‹ Traité complet d'accouchements (volume 2)Chapitre 227 sur 277 · URÉMIE · texte numérisé non relu

URÉMIE

Nous venons d'exposer la cause antécédente de l'urémie, c'est-à-dire falbiiminurie. 11 nous reste à examiner les phénomènes généraux qui se nmS» tent entre l'invasion de la maladie et l'apparition des grandes crises: éclainps»^ et paralysie, qui résultent de l'intoxication urémique, et que nous allons étv* dier d'une manière spéciale. Je dois cependant faire remarquer que si leplos souvent les convulsions et la paralysie se montrent à l'état d'isolement, elles peuvent survenir simultanément chez le même sujet.

La description des symptômes qui va suivre peut donc être considd*? comme la période prodromique de ces deux états. Cette période, souvoi

Vnettement accusée, manque cependant parfois ouest assez peuapian*^

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K)ur qu*on soit seulement frappé par la manifestation de lune ou Tautre orme des crises uréroiques.

La malade est atteinte d'un groupe de symptômes assez peu variables, ei [ui diffèrent surtout par leur intensité. Nous les énumérerons dans Tordre le leur fréquence.

11 survient une céphalalgie très-intense, rarement générale, ordinairement imitée à un point circonscrit: l'occiput, un pariétal, une bosse frontale; con* inue et très-tenace, elle peut présenter quelques intermittences, elle s'ac- ^mpagne de vertiges et d'étourdissements qui se manifestent surtout pen* lant les mouvements. L'inappétence est complète.

Il existe en même temps des troubles de la vue, qui est moins nette, sans ésions i^réciables à l'ophthalmoscope. Dans un certain nombi^ de cas, il survient des vomissements très-persistants et fréquents. Parfois on observe les épistaxis. L'intelligence est paresseuse, la malade est absorbée, apaliique. Il peut survenir du subdelirium. Lorsqu'on persiste à attirer l'attenion de la malade, les réponses sont lentes, d'abord intelligentes, puis bientôt la pensée s'égare de nouveau. On peut constater un léger coma, sans [mralysie, les yeux sont à demi fermés, le pouls tranquille, la face pâle, par* fois bouffie par l'infiltEation. La respiration est calme et lente ; on a signalé un état de dyspnée que j'ai observé. Dans un cas, il n'existait aucun signe stéthoscopique indiquant une lésion de l'appareil respiratoire, et le malade âe plaignait de douleurs violentes assez persistantes, ayant leur siège dans les muscles du dos et de la poitrine. Ces douleurs étaient étrangères à la dyspnée, et n'augmentaient nullement pendant la respiration.

Dans quelques cas les troubles sensoriaux sont moins accusés, la malade est seulement agitée, inquiète et irritable.

Lorsque ces symptômes se sont manifestés pendant un temps plus ou moins long, on voit éclater les accès convulsifs ou les phénomènes paralytiques, leur importance exigent qu'ils soient étudies séparément.

ËGLAMPSIE.

A«eé« cmmroislff. — La face est le siège des premières manifestations convulsives ; le regard est d'abord fixe et le corps immobile, puis il survient de petits frémissements dans les muscles des paupières et des ailes du nez. Les autres muscles de la face sont successivement envahis par des secousses convulsives. Ce qui donne à la physionomie un aspect grimaçant horrible. Le globe de l'œil roule en tous sens, et la pupille dilatée vient enfin se fixer sous la paupière supérieure. La bouche ouverte est déviée, la tète s'incline du côté ^e cette déviation, la langue est projetée en avant. Les muscles du tronc et des membres participent bientôt à ces secousses violentes, les bras sont rainenès près du corps en pronation forcée ; la main se ferme sur le pouce fléchi vers la région palmaire, ou étendu entre l'index et le médius.

Tout à coup la scène se modifie et la malade est prise de convulsions toni- ^68; il survient un moment d'immobilité, le regard devient fixe, les mouvements de la face s'apaisent. Puis les massètères se contractent, ferment

violemment la bouche, et la langue saisie entre les arcades dentaires denedt le siège de morsures qui peuvent se répéter à chaque attaque. Le tronc dU tète se renversent en arrière, les membres roides sont immobilisés par te convulsions toniques, e\ la respiration est suspendue.

Au bout de quelques secondes, la crise entre dans une nouvelle phe?, Fagitation reparaît, les convulsions deviennent cloniques, les membres sont pris de mouvements désordonnés et rapides, de flexion et d'extension, h muscles des paupières, des lèvres et du nez sont agités de la même mamère, la respiration est pénible, précipitée et sifflante, une écume sanguinolente s'échappe de la bouche ; la face est congestionnée, bleuâtre ou bvide^lHe se balance automatiquement de droite à gauche.

