HUMAINES
Jusqu'ici notre étude m porté exclusivement sur le bassin de la femme .irvennc (caucasienne); pour la pratique, celte connaissance sera suffisante dans tous les cas, mais je dois, pour être complet, poursuivre l'examen du pelvis dans les autres races. Je suis d'autant plus disposé â aborder ce point intéressant d'anthropologie, que les auteurs qui m ont précédé ont émis .sur ce sujet des opinions qu'il importe de détruire, car elles proviennent d'une source erronée.
Le mémoire de Vrolick, publié en 18k20, était le seul document qu'on possédât, et les auteurs fronçais, qui tous lui ont emprunté ses conclusions sans ajouter aucun document nouveau à la question, ont omis de vérifier les éléments imparfaits sur lesquels elles sont basées.
Le travail de l'auteur hollandais repose sur deux opinions préconçues et mal justifiées.
La première, qu'il n'a pu qu'adopter, consiste à croire que les différences si notables qu'on observe sur le crâne des diverses races doivent se trouver dans chacune des parties du squelette. Cette idée, vraie dans de certaines limites, devient fausse lorsqu'on veut en faire une application rigoureuse à toutes les régions du système osseux.
La seconde est empruntée à Weber, qui voulait voir un rapport constant dans la forme du crâne et du pelvis. Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai dit plus haut du peu de fondement de celte proposition.
Les faits qu'il apporte pour soutenir cette doctrine non-seulement sont peu nombreux, mais encore prouvent justement le contraire des conclusions qu'il en tire.
Son analyse porte sur sept bassins de femmes : trois de négresses, un de Boschisman (qu'il place, par erreur de classification, dans la race nègre, bien qu'elle appartienne à la mongole), et trois de Javanaises. Vrolick a joint â son mémoire un tableau très-détaillé des diamètres de ces différents sujets; mais il n'a point tiré parti de ce tableau, car au lieu d'une exposition sèche et individuelle il aurait dû grouper en séries les bassins de chaque race et en extraire une moyenne qui aurait eu une signification et qui l'aurait empêché probablement de donner des conclusions qui sont en opposition directe avec ses chiffres.
Les auteurs qui ont succédé à Vrolick n'ont pas suffisamment examiné ce tableau; ils se sont bornés â accepter les conclusions du mémoire sans en vérifier les bases.
En voici probablement le motif : l'unité de mesure de Vrolick est le pouce hollandais, et comme cette unité ne nous est point familière, ils ont peut-être été découragés par l'ennui d'une conversion de mesures qui porte sur un grand nombre de chiffres.
Autant que cela m'est possible, je soumets à une analyse rigoureuse tous les matériaux que je dois employer. J'ai donc vérifié le tableau de Vrolick,
A.WTOMIK.
converti les pouces holiandnis en millimètres, groupé les bassins en séries, extrait les moyennes, et alors, à ma grande surprise, j'ai constaté le désaccord complet, absolu, qui existait entre les chiffres et les conclusions. L'idée seule restait, le travail était à refaire, et je l'ai entrepris sur une plus vaste échelle (jue le savant Hollandais, car j'avais à ma disposition la collection anthropologique la plus riche qui existe, celle du Muséum. J'ai pu grouperdix-sept bassins appartenant à la race noire et neuf de race mongole, et c'est d'après la mensuration et l'examen minutieux de ces vingt-six sujets que j'ai réuni les éléments du mémoire que j'ai publié sur le bassin considéré dans les races humaines.
La pensée dominante du travail de Vrolick est que dans les trois races humaines le bassin présente des caractères particuliers qui permettent, en l'absence d'autres documents anatomiques, de les classer dans la race dont ils proviennent. Et la conclusion la plus saillante et la plus importante esl celle-ci : Dans le bassin de l' Aryenne, le diamètre transversal au détroit supérieur l'emporte snr les deux autres; chez la Mongole, les trois diamètres sont égaux ; chez la négresse, le diamètre anUro-postérieur l'emporte sur le transversal.
Ce qui est manifestement inexact pour les deux dernières races, d'après les chiffres de Vrolick lui-même, comme on peut s'en assurer en consultant les moyennes extraites de son tableau qu'on trouvera plus loin.
Je vais maintenant exposer très-sommairement, mais très-exactement, le* caractères anatomiques signalés par lui et qui peuvent être considérés comme la partie essentielle de ses autres conclusions.
