ALLAITEMENT PAU LES ANIMAUX
AUaHeoMHt direct. — J'avoue que je préfère beaucoup ce mode d'élevage à celui que je viens de signaler. Je le place sur la même ligne que celui par la nourrice sur lieu, surtout lorsqu'il peut se faire dans la maison maternelle: non pas que le lait soit absolument aussi convenable pour l'enfant, mais cette condition défavorable se trouve compensée par la suppression des inconvénients que j'ai signalés en parlant des nourrices sur lieu.
Ce mode de nourriture n'est pas très-employé en France, parce que les conditions d'habitation permettent rarement de le mettre en usage à Paris, et que c'est de Paris que partent les préceptes qui font autorité. Dans quelques contrées de l'Allemagne et en Suisse, l'allaitement direct est très-employé et prend, dans certains cantons, les proportions d'une méthode générale. Ce qui prouve qu'il n'a pas les inconvénients que, théoriquement, on pourrait lui
reprocher. Dans les quelques cas où j'ai pu l'employer, je n'ai eu que des succès.
Les tableaux que nous avons donné (page G94) de la composition chimique du lait mettent en relief quelques points intéressants qui trouvent ici leur place. Nous avons vu que, des treize analyses du premier tableau, il n'en est pas deux qui fournissent des résultats identiques, et que certaines présentent dans les principes constituants des écarts très-notables avec les chiffres acceptés comme moyennes. J'ajouterai que les résultats signalés par chacun des auteurs portent, non pas sur une seule expérience, mais sur un groupe de faits présentant des maximum et des minimum qui s'éloignent encore plus individuellement des limites moyennes. Il est fort probable qu'on trouverait les mêmes variétés si les analyses étaient aussi nombreuses pour les animaux. Il en résulte que si en théorie on s'attache à un type, dans la pratique on rencontre, sans s'en douter, des femmes dont la composition du lait diffère plus de la moyenne normale qu'il ne diffère de celui des animaux. Il se pourrait donc que les résultats désastreux de l'allaitement artificiel soient dus plutôt à la manière dont le liquide est administré qu'à sa composition.
On a dit que le lait d'ànesse est celui qui se rapproche le plus du lait de femme. Cela est peut-être vrai, mais il faut remarquer qu'il se rapproche surtout des laits pauvres ; il contient moins de parties solides. Les chiffres du beurre, de la Incline et du caséum sont relativement faibles ; il contient plus d'eau et de sels. Celui de la vache est trop riche en beurre, en caséum et en sels, mais il est pauvre en Incline. Celui de la chèvre se rapproche beaucoup de ce dernier avec un léger excès de beurre.
Nous rappellerons qu'on peut atténuer cet excès d'éléments plastiques en empruntant à l'animal seulement les premiers produits de la traite, qui sont moins chargés de matières solides que lorsque la mamelle commence a se vider. Cette précaution, impossible chez la femme, est praticable sur les animaux, car ils ont plus de lait que n'en peut consommer un nouveau-né.
Dans l'allaitement par ce procédé , il faut tenir compte non-seulement de la composition du lait, mais encore de. la commodité ou même de la possibilité de disposer de l'animal qui doit nourrir. La vache ne peut quitter 1 etable, et il faut , la nuit , l'hiver, lui porter l'enfant, ce qui ne serait pas sans inconvénients. De plus, ses trayons sont trop volumineux, et ne peuvent pas être saisis facilement par le nouveau-né. Les mêmes difficultés se rencontrent pour l'Anesse; il n'en est pas de même de la chèvre, ses trayons sont petits, et on peut l'appeler dans l'appartement, lorsqu'on a besoin de ses services.
C'est donc à la chèvre que l'on doit exclusivement avoir recours. Le lait qu'elle donne est assez abondant pour nourrir *leux enfants. Le nouveau-né pourra prendre seulement la partie séreuse du lait de chaque mamelle, on tirera artificiellement et de suite la partie plus chargée d'éléments plastiques, de manière à ce que le liquide soit redevenu séreux quand l'enfant tettera de nouveau. Ces précautions ne sont guère utiles que dans les deux premiers mois, car l'enfant est bientôt assez développé pour supporter un lait plus nutritif.
On sait que le régime a une certaine influence sur la composition du lait.
IHÎS SOINS A L'ENFANT.