Les convulsions peuvent s'étendre aux muscles de la vie orçanique, et Testomac, la vessie et l'intestin expulsent parfois les matières qu'ils conlienneat. Le larynx, en se contractant spasmodiquement, augmente la gène de la rapiration. Dans certains cas la sécrétion urinaire est suspendue, et la sonde k fait écouler aucun liquide de la vessie.

Au début de l'accès le pouls est dur et fréquent, puis, au moment on ii crise acquiert toute son intensité, il diminue et devient à peine sensible. Li peau, d'abord sèche et brûlante, se couvre bientôt d'une sueur abondante qd coïncide avec la fin de l'accès.

Malgré ces désordres de la motilité, la fenune couchée sur le dos apeuiif tendance au déplacement. On n'observe pas ces brusques changements de place qui se manifestent chez les hystériques, et qui rend leur contenbon si difficile.

Pendant la durée de Taccès, les fonctions sensoriales sont entièreniflit abolies, la malade est absolunjent étrangère par les sens et la pensée à tout ce qui l'entoure. On n'est pas d'accord surrinfluence quelescontractionspeu^ avoir sur la contractilité utérine; parfois l'accès débute au momantd'nneroRtraction, parfois il n'existe aucune coïncidence entre ces deux faits. Le tnvail peut être accéléré, et TefTort utérin fréquent est énergique, mais on ob serve aussi que la dilatation a une marche assez lente pour permettre decroire qu'elle n'est nullement influencée par l'attaque d'éclampsie.

Les phénomènes convulsifs ont une marche rapidementcroissante.AmTè^ leur maximum d'intensité, ils diminuent progressivement avec unpeuptus^^ lenteur, mais ils ne se terminent pas brusquement

Le premier accès est généralement court et d'une violence médiocre, ofi^ à mesure qu'ils se reproduisent, ils deviennent ordinairement de plus enph^ graves, et leur durée augmente dans la même proportion. D'abord, deane^ deux minutes au plus, ils dépassent rarement huit à dix minutes, oeqni^ déjà un terme bien long. On comprendrait difficilement que la vie pût sep^ longer davantage au miUeu de pareils troubles fonctionnels.

Le nombre des accès est aussi variable que l'intervalle qui les sèfvt il peut n'en survenir qu'un ou deux éloignés par une distance de phisias^ jours, comme on peut en compter cinquante ou soixante séparés par** temps de quelques minutes.

t^mê dm I* iMtede après Tae^é^. — Après la terminaison d'une pw**^

ÂLBnimiuHiE. — imÉMiE. 1041

.aque d*éclampsie, la malade est dans un état de stupeur qui ne cesse que ogressivement. Elle semble sortir d*un lourd sommeil et ne reprend son enive connaissance qu*au bout d*un certain temps ; tout ce qui s'est passé îpuis le début de la crise n'existe pas pour sa mémoire. Elle se plaint seument d'éprouver une violente courbature.

Lorsque les crises se multiplient et se succèdent à de courts intervalles, la ^rpeur intellectuelle ne disparait qu'incomplètement, et finit par se trans- »rmer en un véritable coma sans intermittence. L'intelligence est entièrelent abolie, les sensations physiques ne sont même plus ressenties et c'est peine si la femme manifeste par un peu d'agitation la douleur que lui eau- ^nt les contractions utérines. Les membres sont dans la résolution. La durée e cet état comateux est en raison de l'intensité des crises, il peut se prolonger lusieurs jours après la dernière attaque, et la malade ne reprend que proressivement, et après avoir passé par une période de somnolence l'entière possession de sa raison. Il n'est pas rare de voir, après des crises nombreuses et violentes, la malade conserver pendant longtemps des lacunes dans a mémoire.

CAofleii. — L'édampsie, je l'ai déjà dit, est la conséquence de l'albumilurie et de l'intoxication urémique. Je mets de côté toutes les hypothèses (ui ont été signalées en dehors des états morbides. Cependant, il est une :ause déterminante de l'èclampsie qui a- été plusieurs fois observée et dont 1 faut tenir grand compte, c'est une commotion morale violente. Plusieurs bis on a vu naître la première attaque dans ces conditions. Il est possible ]u'en l'absence de cette cause, la femme albuminurique ou même urémique îût traversé les phases de l'accouchement sans avoir été atteinte par l'èclampsie.

iHaiPMMtie. — Lorsque le praticien a assisté au début de la maladie et en a suivi le développement, le diagnostic ne présente guère de difficultés, mais il peut être appelé tout à coup à déterminer la nature du mal dont il n'observe qu'une des phases. Nous examinerons donc rapidement les différences qui séparent l'èclampsie de l'épilepsie et de l'hystérie, seules affections qui peuvent avoir quelque ressemblance avec elle.

