DE L'INFLUENCE DE LA GROSSESSE SDR LA MARCHE DES MALADES
Nous avons signalé, en étudiant les causes de l'avortement (p. 747), 1 action de certaines maladies sur la marche de la grossesse ; les résultats fournis par l'observation ont permis de formuler des opinions assez exactes sur ce sujet. Il n'en est pas de même lorsqu'on veut examiner Finfluence de la grossesse sur la maladies coexistantes. On ne possède que des notions fort restreintes sur ce point de la question, l'étude en est presque entièrement à faire.
La phthisie, en raison de sa fréquence, est certainement une des affections qu'on a le plus souvent observées pendant la gestation, et cependant on n'^t pas généralement d'accord sur les modifications qu'elle en reçoit. Cullen, Bordeu, Andral, P. Dubois, etc., pensaient que la grossesse ralentissait la marche de la phthisie, qui faisait ensuite des progrès plus rapides après la délivrance. Grisolles prétend, au contraire, que souvent la grossesse est une cause prédisposante de la tuberculisation. On la voit se développer dans son cours, et elle accélère la marche de l'affection quand elle préexiste à la fécondation. La délivrance aurait le même résultat; chez les femmes dont la maladie est avancée, elle déterminerait au contraire une amélioration passagère. Carême signale également la grossesse comme une cause prédisposante et aggravante de la maladie, il l'assimile aux affections débilitantes qui ont une action fâcheuse sur la marche de la tuberculisation. Il appuie ses conclusions sur 36 obser\ations.
Comme on le voit, le doute est encore permis ; cependant je serais assez disposé à croire que l'opinion de Grisolles et de ses élèves se rapproche un peu plus de l'exactitude que celle des anciens.
La grossesse, d'après Grisolles, a une action des plus fâcheuses sur la marche de la pneumonie, surtout avant le septième mois où elle serait presque constamment fatale. Sur 15 malades atteintes aux différentes périodes de la gestation, 11 succombèrent. Saint -Romes constata la même terminaison 4 fois sur 5 cas.
D'un autre côté, Bourgeois (d'Étampes) n*a perdu que 3 malades sur 10, et considère, contrairement à Grisolles, le pronostic comme plus funeste quand la grossesse est avancée. Les recherches de Verrier concordent avec celles de Bourgeois : sur quatre observations qu'il a réunies, aucune des femmes n'a succombé. 11 pense que le traitement ne doit pas être modifié, et qu'il faut agir comme si la femme n'était pas encehite.
En résumé, nous sommes encore ici en présence de deux opinions distincte.
HCFLUEirCE DE LA GROSSESSE SUR LES MALADIES, 1219
Grisolles et Saint-Romes considèrent l'influence de la grossesse sur la pneumonie comme excessivement grave. Bourgeois et Verrier, sans contester sa gravité, portent un pronostic beaucoup plus favorable. De nouveaux faits sont donc nécessaires pour que la question soit définitivement jugée.
La grossesse imprime à la variole une gravité extrême. Mauriceau disait que toutes les femmes qui avortent ayant la petite vérole, succombent, et malheureusement l'avortement dans ces conditions est extrêmement fréquent. Sur 27 varioleuses enceintes, observées par Serres dans son service de la Pitié, 22 avortèrent et moururent. Sur 4 malades dans les mêmes conflitions, Grisolles constate 4 décès. Cependant Gariel est trop absolu lorsqu'il affirme que cette terminaison est inévitable, et Saint-Romes a publié trois observa^ lions qui prouvent le contraire. Cependant la variole doit être considérée comme excessivement grave pendant la grossesse et presque toujours mor-r telle quand elle détermine Favortement.
Bouchut a noté l'action de la grossesse sur le choléra. Sur 52 femmes atteintes dans ces conditions, il a constaté 30 décès et 22 guérisons. La mor-^ talité est donc plus considérable que pour les cholériques atteintes en dehors de Tétat puerpéral.
L'action de la grossesse sur les autres maladies est nulle, ou n'a pas été suffisamment étudiée pour que je m'en occupe. Trois ou quatre obser\'ations n'ont aucune valeur en pareil cas.
Hertod, cité par Sue et Dupuy, ont observé des fractures dont la consolidsN lion retardée par la grossesse, ne s'est faite qu'après l'accouchement. Cazeaox* signale des faits analogues appartenant à Âlanson et Fournie ; Gosselin rapi> pelle que F. de Hilden, Hertodius et Samuel Cooper ont constaté des faits semblables. Cependant la grossesse n'entrave pas toujours la formation du cal des fractures, et Gosselin a constaté, dans son service, deux fraclBres : l'une du fémur, et l'autre de Thumérus, qui se sont parfaitement consolidées chez des femmes enceintes;
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