VACCINATION
Il a été publié sur la vaccine un nombre considérable de recherches et cependant on n'est pas entièrement d'accord sur tous les points de la question qui se rattache à son origine. Je laisse de côté la partie doctrinale de la vaccine, qui m'entraînerait à des développements beaucoup trop étendus, pour n'en traiter ici que la partie pratique.
Du vaccinifer. — Pour que la vaccination possède toutes ses propriétés préservatrices contre la variole, il est nécessaire de choisir un virus actif et énergique. Il est hors de doute que le vaccin s'affaiblit en passant par des générations successives, il est donc nécessaire de le régénérer aussi souvent que possible en le prenant à sa source c'est-à-dire sur le pis de la vache.
Indépendamment de cette cause principale, il se peut que l'efficacité de la préservation soit diminuée parce qu'on emprunte le virus à des enfants chez lesquels l'éruption est dans un état d'évolution trop avancé, par exemple après le huitième jour. En outre, le vaccinifer peut être dans de mauvaises conditions pour que de belles pustules se développent. Il parait établi que les enfants chétifs et faibles transmettent une vaccine de qualité inférieure à celle fournie par des sujets vigoureux et bien portants.
Il faut éviter d'emprunter le vaccin à un sujet revacciné, ou atteint antérieurement de la variole. Trop souvent dans ces conditions, l'éruption est irrégUlière et ne transmet qu'une fausse vaccine, dont la propriété préservatrice est nulle.
Il est donc fort important de distinguer la vraie de la fausse vaccine. On les reconnaîtra aux caractères suivants :
Vaccine vraie. — Ce n'est que le deuxième ou le troisième jour qu'on voit apparaître sur les points piqués par la lancette, une petite papule dure et prurigineuse qui contient déjà de la matière vaccinogène, mais en quantité extrêmement faible, et peu énergique. Le cinquième jour, l'élevure a pris plus de volume ; au sixième elle s'élargit, prend une teinte blanche et nacrée et s'ombilique au centre. Le septième et le huitième jour elle augmente d'étendue, s'entoure d'une aréole rouge et le tissu cellulaire voisin s'enflamme. Le neuvième et le dixième jour l'aréole s'étend, l'engorgement des tissus voisins augmente ; souvent les ganglions axillaires se prennent et on voit survenir de la fièvre et de l'agitation. Au onzième jour, l'aréole s'éteint et devient jaune, la pustule se flétrit, et se brunit ; elle subit la dessiccation du douzième au treizième, et la croûte tombe du vingt au vingt-cinquième, en laissant une cicatrice gaufrée.
La pustule vaccinale au début, présente une simple papule qui se transforme en vésicule aréolaire, dont les cellules indépendantes contiennent un fluide transparent qui est le vaccin. A une période plus avancée, c'est-àdire vers le neuvième jour, la suppuration s'établit, les cloisons se rompent et on ne trouve plus qu'une seule cavité.
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Fausse vaccine. — Elle se montre, dès le premier ou le deuxième jour de l'insertion, elle ne présente ni la forme ombiliquée, ni la blancheur nacrée de la vaccine vraie. La vésicule est globuleuse ou acuminée ; quand on la perce, elle se vide d'un seul coup, car elle n'est pas aréolaire. Du qualrième au septième jour, elle se sèche et disparait sans avoir déterminé aucune réaction générale. Parfois il n'existe qu'une simple papule volumineuse et qui devient le siège d'un prurit intense. Même dans ces conditions, la fausse vaccine peut cependant parfois donner lieu à une fièvre légère et à de la courbature.
Depaul en ces derniers temps a voulu réhabiliter la doctrine déjà ancienne de l'identité de la vaccine et de la variole. La première procéderait de la seconde, et les différences qu'on observe résulteraient des modifications su* bies en traversant l'organisme humain, ou en passant par les animaux. Il serait donc à peu près indifférent d'avoir recours au vaccin ou au virus variolique.
Chauveau a substitué l'expérimentation rigoureuse, aux faits mal observés et aux suppositions théoriques. Il a démontré qu'il n'est plus possible d'admettre l'identité des deux virus ; dans leur transmission de l'homme aux animaux, ils conservent leurs caractères propres, sans jamais se transformer. La variole humaine inoculée aux animaux retourne à l'homme sans la moindre modification dans sa physionomie et avec toutes ses propriétés contagieuses. Ajoutons que les caractères anatomiques de la pustule, dans les deux éruptions, diffèrent complètement, et c'est un critérium qui a son importance dans la classification des affections de cette nature. Chauveau a de plus prouvé que si dans un grand nombre de cas "l'inoculation de la variole donne lieu à une éruption légère et discrète, trop souvent elle devient confluente et dans les expériences de Lyon, on a enregistré plusieurs décès.