Épilepsie. — L'attaque épileptique est absolument semblable à celle del'éclampsie. La forme et les périodes de la convulsion sont complètement identiques. Les différences résident : 1^ dans les prodromes urémiques qui manquent dans l'épilepsie ; 2*' Dans les commémoratifs, la malade épileptique est sujette à des crises isolées et qui remontent à une époque plus ou moins éloignées. 3® L'éclamptique a des attaques qui se répètent à de cours intervalles, et dans ces cas on note du coma ; 4^ Il n'existe jamais d'albumine dans l'urine des épileptiques. Sailly, sur 4 S6 analyses pratiquées sur 30 malades n'en a pas trouvé un seule fois. Il est donc permis de supposer que les auteurs qui ont affirmé le contraire ont été induits en erreur. Cette absence constante d'albumine chez les épileptiques, a son importance au point de vue du diagnostic différentiel.

IhbTÉRiE. — Les convulsions sont surtout cloniques ; les muscles de la femme ne présentent pas les contractions caractéristiques de l'èclampsie;

les focuhés intellectudies sont conservées ; la main n*est pas fennéesvie pouce ftéchi dans la r^on palmaire ; la malade se débat, porte les wbsbsï sa poitrine, arrache ses vêtements; le corps a une grande tendance an d^ placement et n'est maintenu en place que par les efforts vigoureux des assistants. Il n*y a jamais d*écume à la bouche ; Thystérique pousse des en? bruyants. Les renseignements fournis par la famille font connaître l'existeire de crises semblables se développant plus ou moins fréquemment el sortont à la suite de contrariétés. Dans les prodromes, on note la sensation d^b boule hystérique L'hystérie se manifeste bien rarement dans les deniers temps de la grossesse.

Vré^vence. — L'éclampsie est une affection un peu plus rare qii*0D ne Va dit. Churchill en a notéSTS cas sur un total de 228,010 accouchements, soit i sur 614.

rroBostic. — Le pronostic de l'éclampsie est fort grave, sur les 375 cas rapportés par Churchill, 75 mères sont mortes ; ce qui donne une proportion de 20,1 pour cent.

Certaines conditions influent sur la gravité du pronostic, telles sont: lepoque où les accès se manifestent, leur nombre et leuf intensité, la quantité d'albunûne que contient Turine.

Les convulsions qui se manifestent à une époque peu avancée de la gr^ sesse ou au début du travail, surtout chez les primipares, ont plus de gravita en gâiéral que celles qui surviennent au moment où la dilatation de Torilioe utérin est avancée ou complète.

L'expulsion du fœtus a pour résultat, dans Fimmense majorité des ras. de mettre fin aux attaques. Toutes les circonstances qui retardent lesdMivrances ont donc pour conséquences d'exposer la malade à la répétition des concisions et aggravent nëcesssairement le pronostic.

On n'est pas d'accord sur le degré de gravité des convulsions qui sed^ loppent seulement après la délivrance. Quelques auteurs les considérait comme plus fâcheuses, d'autres eonune moins dangereuses, et je crois qu^ cette dernière manière de voir se rapproche davantage de la réalité.

Les accès violents et qui se répètent & de courts intervalles sont nécessah rement plus graves que ceux qui se produisent dans des conditions opposèe>; indépendanunent des troubles fonctionnels résultent des crises eonvulshvs* ils donnent lieu à des épanchements cérébraux et à des lésions de nature à compliquer la maladie.

La quantité d'albumine contenue dans les urines a une certaine importai au point de vue du pronostic, quand le précipité alburoineux est trè^bofldant. Ce pronostic est plus grave que lorsque les urines sont peu charge*-

Les conséquences de l'éclampsie sont extrêmement graves poar Terf^ plus des deux tiers succombent sous cette influence. La mort semble être 1^ conséquence immédiate de la convulsion ; car les femmes albuminuriqQ^' qui accouchent sans présenter d'attaques convulsives, donnent ordinair^ naissance à des enfants vivants. Dans quelques circonstances il parait ^<^^ que la mort de ces derniers reconnaît pour cause une véritable îatoiicatKVi urémique qui se produit par la circulation placentaûre. On a vu des eflftn^

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morts-nès présentant des contractures manifestes, d'autres ont succombé quelques jours après la naissance à des attaques convulsives.

