SOINS, HYGIÈNE ET RÉGIME PENDANT LES SUTES DE COUCHES
Il faui maintenir dans la chambre de l'accouchée une propreté minutieuse. Les linges de la couche seront enlevés aussitôt qu'ils deviennent inutiles et et on n'y laissera pas séjourner les produits d'excrétions ou les substances de nature à donner de l'odeur. Les serviettes qui garnissent la vulve seront changées fréquemment et l'alèze sur laquelle repose la femme sera renouvelée an moins tous les deux jours. Pour éviter a l'accouchée les efforts et les mouvements, on attachera la nouvelle alèze au bord de celle qui doit être enlevée, et, en tirant sur cette dernière, on lui substituera celle qui doit la remplacer. Les organes génitaux seront lavés au moins trois fois par jour, au moyen d une éponge souple et fine et d'eau tiède. Quelques auteurs ont recommandé d'ajouter du vin à l'eau des ablutions, pour les rendre toniques, et d'en écarter les astringents de peur ^'arrêter les lochies. Ce sont la des recommandations véritablement puériles, qui ont été répétées sans réflexions ; l'eau rougie n'est pas plus capable de tonifier les parties, que les astringents appliqués sur la vulve n'ont le pouvoir d'arrêter l'écoulement lochial.
L'air de la pièce sera renouvelé plusieurs fois par jour en ouvrant les fenêtres quand la saison le permet. Si la disposition de la pièce fait redouter les courants d'air, on protégera l'accouchée contre leur influence en fermant momentanément les rideaux du lit. L'aération s'obtient en hiver au moyen d'un feu vif et clair qui fait un grand tirage sans donner trop de chaleur. La température de la pièce ne doit pas dépasser 15 à 18°.
L'accoucheur visitera la femme deux fois le premier jour et une fois pendant les neuf jours qui suivent. S'il survenait quelques complications, les visites seraient naturellement beaucoup plus fréquentes, car les accidents marchent parfois avec rapidité et on doit surveiller attentivement leur évolution. Il est difllcile de dire sur quelles raisons s'est fondé l'usage de celte période de neuf jours consacrée par l'habitude, et qui n'est limitée par aucun phénomène particulier. Les femmes sont soumises à une règle gênéiale bien que les suites de couches aient une marche individuelle très-variable. J'ai l'habitude «le continuer mes visites pendant toule la durée de la première quinzaine en laissant un intervalle d'un jour à partir du neuvième.
A sa première visite, le médecin doit examiner l'état du pouls de la malade, s'assurer parla palpation du degré de rétraction de l'utérus, de la sensibilité de la région et s'informer avec soin si la malade a ressenti quelques frissons, qui doivent éveiller l'attention quand ils se produisent un certain temps après l'accouchement. On s'informera surtout si elle a uriné. La compression de la vessie pendant le travail détermine assez souvent la paralysie de l'organe qui se distend, sans que la femme en ait conscience, et l'utérus est refoulé en haut. Il survient alors des douleurs abdominales et des phénomènes généraux pouvant faire croire à l'invasion d'une maladie puerpérale. Ces symptômes inquiétants se dissipent immédiatement, aussitôt qu'au moyen du cathélèrisme on a débarrassé la vessie. Parfois il faut avoir recours pendant plusieurs jours à la sonde avant que l'organe ait repris l'intégrité de ses fonctions.
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On se fait représenter les linges salis par les lochies pour apprécier la nature et la quantité de l'écoulement.
Le calme le plus complet doit régner autour de l'accouchée. Pendant les premiers jours on interdira les visites qui seraient pour elle une cause de fatigue ou d'excitation. On lui cachera avec soin toute nouvelle de nature à lui causer une vive émotion. Il faut, en un mot, la placer dans les conditions de calme physique et moral les plus complètes. Si l'enfant est criard, on tAchera de le faire demeurer dans une pièce voisine, pour qu'elle ne soit pas tourmentée par ses cris, on lui dissimulera les maladies ou les difformités dont il pourrait être atteint, remettant à un moment plus propice de les lui révéler; s'il succombe on prendra les plus grandes précautions pour lui annoncer cette triste nouvelle.
Le baptême est ordinairement l'occasion d'une fête de famille qui devient bruyante au dessert. Il faut exiger que la femme y reste absolument étrangère, ou que la cérémonie ail lieu plus tard, lorsque la mère sera en état d'y prendre part sans qu'on ait à redouter qu'elle en souffre.
