MÉNOPAUSE
son enveloppe extérieure se plisse et se creuse de rides, son volume décroît au point que chez des vieilles femmes on a vu l'ovaire transformé en cordon cartilagineux, et même dans quelques cas être complètement résorbé.
Les modifications de forme et de texture se manifestent également sur les autres régions de l'appareil de la génération. Les trompes s'atrophient et fort souvent s'oblitèrent; l'oblitération commence parle milieu et s'étend vers les extrémités.
L'utérus subit de lentes transformations dont la plus remarquable est l'occlusion de l'orifice interne du col, signalée par plusieurs auteurs. Guyon,dans ces derniers temps, a complété leurs descriptions. Chez vingt femmes de 55 à 70 ans, Guyon a constaté treize (ois une oblitération absolue. Il existait un rétrécissement plus ou moins marqué dans cinq cas ; chez les deux autres les cavités du corps et du col communiquaient librement. Il existe donc une ten dance manifeste à l'isolement de la cavité du corps après la ménopause. Le septum qui forme la séparation a de A à H millimètres d'épaisseur, il est résistant ; cependant il cède sous l'effort d'une sonde métallique vivement poussée. La forme de la cavité utérine est parfois altérée, mais le plm souvent elle conserve sa physionomie et s'accroît de quelques millimètres ians son diamètre vertical. Elle est distendue plus ou moins par un mucus à peine visqueux, limpide, trouble ou coloré par du sang. Ce mucus contient de l'épit hélium et des granulations graisseuses.
Le col présente souvent chez les vieilles femmes une atrésie de son orifice externe, coïncidant presque toujours avec l'oblitération de l'orifice interne ; cette atrésie n'est jamais complète, un ou deux pertuis permettent l'écoulement du mucus. La cavité cervicale, qui est toujours conservée, se trouve donc alors circonscrite entre deux septums; elle contient assez souvent un bouchon gélatineux analogue à celui de la grossesse. La muqueuse présente des rides et des rugosités. Parfois la largeur du col a diminué, mais c'est surtout dans le sens de la longueur que cette diminution s'opère. La portion vaginale disparaît le plus ordinairement, le museau de tanche s'efface au point qu'on ne trouve plus au fond du vagin qu'un simple resserrement, ou un léger bourrelet. Ainsi pendant que le corps conserve sa longueur et même continue a s'accroître de quelques millimètres, le col subit une diminution à peu près constante.
La circulation utérine s'amoindrit. On attribue ce phénomène à l'incrustation des parois des artères utérines. Les veines utérines deviennent variqueuses et contiennent des coagulums sanguins formés spontanément. On a dit que le vagin subissait un rétrécissement, que ses parois s'épaississaient et même dans quelques cas devenaient cartilagineuses; j'avoue que je n'ai jamais pu constater ces modifications qui ne se produisent du reste que dans la vieillesse. On a dit aussi que les mamelles subissaient la mort physiologique qui frappait les autres organes de la génération et que la glande s'atrophiait. Je pense que de nouvelles recherches sont nécessaires sur ce point et que souvent on a confondu la diminution du tissu cellulaire de la région mammaire avec l'atrophie de la glande.
Les physiologistes qui ont étudié !a monopausc ont laissé dans l'oubli ua
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point «les fondions génitales <jni nie semble devoir être mentionne. Dans l'acte de la reproduction, il exisle chez la femme deux phénomènes parfaitement indépendants et dont la coïncidence est loin d'être constante ; je veux parler de l'aptitude à la fécondation, et de l'aptitude à la sensation voluptueuse. Nous savons que la ménopause détruit la première de ces facultés; en est-il de même de la seconde? J'ai fait, sur ce jioint délicat de physiologie, des recherches qui me permettent d'affirmer: que si les femmes d'un tempérament froid, chez lesquelles la sensation naissait rarement et difficilement, semblent perdre complètement cette aptitude à l'époque de l'âge critique, celles qui sont douées d'un tempérament passionné peuvent la conserver assez longtemps après que révolution ovarienne s'est supprimée. On comprend que sur ce point il existe des différences individuelles et qu'il est fort difficile de limiter cette persistance. On peut cependant en conclure que le sens génital de la femme est indépendant de la fonction de reproduction.
J'ai donné des soins à une dame complètement privée de vagin, chez laquelle le toucher ne permettait de reconnaître aucune trace de l'utérus ; elle n'avait jamais présenté les phénomènes périodiques qui se montrent dans ces conditions à défaut des règles lorsque les ovaires existent, et qui témoignent de l'évolution vésiculaire; cependant elle recherchait les caresses incomplètes de son mari et ressentait vivement les sensations génitales.
