre antéro -postérieur ^ diamètre fronto-occipital. Il est plus court que le diamètre oblique d'un pouce environ. C'est cependant de ce diamètre longitudinal dont les accoucheurs entendent parler lorsqu'ils emploient l'expression àe. grand diamètre, sans aucune désignation particulière. En effet, c^est presque toujours cette région qui se présente lorsque !a tête avance par un grand diamètre : elle ne peut se présenter que rarement et avec difficullé par son diamètre oblique. La pré-
DES DEPENDANCES DU FOETTTS. lOQ
sence cîe ce dianièlre à J'orifice suppose (pi'elle e.sL tlnns un étal de renvcrsemenl complet.
Le troisième diaruèlre passe du sommel de la leie à la base du cr;ine : c'est le diamètre perpendiculaire ou basio -vertical. Le quatrième traverse la lele d'une protubérance parie'tale à Pauire : on le nomme tanlôl diamètre irausi^ersal^ lanlôt diamètre bi-pariétal. Ces deux derniers diamètres ont chacun trois pouces et demi. Cependant toutes les fois que Ton parle d'une manière indéterminée et absolue du petit diamètre de la lé(e^ il est toujours question du diamètre transversal.
La grande circonférence de la lele passe sur le menton et la face sur les deux fontanelles; sur le grand trou de Fos occipital et sur son tubercule. Elle passe aussi sur les exlrémiîés des diamètres oblique y longitudinal et perpendiculaire. Son développement est depuis treize jusqu^à quinze pouces. La petite circonférence passe sur les côtés de la tête, sur les extréujiiés du diamètre transversal et sur le milieu du sommet de la tête et de la base dn crâne. Elle a depuis dix jusqu'à onze pouces de développement.
Quand la tête s'allonge dans l'accouchement ^ c'est selon son diamètre oblique ^ c'est-à-dire de Tocciput au menton. Lorsque la lele s'allonge dans ce sens par les efforts de la nature , elle diminue ordinairement dans la même proportion d'un cô'é à l'autre. Quelquefois même elle diminue du sommet à la base.
L'allongement de la lête suivant le diamètre oblique, et sa réduction suivant le diamètre transversal , sont plus ou moins considérables^ suivant le degré de souplesse àes os du crâne et la largeur des sutures et des fontanelles -, en sorte qu'une réduclion moindre peut occasioner des accidens graves , et même la mort de l'enfant j tandis qu'une réduction beaucoup plus considérable ne sera accompagnée d'aucune lésion dangereuse du cerveau , pourvu que^ dans le dernier cas , la lête soit souple , tandis que dans le premier elle était très-solide.
Les sutures j dont il reste à peine des traces dans l'adulte; sont très -visibles dans le fœtus : elles sont membraneuses chez ce dernier. Les sutures qui méritent spécialement ratlenlion de TaC" coucheur sont la suture médiane ( sagittale ) , qui s"élend de la racine du nez à Tos occipital; la suture frontale et la suture kmbdoïde. Les sutures temporales ne sont pas faciles à saisir sur le foetus, parce qu'elles sont recouvertes par les muscles temporo' maxillaires ( crotaphytes ).
On donne le nom àe J'ontanellc à un espace considtérable que laissenl entre elles les intersections des deux sutures. L'endroit de l'union de la suture frontale avec la suture médiane porte le nom àe fontanelle antérieure. Celui où se rencontrent la suture médiane et la suture lambdoïde s'^^-^i^eWe fontanelle postérieure. On trouve encore au bas de la suture lambdoïde des espaces membraneux/ assez apparens au tact, qu'il est important que l'accoucheur considère avec attention^ parce qu'ils peuvent quelquefois lui en imposer sur la véritable situation de la télé. La fontanelle antérieure est formée par quatre angles et par quatre sutures. La fontanelle postérieure (bi-pariélo-occipitale) n'est formée que par trois angles osseux auxquels répondent trois branches de suture. Quelquefois cependant on peut rencontrer quatre angles et quatre sutures, parce que l'os occipital se trouve divisé en deux par la continuation de la suture médiane. Malgré la présence de quatre angles, on peut la distinguer de la fontanelle antérieure par la ■ différence énorme qui existe entre l'espace membraneux de l'une et celui de l'autre. L'os occipital est plus épais , plus solide, et ne cède pas à la pression comme le fait l'os frontal; qui est trèâ° mince et flexible. Ce dernier signe est le plus sûr.
