SIGNES PROBABLES DE LA GROSSESSE
Les signes probables de la grossesse appartiennent, comme nous Tavoib dit, aux modifications organiques et fonctionnelles qui naissent sous Tinfluence de cet état. Dans le chapitre précédent nous avons étudié cbacuQf de ces modifications, nous en ferons donc ici une simple énumérationpourb grouper en forme de récapitulation.
Je passerai sous silence ceux qui sont constitués par une modification toutr anatomique, dont la constatation est impossible sur le vivant; et ceux qui ont un caractère si vague et si peu constant que bien que coïncidant souvent avec la grossesse, ils peuvent appartenir à tout autre état physiologique ou pathologique.
Suppression des règles, — gonflement des seins, — modifications de li dépression ombilicale, — nausées et vomissements, — kyestéine dans }& urines, — augmentation du volume de Tutérus, — ramollissement prognpsài de son col, — coloration pigmentaire et boursouflement œdémateux de l'aréole, — développement sur cette région des tubercules mamillaires ou glaodiformes, — apparition de la ligne brune sur le ventre, — varices,— hèmorrholdes, — sécrétion lactée, — vergettures sur l'abdomen et les «eins.
Ces signes examinés isolément ont une valeur très-différente. Les uns sont à peu près constants, mais le degré variable d'intensité de leur manifestatiofi et leur persistance après l'accouchement, leur enlève parfois une partie de leur importance. De plus, ils peuvent être simulés par des états morbidi> divers en dehors de la gestation. Les autres peuvent manquer ou être égale ment simulés par une maladie ou un état particulier étranger à la grosses^
Il faut noter encore que ces signes n'apparaissent que successivement, de sorte que dans les premiers temps de la conception, ils peuvent être si pcv nombreux et si peu notables que le diagnostic n'en tire presque aucun fruit
Nous alfons apprécier la valeur de ces différents signes en les étudiant se^ Ion Tordre de leur importance,
Belles. — Leur suppression est, de tous les phénomèmes qui annonc«nlle I début de la gestation, celui qui est le plus constant,et cependant il n a qu uDerf-
leur relative, et iKaut tenir compte dans son appréciation de l'état présent et de l'état antérieur du sujet. Lorsque ce signe se produit chez une femme récemment mariée, même lorsque jusqu'à son mariage la menstruation a été toujours fort régulière, cette suppression peut tenir à une espèce de perturbation I organique qui accompagne souvent les premières approches trop frëquen*
ment réitérées. Mais la suppression a une valeur plus grande lorsqu'elle t lieu quelques mois après le mariage. Ce symptôme est au contraire fort peu I signiflcatif, même lorsqu'il se prolonge pendant deux ou trois époques cber
I les femmes mal menstruécs.
DIAGNOSTIC. — SIGNES PBOBABLES. 397
Il ne faut pas oublier que dans certains cas de grossesses on %oit pendant s premiers mois un écoulement sanguin périodique dont la nature exacte est icore discutée, mais qui peut faire écarter Tidée d'une gestation, cepenint parfaitement réelle. Des auteurs d'un grand mérite, tels que A. Dubois, înman, Bamilton, etc., considéraient comme impossible un pareil résultat, ; muent que la grossesse pût coexister avec la persistance des règles. Des ûtstrop nombreux sont venus infirmer cette manière de voir, et il est démontré ue la persistance d'un écoulement sanguui pût se manifester pendant le remier, et moins fréquemment pendant les trois premiers mois de la gros- *sse', on l'a vue même durer pendant toute la gestation, quoique le fait soit icessivement rare.
En étudiant la menstruation f nous avons signalé ces faits plus étranges en- »re de femmes qui n'étaient réglées que pendant leur grossesse. 11 en est uitres,au contraire, qui conçoivent pendant une suspension de régies datant in temps plus ou moins long, et même sans avoir été jusque-là réglées. 1 a également observé la conception chez des nourrices dont la fonction rarienne semblait encore suspendue, et chez des nouvelles accouchées avant manifestation du retour de couches.
b'uu antre cdté, on a vu des femmes dans les meilleures conditions physiogiques, atteintes d'un retard de plusieurs mois sous l'influence d'une com-^ lotion physique ou morale vive, ressenties à une époque trés-rapprochée de période cataméniale.
