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DE L'ALLAITEMENT AU SEIN

Les avantages de l'allaitement au sein n'ont pas besoin d'être établis pour l'enfant ; il est certain que ce mode de nutrition est le plus favorable à son développement et que l'on diminue dans. des proportions considérables ses chances de vitalité lorsqu'on est obligé d'avoir recours à l'allaitement artiiiciel.

Pour que l'allaitement au sein soit possible et profitable à l'enfant, la femme doit réunir des conditions spéciales assez nombreuses qui font souvent défaut. Nous examinerons successivement ces différentes conditions.

Conditions relative* anx mamelles. — La configuration des seins n'a pas d'importance et n'influe en rien sur leur sécrétion, qu'ils sont hémisphériques, piriformes ou coniques. Leur volume n'est pas toujours en rapport avec la quantité de lait sécrété et ce ne sont pas toujours les plus grosses mamelles qui fournissent le liquide le plus riche et le plus abondant. Il faut du reste distinguer le volume absolu de l'organe, du volume réel de la glande, qui peut être fort petite et comme noyée dans une quantité considérable de tissu cellulaire, comme on l'observe chez certaines femmes grasses. Les bonnes nourrices ont le sein ferme et lourd, surtout les primipares. Il faut se méfier des mamelles flasques et pendantes, surtout lorsque l'affaissement est survenu chez une primipare après le quatrième mois de la gestation. II est rare que, dans ces conditions, la femme ait suffisamment de lait pour nourrir l'enfant, même lorsque la mamelle est volumineuse.

Chez certaines femmes qui allaient, la sécrétion parait se faire d'une manière continue, même pendant l'intervalle des repas. Au bout de quelques heures, les seins deviennent douloureux, et il est nécessaire de faire teter l'enfant pour les dégorger ; chez d'autres femmes, au contraire, la montée (lu lait a lieu surtout au moment où l'organe est sollicité par la succion. Donné considère cette dernière disposition comme plus favorable, mais il est évident que cela ne modifie en rien les qualités de la nourrice.

Le mamelon doit être de grosseur moyenne, mais surtout bien saillant. On doit renoncer a faire allaiter les femmes chez lesquelles le mamelon ne forme aucun relief, ou dont la place est occupée par un infundibulum, comme s'il était retourné en dedans. Les moyens préparatoires qu'on met en usage pour remédier à ce vice de conformation déterminent chez la mère des souffrances inutiles, et si on parvient à commencer l'allaitement, bientôt des accidents inflammatoires, des gerçures extrêmement douloureuses obligent à le suspendre. L'imperforation du mamelon est naturellement une contreindication absolue à l'allaitement.

Il est des primipares et même des pluripares n'ayant pas encore nourri, dont le mamelon est saillant quoique d'une longueur insuffisante pour que l'enfant puisse le saisir facilement. On a conseillé; pour remédier à cette brièveté fâcheuse, de préparer le sein quelque temps avant l'accouchement. Parmi les moyens indiqués, quelques-uns sont nuisibles, d'autres ont une valeur douteuse, d'autres enfin jouissent d'une véritable efficacité.

ACCODCHtMKNT.

On a conseillé la titillation fréquente du mamelon pendant les derniers mois delà grossesse. Ces manœuvres n'ont aucune utilité et possèdent de plus l'inconvénient d'irriter l'organe, de le rendre très-sensible, et de le prédisposer aux excoriations et aux inflammations, qui plus tard compliqueraient la situalion d'une manière fâcheuse. On a conseillé encore de placer sur le sein une plaque concave en bois tourné, offrant à son centre une dépression destinée à loger le mamelon. On espère, que soustrait à la pression continue des vêtements, il prendra plus de longueur. Je n'ai jamais vu ce moyen, employé seul, donner le résultat qu'on en attendait. 11 ne présente du reste aucun inconvénient.

Enfin, on a recommandé la succion du sein par un adulte ou par un jeune chien dont on enveloppe les pattes, pour éviter le rude contact de ses griffes. On emploie encore dans ce but, des ventouses dont l'action est analogue. Ce procédé donne en général de bons résultats et sous son inllueuce le mamelon se façonne assez bien. Cependant je préfère avoir recours, quand cela est possible, quelques jours seulement avant, et au moment de l'accouchement, à la succion par un enfant vigoureux, âgé de quelques semaines.