Tir»
II eut donc été fort utile de savoir quel est le genre d'aliments qui pourrait rendre le lait un peu séreux sans fatiguer ranimai. Des recherches assez nombreuses ont été faites dans ce but, mais leur résultat est contradictoire. Ainsi, Péligot croit que la betterave est l'aliment le plus propre à faire un lait riche en principes plastiques ; tandis que Vernois et Becquerel la considèrent comme parfaitement convenable pour produire un lait séreux.
On a dit que le lait est moins odorant chez les chèvres blanches que chez les autres, on la choisira donc de cette couleur. L'animal sera tenu très-proprement, sa litière de paille devra être changée tous les jours ; enfin , il faut éviter de la laisser constamment enfermée dans l'étable. La chèvre est trèséducable, elle ne tarde pas à témoigner une véritable affection à l'enfant, et se prête avec beaucoup de docilité à son rôle de nourrice.
Dans les commencements, il est bon , pour éviter les inconvénients de ses mouvements brusques, de rattacher par les cornes à la muraille au moyen d'un lien un peu court; on lui donne quelques poignées de son ou de fourrage, pour l'occuper pendant que l'enfant tette. La mère tient ce dernier dans un petit berceau disposé sous la bêle , de manière à ce que le pis arrive à sa bouche. Au bout de peu de temps la chèvre accourt au moindre appel , et se place d'elle-même dans la situation convenable.
Dans le cas où une syphilis vient s'opposer d'une manière absolue à ce que l'enfant soit confié à une nourrice, l'allaitement par une chèvre présente cet avantage, qu'on peut modifier son lait au moyen de préparations me/curielles et de l'iodure de potassium.
Allaitement «rtifleiei. — An biberon, à la cuillèi'e, au gobelet. — C'est de tous les modes de nutrition le plus défectueux, il doit être absolument rejeté à Paris et dans les grandes villes, où il donne des résultats déplorables. S'il réussit mieux à la campagne, cela tient principalement à ce que l'air est moins altéré et plus tonique, et à ce que le lait n'est pas au'ant sophistiqué. Cependant il est nécessaire que l'allaitement artificiel soit intelligemment dirigé et que les conditions mauvaises, que nous avons signalées chez les nourrices de la campagne, ne viennent pas s'ajouter aux chances défavorables de ce mode de nutrition.
Villermé, dans sa statistique sur les décès des enfants trouvés, a mis en évidence les dangers qui résultaient pour eux de l'allaitement artificiel. A Lyon on les confiait a des nourrices au sein, la mortalité n'a été que de 5."» p. 100; à Reims, ils étaient élevés au biberon, et la proportion des morts a monté à fi4 p. H)0. Ces chiffres n'ont pas besoin de commentaires.
C'est le lait de vache qu'on emploie habituellement. Tous les auteurs recommandent de le couper avec de l'eau pendant les premiers mois pour qu'il soit moins nourrisant. Je ne crois pas que ce précepte, si généralement adopté, puisse être suivi sans inconvénients. En examinant le lait de la femme, nous avons vu qu'il suffit d'une laible addition d'eau pour le rendre séreux et moins propre à l'allaitement. La nourriture artificielle est déjà par elle-même une condition défavorable, qui parait tenir en partie à la manière dont le liquide est administré ; il semble que le lait, qui s'est refroidi au contact de l'air, ait perdu une de ses propriétés, et qu'il est moins propre à l'alimentation du
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jeune enfant, évidemment, ces conditions défavorables seront considérablement accrues, si on altère le lait par l'addition d'une quantité d'eau qui dilue ses éléments plastiques, et les fait descendre très au-dessous de ceux qu'on trouve dans le lait des mauvaises nourrices.
Cazeaux* recommande, dans la première semaine, d'ajouter à une partie de lait de vache trois parties d'eau, et d'opérer le mélange par parties égales pendant les deux premiers mois. Le lait de femme contient \ H de parties solides, et celui de vache 156 ; en mélangeant ce dernier de trois quarts d'eau, on le fait descendre à 54 pour la première semaine et à 65 pour les pi emiers mois! Est-il possible d'admettre que la santé de l'enfant puisse s'accommoder de ce détestable régime , et ne serait-il pas infiniment plus conforme à la raison de lui donner du lait pur, qui s'écarte beaucoup moins, par sa composition, de celui de la femme, avant qu'après le mélange qu'on lui fait subir?
Ajoutons que si on prend à la vache seulement le lait de la première traite, qui est moins riche en caséum, on se rapproche presque complètement du lait humain.