Pour lui, le bassin de la négresse, qu'il distingue en tous pointe de celui de la Mongole, présenterait les particularités suivantes :
I" // serait toujours prive , à la fosse iliaque, de la transparence quonobserir dans la race blanche.
Mes recherches ne me permettent point d'admettre celte allirmalion trop absolue.
k2" Les crêtes iliaques sont plus verticales que dans les autres races.
Cela est vrai relativement à la race blanche, mais en consultant ses tableaux elles miens on verra que cela n'est pas exael pour les Mongols. Il veut voir dans cette disposition une concordance de lu forme de la tête et du bassin. J'ai prouvé que la concordance n'était exacte qu'entre la forme de la poitrine et celle du bassin, qui lui fait suite. Le nègre dolichocéphale itète allongée) a la poitrine étroite cl bombée : les crêtes iliaques sont verticales; le Mongol brachicéphale (lêle large) a la poitrine conformée à peu près comme le nègre : aussi la direction de l'ilium est-elle la même.
La plus grande hauteur de la fosse iliaque s'observerait en arrière et près de l'épine postéro-supérieure, au lieu de se rencontrer comme dans notre race vers la partie moyenne de la crête iliaque.
Je n'ai constaté celle disposition que très-exceptionnellement chez le nègre; la règle est que ce maximum de hauteur est situé au même point dans toutes les races.
l»l BASSIN DANS LES DIKKKRfcNTKS lUCtS IIL'M WN'KS. 55
4° La prédominance du diamètre antéro-postèrieur sur le transversal au détroit supérieur.
Mes recherches concordent sur ce point (comme sur tous les autres) avec les chiffres de Yrolick, et je puis affirmer d'une manière absolue que dans toutes les races le diamètre transversal prédomine sur l antéro-postèrieur . Mais il est, à propos de la relation des diamètres, une particularité importante qui n'a pas été notée et que je signale.
Dans les bassins de la race blanche, le diamètre transverse présente sur l'oblique une différence de un centimètre et demi: dans les races mongole et nègre , la différence est seulement de quelques millimètres. Cette disposition à peu près constante est caractéristique; elle a pour résultat de rendre le détroit supérieur un peu plus carré que dans la race blanche.
5" L'excavation est plus profonde.
Vrolick a vaguement indiqué cette particularité, qui a surtout été mise eu relief par Dubois*. Les chiffres des tableaux prouvent le contraire; la paroi latérale de l'excavation a moins de hauteur chez la négresse.
6° Les épines sciatiques font une saillie considérable dans l'excavation. Cela est exact; seulement, on l'observe au môme degré chez le Mongol et souvent dans la race blanche.
7U lï arcade pubienne est plus étroite et son sommet plus aigu.
Si Vrolick avait mieux interprété ses chiffres et moins écouté la tradition, il eût été d'un avis contraire, car il note une ouverture de quatre-vingt-treize degrés chez l'Aryenne et de quatre-vingt dix-neuf chez la négresse. Les auteurs qui l'ont copié ont répété cette erreur matérielle. Vrolick ne donne que l'angle d'ouverture, sans parler des côtés du triangle ; il est donc impossible d'en déterminer l'élévation d'après cette donnée. Mais, en consultant le résultat de mes moyennes dans mon mémoire sur ce sujet, on pourra voir que la base de l'arcade de la négresse est de 92 millimètres et la hauteur de 411, soit un angle de 88° d'ouverture. Chez la femme aryenne, la base est de 05 millimètres et la hauteur de 60, soit un angle de 77"; ce qui constitue une différence de 11° en plus pour la négresse.
8" Les crêtes iliaques s'élèvent à la hauteur de la partie médiane de la quatrième vertèbre lombaire.
Celle particularité, que Vrolick note avec raison sur sa Rottentotc, qu'il prenait pour une négresse, est exacte dans certains cas, mais elle est loin d'être constante, et dans le tableau annexé à mon mémoire sur ce sujet on peut voir que sur huit négresses il en est quatre dont le niveau des crêtes iliaques n'atteint pas le point normal de l'Aryenne, c'est-à-dire le haut de la cinquième lombaire, il faut doue seulement dire que dans les races mongole et nègre il existe sur ce degré d'élévation des variations beaucoup plus fréquentes que dans la race blanche.