^Ifmtmm de l'apparition de l'édampale. — Les manifestations de Téclampsie sont extrêmement rares dans les premiers mois. Danyau, le père, ob* serva le fait à la sixième semaine de la gestation, chez une jeune femme qui avortait ; les accès répétés, et qui étaient reliés entre eux par une période de coma, ne cessèrent qu'après qu'on eut fait l'extraction de l'œuf. Le même phénomène se manifesta de la même manière dans la grossesse suivante.

Cazeaux* cite le fait d'une dame de Ferrare qni eut dans trois grossesses successives des^ attaques d'éclampsie se reproduisant périodiquement tous les quinze jours pendant toute la durée de la gestation. Cazeaux parait douter qu'il s'agissait dans ce cas d'une éclampsie véritable.

Chailly * a observé l'éclampsie chez une femme enceinte de deux mois ; les accidents ne disparurent qu'après l'expulsion de l'œuf. Depa^il en a publié un cas au troisième mois. J'ai vu l'éclampsie survenir chez une primipare à quatre mois et demi. Les crises se manifestaient par une simple perte de connaissance qui durait quelques minutes. Cette dame tombait, avait quel* ques petites secousses convulsives et revenait à elle sans trouble notable de l'intelligence. La présence de l'albumine dans les urines et les symptômes qui caractérisent la période prodromique de l'éclampsie, étaient trop nette* ment accusés pour qu'il pût naître un doute sur le diagnostic. Les crises étaient journalières ; l'enfant succomba et ne fut expulsé que quinze jours après. Les crises cessèrent seulement à cette époque.

La maladie est surtout fréquente dans les derniers temps de la gestation et au moment du travail. Dans les relevés de Yelpeau^ empruntés à différents auteurs, les cas dont la date d'apparftion est indiquée, sont au nombre de 180, qui se distribuent de la manière suivante : 56 pendant la grossesse, 77 au moment du travail, et 47 après la délivrance. Je crois cette proportion inexacte ; les auteurs ont probablement attribué à la délivrance des attaques dont le début avait eu lieu pendant le travail, car il est d'observation que les phénomènes éclamptiques commencent très-rarement à se montrer après la déplétion de l'organe.

Braun, sur 44 cas d'éclampsie en signale 12 avant le travail, 21 pendant, et 8 après l'accouchement.

n est tout à fait exceptionnel que la maladie se manifeste plusieurs jours après la délivrance. On n'en cite que deux cas : l'un de Prestat, au quatrième jour, l'antre de Velpeau, au sixième. Les faits signalés par Baudelocque, 45 jours après l'accouchement, par Lump, au vingt-troisième jour, et enfin par Alcantara, au trente-troisième, appartiennent-ils véritablement à l'é» clampsie? 11 est permis d'en douter.

Auitomie pathoioyiqae. — 11 n'existe aucune lésion directement et iné* vitablement liée à l'éclampsie, à part l'altération des reins qu'on observe lorsque la maladie est causée par le mal de Bright, ce qui est assez rare pendant la grossesse. L'hyperémie rénale, parfois notée, peut être considérée, avec^P. Dubois, comme un phénomène secondaire résultant de la maladie, et non comme une cause.

Les caractères pathologiques constatés à l'autopsie sont la conséquemfa lésions de la circulation qui se manifestent pendant la période asphpiquei» accès. Ces lésions secondaires sont : les congestions séreuses et sanguines d\i cerveau, ou des foyers apoplectiques. Et encore elles sont loin d'Mre ooostantes, et souvent le cerveau est trouvé dans un état dlntégritè amloimqtte complet.

Dans l'urémie résultant d'une maladie de Bright, on a constaté des tëkms intestinales caractérisées par des ramollissements, ou des eschares, on des ulcérations de l'intestin, et qui sont le siège d'une sécrétion muqueuse abondante à réaction alcaline ; mais on n'a pas noté dans l'éclampsie puerpèrde la présence de semblables lésions.