On a dit qu'après la délivrance la malade pouvait s'asseoir sur son lit pour prendre un bouillon, et que celte situation favorisait l'écoulement des lochies. Les lochies n'ont pas besoin de ce secours pour être expulsées, et il faut éviter de permettre à l'accouchée de quitter pendant un seul instant, dans les premiers jours le décubitus horizontal. Les femmes sont, en général, beaucoup trop disposées à commettre des imprudences sans qu'on leur en donne l'exemple, et ordinairement on doit exiger le plus pour obtenir le moins. Elles ont entendu raconter l'histoire d'accouchées qui ont repris leurs occupations, sans accident, trois ou quatre jours après la délivrance et les précautions prescrites par l'accoucheur leur paraissent assez exagérées pour qu'elles soient tentées d'en supprimer la moitié. Si, en effet, on rencontre souvent des imprudentes qui ont pu braver impunément les règles imposées, il en est un plus grand nombre qui payent par de longues années de souffrances leur entêtement inintelligent. Il ne faut pas oublier qu'après l'accouchement la matrice est un corps inerte et pesant; ses ligaments relâchés ne l'empêchent plus d'obéir à l'impulsion qu'il reçoit de la station ; elle tombe où son poids l'entraîne, et plus tard, lorsque les ligaments reprennent leur longueur normale, ils n'ont pas assez de puissance pour remédier au déplacement qui s'est produit, et qui augmente ensuite sous Pinlluence de la marche ou des efforts. 11 est nécessaire d'expliquer toutes ces choses h l'accouchée et de lui faire comprendre que les infractions aux avis qu'on lui donne, ne sont pas, comme elle le croit, une simple niche faite à son médecin pris pour dupe, mais bien une imprudence qui peut être pour elle une source de sérieuses incommodités. Sur cent déplacements de l'utérus, il en est peut-être quatre-vingt-quinze qui reconnaissent cette cause. La femme sera donc condamnée, pendant les six premiers jours au moins (la limite individuelle sera fixée par l'état de l'utérus), au décubitus dorsal. Les repas seront pris dans cette situation ; les garde-robes et l'émission des urines auront lieu sur un vase plat, qui sera légèrement chauffé, pour éviter l'impression désagréable du froid.
ACCOrCHKMËMT.
Les femmes qui allaitent donneront le sein dans celte situation : l'enfant sera couché auprès d'elles, et, soutenu par le bras de la mère, il atteindra tout aussi facilement le mamelon que dans toute autre situation.
La durée du séjour au lit sera prolongée jusqu'au neuvième jour, et même jusqu'au quinzième si cela est nécessaire. Je fais de l'obéissance sur ce point une condition préalable et formelle de mon assistance. 11 est remarquable que les résistances qu'on éprouve à obtenir ce repos forcé sont d'autant moins grandes qu'on a affaire à des femmes dans une position sociale plus élevée. L'excuse alléguée par celles des classes inférieures : que leurs soins sont nécessaires à leur famille, n'a pas de valeur ; il est évident que l'état de leur santé ne leur permet de se livrer à aucun travail utile ; et en fût-il autrement, qu'on ne peut mettre en balance l'ennui que leur cause quelques jours de repos, avec les incommodités auxquelles elles s'exposent en agissant autrement.
On pourra refaire le lit de l'accouchée après la fièvre de lait, bien que l'usage des sommiers élastiques rende cette précaution moins nécessaire qu'à l'époque où ils étaient inconnus. Il ne faut pas, pendant ce temps, transporter la femme sur un fauteuil ou sur un divan, comme on l'a recommandé- Cela nécessite des efforts, des mouvements dans une position mauvaise, et dont j'ai signalé les inconvénients en parlant du lit de travail. On rapprochera un lit mobile de celui de l'accouchée, elle pourra se glisser doucement de l'un sur l'autre sans efforts et sans fatigue, et en conservant sa position horizontale. On assure l'intervalle qui sépare les deux lits en plaçant une rallonge de table, comme une espèce de pont, sous les deux matelas. La literie abandonnée sera exposée au grand air dans une autre pièce, pour l'assainir ; l'accouchée, en y reprenant le soir sa place, se trouvera dans un milieu plus hygiénique et exempt des émanations lochiales.
Ces précautions seront prises dans les limites du possible, elles sont bonnes et non indispensables; le praticien utilisera à ce point de vue les ressources, souvent trop incomplètes, qu'on mettra à sa disposition. Dans les conditions les moins favorables, on se contente de faire glisser la femme vers le bord du lit, pendant qu'on relève les matelas du côté opposé ; puis, après un nouveau déplacement, on en fait autant de l'autre côté. Cette manœuvre, répétée tous les jours, rend la station de la femme assez tolérable pour lui faire attendre patiemment le moment où elle pourra se lever sans dangers.
La première fois que l'accouchée quittera le lit, on la placera pendant une heure sur un fauteuil. Il est rare qu'elle désire rester levée plus longtemps ; elle se sent la tète faible et étourdie, comme il arrive lorsqu'on a gardé pendant plusieurs jours le décubitus horizontal. Les jours suivants, elle fera dans sa chambre un exercice progressif, sans dépasser la limite de ses forces.