Quelques auteurs ont prétendu que la fontanelle antérieure était douée d'un mouvement pulsatif. Quand ce battement serait réel, il ne serait pas assez considérable pour produire dans cette fontanelle une tension alternative appréciable, par le doigt de l'ac-coucheur. D'ailleurs^ il est très-probable que ce mouvement que l'on remarque dans la. fontanelle antérieure de nouveau-nés n'elisle pas avant la naissance , et qu'il est produit par les cris que pousse l^enfant en venant au monde , et qui donnent lieu au refoulement du sang vers le cerveau. Si on examine atlenlivemenl ces pulsations, on voit qu'elles sont isochrones aux batlemens du cœur , et quatre fois plus lentes que les mouveniens de la respiration.
La tête est articulée avec le tronc par une espèce de gingîyme qui ne permet que de très-petits mouvemens, soit en avant , soit en arrière. Les mouvemens latéraux sont plus grands, et dépendent du mouvement combiné de toutes les vertèbres trachéliennes. Cs mouvement de pivot, quoique plus libre chez le fœtus que dans l'adulte, ne peut guère élre porté au-delà d'un quart de cercle sans exposer la vie de l'enfant , parce que ce mouvement de rotation dépend de la tofsion du cou. Dans les accoucheniens labo-=
DE l'accouchement. 2oI
rieiix, on ne doit clone jamnis exercer de manœuvre qui tendrait à faire de'crire à la léle plus d'un quart de cercle. On peut porter le menton de la partie antérieure et moyenne du thorax jusque sur Tune ou l'autre épaule sans aucun inconvénient.
Pendant tout le temps que l'enfant est contenu dans le sein de sa mèrC; il est recourbé sur sa partie antérieure, la tête penchée sur la poitrine j ses bras ployés et appuyés sur le thorax , ses cuisses fléchies sur l'abdomen. Les genoux, qui sont écartés l'un de l'autre, montent jusqu'au menton, tandis que les talons sont rapprochés et appuyés sur les fesses. Cette attitude est naturelle iau fœtus, et on la remarque dans l'embryon dès les premiers moraens où l'on peut le distinguer dans la maUice. Non-seulement l'homme, mais encore tous les animaux la prennent dans l'étal de repos. Hippocrale avait remarqué que cette position était celle qui convenait à l'homme dans l'état de santé lorsqu'il repose.
D'après la manière dont le fœtus est replié dans le sein de sa mère, il forme iu\ corps ovoïde dont le grand diamètre est de dix pouces environ. C'est à raison de celle figure qu'Hippocrate l'a comparé à une olive renfermée dans un flacon. La longueur de ce diamètre surpasse de beaucoup ceux du bassin et ceux de la matrice d'avant en arrière^ ou d'un côté à l'autre. 11 est évident que Tenfant né peut sortir du sein de sa mère qu'en présentant à rorilice de la malrice une des extrémités de son grand diamètre j de même que l'olive ne peut pas sortir en travers du flacon , mais seulement en présentant l'iUie ou l'autre de ses extrémités. La tête est un corps solide, de forme ovoïde, qui ne peut également sortie que par l'une de ses extrémités.
Article iv.
De r Accouchement,
S'il est un phénomène digne d'admiration, important à étudier pour le médecin , c'est sans doute l'acte par lequel s'exécute la naissance de l'homme qui , pour s'opérer avec régularité, exige le concours de diverses puissances qui conspirent toutes vers le même but. On donne à celte fonction le nom à^accouchenienl ■ elle est la plus pénible de toutes celles de l'économie animale ^ lors même qu'elle suit l'ordre naturel.