Les causes d'erreur que je viens de signaler sont, il est vrai, des exceptions, lais ces exceptions ont des sources si nombreuses, qu'on les rencontre trés- ^nemment dans la pratique. Il est donc sage avant de se prononcer sur la unification d'une suppression menstruelle, alors même qu'elle se présente >Ds les conditions les plus favorables à l'interprétation, d'attendre que quelnés antres signes viennent, en se groupant autour de ce fait, lui donner une hs grande valeur.
A^gawftfûM ém voiane ém i'atévM. — Ce symptôme a une importance nanifeste et qui se révèle surtout après le troisième mois. Avant cette époque, In'est pas toujours facile de le constater. L'ampliation de l'organe a lieu prinipalement alors aux dépens de ses diamètres horizontaux, souvent il a subi |& mouvement d'élévation qui le rend peu accessible par le toucher. Car il >ut, pour que le doigt explorateur apprécie l'augmentation de volume et de ^ids de Tutérus, qu'on puisse, non-seulement atteindre le col, mais encore <^cher au delà et explorer le segment inférieur du corps. La difficulté est M grande encore lorsque ce mouvement d'élévation existe chez une femme ^nse, dont la paroi ventrale épaissie et résistante ne permet pas à l'autre Q^in, <pii palpe la région, de sentir ou de circonscrire le fond de l'organe. ^Jiez les femmes maigres qui ont eu plusieurs enfants, cette exploration est •iQ contraire en général facile, et la main pénètre en quelque sorte jusqu'à i'excaTation à travers la paroi abdominale. L'utérus est alors assez nettement ^circonscrit par le toucher combiné avec le palper et on distingue à peu P^ ses limites.
En andiant plus loin, le diagnostic différentiel de la grossesse et de
états pathologiques qui peuvent la simuler, nous verrons que le dèreloppc ment de l'utérus, comme symptôme isolé, n*a qu'une valeur poritive secoo daire. Gomme signe négatif, l'exploration de Torganepeut fournir d'alik renseignements. Lorsqu'on peut constater que la matrice a conservé ses di mensions normales, bien qu'on observe du reste certains symptômes qui » compagnent une grossesse estimée par exemple à 4 ou 5 mois, on peut de darer hardiment sinon l'état de vacuité, mais au moins que la gestation n peut remonter à l'époque soupçonnée. Je dis qu'on ne peut pas cependan afRrmer l'état de vacuité, car il est possible que derrière cette grosses^" faussement admise, il en existe une véritable datant seulement de quelqw jours, ou de quelques semaines, et qui n'a encore imprimé aucune moM cation très-sensible an volume de l'utérus.
BamoiiiMcment ôm eoi ntérfai. — Ce signe est fort important, car il parai se manifester d'une manière constante. Seulement, il est peu appréciaiik dans les premiers temps : c'est vers le troisième mois qu'il commence à êtn nettement accusé. Avant cette époque la sensation perçue est un peu indéris^ La consistance des cols utérins n'est pas absolument la même chez toutes la femmes, et dans bien des cas, pour que l'appréciation soit exacte, il faudnil avoir touché comparativement avant et pendant la grossesse. Plus Uiri, c'est un symptôme très-exact, surtout s'il n'existe aucune affection uténK qui puisse déterminer d'une manière pathologique cette modification, ^m avons dit que le ramollissement progressif du col de l'utérus, est un pbènoj mène constant de la grossesse. Son absence seul suffit donc pour penneftff' de nier une prétendue conception qui serait supposée dater de plus de truis mois.