Le moment où ou lui permettra de sortir pour la première fois dépendra de son état de santé et de la saison. Si sa première visite doit être pour l'église, où elle désire faire ses relevailles, il faudra la retarder, de peur qu'elle n'y prenne froid et trop de fatigue en restant longtemps agenouillée. En général, la première sortie peut être permise du vingtième au vingt-cinquième jour.
Il faut couvrir le lit de la femme suffisamment pour qu'elle ne prenne
DES SOLNS A LA MÈ1IE.. 055
pas froid, mais il est utile de ne pas la charger de couvertures, et d'éviter de déterminer des sueurs, trop faciles à provoquer dans ces conditions. Ces sueurs ont une odeur aigre, d'autant plus désagréable pour la femme, qu'elle se mélange à celle du lait, rapidement altéré, qui s'écoule des seins. Ces sueurs ont, en outre, l'inconvénient de faire naître une éruption miliaire qui cause des démangeaisons très-vives; elle disparait lorsqu'on abuse moins des couvertures.
La constipation est ordinaire après l'accouchement; il y aurait des inconvénients à la laisser persister plus de trois ou quatre jours. Si, à cette époque, la femme n'a pas eu de garde-robes spontanées, on lui administre un quart de lavement, qui sera gardé autant que possible, et dans lequel on fera dissoudre 30 ou A0 grammes de chlorure de sodium. Ce moyen, presque exclusivement employé à la Clinique, donne de très-bons résultats toutes les fois qu'il est indiqué de vider l'intestin, et, bien qu'il détermine souvent quelques coliques, je le préfère aux autres médicaments qui ont été proposés dans ce but.
L'appétit est à peu près nul dans les premiers jours qui suivent la délivrance, et, pour cette raison, je laisse l'alimentation à la discrétion des malades, lorsque leurs exigences ne me font pas redouter une indigestion, qui aurait de graves dangers. En général, des potages leur suffisent au début et pendant la fièvre de lait, lorsqu'elle est intense; puis l'appétit revient progressivement, et, vers le neuvième jour, la femme a repris son régime ordinaire. Les anciens prescrivaient une diète sévère, dont les inconvénients sont plus évidents que les avantages. On n'a aucune raison de priver d'aliments une accouchée qui n'a pas de fièvre. Je ne crois pas, comme on l'a dit, que l'absorption puisse alors se faire aux dépens des éléments lochiaux, mais il est évident qu'on se trouve en face d'un organisme qui a besoin de réparer ses pertes. 11 faut donc, comme on le fait à la Clinique, nourrir les nouvelles accouchées en bonne santé en ayant naturellement égard à leur tempérament et à leur manière de vivre antérieure. Les Allemands en sont encore, en général, au régime de la diète, qu'ils maintiennent jusqu'au neuvième jour, et Kilian, en visitant la Clinique, manifestait, il y a deux ans, son étonnement, à propos de l'alimentation, qu'il considérait comme une grande hardiesse thérapeutique. Les résultats que nous obtenons en France sont les seuls arguments qu'on doive opposer aux théories de la tradition. Cependant nous n'avons pas le mérite de l'invention, et les Anglais nous ont précédés dans cette voie, qui a été ouverte par l>enmann. Groily-Hewitt, dans ces derniers temps, conseillait même de ne rien changer au régime des femmes avant ou après l'accouchement, et leur accorde assez libéralement le vin et les alcooliques.
La boisson classique des femmes en couches est l'infusion de tilleul et de feuilles d'oranger, mais on n'a aucune raison de la préférer à toute autre qui serait désirée. Il est également inutile de faire chauffer les tisanes ; elles seront, sans inconvénient, prises à la température de l'appartement. On a défendu généralement les boissons acidulés aux nourrices; c'est encore là une de ces recommandations traditionnelles qu'il serait bien difficile de justifier. Du reste, personne ne l'a jamais tenté, on le répète parce que cela a été dit ; voilà la seule raison d'être de cette condamnation des boissons acides, qu'il
t)O Ï ACCOUCHfcMfcM .
n'y a aucun inconvénient à accorder. La femme pourra boire, dès le début, du vin coupé d'eau dans les proportions qui lui sont habituelles.