202 DE l'accouchement.
Si on juge de Texcellence d'un art par les avantages que l'on en retire ; il me semble qu'il est prouvé qu'il n'en est aucun qui puisse remporter , sous ce rapport^ sur Fart des àccouchemens. Souvent; par son intervenlion j l'enfant ou la mère^ et quelquefois tous les deux en même temps , sont soustraits à une mort prématurée. En effet ^ si la femme est secourue à temps par un accoucheur instruit dans son art et suffisamment versé dans les connaissances médicales , il peut facilement remédier au plus grand nombre des obstacles qui peuvent survenir pendant la durée du travail.
On doit distinguer Fart d'accoucher de l'accouchement. L'art des àccouchemens est cette partie de la médecine qui apprend à administrer aux femmes ^ pendant le travail , les secours que réclame leur état. Considéré sous ce rapport ^ cet art est une véritable science qui est autant du domaine de la médecine que de celui de la chirurgie. En l'envisageant sous ce point de vue , on ne peut pas le réduire , comme Font fait quelques modernes , à la simple solution d'un problème de mécanique.
Connaître l'art des àccouchemens j ce n'est pas seulement connaître le mécanisme d'une opération naturelle entièrement soumise aux lois du mouvement ^ c'est encore connaître les moyens delà faciliter , lesquels sont tanlôt du ressort de la cliirurgie, tantôt du domaine de la médecine. L'accouchement est bien plus souvent naturel que du domaine de Fart. Parmi les àccouchemens même qui deviennent laborieux ^ il en est beaucoup plus où; par des connaissances médicales ; on peut prévenir les accidens qui menacent de compliquer cette fonction ; et qui peuvent exiger les secours de Fart , ou remédier à ceux qui se seraient déjà manifestés , qu'il n'en est où il faille savoir opérer avec dextérité. La nécessité des ces connaissances médicales rendra toujours le ministère du médecin-accoucheur supérieur à celui de la sage-femme ; lors même qu'on supposerait qu'elle peut posséder au même degré tout ce qui est relatif à la partie mécanique des àccouchemens.
Si les accidens sont moins communs aujourd'hui à la suite des couches ; ce n'est pas parce que les accoucheurs savent opérer ;avec plus de dextérité; mais parce qu'ils sont moins souvent actifs ; et qu'ils dirigent plus convenablement les femmes 5 c^est que plusieurs d'entr'eux ont reconnu que Faccouchement appar-
DE L\cCOtjrHEMENT. ' 20^
tient plus à la méJecino qu'à la chirurgie y el qn'avanl de se livrer à celte profession ils ont senti la nécessité de se livrer à une élude approfondie des diverses fonctions spécialement dévolues au sexC; et des maladies qui résultent des dérangemens qu'elles peuvent éprouver.
Outre les rapports de proportion qui doivent exister entre la téie de l'enfant et la cavité qui doit lui livrer passage , l'accouchement; pour s'opérer avec facilité^ exige le concours de plusieurs puissances. Toutes les fois que cette fonction se fait conformément au vœu de la nature, le ministère de l'accoucheur se réduit en quelque sorte à celui de simple spectateur 3 mais si quelques-unes des causes nécessaires pour la terminaison heureuse de l'accouchement viennent à manquer, il cesse alors d'être passif; car le défaut d'une seule cause peut le rendre difficile , dangereux pour la mère et l'enfant , et quelquefois même impossible sans les secours de Tart. Un rétrécissement médiocre du Lnssin dans son diamètre antéro-postérieur ^ que je prends pour exemple , rend Taccouchement difficile j s'il est un peu plus considérable , il le rend dangereux : celui qui est excessif le rend impossible. Quelquefois les puissances expulsives tendent à pousser le fœtus au dehors avec tant de violence, qu'on est obligé de modérer leur action; d'autres fois ces puissances manquent d'énergie, et on est obligé a|ors d'augmenter leur action, ou même de la suppléer entièrement. C'est donc à discerner raccouchement qui doit être l'ouvrage de la nature d'avec celui qui doit faire partie du domaine de l'art , que doit s'appliquer le praticien.
