‹ Traité complet d'accouchementsChapitre 165 sur 183 · GRAMME · texte numérisé non relu

GRAMME

Premier jour 30

Deuxième jour 150

Troisième jour 450

Quatrième jour 550

Après le premier mois 650

Après le troisième mois 750

Après le quatrième mois 850

De six à neuf mois .' 050

Il est rare qu'un vice de conformation de l'enfant fasse obstacle à la succion. Ordinairement l'inefficacilè de ses efforts tient à son inexpérience; le mamelon s'introduit sous la langue et le lait ne s'écoule pas. S'il existe des vices de conformation sérieux et incompatibles avec l'allaitement au sein, on cherche à y remédier; si cela est impossible on change le mode de nutrition. Dans les cas de paralysie faciale, il faut, en pressant le bout du sein, faire couler dans la bouche de l'enfant le lait qu'il ne peut teler, pendant les quelques jours que la guérison met à s'accomplir. La brièveté du filet de la langue s'oppose très-rarement à la succion. Dans le cas où cette anomalie serait un obstacle sérieux, on aurait recours à la section du filet qui s'opère au moyen des ciseaux dirigés sur le pavillon fendu de la sonde cannelée.

Vers l'âge de six mois on pourra ajouter au régime de l'enfant de petits potages. La bouillie faite avec de la farine, du lait et du sucre, est l'aliment clas-

DES S0I3S A ^ENFANT

sique et presque le soûl connu dans les campagnes. Mais trop souvent la manière dont on la prépare la rend indigeste et fort nuisible pour l'enfant. La farine mal cuile forme une espèce de colle, dont l'usage fatigue ses organes digestifs. Il faut donc avoir soin de veiller à ce que les bouillies soient parfaitement cuites; la farine sera seulement sècbée au four, et on évitera qu'elle ne soit torréfiée ou roussie. On pourra varier la nature des farines et employer celle de pommes de terre, l'arrow-root ou celle de riz. La panade de biscottes est un très-bon aliment.

Je préfère à ce mode d'alimentation, les potages au bouillon de bœuf, un peu dégraissé, dans lequel on fait cuire des pâtes : vermicelles, tapioca ou semoule. Il faut, je le répète, en surveiller la cuisson, el si l'on emploie le pain, le faire bouillir avec le bouillon pour faire ce qu'on appelle une soupe mitonnée. J'ignore les motifs qui portent les auteurs à réserver les potages gras pour un âge plus avancé ; le bouillon, constitue un aliment très-complet et d'une digestion facile. Pour ma part, je n'ai qu'à me louer de son emploi à partir du sixième mois, et je crois qu'il y a avantage à rompre avec une coutume traditionnelle qui n'est pas suffisamment justifiée.

11 n'y a aucun inconvénient à lui faire boire un peu d'eau rougie.

Pour habituer l'enfant, progressivement, à ce nouveau régime, on lui donnera d'abord de très-petites quantités de potage, puis on augmentera progressivement la dose à mesure que les besoins de nutrition rendent l'allaitement insuffisant.

Si plus tard on ajoute quelques aliments solides, il faut les choisir de nature à ce qu'ils soient dans un état de division, qui en rende facile la digestion stomacale. On pourra donner un peu d'œuf, de la viande coupée en trèsminces tranches, perpendiculairement à la direction de la libre musculaire. Il faut éviter de donner à l'enfant, sous prétexte de les lui faire sucer, des morceaux de viande d'un notable volume, il pourrait tenter de les avaler et on aurait à craindre des accidents.

On doit absolument proscrire cette détestable coutume qu'ont les nourrices de donner aux enfants, sous le nom de suçon, des nouets de chiffons contenant du pain ou d'autres substances. Indépendamment d'une solte habitude qu'il est difficile de faire passer, cette pratique donne lieu à une succion incessante de l'enfant sur ce chiffon, qui ne lui donne aucun aliment; il en résulte une insalivation continue et assez considérable, qui le fatigue.