0" La forme allongée du bassin de la négresse le rapproche de celui des singes. Il présente des caractères d'animalité.
Dans mon Mémoire sur l'anatomie et la physiologie comparée du bassin des
AN ATONIE
mammifères, } ni discuté ce rapprochement. J'ai mis en regard la description du bassin de la négresse et celui d'un grand singe anthropomorphe, et je crois avoir démontré que ni dans la forme anatomique, ni dans la fonction physiologique, on ne peut trouver les éléments d'une analogie véritablement scientifique. J'ai, de plus, prouvé que les caractères principaux sur lesquels il 'insiste pour affirmer l'animalité font complètement défaut chez les animaux.
Comme on le voit, il ne subsiste de toutes les assertions de Vrolick aucune particularité caractéristique qui puisse permettre d'établir qu'un bassin isolé du reste du squelette appartienne à la race nègre. Les assertions qui ne sont point infirmées par ses propres chiffres et qui mettent en relief des différences un peu sensibles avec le bassin des Aryennes, lelles que : la verticalité des ilions, le niveau souvent plus élevé des crêtes iliaques et la proéminence en dedans des épines sciatiques, s'appliquent également au bassin de la femme jaune. De plus, ces différences, qui ne sont nullement constantes, peuvent manquer, et ce n'est que par l'examen simultané d'un certain nombre de sujets qu'elles deviennent sensibles. Il est donc impossible d'affirmer d'une manière à peu près certaine, comme on le fait d'après l'examen de la tète, qu'un bassin appartient à une rare plutôt qu'à une autre, et les caractères si profondément gravés sur le crâne du nègre disparaissent lorsqu'on veut les rechercher sur le bassin.
La particularité anatomique relative aux rapports des diamètres obliques et transverse pourrait être considérée comme plus importante qu'aucune de celles qui ont été notées, car je l'ai constatée d'une manière à peu près constante. Cependant j'hésite à lui assigner la valeur d'un signe palhognomonique, car elle est parfois un peu moins tranchée, et il est possible en outre, bien que je ne l'aie point rencontrée, qu'on puisse l'observer dans quelques individualités de la race blanche. J'ajouterai que j'ai trouvé celte disposition tout aussi constante dans la race mongole.
Mais il est un point important sur lequel Vrolick n'a pas suffisamment insisté : c'est que les bassins nègres et mongols sont plus petits dans tous leurs diamètres que ceux de la race blanche, excepté cependant dans l'antéropostérieur de l'excavation et le coccy-pubien du détroit inférieur, qui sont égaux dans les trois races ; même observation pour le degré d'ouverture de l'arcade pubienne, qui est inférieur chez l'Aryenne.
Cette diminution de la plupart des diamètres ne complique nullement l'accouchement dans la race éthiopienne, et Pruner-Bey, dans son Mémoire sur les nègres, confirme cette loi de la reproduction. Mais il note que le crAne du nouveau-né ne possède aucun des caractères qu'il présentera plus tard à un si haut degré. A la naissance, il a la face orthognathe, et c'est seulement après la première dentition que la saillie occipitale se développe.
Cependant j'ai vu deux fois à la Clinique des nouveau-nés provenant d'une négresse et d'un blanc qui offraient un prognathisme de la face très-accusé.
Les caractères que Vrolick assigne au bassin de la race mongole ne sont pas mieux justifiés. 11 prétend que :
\° Au premier aspect, on croit voir des o.s de ld<je puéril, et il n'y a que
Ui; BASSIN DANS LES DIFFÉRENTE!» RACES UIMAINES. 55
l'observation des caractères décisifs de pleine maturité qui puisse dissiper celte idée.
L'auteur se trouve sur ce point en contradiction avec la presque unanimité des anthropoiogistes, qui sont d'accord pour reconnaître que l'ossature des Mongoles est au contraire plus lourde et plus épaisse que dans aucune des autres races; et il le prouve lui-même en décrivant son bassin de Boschismane (Mongole), qu'il prend pour une négresse.
2° L'ouverture du détroit supérieur est à peu près ronde.
Ce caractère est fondamental pour lui, et les auteurs qui l'ont copié lui ont conservé son importance. Il complète en effet sa loi des races que j'ai exposée plus haut. Mais sur ce point encore, ses chiffres et les miens viennent renverser cette prétendue loi.
ou Les liions ont une plus grande pente en dehors.