Les femmes se plaignent souvent, après l'accouchement, de tranchées utérines très-douloureuses, et qui peuvent persister pendant plusieurs jours. Nous en avons indiqué les causes : elles sont dues surtout à la rétention d'un corps étranger dans la cavité utérine : caillots, débris de membranes ou de placenta. Le premier jour, on doit attendre et faire comprendre à la femme quelles sont les conséquences inévitables de sa situation. Si elles se prolongent, on doit, suivant le conseil de Vclpeau*, avoir recours au seigle ergoté, qui sera administré à la dose de \ ou t! grammes, en quatre prises, dans le courant de la journée. Si les premières doses suffisent, on supprime les autres. Sous l'influence du médicament, les tranchées deviennent presque immédiatement beaucoup plus vives et presque incessantes ; pour cette raison, elles déterminent l'expulsion du corps étranger, puis se calment.
Lorsque les tranchées ont été très-fortes et longtemps persistantes toute la région abdominale est endolorie et très-sensible ù la pression. On calme rapidement cet état au moyen de très-pelits lavements laudanisés. — Cinq gouttes de laudanum dans une seringue en verre, contenant une cuillerée d'eau. On en donne trois ou quatre à un heure d'intervalle. Il n'existe pas de moyen plus sur et plus rapide pour calmer ces sortes de douleurs de la région abdominale. Connue adjuvent on peut recouvrir le ventre d'un large cataplasme.
Les grands bains doivent être défendus dans la première période des suites de couches, en raison de la position que la feinhie doit prendre pour s'y placer et pour en sortir.
Les modilicatiùns progressives que subissent les lochies ne présentent aucune indication spéciale à remplir. Les brusques variations dans la nature de l'écoulement, qui font reparaître le sang dans les lochies devenues blanches, se produisent sous l'influence du travail réparateur dont la muqueuse utérine <*st le siège, elles ne peuvent donner lieu à aucune intervention rationnelle dans les premiers jour».
11 n'en est pas de même à l'époque où la femme commence à se lever. On voit parfois survenir des hèmorrhagies plus ou moins abondantes, assez tenaces, et intermittentes ayant pour résultat, quelle que soit la quantité de sang perdu, d'affaiblir beaucoup la femme. Elles peuvent se produire, même après le vingtième jour et au moment où les lochies blanches sont peu notables, ou semblent avoir entièrement cessé. J'attribue l'accident à l'état de la muqueuse utérine dont lepithélium n'est pas encore assez parfait pour protéger les capillaires qui sont réduits à leur membrane à noyaux. Ces hèmorrhagies reconnaissent comme cause déterminante la marche prématurée ou un effort énergique. Il est assez rare qu'on les observe avec leur caractère d'abondaneeet d'intermittence chez les femmes qui n'ont pas encore quittélelit.
On peut constater dans cette situation la réapparition d'un peu de sang mêlé aux lochies blanches et qui se produit en raison de la disposition anatomique que je viens de signaler, mais on ne voit pas là une véritable heraorrhagie.
Dts SOIKS A LA MÉIlfc.
La première chose à taire dans ces conditions est d'obliger la femme à reprendre le lit et ù garder un repos absolu, qui doit dépasser de plusieurs jours la cessation de l'accident, sous peine de voir la marche eu déterminer presque inévitablement le retour. Parfois le repos est insuffisant, il faut alors avoir recours à l'ergot de seigle à la dose d'un gramme par jour, divisé en trois prises, et dont on continuera l'usage pendant une semaine ou deux, selon la marche qu'aura suivie l'hémorrhagie.
Malgré les plus grands soins de propreté et l'absence de toute complication, les lochies ont parfois une odeur extrêmement infecte, et qui devient insupportable pour les femmes soigneuses de leur personne. Il faut, dans ces cas, non-seulement pratiquer des lotions vulvaires, mais encore plusieurs fois par jour des injections vaginales, qu'on aura le soin de pousser avec lenteur et précaution. On ajoutera au liquide employé, 5 à 10 pour 100 de liqueur Labarraque (hypochlorite de soude), dont on cessera l'emploi lorsque les lochies auront perdu leur fétidité, ce qui a lieu ordinairement au bout de peu de jours.
Les rapprochements conjugaux seront conseillés seulement après le retour de couches. 11 n'est pas bon que la femme s'expose à redevenir enceinte avant que l'utérus ne soit revenu à ses conditions normales.
La fonction mammaire doit être surveillée chezles femmes qui ne nourrissent pas. Ce qui concerne les nourrices sera exposé en traitant de la lactation. Au moment de la fièvre de lait, on couvre le sein d'une feuille de ouate ou d'une serviette fine et souple plièe en compresse. 11 serait imprudent d'exposer les seins à l'impression du froid dans l'état de fluxion où ils se trouvent. Le lait qui s'écoule spontanément, souvent en grande abondance, imbibe et traverse les garnitures ; la chaleur l'aigrit rapidement. Pour éviter l'odeur désagréable et l'humidité qui en résultent, il faut changer ces garnitures aussitôt qu'elles sont mouillées d'une manière notable.