L'accouchement, pris dans son sens le plus étendu, est l'expulsion naturelle ou l'extraction , par Fart , de l'enfant et de ses dépendances hors du sein de la mère. Je distingue trois classes générales , suivant la nature des puissances qui concourent à la délivrance. Je donne le nom à'' accouchement naturel à celui où les forces contractiles de la mère suffisent pour expulser l'en^ fant ,• le nom A'' accouchement mixte à celui où la délivrance , pour s'opérer spontanément , a besoin de quelques secours administrés par Fart pour rem.édier à la complication qui la reiidait impossible. Une double puissance , l'art et la nature , devient nécessaire pour effectuer la naissance de l'enfant. Enfin ^ j appelle accouchement artificiel ou contre nature celui où les se--
to/\ DE l'aCCOUCHEMEKT.
cours de l'art deviennent nécessaires pour extraire l'enfant , soit que la main suffise ou qu'un instrument devienne nécessaire : je prends cette expression dans une acception plus étendue que Smellie et Baudelocque ^ qui , par accouchement contre nature ^ n'entendent que celui que l'on peut opérer par la main seule ^ en tirant l'enfant par les pieds ^ et qui donnent le nom dWcow-cliemens laborieux à ceux dans lequels on emploie des icslrulîiens. Dans la classe que je de'signe par l'expression à''accoucheviens mixtes y en recourant à l'art, on ne se propose pas d'extraire l'enfant; mais seulement de corriger certaines positions défectueuses qui s'opposent ; tant qu'elles subsistent , à ce qu'il puisse élre expulsé par les seuls efTorts naturels. Après les secours de l'art , ces accouchemens rentrent dans le domaine de la nature.
Quoique je propose de substituer l'expression à' accouchement artificiel à celle àH accouchement contre nature ^ employée par la plupart des accoucheurs pour désigner cette classe d^accouchemens où les secours de l'art sont indispensables pour extraire l'enfant, je me donne de garde d'attacher beaucoup d'importance à cette réforme , qui se sent beaucoup plus de la sublililé des écoles , qu'elle ne peut être utile à l'art. Quoi qu'en dise un accoucheur moderne , on peut s'entendre et être entendu ^ excepté de ceux qui ne le veulent pas , quand on dit que l'on appelle accouchemens contre nature ceux où l'art devient nécessaire. Getle fonction cesse alors d'être au pouvoir de la nature, et par conséquent naturelle. A la vérité, il est ridicule de dire d'une fonction naturelle qu'elle est conlre nature j mais aussi les accouchemens auxquels on a donné le nom de contre nature n'ont été appelés ainsi que parce qu'ils cessent d'élre , à raison dequelque compiicalion, une fonction naturelle. En substituant le^ expressions à^ accouchemens par expulsion , à^ accouchemens' par extraction y proposées par le docteur Sacombe , qui a cherché à ridiculiser la division des anciens , on ne ferait que changer les mots sans présenter d'autres bases à la classification.
Mais avant d^entrer dans le détail de chacune de ces trois classes^ il est des phénomènes généraux applicables à chacune d'elles que. je dois exposer.
Il est impossible d'établir d'une manière exacte la proportion qui existe enlre les accouchemens qui peuvent se terminer naturellement d^me manière heureuse , et ceux qui exigent Fiuter-
DE l'accouchement EN GENERAL. 2o5
venlion des secours de l'art. Les relevés d'observations de ce genre dressés à l'hospice de la Maternité de Paris, à Vienne^ à Londres . prouvent que la diversité du climat peut influer sur la terminaison de l'accouchement. D'ailleurs ; ces tableaux nepeuvent guère se faire que dans les hôpitaux où deux causes coniribuent à rendre les accouchemens plus difficiles dans ces lieux. C'est, en général, là que se rendent les femmes du peuple atteintes de déformation du bassin, et on y porte assez souvent celles chez lesquelles on reconnaît pendant le travail que l'accouchement sera difficile.