Hygiène de la femme qui allaite. — Le régime des femmes qui allaitent ne présente rien de particulier, il doit être réparateur et fortifiant. Il serait puéril de leur interdire, comme on le recommande les boissons acidulées, l'usage de tel ou tel aliment. La femme ne doit rien changer à ses habitudes, et éviter tout excès de nature à troubler les fonctions digestives. La bière sera employée utilement comme boisson dans l'intervalle des repas. Il est bon de surveiller l'alimentation des femmes de la campagne qui se placent comme nourrices dans les familles; leur nourriture habituelle est surtout végétale, et il y aurait des inconvénients à lui substituer brusquement des aliments trop animalisès, le changement dans leurs habitudes doit se faire progressivement.

Rien que l'allaitement soit une fonction physiologique, it n'en constitue pas moins une cause d'affaiblissement notable chez les femmes qui ne sont pas très-vigoureuses. L'indication principale consiste donc à les tonifier, et à ce point de vue, l'exercice au grand air, les promenades seront d'utiles auxiliaires du régime tonique que nous avons préconisé.

Allaitement maternel. — L'allaitement maternel est le mode de nutrition le plus naturel et le plus favorable au nouveau-né. Les femmes qui cherchent a s'y soustraire sans motifs plausibles manquent à un devoir sacré. C'est là un principe incontestable et qui fait partie de la morale de tous les peuples.

Mais le principe posé, il serait absurde d'en outrer les conséquences et d'exiger dans tous les cas que la mère allaite son enfant. Les poètes et les moralistes ont écrit de fort belles choses sur ce sujet, mais ils n'ont pas qualité pour juger la question, et c'est le médecin seul, dont l'esprit exact écarte les entraînements du lyrisme et du parti pris, qui doit décider si une femme peut ou non allaiter son enfant.

La question est assez complexe et on a souvent à tenir compte de circonstances nombreuses et diverses qui peuvent influer sur la décision qu'on est appelé a prendre, car il faut avant tout que la santé de l'enfant soit entourée tin plus de garanties possible.

Nous avons indiqué plus haut les conditions physiologiques que doit présenter la femme qui veut nourrir. Nous rappellerons simplement ici celles qui ont le plus d'importance : 1° quantité suffisante et bonne qualité de lait ; 2° conformation normale de l'appareil mammaire ; 3° bon état de santé, vigueur suffisante pour supporter les fatigues de l'allaitement; ¥ absence d'affections convulsives.

Il est évident que les mères qui sont privées d'une ou de plusieurs de ces conditions essentielles, devront être considérées comme peu propres à nourrir. Cependant il faut tenir compte avant de prendre un parti, de ce qui doit advenir pour l'enfant. Si la situation des parents leur permet de choisir une nourrice sur lieu, qui sera immédiatement surveillée, point d'hésitation, car le bon lait d'une nourrice vaut mieux que le mauvais lait d'une mère. Mais si l'enfant devait être emmené par une nourrice, dans un pays éloigné, où il ne sera pas surveillé par des parents ou des amis de la famille, alors j'avoue que j'hésiterais un peu; j'ai constaté tant d'horribles choses de la part des nourrices abandonnées à leurs propres instincts, que je préférerais laisser l'enfant à sa mère, si elle n'était que médiocre nourrice, plulAi que de l'exposer aux chances désastreuses de l'éloignement sans surveillance. Je préférerais surtout avoir recours à l'allaitement mixte, bien que je le considère comme mauvais dans les premiers mois de la vie.

Après avoir examiné les conditions physiologiques relatives à la mère, il faut encore tenir compta de sa volonté. L'allaitement est une fonction trèspé lible, p'eine d asservi>scments et de fatigues, les femmes puisent dans leur amour maiernel le courage de les supporter. Mais parfois l'amour est tiède, les instincts de coquetterie fout redouter l'altération des formes, la mère ne veut ou ne peut sacrifier ses affaires ou ses plaisirs aux exigences de cette pénible fonction. Souvent le mari redoute pour lui-même les nuits sans som-

DES SOINS A L'ENFANT

mcil que les cris dp l'enfant occasionnent. Dans ces conditions, les conseils cl les exhortations du médecin auront bien peu de chances d'être écoutés.

Les partisans passionnés de la nourriture par la mère, ont été au delà du vrai en prétendant que les femmes qui n'allaitent pas sont plus exposées que les autres aux inflammations de la mamelle. C'est justement le contraire qui est exact, et il est d'observation, que les abcès de la glande sont de beaucoup plus fréquents chez les nourrices que chez les autres femmes, surtout après une lactation interrompue, abstraction faite, bien entendu, des maladies du mamelon qui surviennent exclusivement sous l'influence de l'allaitement.

