‹ Traité complet d'accouchementsChapitre 145 sur 183 · PHÉNOMÈNES DU PREMIER GROUPE · texte numérisé non relu

PHÉNOMÈNES DU PREMIER GROUPE

Ébranlement nerveux. — 11 arrive parfois qu'après l'accouchement la femme n'éprouve aucun des phénomènes nerveux qui sont le résultat de l'ébranlement que ce système a subi pendant le travail. Elle ressent à peine une fatigue légère et les premières heures sont pour eljes aussi calmes que dans l'état normal. Mais il est loin d'en être toujours ainsi, et souvent une courbature générale, un accablement profond, une excitabilité excessive succède à la délivrance.

L'intensité de la réaction est naturellement en rapport avec la susceptibilité normale de la femme, la longueur de l'accouchement et la somme de souffrances qu'elle a subies.

Frl««on. — Presque constamment le premier symptôme, qui se manifeste après la délivrance, est un frisson, dont l'intensité variable, peut aller jusqu'au claquement de dents. Quelle que soit cette intensité, on ne doit nullement s'en préoccuper, môme lorsqu'il s'accompagne d'un peu de fréquence du pouls.

On peut voirie nombre des pulsations atteindre et même dépasser 100 à cette époque. Ce qui n'a rien d'inquiétant, car il est fort rare, en dehors de l'influence épidémique qu'on rencontre dans les Maternités, que les affections puerpérales débutent à un moment aussi rapproché de la fin du travail.

Il est évident qu'on devrait être beaucoup moins rassuré s'il se répétait pendant les jours suivants et en dehors de la fièvre de lait, dont ils annoncent dans quelques cas le commencement. Cependant j'ai observé parfois ces frissons répétés chez des femmes dont les suites de couche ont été très-favorables. Il serait difficile d'expliquer leur cause.

Le frisson physiologique est tellement fréquent qu'on peut le considérer comme la règle, il est unique et de courte durée ; au sentiment de froid qui l'accompagne succède un état opposé, le pouls, alors petit, devient plus large et la femme entre en moiteur.

Ce trisson est un phénomène de réaction et n'est nullement dû à ce que la femme est restée découverte pendant les derniers moments du travail ; car on l'observe lors même que l'élévation de la température ne permet pas d'admettre qu'il soit produit par le froid.

On a dit que lorsque l'apparition du frisson tardait ù se faire, on pouvait craindre une hémorrhagie, et que l'agitation, persistant après qu'il est passé, est souvent le présage d'une affection puerpérale. 11 est possible qu'on ait ob-

ACCOl'CHEMEKT.

servé quelques coïncidences entre ces divers phénomènes; mais ces coin» cidences sont assez rares pour qu'on ne puisse les ériger en principe.

Premier Mommeil. — Le besoin de sommeil se fait sentir après l'accouchement, surtout lorsque le travail s'est prolongé sans avoir été trop laborieux. Car les douleurs excessives font naitre une agitation qui empêche la femme de goûter le repos dont elle a un impérieux besoin. 11 faut se garder dt» troubler ce sommeil, seulement il est nécessaire de le faire surveiller de peur qu'une hémorrhagie interne ou externe ne se produise sans que la malade en ait conscience. Le sommeil contribue puissamment à rétablir l'apaisement du système nerveux. Lorsque la patiente en est privée, on voit survenir de la céphalalgie, la fréquence du pouls, et l'irritation nerveuse générale est sensiblement augmentée.

Éml*»lon de» urine». — L'émission des urines est douloureuse a cause de la contusion que le canal de l'urèlhrc, le méat urinaire et la vulve ont subi pendant l'expulsion du fœtus, parfois il s'y joint une cuisson intense, causée par la déchirure de l'anneau vulvaire. Leur excrétion n'a lieu qu'au bout de quelques heures, elle est gênée par le décubitus dorsal que doit garder la femme et par le relâchement de la paroi abdominale, dont l'action ne vient pas en aide à la vessie d'une manière très-efficace. On peut même observer une paralysie de cet organe, causée par la compression qu'il a supportée pendant la dernière période du travail. Dans quelques cas, ce symptôme semble tenir à d'autres circonstances qu'il est difficile de déterminer. Je l'ai observé après des accouchements prompts et faciles.

Je l'ai même vu survenir et durer onze jours chez une dame, après un avortement au quatrième mois, qui fut tellement rapide que l'expulsion du fœtus et des annexes eut lieu pendant qu'on était venu réclamer mes soins.

Il est nécessaire de surveiller avec attention l'émis' ion des urines chez les accouchées, car dans les cas de paralysie elles s'accumulent dans la vessie qui prend un volume considérable. Il se manifeste sur ce point des symptômes locaux assez intenses pour qu'on prenne le change sur leur nature, comme cela est arrivé assez fréquemment, et qu'on attribue à une affection puerpérale commençante, ces douleurs qui disparaissent immédiatement avec la déplélion artificielle de l'organe.

Coiwtlpatloa. — La constipation est extrêmement fréquente, et peut se prolonger plusieurs jours après l'accouchement. Elle est sous la dépendance des causes de la rétention d'urine et peut en persistant déterminer des accidents locaux analogues, qui peuvent se compliquer d'un peu de fièvre, de douleurs iliaques, d'un sentiment de pesanteur et d'un malaise général. Il est donc nécessaire de surveiller avec attention les fonctions de l'intestin.