ModifleatioB dcm aciiis. — La pesanteur et les picotements qu'on obsenew début ne sont pas constants, et n'ont qu'une valeur très-faible ; car ces phét»* mènes se montrent souvent à l'époque des règles, chez les femmes règuiièi^ ment menstruées et même chez celles qui ont des suppressions accidentel^. 11 en est de même de l'augmentation du volume des seins, qui peut stirvnùr uniquement sous l'influence d'un embonpoint rapide. La coloration del'aivol^ et le développement des tubercules glandiformes ont beaucoup plus d'in^ portance, surtout si l'aréole en se colorant augmente d'étendue, ousïlrf produit autour de cette région un dépôt pigmentaire qu'on nomme am^^ secondaire. Hamilton et Montgomery ont attaché une trè»>grande valeur à U turgescence du mamelon et au boursouflement œdémateux de l'aréole. DdI"'^ a constaté que ces signes sont, en effet, très prononcés chez certaines feini»^ mais* qu'ils sont inappréciables chez la plupart des autres.
Voici les raisons qui diminuent la valeur absolue de ces signes : on a ot»serve une certaine coloration de l'aréole et le développement des tubercul<^ mamillaires chez des femmes qui n'avaient jamais conçu; cependant k (>'* 1 est rare, dans ce cas le dépôt pigmentaire est peu abondant et on n observe jamais l'aréole secondaire. Ces modifications peuvent persister fort longtemps après un premier accouchement, et faire croire plus tard à n»*"* 'uvelle imprégnation qui n'existe pas. Dans ces cas, et en l'absence (J* | geignements précis fournis par la femme, si on a pu faire un eiain^"
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finpafalif du sein aune époque antéiîeure, les souvenirs pourront être de lelque utilité. Enfin, chez les femmes à cheveux roux, l'absence de coloramdeTaréole, même après plusieurs gestations, est la règle. a<€r<d<Mi bMtée. — La sécrétion lactée qui se produit chez une primipare, telle que soit Tépoque présumée de la grossesse, a une valeur considérable, Ttout en l'absence de toute excitation qui pourrait la motiver. C'est trèsic«ptioQnellement qu'on l'observe dans les premiers temps de la grossesse ; s général elle se montreà une époque où les signes certains ont déjà, depuis luilefflps, permis de préciser le diagnostic. On observe assez souvent que, m les femmes qui ont eu une ou plusieurs gestations, la sécrétion mamlire n'est pas absolument tarie, et que la pression ou la succion fait iirdre du mamelon quelques gouttelettes d'un liquide lactescent. Cepenal, si le lait, sans cause apparente, et quelle que soit l'époque de la Ksesse, coule spontanément et avec une certaine abondance, il existera le très-forte présomption de grossesse.
KjMtéiiM. — Nous avons déjà insisté sur la valeur de ce signe, au point de ^ du diagnostic. Il est vrai qu'il manque au début et à la fin de la gestation, que, dans quelques cas relativement rares, on a constaté son absence penlot toute sa durée. Ces observations affaiblissent sa valeur comme signe ^tif, et on ne serait pas autorisé à nier la grossesse, parce que la kyestéine niraitpu être mise' en évidence. Mais, comme signe positif, elle a une véri- Ue importance lorsqu'elle se produit dans les conditions que nous avons
En examinant au point de vue chimique le mode de formation de ce proiH.RegnauU a dit que' probablement il devait en exister dans quelques «ladies en dehors de la gestation. Il serait important de dissiper ce doute oi atténue un peu la valeur d'un des meilleurs signes probables de la
UswhnMe. — Ce signe est un peu secondaire, la ligne brune peut manuer chez des femmes enceintes ou persister fort longtemps après la couche. ^ des cas rares, il est vrai, on l'a observée chez des hommes, des enfants, ides fenames en état de vacuité. Cependant, en général , dans ces circon- ^^^, il existait une affection abdominale.