De V Accouchement en générah
Quelque différence que présentent dans la pratique les ac-* couchemens qui appartiennent à chacune de ces trois classes^ les causes déterminantes du travail sont absolument les mêmes , et il est toujours précédé et accompagné des mêmes phénomènes généraux. L'époque de la grossesse où s'opère Taccouchement n'y apporte également aucun changement,en sorte que ce que je vais dire des causes déterminantes de l'accouchement, des symptômes qui précèdent ou accompagnent le travail de l'enfantement ;, doit s'appliquer à l'avortement, à Faccouchement prématuré, et même à l'expulsion de ces substances que l'on désigne sous le nom de fausse grossesse , parce qu'elles peuvent facilement en imposer pour cet état ^ enfin aux accouchemens même où l'art deviendra nécessaire par la suite, tant que le moment d'opérer n'est pas encore arrivé , aussi-bien qu^à l'accouchement qui se fait spontanément à la fin du neuvième mois. Que ^accouchement soit à terme , qu'il soit avancé ou retardé, que la matrice expulse un enfant ou une de ces substances que j^ai dit constituer la fausse grossesse , le mécanisme en est toujours le même.
On convient généralement que la cause première et naturelle de l'accoucliement réside essentiellement dans la matrice : c'est toujours par elle que commence le travail , quoiqu'il puisse rester de Tincertitude sur les causes qui la déterminent à entrer en action , Celle des autres organes qui , comme puissances auxiliaires , coopèrent à la délivrance , ne paraît avoir lieu que parce qu'elle est déterminée en vei:tu des coniraclions de l'utérus.
Les.auteurs sont partagés d'opinion sur les causes déterminantes
206 De l'accouchement en GENERAL.
communes de raccouchement, c^est-à-tlire sur les causes qui peuvent solliciler les conlraclions de la matrice à une époque qui aouiïre si peu d'exception , que plusieurs soutiennent qu'elle est invariable. Il ne s'agit pas ici de ces causes accidentelles dont j'ai parlé en traitant de Tavortement;, et qui, en agissant sur la matrice^ soit d'une manière directe; soit sympathiquement^ peuvent de'lerminer plus prompîement ses contractions ^ et donner ainsi lieu à l'avortement et à l'accouchement prématuré. En effet , on conçoit que si une cause quelconque vient à irriter ^ à agacer la ïîialrice; et par conséquent à la faire contracter avec beaucoup plus de force que dans l'état naturel , la réaction des fibres du corps peut se trouver augmentée accidentellement au point de triompher de la résistance offerte par les fibres du col. J'ai aussi indiqué à cette occasion que ces causes exerçaient sur la malrice une influence plus ou moins fâcheuse^, non-seulement suivant leur degré d'intensité ^ mais encore suivant la susceplibililé du tempérament de la femme sur laquelle elles agissent 5 ce qui explique pourquoi une cause qui n'est pas suffisante pour exciter le travail de l'enfantement chez une femme d'une constitution ordinaire , peut produire cet effet; à une époque quelconque de la grossesse^ chez une femme qui serait délicate; et dont le genre nerveux serait facile à ébranler ; parce que^ chez cette dernière; Tirritation des fibres est portée à un degré plus considérable.
Les causes que les physiologistes ont regardées comme pouvant déterminer; au terme ordinaire ; les douleurs de l'enfantement et \ l'action de la matrice qui les produit; sont plutôt conjecturales 1 que déduites de l'observation. Les uns ont cru que l'utérus était excilé à entrer en action par le sang qui aborde vers cet organe à i chaque période menstruelle; et qui l'irrite : quoique le sang ne 1 paraisse pas au dehors pendant la grossesse ; dans le cours ordi- | naire; le travail qui détermine cet afïlux du sang vers la matrice ! ne laisse pas de se faire sentir parles mêmes douleurs et les mêmes j symptômes. Mais on peut demander aux partisans de cette opinion ; pourquoi la neuvième ou la dixième révolution menstruelle est | plus efficace; quoique l'effort qui y pousse le sang soit moins vif \ et la matrice moins irritable? Répondre avec M. Vigarous quC; si I la matrice éprouve plus vivement Taclion de cette révolution; c'est que le fœtus étant plus fort à cette époque ; il s'agite plus violemment ; et sollicite ; par les efforts qu^il fuit ; les contractions
DE l'accouchement EN GENERAL. ZOJ
de cet organe j c'est invoquer une seconde cause non moins hypolhélique que la première , car, lorsque le fœtus est mort; le travail ne laisse pas de se déclarer au terme naturel. L'obseï-. valion apprend même que sa mort doit être range'e parmi les causes qui donnent lieu à son expulsion pre'malurée.