4 «maillon* géaeralee relatives * la femme. — Il ne suffit pas pour qu'une femme soit apte à nourrir au sein, que son lait soit en quantité suffisante, de bonne qualité, et que l'appareil mammaire soit bien confonné. Elle doit encore réunir des conditions de vigueur et de santé, qui lui permettent de supporter les fatigues de l'allaitement. Les femmes atteintes d'affections chroniques ou diathèsiques graves, de nature à déterminer une altération des forces telles que : la chlorose intense, la phthisie.la scrofule, le cancer, les dermatoses, etc., doivent être considérées comme impropres à l'allaitement. Leur lait subirait prochainement les modifications fâcheuses qui surviennent ordinairement dans le cours des maladies débilitantes, et l'état de leur santé serait inévitablement aggravé par les soins pénibles que réclame l'enfant. Il est à peu près unanimement admis que le lait ne contient aucun principe spécial capable de transmettre la maladie de la mère a l'enfant, et que les affections que nous venons de mentionner n'agissent qu'à litre de cachexies, eu modifiant d'une manière générale la proportion des principes constituants du lait. On s'accorde même à considérer le lait d'une femme syphilitique comme incapable de transmettre l'affection à l'enfant. Malgré l'opinion de Hunier, Bums, Ricord, Collineau et les observations rapportées par Al. Dugès, je crois qu'il serait peut-être imprudent de montrer sur ce point une confiance absolue. Dans tous les cas, et en admettant l'innocuité du lait, une femme en puissance de syphilis peut, d'un moment à l'autre, être atteinte d'accidents secondaires dont la forme et le siège pourraient ouvrir d'autres voies à l'infection. Une mère dont la syphilis remonte à une époque très-antérieure à la naissance, devra nourrir son enfant. Ce sera même une obligation pour elle s'il porte quelques traces de la maladie ; car on serait coupable de le confier à une étrangère qu'il pourrait infecter, et il profitera pour sa guérison des soins administrés à sa mère. Mais si l'affection datait seulement des derniers temps de la gestation, surtout si l'enfant ne présentait aucune trace de syphilis, j'avoue que j'hésiterais à lui laisser le sein de sa mère. Car en ad-

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mettant qu'une surveillance attentive le mette à l'abri des inoculations d'accidents secondaires, il n'en subirait pas moins, par le lait maternel, une absorption mercurielle qui ne peut être considérée comme entièrement innocente. La conduite à suivre en pareil cas est déterminée par la position des malades ; mais si cela m'était possible, je soumettrais l'enfant à l'allaite ment par une chèvre. Il n'est question ici bien entendu que de l'allaitement par la mère ; car ce serait plus qu'une imprudence que d'accepter sciemment comme nourrice une femme en puissance de syphilis sous prétexte que son lait ne peut transmettre la vérole.

L'épilepsie et l'hystérie sont des contre-indications formelles à l'allaitement. Nous avons vu que les émotions violentes pouvaient avoir une action funeste sur la santé et même sur la vie de l'enfant, et les affections convulsives ne sauraient être sans danger pour lui à ce point de vue. J'ajouterai qu'au moment des crises, l'enfant pourrait subir, de la part de sa nourrice, les lésions les plus graves, sans qu'elle en ait conscience.

On a limité l'aptitude de la nourriture au sein, entre vingt et trente-cinq ans. Cette limite est tout à fait arbitraire, et ne tient pas compte des dispositions individuelles. Une femme de quarante-cinq ans peut avoir un lait excellent et en quantité suffisante. 11 peut cependant se faire que l'allaitement soit une cause d'épuisement chez les femmes trop jeunes, et qui n'ont pas encore acquis tout leur développement. Il ne faut pas limiter ainsi l'âge de la nourrice, mais examiner si elle remplit les conditions (,-ue nous avons indiquées.

11 est encore d'autres considérations importantes, qu'on ne doit pas négliger dans l'appréciation des exigences de l'allaitement : c'est le milieu dans lequel vit la femme qui doit nourrir au sein, les nécessités de sa position sociale, ses occupations, le logement qu'elle habite. Une aisance apparente n'est pas toujours l'indice d'un coinfort intérieur suffisant. Les commerçantes sont parfois absorbées par les travaux qu'exige la direction d'une maison importante. On est obligé de sacrifier l'intérieur aux affaires et les logements personnels sont alors malsains, insuffisamment aérés et dépourvus des conditions hygiéniques absolument nécessaires au développement d'un jeune enfant.

Ce sont là des circonstances dont le praticien doit tenir grand compte lorsqu'il est appelé à se prononcer.

