ÔV0L0GIE ET EMBRYOLOGIE
et pénètre dans leurs interstices ; sur ces points elle prend plus d'épaisseur. Elle envoie en outre dans la masse placentaire de minces prolongements qui entourent chaque subdivision des villosités et remplit leurs interstices. L'adhérence entre les villosités et celte membrane est moléculaire; il existe là une simple juxta-position, et cependant l'union est tellement intense, qu'elle résiste aux efforts de la délivrance et on constate sa présence à la face externe du placenta expulsé. Il n'existe donc pas, comme on l'a dit, une perforation des sinus, et les villosités ne s'y développent point librement et à la manière des radicules d'une plante ;
5° Le tissu chorial qui forme la trame de la villosité imperforée ;
4° Une mince couche du magma réticulé qui accompagne les vaisseaux placentaires et leur fournit une gaine dans le canal villeux ;
5* La paroi des capillaires contenus dans cette gaine ;
6° Enfin la direction de la plus grande partie des villosités que nous avons indiquées plus haut.
C'est à travers ces différentes couches que s'opère l'échange des matériaux nutritifs de la mère au fœtus. La science n'est pas en mesure de déterminer exactement la nature de ces matériaux ; cependant il est certain qu'ils sont exclusivement empruntés aux éléments blancs du sang, et que les globules ne franchissent pas les barrières que nous venons de signaler. C'est probablement par cette voie que la mère communique au fœtus les maladies contagieuses dont elle est atteinte, telles que la syphilis, la variole, etc. Davaine, qui a étudié dans le sang la propagation si rapide et si active des bacléridies transmises par inoculation, a reconnu que chez les animaux en gestation on n'en observe pas dans le sang du fœtus; malgré leur diamètre infiniment petit, elles ne pénètrent pas dans le placenta. Cependant je dois noter que le développement des bactéridies ne se produit parfois que deux ou trois jours après l'inoculation, et que leur apparition ne précède la mort que de quelques heures. L'expérience de Davaine n'est donc pas absolument concluante, car la mort de ranimai arrête leur développement et le fœtus succombe en même temps que la mère. Cependant ce serait un argument de plus pour prouver l'indépendance des deux circulations, si ce n'était un point depuis longtemps incontestablement démontré.
Les éléments que nous venons d'examiner sont les seuls qui entrent dans la composition du placenta. Éverard Home et Bauer ont cru voir des nerfs dans le placenta du phoque. Ils considéraient cette prétendue découverte comme une loi générale qui permettait d'expliquer la transmission des sensations ot des maladies de la mère au fœtus. Durr et surtout Rieck ont prouvé qu'il n'existe pas de nerfs dans cet organe, et Hirchcfeld, dans ses patientes recherches, n'a pu constater leur présence sur le cordon ombilical au delà des quelques centimètres à partir de l'ombilic. Verhyen, Chaussier et Ribes ont cru à l'existence des nerfs placentaires. Lauth avait décrit dans le placenta un système de vaisseaux lymphatiques établissant une communication directe entre la mère et le fœtus, et malgré la description assez minutieuse qu'il eu donne, il a eu la bonne foi de convenir plus tard qu'il s'était trompé et que les vaisseaux n'existaient pas. Plus tard Fohmann a décrit et figuré
les lymphatiques du cordon et du placenta. Bonamy, qui a répété ses expériences, en a vu en effet qui, émanant dû foie, se dirigeaient sur le cordon; mais jamais il n'a pu constater la présence dans le placenta.
Aspect du placenta. L'organe forme une masse aplatie circulaire, parfois ovale, plus ou moins régulière, dont la couleur varie du rouge brun au gris bleuâtre, selon qu'il est vide ou rempli de sang. Son diamètre mesure en moyenne 20 centimètres, et il en a trois d'épaisseur vers l'insertion du cordon. Il s'amincit ordinairement du centre à la circonférence où il n'a plus que quelques millimètres. En général moins il est épais, plus il présente de surface ; lorsque son étendue est exagérée, il devient mince, et on l'a vu même prendre l'aspect membraneux. On observe assez souvent que le volume du placenta est en rapport avec celui du fœtus. Dans les premiers temps de la gestation le placenta semble occuper au moins la moitié de la surface du chorion; à terme il n'en recouvre que le quart. Cependant Velpeau nie cette différence et affirme que les rapports d'étendue sont les mêmes à toutes les époques ; et que l'organe s' accroît à mesure que le fœtus se développe. Le poids du placenta est de 500 à 600 grammes. Cet organe est unique dans la grossesse simple. Cependant parfois il présente sur ce point des anomalies, quelques cotylédons séparés de la masse principale se développent à l'état d'isolement et sont animés par des vaisseaux qui rampent sur les membranes comme on l'observe chez les animeaux à placentas multiples. Plus rarement encore la masse se sépare en deux parties qui reçoivent directement leurs vaisseaux du cordon.