TriUtenicat. — L'éclampsie est une affection toujours identique à eUemème ; on n'a pas à compter, comme dans la plupart des maladies, atec une foule de circonstances qui font qu'un même état morbide réclame l'emploi dé médications diverses ou même opposées. A part quelques nuances peu mportantes, l'unité des symptômes de l'éclampsie semble exiger uu traiteffleat unique. Cependant les opinions si formellement contradictoires qui ont i^à émises sur l'efficacité, l'inutilité ou le danger des principales mèdicatiaD^ employées nous montrent toutes les incertitudes de l'art sur ce point dek question, et j'éprouve une véritable perplexité lorsque je veux formuler an jugement, même après avoir débarrassé le terram des banalités et des puérilités dont il est encombré.

Les traitements, sérieux de l'éclampsie sont au nombre de trois : la déplétion de l'utérus, l'aneçthésie et la saignée,

Déplétion de l'dtéros. — Les auteurs sont unanimes sur ce point : la déplétion de l'utérus est le meilleur moyen d'arrêter les accès d'éclampsie. Ôd est donc conduit logiquement à considérer l'accouchement provoqué conuM le moyen de traitement le plus efficace. C'est en effet l'opinion de Yelpeau â de Stoltz ; mais je dois dire que Moreau, P. Dubois et Cazeaux * sont d'un autre avis. Tout en recommandant de hâter la délivrance, ils limitent ^mtâ^ vention chirurgicale au moment où l'orifice utérin s'est entièrement diW sous l'influence d'un travail spontané. Ils appuient leur manière de voir sur les raisons suivantes: 1*> la provocation du travail peut être dangereuse el lionner lieu au redoublement des accès ; 2° parfois les accidents convulaÊ ont persisté après la déUvrance ; 3° les procédés d'intervention agissent trop lentement pour arrêter à temps une maladie dont les phases sont ans^ rapides.

Ces objections sont très-contestables, j'espère le démontrer :

1° La provocation du travail peut être dangereuse et donner Heu a» reèi^' hlement des accès. — 11 est certain que si on tentait de pénétrer dans Intàis par l'accouchement forcé, par l'incision de l'oiifice utérin, et c'est là surtout ce qui a été le sujet des objections, on suivrait une pratique dangff*"* Mais avec les procédés de dilatation actuellement employés, qui exclu*' les brusques violences, on se place dans des conditions très-dilîéreiites<< beaucoup plus favorables. Jusqu'à présent, il n'a point été démontré qu«'*^ tentatives de dilatation artificielle multiplaient les accès, et ce que j'ai ^'^^

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me porte à croire qu'il n'existe pas dans ces conditions une relation directe entre ces deux faits.

2<^ Les acciienU canvtdHfs ont parfois persisté après la délivrance. — Cela est \rai dans quelques cas, mais le plus souvent on observe le contraire. Si la délivrance met un terme à la continuité de l'intoxication urémique, il est évident qu'elle ne peut pas, dans tous les cas, arrêter les effets de cette intoxication lorsqu'elle est portée à un haut degré. L'opinion générale, qui considère l'expulsion du fœtus comme le moyen le plus efficace d'empêcher le retour des accès, s'appuie sur trop de faits pour que les exceptions portent atteinte au principe. Les opposants eux-mêmes s'inclinent devant Tévidence, puisqu'ils veulent qu'on applique le forceps aussitôt que la dilatation de l'orifice utérin permet son introduction.

S*" Les procédés d'intervention agissent trop lentement. — Les procédés d'intervention obéissent à la main qui les applique. Quand le temps presse, il faut savoir en tirer tout ce qu'ils peuvent donner ; on surveille leur action et on augmente leur puissance avant qu'elle ne soit épuisée.

En 1857, je fus appelé par le docteur Bouillon, rue Geoffroy-Lasnier, pour une jeune primipare à huit mois de grossesse. Les attaques d'éclampsie étaient fréquentes ; il existait un coma complet et la situation était des plus graves. Les moyens employés (saignées et antispasmodiques) n'avaient produit aucun résultat. J'instituai un appareil de douches utérines avec un clysopompe. La douche dirigée directement sur le col, au moyen d'un spéculum» était renouvelée d'heure en heure. Un seau d'eau froide était employé chaque fois. La première douche eut lieu à midi, à neuf heures du soir Taccouchement était terminé. La mère fiit sauvée, l'enfant était mort quand je fus appelé. Les accès cessèrent immédiatement après la délivrance.