Il n'est pas plus exact de dire que les femmes qui nourrissent sont moins exposées aux affections puerpérales. L'observation n'a nullement sanctionné cette manière de voir. Kn résumé, si l'on doit désirer que la mère obéisse à la loi naturelle, qui lui fait un devoir de nourrir son enfant, c'est surtout à cause des soins dévoués qu'elle lui prodiguera et qu'une femme étrangère lui accordera bien rarement. Cependant, si elle ne présentait pas les conditions nécessaires que nous avons indiquées, il faudrait combattre les aspirations de l'amour maternel et exiger, dans l'intérêt de l'enfant, qu'on ait recours a l'allaitement par une nourrice à gages.

Allaitement par une nourrice a gage». — Lorsqu'on est forcé de recourir à une nourrice à gages, on doit se montrer plus exigeant sous le rapport des qualités qu'elle doit présenter qu'on ne le serait pour la mère, indépendamment des conditiuns essentielles nécessaires à la femme qui veut allaiter, et que nous avons énumôrées plus haut. Elle doit remplir des indications particulières qu'il est bon de ne pas négliger.

Les nourrices à gages peuvent être divisées en deux classes : celles qui allaitent sur lieu, et celles qui emportent l'enfant à la campagne. Si cette différence n'entraîne aucune distinction entre les qualités exigibles, il n'en est pas de môme au point de vue des garanties nécessaires à l'existence de l'enfant. Nous nous occuperons d'abord des nourrices de la première classe.

Nourrices sur lieu. — Le médecin la choisira lui-même, lui seul est capable d'apprécier les circonstances qui peuvent la faire accepter ou refuser. Il la soumettra à un examen assez complot pour s'assurer qu'elle n'a aucune affection diathésique, surtout la scrofule et la syphilis. 11 examinera l'état du pharynx, et des ganglions lymphatiques ; et cherchera sur la peau la trace des taches ou des cicatrices qui résultent de ces affections. Il constatera l'état de santé de son enfant, et s'informera autant que possible, qu'il est bien à elle, et qu'elle ne l'a pas emprunté pour cette circonstance.

La nourrice doit être robuste, avoir les seins bien développés et pourvus d'un lait abondant, qui sera soumis à l'examen microscopique. Une belle dentition n'est pas une condition essentielle, cependant il ne faudrait pas que le mauvais état de la bouche fût un obstacle à la mastication, la nutrition pourrait en souffrir; ou qu'elle occasionnAt la fétidité de l'haleine. Elle doit avoir de 20 à 3,*> ans, c'est l'âge de la vigueur; plus jeune elle pourrait manquer de la maturité d'esprit nécessaire pour comprendre les devoirs de sa situation.

Je préfère les filles' mères aux femmes mariées, On peut exercer sur elles

ÀCCMH HKMRNT.

une surveillance plus complète et on n'a pas à redouter les exigences d'un mari qui vient souvent exploiter la famille. Une femme brune sera préférée, à qualités égales, à une blonde. Une pluripare a plus d'expérience et s'entend mieux à soigner l'enfant, qu'une primipare dont l'éducation n'est pas encore faite. C'est donc une circonstance dont il laut encore tenir compte.

Le lait de la nourrice doit avoir de deux à six mois au plus. Une femme qui vient de faire un élève, peut fournir une quantité de lait suffisante, mais on doit craindre que la sécrétion ne diminue ou ne tarisse avant que le nouveau nourrisson puisse s'en passer.

On dit qu'un jeune enfant renouvelle le lait, c'est une erreur. Seulement comme en raison de son âge il prend moins de nourriture que celui qui l'a précédé, les seins se gonflent dans les premiers jours.