Prodromes et symptômes de la ménopause. — La fonction menstruelle cesse parfois brusquement, sans qu'aucun phénomène précurseur en avertisse la femme. Parfois elle s'éteint lentement, par la diminution progressive de la quantité du sang perdu; c'est la terminaison la plus favorable. En général la ménopause est accompagnée de troubles dont l'intensité peut être assez grave et la durée de quelques mois ou de plusieurs années. Chaque époque est marquée par une perte abondante avec caillots, dont l'expulsion est douloureuse ; — le sang apparaît à peine quelques heures; — tous les prodromes de l'éruption se manifestent et le sang est remplacé par un écoulement leucorrhéique ; — la périodicité est troublée, les règles apparaissent plusieurs fois pendant un mois ou sont supprimées pendant plusieurs, pour reprendre ensuite momentanément leur régularité. Ces oscillations, ces symptômes morbides, qui rév èlent les troubles de l'évolution vésiculaire peuvent s'unir, se combiner dé diverses manières et retentir sur l'état général lorsqu'ils sont intenses. On voit alors apparaître la série des phénomènes pathologiques que nous avons déjà notés au début d'une puberté laborieuse et qui se reproduisent à l'Age critique. Cependant il ne faut pas perdre de vue que nous avons ici un élément pathologique qui manquait à l'apparition des premières règles. La ménopause brise une habitude de l'économie contractée depuis de longues années ; elle supprime une espèce d'exutoire puissant que rien ne remplace, si ce n'est la combustion plus active du carbone par le poumon. Dans l'appréciation de l'état maladif qui survient vers cette époque, il faut sans doute tenir compte des altérations fonctionnelles de l'ovaire; mais il faut noter aussi le rôle important que joue en pathogénie la brusque suppression des habitudes, et je n hésite pas à attribuer à cette dernière cause les troubles persistants qui se montrent souvent après la ménopause.
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Influence de la cessation des règles sur les maladies. — On a cru longtemps que la ménopause était pour les femmes une époque pleine de dangers ; cette raison a fait donner le nom d'âge critique à cette période de l'existence. Les statistiques de Deparcieux, Benoiston de Chàteauneuf, Finlayson, Muret et Odier, de Genève , démontrent d'une manière évidente que la mortalité n'est pas plus grande à cette époque qu'à toute autre, en tenant compte, bien entendu, de celle qui est due aux progrès de l'Age. Cependant il est assez ordinaire de voir des maladies de diverses natures survenir à ce moment et acquérir un certain degré de gravité. J'ai fait connaître la cause à laquelle* j'attribue ces manifestations morbides : c'est la suppression brusque d'une habitude que l'organisme subissait depuis longtemps. Aussi les troubles sont-ils plus notables en général, lorsque la suppression se fait brusquement que lorsqu'elle survient d'une manière lente et graduelle.
Cette disposition à l'a maladie étant admise, faut-il lui accorder une importance aussi considérable que certains auteurs ont cru pouvoir le faire? A mesure qu'on compte les faits et qu'on les examine avec plus de soin, l'exagération diminue et il est probable qu'on ne s'arrêtera pas dans cette voie.
Les anciens considéraient la ménopause comme le point de départ du plus grand nombre d'affections diathésiques et de maladies utérines. Parmi les plus redoutables, le cancer se montrait en première ligne. Les statistiques de Boivin, Tancbou et Farr, les travaux de Lisfranc, prouvent que le plus fréquemment le cancer débute chez la femme de 20 à 55 ans, c'est-à-dire au moment où l'utérus est dans toute son activité fonctionnelle. Si l'âge critique n'en est point exempt, on ne peut cependant pas lui attribuer le rôle de cause déterminante manifeste. Malgaigne a établi qu'il en était de même pour les polypes utérins; sur 51 cas rassemblés dans sa thèse, le chiffre maximum 20 porte sur la période de 50 à 40 ans. Sur 57 cas de polypes utérins observés par Dupuytren, 19 se sont déclarés de 50 à 59 et 25 de 40 à 49 ans.
On a signalé encore à cette époque la grande fréquence de la mètrite chronique et surtout des hémorrhagies. Si la statistique n'est point venue démontrer d'une manière évidente l'exactitude de cette dernière affirmation, et dans quelles proportions l'accident se manifeste, on peut cependant en admettre la probabilité. La fluxion habituelle qui se produisait mensuellement vers les organes pelviens peut expliquer la prédisposition aux métrorrhagies et aux hémorrhoïdes. Il est possible encore que le sang s'échappe par une autre voie et qu'on constate des épistaxis, des hématémèses, des hémoptysies; mais ces dernières manifestations sont certainement exceptionnelles.
Je ne parlerai pas des maladies diverses telles que érysipèles, affections rhumatoïdes, cutanées, etc., que des auteurs, s'appuyant sur quelques observations, ont déclarées fréquentes.
- Les phénomènes morbides de la ménopause se rattachent surtout au groupe des névroses ; mais on constate plutôt des névropalhies protéiformes qu'une maladie spéciale et nettement déterminée. Ce sont des céphalées qui peuvent s'accompagner de vertiges; des troubles de l'appareil digestif : dyspepsies, gastralgies, eutéralgies avec ou sans diarrhée ; des aberrations
IMIYSIOLOCIR.
de sensations, des palpitations, des douleurs vagues ou erratiques. Ces symptômes peuvent se succéder ou se combiner chez le même sujet pendant une durée de plusieurs mois ou de quelques années.