Il y a trois ans, je fus appelé rue de Reuilly, par les docteurs Raynaud oncle et neveu, pour une jeune primipare dans des conditions identiques. L'état était tellement grave qu'un de mes collègues qui prenait part à la con» sultation, jugea toute intervention inutile. 11 répondit à ma proposition d'accouchement provoqué, que la malade serait morte avant d'être délivrée. Je restai seul avec les médecins de la malade, j'appliquai le dilatateur de Barnes, à dix heures du soir. À cinq heures du matin, Taccouchemeut était terminé* L'enfant était mort quand je fus appelé. La mère reprit sa connaissance seulement au bout de trois jours, mais elle succomba en 36 heures à une pneumonie double qui survint deux jours après. Les accès éclamptiques disparurent après la délivrance.

Au mois d'octobre dernier, je fus appelé par le docteur Vivien , rue Moreau, chez une dame atteinte d'amaurose urémique. Nous décidâmes avec Jacquemier que Tavortement devait être provoqué. Cette dame était enceinte de cinq mois. J'appliquai l'éponge comme Je l'indique (p. 1108), à cinq heures du soir ; le fœtus était expulsé à 6 heures du matin.

Je crois que dans la grande majorité des cas, lorsqu'on aura recours à l'éponge préparée ou au dilatateur de Barnes, qui me paraissent les moyens les plus expéditifs, on obtiendra un accouchement rapide, si on les emploie avec une activité suffisante, sans s'écarter cependant des régies ^une inter-

1146 PATHOU)GIE.

vention prudente. On peut hâter la terminaison du travaQ par une appSkstion de forceps aussitôt (jue rorifice utérin est entièrement dilaté.

Comme on le voit, l'objection tirée de la lenteur d'action des agents dfitinés à provoquer Taccouchement, n'a pas une valeur absolue; sa réfutation dépend beaucoup du praticien. La provocation du travail peut donc se présenter pour la mère sans inconvénients nettement démontrés et atec \ms ses avantages, puisque le plus souvent la délivrance met fin aux conmlsions.

Il existe encore un autre motif très-important d'avoir recours à TiDlmcntion chirurgicale : c'est l'intérêt de l'enfant. On sait que les conîulâons éclamptiques le tuent avant la naissance dans la grande majorité des cis. Il faut donc le soustraire à cette cause de mort en provoquant latermiosisœi rapide du travail.

En résumé, l'accouchement provoqué me parait mériter le premier rang pour combattre l'éclampsie ; les objections qui lui ont été faites ne sont pas sufQsamment justifiées, ou bien ont perdu la valeur qu'elles pouvaient aroir il y a trente ou quarante ans, en raison des perfectionnements apportés ani agents d'intervention. On peut, du reste, le combiner avec radministration des anesthésiques.

Akesthésiqcbs. — P. Dubois avait une médiocre confiance dans le chloroforme, comme traitement de l'éclampsie, et un certain nombre de pratidens, à la suite d'insuccès, renoncèrent à l'utiliser. Depaul a même déclaré que ni le raisonnement ni les faits ne pouvaient conduire à l'emploi de ce moyen.

D'un autre côté, l'anesthésie a rencontré des partisans três-chaleureux d très-convaincus. Chailly dit avoir obtenu, par ce moyen, 18 guérirons ^ur 19 cas. Chiari l'a employée avec un succès complet pour la mère et poar l'enfant, dans 7 cas. Channing, dans 10 cas, sauva 6 mères et 5 eufsjits. Braun, dans 18 observations, n'accuse pas un seul insuccès. Enfin Mâuf^ nest cite un grand nombre de guérisonsparce moyen.

Il est donc évident que le chloroforme atténue ou enraye les con>iilsion> éclamptiques. Il empêche le retour aussi fréquent des accès ou suspend méin»' entièrement leurs manifestations. Cependant, je crois qu'on doit le considérer uniquement comme un palliatif donnant à la nature le temps d'opérpr la délivrance ; mais il me paraît difficile d'admettre qu'il agit d'une manière définitive sur le retour des accès ; enfin qu'il s'attaque à l'essence même de la maladie. C'est un expédient capable de rendre de grands services quawl les accès se manifestent; au moment du travail, il permet d'en atteindre If terme, en diminuant pour la mère et l'enfant la somme si considérable des dangers auxquels ils sont exposés. Il est fort probable que l'efficacité «« l'anesthésie serait très-contestable, sinon nulle dans l'éclampsie avant terme. On pourrait peut-être à la rigueur arrêter les attaques pendant un certafl temps, sans en prévenir le retour, qui serait conjuré d'une manière beaucoup plus certaine par la délivrance.

Je crois que l'indication pratique la plus rationnelle consiste à combiBef raccoucheijfient provoqué avec les anesthésiques.

Les statistiques partielles que je viens de signaler sont certainement trèr

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