Il est absolument impossible, dans le plus grand nombre de cas de s'assurer des qualités morales de la nourrice, ordinairement on la choisit sur-lechamp, et sa physionomie est la seule garantie qu'elle présente. Je n'ai pas besoin de dire combien ce renseignement est trompeur. Le plus souvent, elles se montrent exigeantes et d'un caractère difficile, elles exploitent de toutes les manières la tendresse des parents; leurs dispositions à se faire servir devient une source de querelles avec les autres domestiques. 11 est rare que celles qui ont l'humeur douce, ne se gâtent pas au contact des nourrices qu'elles rencontrent lorsqu'elles sortent l'enfant. Aussi, pour beaucoup de raisons, est-il prudent de toujours l'accompagner dans ses promenades. L'embarras qu'elles causant dans les familles est un motif qua le praticien doit faire valoir pour engager la mère à nourrir quand cela est possible.

J'ai pour habitude, toutes les fois que je choisis une nourrice, de la prévenir que je n'ai pas de préjugés relativement au changement de lait, et que si elle s'expose à donner des sujets de plaintes, je la remplacerai sans hésitation comme un autre domestique. Cette menace, que j'ai souvent mise à exécution, suffit ordinairement pour les empêcher de se montrer trop exigeantes.

Noorrices a ia ckmpagnb. — Lorsqu'on réfléchit à la misérable situation des enfants qui sont confiés aux nourrices de la campagne, le cœur se serre. On s'indigne de voir que dans un pays, où les éleveurs de chevaux, de bestiaux ou même de chiens, reçoivent des encouragements et des récompenses dans les comices et les expositions, de malheureux enfants se trouveut livrés sans surveillance, sans protection, à tous les dangers qui résultent pour eux de la routine, de l'indifférence, de l'incurie ou de la rapacité des nourrices mercenaires. J'ai formulé, il y a déjà une dizaine d'années, un plan d'organisation ayant pour but de soumettre les nourrices ù une surveillance efficace, sans constituer pour l'fitat une charge même légère. Il est vivement à désirer que ce plan ou tout autre, soit mis à l'étude ; que de pauvres créatures rencontrent enfin la protection û laquelle elles ont droit, et dont l'urgence est démontrée par le résultat des statistiques mortuaires.

Les principales causes de la mortalité qu'on observe dans ces conditions sont : d'abord l'allaitement insuffisant, la nourrice ne sevré pas son enfant et ne donne à ^étranger qu'une faible partie du lait dont il a besoin. Elle sup-

DES SOINS A L'ENFANT

plée à cette insuffisance par les aliments le plus souvent grossiers des gens de la campagne, et qui deviennent la source d'affections intestinales mortelles.

Le défaut de soins, la malpropreté et le froid sont encore des causes qui agissent d'une manière funeste sur l'enfant. La nourrice occupée au dehors par les travaux des champs, laisse presque continuellement, dans les premiers temps, 1 enfant dans son berceau, au milieu de ses déjections et trop souvent exposé au froid. On a noté que la mortalité est très notablement plus grande en hiver que dans les saisons chaudes.

Plus tard, quand il peut quitter son berceau, on le confie à des enfants trop jeunes, qui n'ont point assez de raison pour jouer le rôle de surveillants ; et le pauvre abandonné est exposé aux brûlures, aux chutes et à des accidents qui peuvent compromettre sa vie.

Il est certain que toutes les nourrices n'oublient pas aussi complètement leurs devoirs, et ne considèrent pas le petit être qui leur est confié, uniquement comme une source de revenu pour leur ménage. Cependant je crois que celles qui ont pour l'enfant des soins maternels constituent la minorité* et encore il faut tenir compte de l'esprit de routine de ces dernières et de leur ignorance des principes les plus élémentaires de l'hygiène.

Les dangers que court le nouveau-né chez les nourrices de la campagne, sont un peu atténués lorsqu'un parent ou un ami de la famille habite le même pays et se charge d'une surveillance active, ou lorsque l'enfant est envoyé dans une localité assez rapprochée du lieu de sa naissance pour qu'on puisse lui faire de fréquentes visites.

Il faut autant que possible choisir une nourrice qui ail une vache, si elle réserve la meilleure part de son lait pour son enfant, on pourra espérer au moins quelle donnera au nourrisson, celui de la vache, au lieu des soupes grossières, des bouillies mal cuites, et des pommes de terre qu'elles lui prodiguent trop souvent.

Les dangers que l'enfant peut courir chez les nourrices de la campagne doivent être signalés aux mères pour les engager à élever leur enfant lorsque ce la est possible.

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