Les chiffres viennent prouver que l'écartement des crêtes iliaques est encore moindre que dans les autres races.
En résumé, si je substitue a ces formules inexactes le résultat de mes propres recherches sur ce point d'anthropologie, je poserai les conclusions suivantes, que j'ai plus complètement développées dans mon mémoire :
1° Les traits les plus importants qui ont été signalés comme caractérisant le bassin des races nègre et mongole n'existent pas.
2" Les différences légères qui s'observent sur le pelvis des trois races humaines n'ont rien de véritablement caractéristique. Elles apparaissent seulement lorsque la comparaison porte sur un certain nombre de sujets; mais elles ne sont pas assez tranchées pour qu'un bassin isolé leur emprunte une caractéristique évidente.
Les races mongoliqtie et éthiopienne présentent dans la conformation du bassin une identité qui ne permet pas de les distinguer. Si donc par l'examen du crime on doit diviser le genre homme en trois races principales, l'examen du pelvis ne fournit que deux groupes. Dans le premier je place la race aryenne; dans le second, la mongole et l'éthiopienne.
V' Dans toutes les races humaines, le diamètre transversal du détroit supérieur prédomine sur l'antéro-postérieur.
.*>" Dans le bassin de la négresse et de la Mongole, le diamètre oblique du détroit supérieur ne diffère du transverse que de quelques millimètres; chez l'Aryenne, la différence est d'un centimètre et demi.
6° La verticalité des liions est plus prononcée cher la Mongole et l'Éthiopienne que chez l'Aryenne.
7° Dans les races, la direction plus ou moins verticale des liions ne concorde pas avec la forme du crâne, mais bien avec celle de la poitrine. Chez le nègre tlolichocéphale et le Mongol brachucéphale, les fosses iliaques ont la même direction, parce que la conformation thoracique est la même.
X" Dans les races uiongolique et éthiopienne, on peut presque toujours constater la transparence des fosses iliaques; mais elle est en général moindre que i hez l'Aryenne.
ANATOMIL
9" Le point le plus élevé de la crête iliaque est situe dans les trois races à sa partie moyenne.
10° Il n'est point exact de dire que dans la race nègre la crête iliaque atteigne constamment un point plus élevé des vertèbres lombaires que chez l'Aryenne. Seulement, les variations dans le degré d'élévation sont plus fréquentes et plus notables que chez cette dernière. Sous ce rapport, comme sous tous les autres, la Mongole ressemble à l'Éthiopienne.
H° Les bassins des races jaune et noire ont une capacité moindre que ceux de la race blanche. Ils sont moins profonds, et l'arcade pubienne est plus large de quelques degrés.
12° Il n'existe aucune corrélation entre la forme de la tète et du pelvis. Les légères différences que j'ai signalées comme séparant le bassin de l'Aryenne de celui des deux autres races, et qui sont communes à ces dernières, le prouvent d'une manière évidente. En effet, les caractères crâniens du Mongol et du nègre sont assez tranchés pour qu'on ne puisse établir entre eux aucune confusion, tandis que leurs bassins ont tant de ressemblances, qu'il est impossible de les distinguer.
Comme on le voit, ces conclusions s'éloignent complètement de celles de Vrolick, et on est véritablement surpris de voir un savant aussi distingué méconnaître la signification des chiffres que lui-même a posés et qui ont la valeur d'une certitude, pour se laisser entraîner à son insu dans le courant des idées de Weber, qui reposaient sur une simple vue de l'esprit tout à fait hypothétique.
11 faut cependant reconnaître que l'auteur hollandais semble n'avoir considéré son travail que comme une esquisse, comme' un premier jalon plante sur une route inconnue, et les auteurs qui l'ont analysé, notamment Lcnoir* et Dubois *, sont allés évidemment au delà de sa pensée en considérant comme une espèce de loi, comme classiques et acquis à la science, des faits qui croulent devant un examen sérieux.
C'est donc moins le travail de Vrolick que je réfute que les auteurs qui ont sanctionné ses erreurs en les abritant de leur autorité.
Dans le tableau ci-joint j'ai réuni les moyennes fournis par le travail de Vrolick et celles qui résultent de mes propres recherches, pour qu'on puisse embrasser d'un seul coup d'œil les particularités que chaque race présente.