MODIFICATIONS DU VAGIN
les écoulements si fréquents dont elle est le siège, en sont une preuve manifeste. Plusieurs auteurs, et Huschke en particulier ont affirmé leur présence ; mais nous devons rappeler que Sappey, qui s'est occupé avec tant de succès de l'étude de ces glandes, malgré ses longues et attentives recherches, n'a pu en découvrir le moindre vestige sur la muqueuse du vagin. L'interprétation de Caseaux n'est peut-être pas exacte, mais le fait est évident et les granulations, quelle que soit leur origine, sont trop fréquentes et trop manifestes pour qu'on doute de leur existence. Leur présence coïncide toujours avec une sécrétion muqueuse abondante.
La muqueuse du vagin, en dehors de la manifestation des granulations dont nous venons de parler, est, pendant la gestation, le siège d'un écoulelement leucorrhéique. Sur ce point, il faut tenir compte de l'état antérieur des femmes ; chez celles qui sont sujettes à la leucorrhée, on l'observe pendant lapins grande partie delà grossesse, avec des intermittences dans son extensité; mais, en général, vers les derniers temps , on l'observe chez presque toutes les femmes.
Fricke, qui a noté la température du vagin pendant la gestation, a constaté qu'elle s'élevait , pendant cette période seulement , d'une fraction de degré.
La coloration du vagin devient progressivement plus foncée ; parfois, sous l'influence de la congestion des capillaires, elle prend une teinte lie de vin, qu'on a voulu considérer comme un signe certain de grossesse. Les vaisseaux plus importants subissent souvent une dilatation variqueuse perceptible par le toucher. On a dit que cette réplétion des vaisseaux était la conséquence de la vitalité plus grande dont l'organe jouissait pendant cette période. Cette explication ne peut être admise. Les modifications que doit subir le vagin ne rendent nullement nécessaire cette surabondance du liquide sanguin. Qu'on l'observe dans l'utérus, cela est naturel puisqu'un appareil circulatoire entièrement nouveau doit se former pour fournir des éléments de nutrition au fœtus. Dans le vagin, il n'existe aucune nécessité de cette nature et les phénomènes congestifs qu'on y observe sont sous l'influence manifeste de la gène mécanique qui résulte pour la région du développement de l'utérus. Quoi qu'il en soit, on doit tenir compte de celte disposition ; elle rend les solutions de continuité de l'organe beaucoup plus graves au point de vue de l'Iiéinorrhagie, et constitue une prédisposition aux trombus de la vulve et du vagin. — Voir Dystocik maternelle, - - Trombus.
Jacquemin a voulu faire de la coloration du vagin un signe certain de grossesse, et sur un chiffre de 4,500 examens pratiqués par lui sur les filles publiques renfermées à la Force, il dit l'avoir constamment constaté dans les cas de gestation. Dubois considère la coloration du vagin comme un signe utile à noter, mais il lui refuse l'importance que lui attribue Jacquemin.
Les artères participent à cette modification de la circulation; et parfois à la partie supérieure du vagin, surtout en arrière, on sent leurs battements. Osiander, qui a décrit ce phénomène sous le nom de pouls vaginal, lui attribue une grande importance au point de vue du diagnostic de la grossesse.
Il est probable que dans les derniers temps de la gestation les éléments
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constituants du vagin subissent une modification particulière et dont la nature n'a pas été encore spécialement étudiée d'une manière exacte, car l'organe doit, pendant le travail, subir une dilatation énorme et reprendre ensuite progressivement son diamètre primitif. Cependant, dans quelques cas, après l'accouchement, surtout chez les multipares, le vagin semble avoir perdu son ressort dans les parties qui avoisinent la vulve, et on voit le pilier antérieur procider un peu et former à l'anneau vulvaire un bourrelet assez volumineux qui constitue le premier degré du cystocéle vaginal. Cette particularité ne s'observe ordinairement en arrière que lorsque la déchirure de la commissure inférieure de la vulve a donné à cet orifice une largeur anormale. ,
maire, page 95.)
Sécrétion lactée. — La production du lait est une des modifications les plus importantes que la gestation imprime à l'organisme de la femme. A mesure que la glande acquiert son état de perfection, le lait se forme dans les acini, et vers la fin de la grossesse il s'écoule souvent spontanément au dehors. J'ai signalé ( page UN ) ce fait d'écoulement prématuré chez une jeune fille , six semaines après l'imprégnation. Ordinairement ce n'est que vers le septième mois qu'on l'observe. La sécrétion du lait semble donc intimement liée à la grossesse; cependant il n'en faut pas faire un signe certain, car il n'est pas rare de l'observer en dehors de cette période et de l'allaitement chez des femmes qui ont eu des enfants. Je l'ai constatée sur une dame qui n'avait eu qu'une seule grossesse neuf années avant mon examen. Le lait s'écoulait spontanément, en petite quantité il est vrai , mais d'une manière notable surtout h l'époque des règles. Chez une autre, dont le plus jeune enfant a huit qns, j'ai vu la sécrétion assez abondante. Il est vrai que, pendant les rapprochements, son mari exerce sur les seins une succion qui explique parfaitement celte anomalie. Dubois, dans ses leçons cliniques, cite des faits analogues. J'ai récemment presque affirmé la grossesse chez une jeune «lame dont les règles s'étaient montrées vingt jonrs avant, et cela uniquement parce qu'elle étatf prise de syncopes sans motifs appréciables , et que les seins , devenus lourds, laissaient échapper, par la pression du mamelon, un fluide lactescent. J'avais heureusement posé quelques réserves, car elle n'était pas enceinte. Jamais elle n'avait noté l'écoulement que j'avais fait naître, et son unique grossesse remontait à dix années.
Audibert cite l'observation d'Angélique Chaufaille, qui a pu servir de nourrice à l'Age de soixante-deux ans, et Kennedy, celle plus étonnante encore d'une femme qui allaitait encore à soixante-treize ans. La lactation de cette dernière a duré sans interruption depuis 1778 jusqu'en \X'2t). Les nourrissons ne suffisaient point à tarir ses puissantes mamelles, et il fallait parfois lui extraire artificiellement plus d'un litre de lait par jour.
On connaît quelques exemples de jeunes filles qui, sans avoir été enceintes, ont pu produire du lait et nourrir des enfants sous la seule influence de la succion des seins. Beaudelocque a présenté à l'Académie de chirurgie une enfant d'Alençon , Agée de huit ans , ayant allaité pendant un mois son jeune frère que sa mère ne pouvait nourrir.