Après la fièvre de lait les seins sont détendus, mais lorsqu'ils sont volumineux ils sont encore lourds et gonflés. Ils suivent la déclivité des parois latérales de la poitrine et deviennent souvent très-douloureux.
Il faut les relever et les soutenir au moyen de deux fichus en mousseline dont l'un passe sur l'épaule droite et sous le sein gauche, et l'autre sur l'épaule gauche et sous le sein droit en se croisant l'un et l'autre sur le dos et la poitrine. On a soin d'étaler un peu ces suspensoirs pour qu'ils s'appliquent sous la mamelle par une surface assez large. De cette rtianière l'organe est ramené en avant vers la ligne médiane, la douleur cesse et la congestion mammaire est moins intense.
En général, la sécrétion lactée diminue au bout de quelques jours, puis bientôt cesse complètement. Dans quelques cas, au contraire, elle continue à se faire et le lait s'écoule en quantité assez notable, sinon pour affaiblir la femme, au moins pour constituer une gène et un sujet d'inquiétude. Dans le public on attribue encore au lait tous les accidents qui surviennent, même fort longtemps après l'accouchement.
Les infusions de canne de Provence et de pervenche ont joui, comme antilaiteux, d'une réputation parfaitement usurpée : elles n'ont aucune action sur
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ACLUUCUtMKM .
la sécrétion mammaire. Si la femme insiste i»onr en faire usage, un n'a aucun motif de s'y opposer. C'est un innocent moyen pour le praticien de mettre, dans ce cas, sa responsabilité à couvert, car s'il ne donne rien pour faire passer le lait on ne manquera pas de lui attribuer tous les prétendus accidents des laits répandus. Les purgatifs salins, la limonade au citrate de magnésie et le sulfate de magnésie, qui sont le plus souvent employés, agissent assez bien comme dérivatifs et justifient baucoup mieux la confiance que le public leur accorde. On y aura donc recours d'autant plus volontiers que les femmes considèrent les purgatifs romme une nécessité pendant les suites de couches. Il est certain qu'ils ne présentent aucun inconvénient et qu'on peut au contraire, en espérer de bons résultats surtout pour ranimer I appétit lorsqu'il fait défaut La vérité est, que la sécrétion mammaire se tarit spontanément.
Mais il faut éviter avec soin que les femmes qui ne doivent pas allaiter donnent momentanément le sein au nouveau-né. Ce serait provoquer le développement d'une fonction qu'on doit chercher, au contraire, à entraver. De plus, il pourrait se produire des congestions et des abcès du sein, qui sont beaucoup plus rares dans les conditions opposées.
Cependant, il est des sécrétions mammaires tenaces, qui résistent à l'exp «dation, aux purgatifs répétés et aux nombreux agents antigalactiques qui ont été proposés. J'emploie, en pareil cas, un médicament qui m'a donné de très-bons résultats, c'est l'agaric blanc. J'ai été conduit, en 18o3, à l'employer d'une manière tout à fait empirique, dans un cas sérieux, où tout avait échoué. L'action exercée par cet agent sur les sécrétions sudorales des pbthisiques était la raison de ma tentative.
Lorsqu'on expérimente un médicament nouveau, il faut se tenir en garde contre les illusions; souvent la guérison n'est duc qu'à une simple coïncidence et la médication lui est tout à fait étrangère ; mais la première fois que j'employai l'agaric, son efficacité fut tellement manifeste, que je ne pus la mettre en doute. Il s'agissait d'une jeune femme de 18 ans, primipare, qui présenta cette particularité rare, que la sécrétion lactée s'établit chez elle six semaines après le début de la grossesse. Peu à peu cette sécrétion prit des proportions plus sérieuses, et vers le septième mois elle était devenue une cause d'affaiblissement pour celte jeune femme qui n'était pas très-robuste. Le lait coulait en abondance et mouillait plusieurs serviettes chaque jour. J'employai tout à fait inutilement les moyens usités en pareil cas : purgatifs amers, ferrugineux, suspensoirs des seins, applications froides, ventouses sèches et sinapismes à la région dorsale. Je tentai alors l'agaric blanc à la dose d'un gramme par jour en quatre prises et mélangé avec des confitures. Au bout de trois jours, la sécrétion avait considérablement diminué ; le huitième elle était tarie. Je continuai l'agaric une semaine encore, et la guérison se maintint jusqu'à l'accouchement. Au moment de la fièvre de lait, la galactorrhée revint avec la même abondance que par le passé; j'eus recours au môme moyen, qui donna un résultat tout aussi heureux. Depuis cette époque j'ai toujours administré l'agaric blanc contre !a galactor-
HtSlMÉ.
rhée, et si parfois on ne peut pas très-exactement discerner la part qui lui revient dans la guérison, — car, je le répète, il faut tenir compte des coïncidences et tous les cas ne sont pas aussi nettement tranchés que celui que je viens de rapporter, — le plus souvent son action est très-manifeste; il m'est arrivé cependant de le voir échouer complètement; ces insuccès se rapportent à des cas de moyenne intensité.