Les proportions du mélange, que j'ai indiquées plus haut, n'appartiennent pas à Cazeaux, mais bien à la tradition ; le seul reproche qu'on puisse faire à cet auteur est d'avoir accepté un précepte funeste et de ne pas avoir réagi contre une doctrine qui ne s'appuie sur aucune expérience comparative digne de confiance. Il est certain que dans ces conditions on aggrave artificiellement les dangers de ce mode d'allaitement, et qu'on ne doit pas être surpris de voir succomber les enfants soumis A un régime qui abaisse de 77 et de 46 p. 1^0 la proportion des principes nutritifs qu'ils doivent s'assimiler.
Pour éviter les dangers d'une alimentation trop réparatrice , on donne au nouveau-né un breuvage détestable et qui ne peut le nourrir d'une manière suffisante.
Quand je suis forcé de subir les conditions défavorables de ce mode d'allaitement, je conseille le lait pur. Dans les grandes villes le commerce se charge de le mélanger au delà des proportions nécessaires, et, à la campagne, ou peut ne donner à l'enfant que le produit de la première traite. Je préfère subir les inconvénients possibles d'un excès de richesse, que de confier à des mains inintelligentes et incompétentes, la tache fort difficile d'opérer un mélange dont le dosage ne peut être déterminé d'avance, en raison de la différence décomposition que présente journellement le lait employé.
Lorsque Grisolles faisait le service des nouveau-nés, il observa que des enfants nourris avec le lait pur du commerce de Paris succombaient avec les symptômes de la mort par inanition. 11 arrêta ces accidents en substituant a ce liquide un lait d'origine certaine et dont la pureté était garantie.
On a recommandé de donner à l'enfant du lait tiède. Il est probable que le conseil serait bon à suivre si l'on pouvait compter sur une température toujours égale, si surtout ou ne réchauffait pas à chaque instant, au moment de s'en servir, celui que contient le biberon. Je ne saurais dire l'action, qu'une pareille manière défaire, peut exercer sur la composition du liquide, cependant il est douteux qu'elle soit sans inconvénients.
11 est profondément regrettable que, sur ces points si importants de la pra
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tique journalière, on en soit réduit aux principes de la routine, et qu'on ne puisse pas chercher une opinion dans les résultats d'une expérimentation sagement dirigée. Je sais que les affirmations ne manquent pas ; mais, lorsqu'on veut remonter aux principes sur lesquels elles se fondent, on ne trouve absolument rien qoi mérite une attention sérieuse, rien qui soit d'accord avec les règles générales de la physiologie et de l'hygiène, telles qu'on les comprend de nos jours.
Le procédé d'allaitement artificiel le plus convenable est celui du biberon muni d'un bout en ivoire ramolli. L'instrument doit être tenu très-propre, il faut le laver souvent pour éviter l'altération du lait qui s'aigrit facilement dans la partie de l'appareil en contact avec la bouche de l'enfant. Le biberon se rapproche mieux de l'allaitement naturel que les autres procédés, le lait coule lentement dans la bouche du nourrisson et se mélange avec les liquides salivaires qui en facilitent la digestion. 11 n'en est pas de même dans l'allaitement par la timbale ou la cuiller qui doivent être rejetés.
Le lait employé ne doit pas subir l'èbullition qui le prive de l'air qu'il contient, et le rend plus indigeste. L'allaitement artificiel devra être adopté lorsque l'enfant est syphilitique, que la mère ne peut le nourrir elle-même ou qu'on ne peut avoir recours à la chèvre.
Allaitement Mixte. — L'allaitement mixte est un compromis entre deux méthodes, l'une bonne et l'autre détestable. Il ne saurait donc offrir de résultats très-avantageux. Cependant j'accepte, sans trop de répugnance, ce mode de nutrition par la mère, lorsqu'elle fournit à l'enfant au moins la moitié de ce qu'il lui est nécessaire, et qu'elle n'est pas dans des conditions à prendre une nourrice sur lieu. Les dangers qui résultent, pour l'enfant, de son séjour cher une nourrice non surveillée sont assez sérieux pour que je préfère lui voir subir les inconvénients de l'allaitement mixte. Entre deux dangers on doit choisir le moindre.
On a recours à ce mode d'alimentation chez les femmes dont le lait n'est pas assez abondant, ou qui ont deux jumeaux à nourrir. On supplée à l'insuffisance de la sécrétion lactée au moyen du lait de vache.