On a voulu voir, d'après quatre observations de Pinel et de Béclard, une coïncidence entre la ménopause et l'apparition de l'êpilepsie; mais le nombre des faits invoqués est trop restreint pour avoir la moindre signification. Hoffmann et Grisolle acceptent cette coïncidence pour l'hystérie ; Vigaroux, Hardy, Béhier et Menville de Ponsan croient au contraire que l'hystérie est favorablement modifiée par la cessation des règles : de sorte que sur ce point le doute est encore le parti le plus sage.
Ce qu'on a dit au sujet de l'hypochondrie est peut-être mieux fondé. Il est certain que le caractère de la femme est souvent modifié d'une manière défavorable. Faut-il attribuer ces modifications à l'ébranlement nerveux qu'elles subissent, ou aux regrets d'un passé que l'avenir ne peut remplacer? L'ètiologie en est souvent trop complexe pour qu'on en puisse distinguer les éléments. Parfois on voit naître, à l'âge critique, une passion nouvelle qui vient succéder à celles que l'âge a forcées de disparaître. La femme devient alors, selon le milieu où elle a vécu, joueuse, ivrogne ou dévote. Fontenelle disait de certaines converties de son temps : « On voit bien que l'amour a passé par là ; — aimer Dieu, c'est encore aimer. »
Époque oh la ménopause se manifeste. — Nous avons vu que l'âge où s'établit la puberté oscille dans des limites assez étendues. Il en est de même pour l'âge critique. Menville cite des femmes qui ont perdu leurs règles à 22 ans; d'autres à 26, 28 et 50 ; Bernstein et Blancard en citent qui les ont conservées jusqu'à 80, 90 et 106 ans. On ne peut enregistrer ces faits que comme des exemples curieux de ménopauses précoces ou tardives sans importance au point de vue de la généralisation. Dans nos climats, la cessation des règles a lieu le plus souvent entre 40 et 50 ans. Sur 181 cas, Brierre de Roismont l'a vue survenir 114 fois dans celte période décennale. Pelrequin, dans 60 cas, l'a notée de 55 à 40 chez 1/8 ; — de 40 à 45 chez 1/4 ; — de 45 A 50 chez 1/2 ; — de 50 à 55 chez 1/8. Enfin Baciborski et Dechambre, d'après leurs recherches à la Salpôtrière, fixent à 46 ans l'âge moyen de la ménopause.
11 n'est point exact de dire que les règles cessent plutôt chez les femmes dont la puberté s'est établie prématurément. Baciborski croit au contraire que dans ces cas il existe en quelque sorte un excès de puissance vitale qui fait sentir son influence plus tardivement, de manière à prolonger chez la femme l'aptitude à la fécondation. William Guy conclut également de quinze cents observations qui lui sont personnelles, qu'en général plutôt la menstruation commence et plus tard elle disparaît.
Raciborski croit pouvoir établir que le nombre des gestations a une certaine influence sur rétablissement de la ménopause et que les règles persistent d'autant plus que les accouchements ont été plus nombreux.
La période de menstruation est pour la femme de nos climats d'environ 50 ans. Il ne faut pas considérer comme un retour de règles les hémorrliagies utérines qui surviennent quelques années après la ménopause. Cette éruption ne coïncide jamais avec un travail ovarique; elle n'est qu'un phèno-
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mène morbide et le plus souvent le symptôme d'une lésion organique de l'utérus. Depuis Hallcr on a cru que l'Age critique subissa.it l'influence du climat ; que dans l'Inde les femmes cessaient d'être menstruées vers 35 ans, tandis que pour les pays du Nord la moyenne était de 48 ans. Les statistiques de Roberton, dans lesquelles on a noté l'époque de la ménopause, établissent qu'elle survient chez les femmes de l'Asie méridionale au même âge que dans nos contrées. Nous manquons de documents assez précis sur les régions froides poui que nous puissions savoir exactement a quel âge les femmes cessent d'y être réglées.
Hygiène de la ménopatise. — Je résumerai en quelques mots l'hygiène de l'Age critique. Ma formule consiste à remplacer par une sécrétion artificielle l'éruption menstruelle qui fait défaut. Rien ne m'a paru plus propre pour remplir cette indication que l'usage des purgatifs salins chaque fois que les règles manquent. Il faut les employer avec discernement, en proportionnant leur intensité à l'abondance habituelle des régies supprimées, et cela assez longtemps pour que l'économie s'habitue peu à peu aux modifications de l'appareil génital. J'ajoute à cela, dans les limites du possible, l'exercice journalier au granti air, poussé jusqu'à la fatigue, surtout chez les femmes que l'embonpoint menace, comme cela arrive souvent à cette période de la vie.
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