Les confitures ne suffisent pas toujours pour masquer la saveur amère de l'agaric ; je le donne maintenant dans du pain à chanter, ou dans les capsules Lehuby, qui sont très-commodes pour administrer les médicaments dont la saveur est désagréable. Je préfère l'administrer plutôt en poudre qu'en pilules ou de quelque autre façon. C'est pour moi une règle générale de formuler, de manière à ce que le médicament auquel j'accorde de l'importance soit isolé des excipients ; on peut mieux en vérifier la nature. Quand on a un peu vieilli dans la pratique, on a plus d'une fois eu l'occasion de constater les abus qui se commettent dans beaucoup de pharmacies, où l'on se montre peu soucieux de la guérison du malade et de la réputation du médecin. Trop souvent, lorsque l'officine ne possède pas le médicament prescrit, on donne autre chose et la maladie disparait si bon lui semble.
L'agaric est administré à la dose d'un gramme, pris en quatre fois, dans le courant de la journée. En cas d'insuffisance d'action, on irait jusqu'à un gramme et demi. Il n'est pas nécessaire qu'il produise d'effet purgatif ; on . diminuerait la dose s'il se manifestait de la diarrhée. Le plus souvent, il fait naitre quelques coliques dont on ne doit pas se préoccuper. On poursuit l'usage du médicament pendant quelques jours après que la sécrétion lactée est arrêtée, en diminuant progressivement les doses.
RÉSUMÉ
Soins et nvcifexE pendant u cnossEssE. — A moins d'indications particulières, la femme enceinte ne sera soumise à aucun régime spécial. — En général une vie active, un régime fortifiant sont plus favorables que le repos trop complet, que les anciens prescrivaient. — Les violents efforts et ia fatigue extrême seront interdits. — Les vêtements trop serrés ont des inconvénients : ils gênent l'ampliation de l'utérus et les fonctions digestives. — Les bains tièdes pourront être permis, mais ils ne devront pas être assez fréquents pour devenir une cause d'affaiblissement. — Les pesanteurs vers la région pelvienne seront combattues par une ceinture appliquée au-dessus de la symphyse pubienne. — Les saignées de précaution doivent être absolument repoussées a moins d'indications tout à fait spéciales ; l'usage des purgatifs leur sera avantageusement substitué. — On constatera antérieurement à r?ccouchement la capacité du bassin, l'état des organes génitaux et la présentation du fœtus. — En cas d'accouchements antérieurs, il est bon de s'inquiéter de la marche plus ou moins rapide qui a suivi le travail, pour ne pas s'exposer à se trouver pris au dépourvu.
Sons pendant l' ACCOUCHEURS. — L'accoucheur doit apporter une grande précision dans les détails relatifs au travail. — Il doit se montrer affectueux, compatissant et faire ou-
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blier autant qu'il est en lui, par une conversation familière et enjouée, les douleurs et r inquiétude de la patiente. - 11 ne doit prescrire que des choses nécessaires et ne pas accepter qu'on discute ses ordres. — Il doit exclure de la chambre les gens dont la présence est inutile ou désagréable à la malade. — Le médecin doit faire l'accouchement sans quitter son habit, sans s'affubler d'un tablier, la seule précaution qu'il doive prendre est de relever ses manchettes ; s'il est adroit, il saura éviter toute souilure. = La trousse de l'accoucheur se compose des objets suivants: 1" un forceps; 2* un stéthoscope ; .V trois sondes, une d'homme, une de femme et une en gomme élastique, ip 9 ; l* un tube laryngien : 5" de l'ergot de seigle ; G" du laudanum ; 7" un flacon de chloroforme : 8" des lancettes. Ordinairement on n'a pas le choix de la pièce, et la chambre à coucher est la seule dont on puisse disposer. — La température eu sera maintenue entre 45 à 18*. — La femme doit être accouchée sur son lit garni d'une manière particulière, le lit de misère est un embarras inutile. — Les vêtements de la femme seront disposés dans la dernière période du travail, de manière à éviter les souillures, pour qu'il ne soit pas nécessaire de les lui changer après raccouchement. = Le praticien doit veiller à la disposition des accessoires dout il a besoin de manière à pouvoir se passer du secours des gens qui l'entourent. — Il doit faire préparer les objets suivants: 1* une éponge un peu volumineuse; 2" plusieurs cuvettes; ô° une petite table gamie d'alèzes pour recevoir l'enfant ; A" des serviettes ; 5" le bandage et la compresse ombilicale du nouveau-né ; 0° du cérat ; 7" il fera disposer les éléments d'un feu clair qui pourra devenir utile ; 8* le til ciré pour la ligature du cordon ; 9" de l'eau chaude; 10* des ciseaux; 11" un baignoire de siéfce; 12" on vérifiera si les premiers vêlements de reniant sont réunis.