De l'Influence de la mcn»trnatlon mur l'allaitement. — Le plus souvent,

les femmes ne sont pas réglées pendant le cours de l'allaitement. Cependant, chez un certain nombre, le retour de la menstruation se manifeste vers le quatrième ou le cinquième mois, plus souvent du neuvième au dixième. Pendant cette période, Le lait devient un peu plus séreux et moins abondant. Il est rare que cette altération passagère du lait ait quelque action sur la santé de l'enfant ; dans quelques cas cependant, il est atteint de coliques, il perd sa gaieté et parait un peu souffrant. Mais il est tout à fait exceptionnel de voir cette indisposition prendre des proportions sérieuses. Dans tous les cas, elle se dissipe au moment où la sécrétion périodique s'arrête. La réapparition des règles chez la femme qui nourrit n'est donc pas une contre-indication à l'allaite-

iovus au;. *J

ment. Ce retour prématuré de la fonction ovarienne détermine seulement parfois de la faiblesse pendant sa durée. Ce n'est que dans les cas où l'enfant en souffrirait d une manière très-sérieuse, qu'il faudrait avoir recours à la suspension de l'allaitement, soit définitivement, soit .pendant la période menstruelle. Alors on se résignerait, durant quelques jours, à l'allaitement artificiel.

Influence de* maladie* do wein Mur l'allaitement. — Nous avons déjà dit

que les inflammations de la mamelle étaient, dans beaucoup de cas, un motif de suspendre l'allaitement, en raison des risques qui existent de voir le pus se mélanger avec le lait. Les inflammations du mamelon : excoriations, fissures et crevasses, obligent souvent la mère à cesser de donner le sein à cause des douleurs excessives que détermine la succion. Nous examinerons ces lésions en traitant de la pathologie des accouchées.

Influence d'une çroNseme nouvelle mu* la lactation. — L'apparition d'une

nouvelle grossesse est le plus souvent une contre-indication formelle à la continuation de l'allaitement. Non pas que le lait prenne, dans ces conditions, des qualités particulièrement nuisibles, comme on le croyait, mais parce que la proportion de ses principes constituants se modifie d'une manière lâcheuse. D'après Becquerel et Vernois, la gestation aurait pour résultat, surtout vers sa terminaison, d'augmenter la quantité des éléments solides, et de diminuer celle de l'eau. On conçoit que ces inconvénients seraient d'autant moins évidents, que l'enfant arriverait plus près de l'époque du sevrage. Dans quelques cas, on voit reparaître les corps granuleux du colostrum ; souvent l'abondance de la sécrétion est notablement diminuée. Parfois même, la source en est tarie. Si quelques exemples bien observés prouvent que l'enfant n'a pas souffert du développement d'une nouvelle grossesse; dans l'immense majorité des cas, il n'en est pas de même : l'enfant dépérit, il est atteint de coliques et d'une diarrhée verte qui nécessitent un changement de nourrice.

L'innocuité du lait des femmes enceintes est donc l'exception, et, lorsqu'on a lieu de soupçonner une nouvelle grossesse, il faut surveiller avec soin la sauté de l'enfant. Parfois on a vu, dans ces conditions, le nourrisson, surtout lorsqu'il est proche de l'époque du sevrage, prendre en dégoût |c sein, et refuser de teter. J'en ai observé un exemple curieux chez une petite fille de dix-huit mois, très-intelligente, et qui était allaitée par une chèvre. Le jour même où la chèvre fut couverte par un bouc, elle témoigna sa répugnance pour sa nourrice d'une manière très-énergique et fort plaisante, et ne voulut plus la teter.

mV.les de l'allaite» em1

Avant de présenter l'enfant au sein pour la première fois, il faudra débarrasser le mamelon, au moyen de lotions, de la matière sébacée qui l'entoure sous forme de lamelles grisâtres, ou qui se trouve accumulée au fond des sillons où s'ouvrent les conduits de la glande. Ces lotions seront faites avec de l'eau sucrée pour exciter le désir de succion du nouveau-né.

L'enfant doit être présenté au sein quelques heures après l'accouchement et aussitôt que la mère est un peu reposée. Chez les primipares qui ont le

ots soins a l'enfant. . 707

mamelon mal formé et dont les seins ne laissent pas facilement échapper le lait, les premières tentatives sont en général inefficaces. Le besoin d'aliments ne se fait pas sentir d'une manière très-énergique et l'enfant s'endort sans faire d'efforts de succion. Cet état n'est que passager, et il est rare que le sein des femmes qui doivent être des nourrices suffisantes, ne laisse pas, dès le lendemain, couler le lait presque spontanément. Si cet obstacle persistaitdeux ou trois jours, on alimenterait l'enfant avec du lait tiède pur et non coupé d'eau, comme on le recommande. J'en dirai le motif en parlant de l'allaitement artificiel. Il ne faut pas attendre la montée du lait ou le moment de la lièvre pour commencer l'allaitement. Non pas qu'on doive attacher une grande importance à l'action purgative du colostrum, qui n'est pas fort nécessaire pour débarrasser le nouveau-né du inéconium; mais parce qu'à cette époque, la mamelle est gonflée, le mamelon s'écrase, est moins saillant, et sa base mal circonscrite. Ces cireonslances augmenteraient les difficultés des premières succions, qui seraient plus douloureuses pour la mère. Ajoutons que les réactions de la fièvre de lait sont plus intenses quand on n'a pas fait teter l'enfant avant qu'elle ne s'établisse.