Appétit. — Respiration. — L'appétit, les deux premiers jours des suites de couches, est peu intense; les femmes se contentent en général de bouillons et de potages, même lorsque le travail a été facile et rapide. Cette anorexie ne se dissipe ordinairement qu'après la fièvre de lait.

La respiration qui n'est plus gênée par le développement de l'utérus reprend toute son amplitude.

l'HÉ.NOMÈNES DES SUITES DE COUCHES. 590

Température. — Hecker a cherché à constater les variations de température qui peuvent se produire riiez les nouvelles accouchées. Le résultat le moins contestable qu'on puisse extraire de ses expériences, c'est que pendant les neufs premiers jours qui suivent l'accouchement, le thermomètre introduit dans le vagin accuse une élévation de température qui peut s'élever de trois degrés au-dessus du chiffre normal. Il existe d'assez grandes variations sur ce qui se produit dans les premières vingt-quatre heures qui suivent la délivrance. Après le neuvième jour l'excès de température décroit progressivement pour retomber au chiffre normal.

£tat du pool». — Le pouls petit, serré et fréquent pendant le travail, reprend phis d'ampleur et de souplesse après, la délivrance bien qu'il conserve encore une certaine fréquence.

L'examen du pouls a une très-grande importance dans l'appréciation de l'état de l'accouchée. Au-dessous de 80 pulsations par minute, la patiente peut être considérée comme étant dans une bonne situation. Lorsqu'il atteint ou dé|iasse 100, on doit examiner avec le plus grand soin les divers organes, car l'état de la circulation indique souvent un danger ou un accident.

Cependant il ne faut pas ériger ces préceptes en règle trop absolue. Si la puerpéralité ne peut être considérée comme une période d'excitation, il est certain que l'excitation y est plus vivement ressentie, et on peut noter temporairement une accélération du pouls qui tient à des causes diverses dont l'action agit exclusivement sur le système nerveux.

La moindre émotion, une impression pénible, la privation de sommeil, une inquiétude causée par le nouveau-né, suffisent pour amener des changements dans l'état du pouls qui se prolongeront en raison de la cause qui les a déterminés. L'établissement de la sécrétion lactée est encore une circonstance dont il faut tenir compte à ce point de vue. Cependant, en dehors de ces conditions, et sans motifs appréciables, j'ai parfois constaté que dans les suites de couches le pouls atteignait environ 100 pulsations pendant un jour et môme deux, puis reprenait son rhytlune normal spontanément.

Il est donc nécessaire de préciser les rapports de ce symptôme avec l'étal général, ou les phénomènes locaux que présentent les organes de la gestation. L'absence de frisson coïncidant doit être noté, car cosigne a une assez grande valeur, au point de vue du diagnostic.

Mac Clintock, il y a quelques années, a attiré l'attention sur un fait intéressant relatif à l'état delà circulation dans les jours qui suivent la délivrance. C'est un ralentissement du pouls qui peut descendre jusqu'à iS, M et même, dans un cas, 50 pulsations par minute, l'ajot a également constaté ce phénomène, qui a été bien étudié par Blot, dans un mémoire publié sur ce sujet. En voici le résumé. Chez un certain nombre d'accouchées, dont il ne donne pas la proportion générale, la fréquence du pouls diminue. Il oscille entre 60 et 55 pulsations par minute, l'auteur considérant le chilfre 75 comme normal. La durée du phénomène varie de I à 12 jours, et il se manifeste exclusivement chez les femmes en bonne santé. C'est là le point qui m'a paru le plus important à relever dans ce travail, car il permet, dans les cas nettement tranchés, d'être rassuré sur l'état de l'accouchée.

ACCOUM1E1IENT.

Le plus souvent, le ralentissement commence 21 ou 48 heures après la délivrance. La longueur du travail, quand ses suites sont favorables, n'exerce pas une action manifeste sur l'époque de son début. On peut noter sa persistance, bien qu'atténuée, pendant la fièvre de. lait. I/époquc prématurée de l'accouchement, même l'avortement. l'état de vie ou de mort du fœtus, l'existence de tranchées violentes, ou une hémonhagie légère, n'empêchent pas la production de ce phénomène.

11 existe dans le travail de Blot une lacune regrettable cl qui en diminue considérablement la signification. Il est basé sur oOO observations. L'auteur aurait dû, pour permettre d'apprécier la fréquence de chaque degré de ralentissement, relativement au nombre des cas qu'il a observés, classer par groupe à ce point de vue les sujets de ses observations. On aurait vu au moins si les chiffres inférieurs à 50 ne constituent pas de rares exceptions, ce qui me parait la vérité, et si les chiffres rapprochés de 00 ne forment pas la grande majorité. Notons que le chiffre de 7«> pulsations, que Blot considère comme normal chez la femme hors de la gestation, est certainement trop élevé. On pourrait alors comprendre comment le phénomène du ralentissement a pu passer aussi longtemps inaperçu, et pourquoi Mac Clinlock, qui l'a décrit le premier, lui accorde une si faible importance.

Page 1