Soiits pekdam la PÉRIODE de DiUMTioî». — L'arrivée du médecin doit être annoncée s il est étranger à l'accouchée. — Dans ce cas, on s'assure si la femme est enceinte, si elle est à terme. — Tenir compte de la possibilité d'un faux travail. — En cas de travail évidemment prématuré, on y met un terme au moyen du repos et du laudanum en lavement. = Le travail normal reconnu, on s'enquiert minutieusement de toutes les circonstances qui se rattachent à son début. — On palpe, on louche, on ausculte. — Ou s'assure de la conformation normale des parties, de l'état du col, de la présentation et de la position du fœtus. — L'intestin sera vidé au moyen de lavements. — La vessie sera vidée naturellement ou par le cathétérisme. — Le médecin appelé même au début du travail doit rester au moins une. heure auprès de l'accouchée, pour se rendre compte de la marche plus ou moins rapide des phénomènes de la parturi* tion. — On ne doit s'absenter que lorsque la présentation est favorable et bien connue. — Pendant la période de dilatation, on laissera la femme entièrement libre de ses mouvements, elle ne sera astreinte à aucune position spéciale, à moins d'indications particulières. — Lorsque le col de l'utérus sera dirigé très en haut et en arriére, la femme restera couchée le siège élevé, au moyeu d'un oreiller jusqu a ce que l'orifice utérin ait repris sa direction normale. — (Juand la dilatation est lente malgré d'énergiques contractions, le bain de siège est un très-bon moyen de la favoriser. — C'est surtout pendant cette période que les douleurs de reins se manifestent, on diminue leur intensité en soulevant la région lombaire de la malade, ou en lui faisant prendre la station sur les genoux, le corps étant penché en avant. — Les crampes seront combattues par des frictions sèches sur le trajet de la douleur. — Il faut s'aUtenir de dilater artificiellement, au moyen des doigts, l'orifice cervical.— Le> efiorts volontaires de la femme sont inutiles pendant cette période. On l'obligera à s'éviter cette fatigue inutile. — L'intégrité des membranes sera respectée jusqu'à l'entière dilatation du col. — Leur rupture prématurée aurait des inconvénients*. — La persistance de la poche des eaux après la dilatation complète peut retarder le travail et déterminer des décolle-
flÉSUMÉ
monts partiels et fâcheux du placenta. — On en opère alors la rupture artificielle en les grattant de l'ongle sur l'extrémité libre duquel on taille au besoin une légère aspérité. — Il est difficile parfois de reconnaître que les eaux sont écoulées, le plissement du cuir chevelu au moment de la contraction est le meilleur signe de la rupture des membranes. — Dans certains cas exceptionnels, on doit déterminer la division des membranes avant l'entière dilatation.
Période d'kxpclskw. — Dans cette période le médecin ne doit plus s'absenter. — En général, à partir de ce moment, la femme doit garder le lit, pour ne pas s'exposer aux accidents qui pourraient survenir si elle accouchait debout. — Lorsque le bord antérieur de l'orifice utérin pincé entre la symphyse et la présentation forme un bourrelet volumineux, il faut le repousser doucement en haut, dans l'intervalle des contractions. — La femme gardera le décubitus dorsal. — Dans les présentations' du siège, elle sera placée en travers àur le lit pour la facilité de l'intervention. — Dans l'accouchement par le sommet, les membres inférieurs seront fléchis et écartés: 1* au moment de l'cnga* gement au détroit supérieur; 2* pendant le toucher ; 3" lorsque le périnée est distendu et jusqu'à l'expulsion complète; V pendant la délivrance. — Les épreintes causées par la pression du fœtus sur le rectum font naître de faux besoins, on s'opposera à ce que la femme se lève pour les satisfaire. — 11 faut régler les efforts volontaires de la patiente et les interdire s'ils sont prématurés ou s'ils deviennent gênants dans la période ultime du travail. — La femme ne doit être découverte qu'au moment où le fœtus franchit la vulve. — Le praticien apportera tous ses soins pour que l'anneau vulvaire se dilate avec lenteur et progressivement, c'est le seul moyen d'éviter la lésion du |M'rinée. — On a donné comme précepte de soutenir le périnée, il est préférable d'appliquer verticalement les doigts sur la présentation. — On régie ainsi beaucoup mieux la progression. — Si l'ampliation de la vulve était insuffisante pour livrer passage à l'enfant sans se déchirer, on ferait au moyen des ciseaux une petite incision sur le côté de la grande lèvre, vers sa partie inférieure. — H est douteux que le passage des épaules puisse entamer le périnée. = Quelques minutes après la délivrance, dont les soins ont