La cause de'ierminanie de raccouchenient doit être la même dans toutes les classes d'animaux. Or, la femme étant peut-être, de toutes les femelles ; la seule qui soit réglée, on ne peut pas soupçonner que l'irritation que produit l'afflux du sang vers Tulérus lors de celte période menstruelle soit la cause qui détermine l'action de cet organe, et l'agitation violente du fœtus qui contribuerait encore à la rendre plus efficace en augmentant son activité»
D'autres ont pensé que l'action de la matrice, qui est le véritable agent qui opère l'accouchement, était déterminée par l'acrimonie des eaux de l'amnios , ou par la distension qu^elle éprouve vers la fin de la grossesse. Les eaux de l'amnios , quand on les supposerait acrimonieuses , ne touchant point immédiatement la matrice, ne peuvent pas Tagacer de manière à en solliciter les contractions, La distension de la matrice ne peut pas être la cause qui provoque les efforts de l'accouchement lorsqu'il se fait avant terme. Si elle était la cause de ce travail, il devrait se déclarer d'autant plus proraptement que la matrice est plus distendue. Or, nous voyons le contraire tous les jours. Dans le cas de jumeaux, le travail devrait toujours se déclarer avant le terme ordinaire de la grossesse , parce que, souvent au sixième mois , la matrice a acquis le degré de distension qu^elle aurait si elle contenait un seul fœtus parvenu au terme naturel. La femme n'accouche pas plus tôt lorsqu'elle porte un fœtus volumineux que lorsqu'elle est enceinte d'un enfant très-grêle. Cependant, dans les cas de grossesse composée, les femmes sont plus exposées à accoucher prématurément.
Supposer avec d'autres, ou que le fœtus refuse de recevoir le sang que lui apporte la veine ombilicale , ou que les vaisseaux destinés à porter la nourriture ne peuvent plus admettre, vers la tin de la grossesse, les fluides qu'ils charriaient, et que les douleurs se font sentir parce que le sang ne pouvant pas passer dans le placenîa , engorge la matrice et la stimule par sa présence, c'est avancer une opinion contraire à l'observation. La circulation qui a lieu de la mère au fœtus ne commence à éprouver des dérangernens que lorsque le travail est déjà déclaré.
2o8 DE L'ACiOGUCHEMENT EN GENÉKALr \
Ce n'est pas non pluS;, comme Tont avancé quelques physiciens ■
modernes ^ d après îlaller , par le même mécanisme qu'un fruit ^ à ;
i'époque de sa maturité, se détache par son pétiole du rameau i
auquel il était suspendu^ que le fœtus se détache de l'utérus. Le :
placenta^ qui représenterait le pétiole du fruit mûr^ ne commence I
use décoller que lorsque les contractions de la matrice existent |
déjà. Le placenta conserve le plus souvent ses adhérences avec la j
matrice pendant la majeure partie du travail ^ et quelquefois \
même après la sortie du fœtus^ ]
La cause la plus généralement admise par les accoucheurs mo- j
dernes est l'opinion de quelques physiciens^ qui croient que le ;
travail se déclare au moment de la rupture d'équilibre entre les |
fibres du corps et du col. Je conviens que, dans l'ordre naturel, l
l'époque du travail et celle de la rupture d'équilibre entre les fibres i
du. corps et du coi de la matrice coïncident presque toujours en- j
semble; mais , comme je l'ai déjà observé ailleurs, par cette exnli- \
cation on donne une idée de ce qui se passe au moment de l'ac- i
couehement , et non pas de la cause qui décide le travail de Ten- I fantement. La dilatation du col ^ qui est une preuve non équivoque
de cette rupture d'équilibre^ peut précéder de quinze jours, et j
même d'un mois et quelquefois de deux, les vraies douleurs de -j
l'enfantement. i