La face fœtale du placenta est parcourue par les rameaux volumineux des vaisseaux ombilicaux formant relief et se dirigeant à travers la membrane lamineuse en ligne presque directe du point d'insertion du cordon vers la périphérie de l'organe. La face utérine, tomenteuse et irrégulière, est divisée par des sillons plus profonds circonscrivant les lobules ou cotylédons plus on moins arrondis. Le tissu épithélial qui unit ces différents lobules est si facile à rompre, qu'il se divise pendant la délivrance. Ses cotylédons sont alors séparés par des scissures profondes qui résultent de ce traumatisme. On remarque aussi sur cette face quelques débris de la membrane des sinus qui lui restent adhérents au moment du décollement de l'organe.
Les rapports du placenta ont été décrits de différentes manières et selon les idées que se faisaient les auteurs, de la nature et de la disposition des membranes de l'œuf. Voilà ce qu'on peut admettre dans l'état actuel de la science. Par sa face utérine le placenta n'a aucun contact avec les enveloppes de l'œuf, il est uni à la muqueuse utéro-placentaire. Par sa circonférence il se continue avec les deux feuillets confondus de la caduque. On admet généralement que le chorion tapisse la face fœtale de l'organe. Je ne puis accepter cette opinion. J'ai dit qu'au niveau du placenta le chorion n'existe plus et qu'il est remplacé par la membrane lamineuse en rapport, du côté du fœtus, avec Tamnios. Le chorion ne reparait à l'état de membrane que sur la circonférence du placenta.
Points d'insertion du placetita. C'est ordinairement dans le voisinage des trompes, soit en avant, soit en arrière, que se fait cette insertion, et on s'explique parfaitement que dans l'état de turgescence de la muqueuse qui oblitère
OVOLOCIK ET EMBHYOI.OG1E.
la cavité utérine l'œuf ne puisse pas cheminer bien loin. Cependant parfois cette insertion se produit sur le serinent inférieur de l'organe et même sur l'orifice interne du col utérin. Il est fort difficile de donner la raison de cette anomalie; il est probable cependant (pie dans ce cas l'œuf a glissé-, entraîné peut-être par un peu de mucus, dans un des sillons de la muqueuse moins hypertrophiée qu'à l'ordinaire. On peut encore croire que cela tient à un retard dans le développement de la caduque. Cazeaux* prétend que cette disposition peut se reproduire dans plusieurs grossesses successives ; les troi faits qu'il cile prouvent tout au plus (pie cette répétition est très-exceptionnelle,, car les cas d'insertion sur le col ne sont pas rares; ceux qui ont été notés s'élèvent à plusieurs centaines, et cependant on ne l'avait pas encore signalée plusieurs fois chez la même femme. Il est inutile de discuter l'opinion des auteurs qui font jouer un rôle à la pesanteur de l'œuf pour expliquer le lieu de son insertion, ou qui admettent son adhérence sur le point le. plus vasculaire de l'organe. Le poids de l'œuf est insignifiant, et l'augmentation delà vascularitè est consécutive à la présence de l'œuf. Godron, d'après les idées de Stoltz, a voulu établir un rapport entre le point d'insertion dn placenta et la direction du plan antérieur du fœtus. Velpeau nie l'exactitude de cette théorie qui n'a pas été confirmée par l'expérience.
Usages du placenta. — Le placenta est l'organe essentiel de la nutrition du . fœtus. C'est par lui que l'enfant reçoit les éléments de son accroissement. On l'a considéré aussi comme un organe d'hématose, destiné à la respiration du fœtus. Je signale simplement ici ces faits que j'examinerai en traitant des fonctions du fœtus.
Je ferai remarquer que les auteurs qui attribuent avec juste raison au placenta le rôle d'organe de nutrition n'ont point examiné son rôle comme organe d'excrétion. Par cela même qu'il est le seul agent manifeste de connexion entre la mère et le fœtus, il doit également servir d'émonctoire et reprendre une partie au moins des éléments excrétés. La présence d'un excès d'urée dans le sang placentaireest un argument en faveur de mon hypothèse. Car évidemment si l'urée, comme cela paraît exactement démontré, se trouve en plus grande quantité dans le sang du placenta que dans celui de la circulation fœtale, c est qu'elle suit cette voie, pour être expulsée, en partie au moins, de l'organisme du nouvel être. Or, si on a constaté la présence de l'urée dans un simple but d'analyse, et sans en tirer les conséquences qui me paraissent assez logiques, il est bien possible qu'on retrouve, en les cherchant, d'autres éléments liquides dont la voie d'élimination n'a pas été trouvée.
. Cl. Bernard a découvert dans le placenta une fonction nouvelle qui consiste à produire une partie de la matière glycogénique nécessaire à l'organisme, en attendant que le foie soit développé à l'état d'organe parfait. A ce moment, l'appareil glycogénique s'atrophie et disparait. Cette fonction réside dans des cellules épithèliales ou glandulaires agglomérées formant une masse blanchâtre, résidant surtout entre les portions maternelles et fœtales, c'est-à-dire dans le feuillet hypertrophié de l'épithélium qui sépare les deux circulations. La description incomplète des éléments de ces cellules ne permet pas d'ap-