Il faut donc repousser cette pratique dangereuse, qui voudrait nous ramener en arrière jusqu'au delà de la découverte de Jenner. Non-seulement on fait courir un danger de mort a l'enfant qu'on inocule, mais il devient luimême un foyer de contagion pour ceux qui l'entourent. Un praticien serait coupable d'avoir recours à un t-1 procédé, jugé par l'expérimentation ; et la seule circonstance qui pourrait le faire excuser, serait le manque de vaccine dans un pays envahi par une épidémie grave de variole.
D« vaedné. — L'enfant qui doit être vacciné n'a besoin de subir aucune préparation. Cependant il est préférable de choisir le moment où la santé est bonne, pour ne pas ajouter, à l'ébranlement cau.^é par la maladie, les phénomènes généraux qui accompagnent parlois l'évolution de la vaccine. 11 n'y a aucun inconvénient à vacciner l'enfant dans les premiers jours de sa naissance, il est prudent de le faire en temps d'épidémie.
On emploie pour pratiquer cette petite opération une lancette, je préfère une aiguille canelée. dont l'extrémité est plutôt coupante que trop aiguë. Après avoir chargé sa canelure de fluide vaccin, on la fait pénétrersous 1 épidémie, par un mouvement de rotation, lorsqu'on la retire il ne s'écoule pas une seule goutte de sang.
Le fluide doit être emprunté à une pustule parvenue au sixième ou septième
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jour de son évolution, on dilacère avec- précaution les cellules qui contiennent la lymphe, de manière, autantque possible, à ne pas faire couler le sang. On voit sourdre alors des gouttelettes de lymphe, qui doivent être limpides et transparentes. Après avoir chargé l'aiguille, on saisit le bras de l'enfant et on pratique vers l'insertion inférieure du deltoïde trois piqûres disposées en triangle de manière à occuper peu déplace, et cependant assez espacées pour que les pustules ne s'unissent pas par leurs bords. Il ne faut pas oublier que ces cicatrices sont presque indélébiles et que les petites filles porteront plus lard des manches courtes. Une seule inoculation suffit pour obtenir la préservation, si on en fait plusieurs c'est que parfois l'insertion de la lymphe n'a pas lieu sur toutes les piqûres quand l'aiguille est mal chargée. C'est donc une simple garantie contre un échec qui forcerait à renouveler l'opération.
Le procédé de vaccination le plus efficace est celui de bras à bras ou mieux encore de la vache à l'enfant ; le docteur Lanoix a fondé une maison de vaccination où la lymphe est fournie par des génisses ; je souhaite vivement que cette entreprise réussisse ; on sera toujours sûr au moins d'avoir de bon vaccin, et las familles seront rassurées contre ce fantôme de la syphilis vaccinal si malheureusement évoqué en ces derniers temps.
Cependant je dois dire que le vaccin fourni par les génisses de Lanoix, est loin d'avoir l'énergie du cowpox naturel, il est même un peu inférieur sous ce rapport à notre vieux vaccin. Voici comment j'explique cette différence. Lorsqu'on inocule à l'homme le produit d une pustule de variole, il se développe, le plus souvent, une éruption teaucoup moins énergique que lorsqu'elle résulte d'un simple contage.
Le cowpox est ln variole de la vache, son inoculation artificielle a une génisse, produit ce qu'on observe pour la variole chez l'homme : un virus affaibli.
A défaut de vaccin puisé immédiatement à la source, on emploie le vaccin conservé, s'il est sur plaque, on le délaye dans une quantité d'eau aussi faible que possible. 11 est préférable de le recueillir dans des tubes capillaires très-légèrement renflés à leur partie moyenne; il conserve mieux ses propriétés, et, comme il reste liquide, on peut l'employer sans mélange avec l'eau.
Lorsque le tu)>c est chargé, on en soude les deux bouts en les présentant à la flamme d'une allumette, et on casse les extrémités quand on veut s'en servir. Il est cependant préférable de fermer le tube en lui faisant traverser une petite boule de cire, parfois la chaleur altère le vaccin.
RÉSUMÉ