Quelle que soit la cause qui excite la matrice a faire des efToFîs \
pour se débarrasser du produit de la conception à une époque dé- |
terminée, cet organe, en se contractant, tend à resserrer sa ca- ■'
vile dans tous les sens. L'effet de celle contraction ne pousse pas ;
le corps contenu vers un point plutôt que vers un au Ire. Lorsque l
les efforts sont sufîisans pour expulser l'enfant, il sort par l'endroit t
qui lui offre naturellement moins de résistance. L'orifice de la j
matrice est presque toujours le lieu par où il s'échappe, parce ]
qu'il répond au vide du bassin, et qu'il est ainsi le seul point de i
la malrice qui ne soit point fortifié. Toutes les autres régions de J
la matrice sont soutenues pendant leur action par les parois os- l
seuscs du bassin, ou par les contractions des muscles abdominaux, .jj
qui leur servent comme d'arc-boutant pour prévenir leur rupture. 1
L'orifice de la malrice étant diamétralement opposé à son fond, À
qui doit être considéré comme le centre d'où part l'action inuscu- .« laire, tout l'effort porlc sur ce point, qui d'ailleurs est une voie déjà toute ouverte par la nature. Dès que les coiitraclioiîs ont opéré
DE l'accouchement EN GÉNÉRAL. 20Q
une légère dilalation du col , leur aelion est ensuite secondée par les eaux qui forment une poche , et facilitent ainsi la dilatation graduelle de Porifice en s'y introduisant.
Si l'orifics est squirrheux, et que cette callosité s'oppose à sa dilatation; ou la nature se consume en efforts impuissans^ ou bien le corps même de la matrice se déchire dans l'endroit le plus faible naturellement ^ ou qui a été affaibli par la pression exercée par les parties saillantes de l'enfant.
Toutes les parties de la matrice se contractent en même temps pendant le travail; avec cette seule différence que la contraction des fibres du corps est plus forte que celle des fibres du col^ sans quoi l'accouchement serait impossible. Cette contraction simultanée de toutes les parties de la matrice; quelque évidente qu'elle soit; est cependant contestée par quelques accoucheurs; qui pensent que le col est dans un état de repos ; pendant que son corps et son fond se contractent avec plus ou moins de force. D'autres admettent deux plans de fibres dans la matrice ; l'un intérieur et: l'autre extérieur; et soutiennent que le plan intérieur est dans le relâchement; tandis que le plan extérieur agit puissamment. Outre que l'autopsie cadavérique ne permet pas d^admetlre ces deux plans de fibres qui sont le fondement de cette hypothèse ; le loucher démontre que la contraction de cet organe est générale. Dans quelque partie de son étendue que l'on touche la matrice dans le moment des douleurs ; l'on sent que ses parois présentent de la dureté. En même temps que le doigt introduit dans l'orifice s'aperçoit qu'il se resserre et se roidit; l'autre main appliquée sur le bas-ventre sent que le fond de la matrice se durcit fortement. Or; on sait que la dureté indique un élat de contraction; et la souplesse un élat de relâchement.
On éprouve celte contraction simultanée des fibres du corps et du col de la matrice d^une manière bien sensible si la main se trouve dans cet organe pendant une douleur. En même temps que la main est pressée au point de perdre la faculté d'agir et le sentiment ; l'orifice fait Tofiice d'une forte ligalure sur le poignet qu'il embrasse. Les tranchées que quelques femmes éprouvent pendant les trois ou quatre premiers jours des couches prouvent encore que le corps et le col de la matrice se contractent en même temps. Le col ne permet l'issue des caillots et de quelque peu de sang fluide que vers la fin des douleurs ; où; forcé de céder à la
T. II. i4