été précédemment décrits, on procède avec soin et rapidité au nettoyage de l'accouchée. = Emploi du chloroforme dans V accouchement. — On ne connaît pas un seul cas de mort qui se soit produit sous l'influence du chloroforme administré par le médecin pendant l'accouchement, cej>endant les faits se comptent maintenant par milliers. — Les suites de couches ne semblent en subir aucune influence. — En France, et malgré les succès obtenus en Angleterre, on a sans motifs sérieux réservé le chloroforme pour les cas de dystocie, et les femmes ont été privées du secours de cet agent dans l'accouchement naturel. — Le chloroforme ne diminue pas la puissance contractile de l'utérus, ni des muscles abdominaux. — La dilatation du col utérin n'est pas sensiblement activée sous cette influence. — La résistance du périnée est la même. = Le fœtus ne subit aucune influence fâcheuse de l'emploi des anesthésiques, seulement son pouls devient un peu plus fréquent. — Lorsqu'on administre le chloroforme à une femme en travail, il faut suivre les régies formulées dans l'anesthésie chirurgicale, se# faire assister d'un aide et ne pas dépasser le degré strictement nécessaire pour obtenir l'insensibilité. — Quand le travail est long, la femme ne sera pas soumise pendant toute sa durée à l'anesthésique ; on en réservera l'usage pour la période la plus douloureuse et lorsque les contractions seront séparées par un court intervalle. — Le chloroforme peut être administré dans le travail naturel lorsque les douleurs, sont mal supportées, qu'il survient une excitation nerveuse intense ou que la femme en réclame l'emploi. — Les injustes préventions qui ont limité en France l'anesthésie obstétricale aux cas de dystocie, doit disparaître devant l'évidence des faits.
Soiss perdant Lis suites de coociES. — La chambre de l'accouchée sera maintenue
t)00 ACCOLCHEMhNT.
dans un état de propreté minutieuse. — On n'y laissera jamais séjourner les linges salis par la couche. — On changera fréquemment les serviette garnissant la vulve, qui sera lavée plusieurs fois par jour, — A sa première visite, le médecin examinera la fréquence du pouls, la sensibilité du ventre, l'état de rétraction de l'utérus. — Il s'informera surtout si la femme a uriné. — Si la vessie est paralysée on la videra au moyen du calhélérisme. — La femme doit être dans le calme physique et moral le plus complet. — On interdjra les visites pendant les premiers jours, et on lui cachera avec soiu toute nouvelle de nature à lui causer de l'émotion. — La malade conservera pendant les premiers jours le décubitus dorsal, soit pour prendre ses repas, soit pour les excrétions, qui seront reçues dans un vase plat, légèrement chauffé. — La durée du séjour au lit sera de neuf jours au moins, et de deux semaines si cela est possible. — On fera pour la première fois le lit après la fièvre de lait, pendant ce temps la femme se glissera sur un lit provisoire qui sera roulé auprès du sien. — Il y aurait inconvénient à la placer sur un fauteuil. — Le premier lever sera limité à une heure; puis, peu à peu, dans les jours suivants, l'exercice sera progressif. — Le moment de la première sortie ne peut ètrelixé d'avance, il dépendra de l'état de la femme, de la saison, du temps; — en général on peut leur permettre une promenade du vingt-cinquième au vingt-sixième jour. — Pendant les suites de couches, on couvrira les femmes assez pour qu'elles ne prennent pas froid, mais il faut éviter de provoquer les sueurs. — Ou conduit la constipation avec un quart de lavement contenant 30 ou 40 grammes de chlorure de sodium.— L'appétit est en général assez nul pour qu'on laisse la femme libre de son régime. — en général des bouillons et des potages lui suffisent dans les premiers jours. — La boisson ordinaire est une infusion de feuilles d'oranger et de tilleul. = Les tranchées vives et persistantes seront combattues par l'ergot de seigle, puis par le laudanum. = La fétidité des lochies sera modifiée par les injections et la solution d'hypochloiïte de soude. — Les hémorrhagies tardives seront combattues par l'ergot de seigle et le repos complet. — Les seins devront être couverts a\ec une feuille de ouate chez les femmes qui ne nourrissent pas. — La ouate sera fréquemment changée si l'écoulement du k'it est abondant. — Si les seins deviennent lourds et douloureux, on les soutiendra avec un double suspensoir. — On laissera les femmes libres de prendre des tisanes prétendues anti-laiteuses, pour faire passer leur lait. — Les purgatifs seront plus utiles dans ce but. — L'agaric blanc sera administré s'il existait une galaclorrhée persistante.
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