Il faudra veiller pendant les premiers jours à ce que l'enfant prenne le sein, couché auprès de sa mère, qui s'incline un peu sur le côté pour que le mamelon tombe en quelque sorte dans sa bouche. La mère ne doit pas prendre la position assise à une époque où l'utérus, très-volumineux, obéit aux lois de la pesanteur, et tombe dans la direction anormale que la situation de la femme lui imprime. Les mouvements prématurés qui donnent au tronc une direction verticale, sont la cause la plus fréquente des déplacements de l'utérus qu'on observe après l'accouchement.

Au début, pour habituer l'enfant à teter, on lui introduira le mamelon dans la bouche, et on pressera le bout du sein pour en faire sortir le lait, de manière à guider son instinct.

Pendant les premiers jours, les enfants tetteut lentement et peu à la fois, bientôt ils se fatiguent et s'endorment sur le sein. Il faut éviter de leur laisser contracter cette habitude et on les place dans leur berceau aussitôt qu'ils cessent de pratiquer des succions, ce qu'il est facile de constater en examinant les mouvements du larynx et en écoutant le léger bruit qui se produit pendant la déglutition.

Après la fièvre de lait on commence a régler les repas du nouveau-né, on doit laisser un intervalle de deux heures entre chaque tetée, l'intervalle sera un peu moins grand pour ceux qui sont faibles et qui prennent peu de lait à la fois. C'est une très-mauvaise habitude que de donner à chaque instant le sein à l'enfant pour l'empêcher de crier, on fatigue son estomac en le remplissant d'un nouveau liquide avant que la digestion de celui qu'il a absorbé ne soit complète ou au moins très-avancée.

Il est important de l'habituer à ne pas teter la nuit. La mère a besoin de repos, et les fatigues de l'allaitement deviennent excessives pour les femmes délicates qui sont privées de sommeil, l'enfant lui-même se trouve bien de ce repos. L'habitude doit en être contractée presque dès le début de l'allaitement, on doit donner le sein vers dix ou onze heures du soir, puis vers six

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heures du matin. Les premières nuits sont pénibles, l'enfant crie et s'agite ; mais il faut s'armer de courage, il faut que la mère sache résister ut qu elle ne se laisse pas attendrir par ces plaintes. Au bout de peu de jours, l'entant semble comprendre que ses colères sont inutiles, et, l'habitude une fois prise, les nuits sont paisibles. Cette condition de l'allaitement est très-importante et je ne saurais trop insister sur sa nécessité dans l'intérêt de la mère et de l'enfant. Si le nouveau-né était faible et que l'on pût craindre, en raison de la petite quantité de lait qu'il absorbe a chaque repas, que l'intervalle de sept heures de diète lui devient nuisible, on pourrait, dans les premiers temps, lui donner une fois dans la nuit du lait de vache au moyen du biberon.

L'enfant sera habitué à prendre les deux seins, qu'on lui présentera successivement. A mesure qu'il avance en âge on éloigne les heures de l'allaitement, vers le second mois chaque repas sera séparé par un intervalle de trois heures. Le lait doit être sa nourriture exclusive jusqu'à l'âge de six mois.

Lorsque l'étal de l'enfant permet de douter que la quantité de lait absorbée à chaque repas soit suffisante pour son alimentation, il faut avoir recours à la méthode de N. Guillot, qui consiste à le peser avant et après qu'il a pris le sein. La différence des deux pesées indique la quantité de lait absorbé.

Bouchard, quia étudié avec soin cette question à la Maternité, a trouvé que la moyenne de chaque tetée serait successivement de 3, 15, iO et 55 grammes pendant les quatre premiers jours de la vie. Ce chiffre s'élève de 60 à 80 grammes pendant les cinq premiers mois et de 100 à 130 après cette époque.

Le même auteur a examiné la quantité totale de lait absorbé journellement pur l'enfant depuis la naissance jusqu'au neuvième mois et il a constaté les

moyennes suivantes:

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