Montgomery prétend que lorsque la ligne brune entoure l'ombilic d'un '^le, cette disposition constitue un signe caractéristique qui n'a. jamais ^ observé' eii dehors de la gestation. La ligne brune se montre souvent 1^ tardivement, même chez quelques femmes à cheveux foncés, et ce n'est ^<nl avant la fb'du deuxième mois qu'elle commence à apparaître. Il n'existe ^s de relation constante entre la coloration des cheveux et son intensité. Parfois elle forme une teinte à peine sensible et qui s'eflace avant d'arriver ^> ombilic; dans d'autres cas, elle est très-foncée et peut persister longtemps 'P^b lacconchement. Je l'ai vue complètement manquer chez les femmes à cheveux roux que j'ai examinées à ce point de vue. J'ai constaté son absence ^iue, immédiatement après un deuxième accouchement, sur une femme ^^ ia campagne chez laquelle la sécrétion pigmentaire avait recouvert la face ^" masque étendu et dont l'aréole des seins était très-foncée.
En résamë, il faut tenir compte de ce signe comme élément du diagnostic surtout chez une primipare bien portante, mais il ne faut pas oublier lescif* constances qui peuvent en diminuer la valeur.
iVMHécs et YMBiHaMOito. — L'époque de l'apparition des TomisseineRte est extrêmement variable; ils se montrent ordinairement au début, loab souvent au milieu et même à la fin de la grossesse. Ils disparaissent san retour, se reproduisent à diflerents intervaUes ou persistent presque sansisterruption pendant les neuf mois. Sur ce point, les symptômes qu'on obsene ont absolument individuels, et rien ne permet de prévoir la marche qu'ils doivent suivre.
Bien qu'ils puissent manquer, les vomissements se manifestent à un degré plus ou moins intense dans l'immense majorité des cas. Je ne m'occuperai ici que du point de la question qui se rattache au diagnostic, les vomissemeids seront examinés complètement au chapitre qui leur est réservé dans II pathologie de la grossesse.
Le symptôme vomissement, envisagé d'une manière générale, appartient à im grand nombre de maladies très-dilTërentes, de l'estomac et d'organes, qui semble n'avoir aucun rapport de sympathies avec ce viscère. En dehors dél& grossesse et en l'absence d'affections phlegmasiques , le vomissement peut être nerveux et ne s'accompagner de nul phénomène particulier qui permette de préciser et de localiser exactemait sa cause. Ajoutons à toutes ces raisons qui viennent entraver le diagnostic, que la grossesse ne met point b femme à l'abri des diverses maladies qui s'accompagnent de nausées et de vomissements.
L'appréciation de la valeur de ces deux symptômes dans leurs rapports avec la grossesse est donc souvent fort difficile, et le diagnostic s'appuie sib^ tout sur les autres phénomènes coexistants. A l'état d'isolément, les nansé» et les vomissements n'ont qu'une signification extrêmement secondaire.
Cependant, après avoir éliminé autant que possible les diverâte causes morbides qui peuvent déterminer ces symptômes, on pourra soupçonner ieor nature, surtout s'ils se manifestent chez une fenune qui jusque-là n'en a jamais été atteinte et qui se trouve dans des conditions pouvant faire croire à une fécondation. Ou, si on les observe chez une multipare qui, dans des grossesses antérieures, les a ressentis de la même manière et dans les mêmes drcon* stances.
Les caractères notables qu'ils présentent, surtout au début de la gestation. sont les suivants :
En général ils sont précédés pendant quelques jours de perte d'appétit, puis les nausées surviennent sans que l'état de la langue ou la nature des aliments ingérés présentent rien d'insolite. La femme est alors prise de vomissements parfois faciles et spontanés, parfois, au contraire, douloureui fi accompagnés d'efforts assez violents ; il n'est pas rare, lorsque ces efforts se sont reproduits un certain nombre de fois dans un court espace de temps, de »^;. A^ ctxies sanglantes dans les matières expulsées. La répétition de ces s peut être séparée par un intervalle de calme complet, comin^ mir quotidiens pendant quelque temps. Lorsqu'ils se mani