MODIFICATIONS DF.S SÉCRÉTIONS
On a même prétendu que ce phénomène pouvait se produire chez l'homme, sous la même influence. Denedietus on cite un exemple curieux, et de Hunboldt raconte avoir'vu, dans le village d'Arezius, un laboureur Agé de trentedeux ans qui , pendant cinq mois, nourrit son enfant de son propre lait, à l'exclusion de tout autre aliment. J'avoue que je ne me porte nullement garant de ces deux derniers faits.
J'ai signalé, à propos des fonctions du fœtus, que la glande mammaire, dans les deux sexes, était le siège d'une sécrétion lactée.
Comme on le voit, si la lactation est intimement liée à «la grossesse et a l'accouchement , on peut l'observer dans d'autres conditions et il ne faut pas faire de ce caractère isolé un signe certain de la gestation.
Sécrétion pigmentalre. — Sous l'influence de la gestation, elle se manifeste sur des points où elle n'existait pas. En général, elle se localise sur l'aréole des seins et sur la ligne médiane de l'abdomen.
Mongomery a étudié avec beaucoup de soin le pigment de l'aréole, mais il attache à ce phénomène une importance trop grande au point de vue du diagnostic. Vers le troisième mois de la gestation, l'aréole, primitivement rose, brunit dans une étendue, de \ centimètres environ, qui s'accroît progressivement de manière à augmenter de moitié ; vers le neuvième mois. Indépendamment de sa coloration, elle augmente d'épaisseur et devient comme œdémateuse. J. Hamilton attache également une grande importance à ce dernier caractère. Kn même temps que la coloration s'élargit elle devient plus foncée, et chez les femmes brunes elle prend souvent une teinte qui se rapproche du noir. Chez les blondes elle est parfois simplement bistrée. Autour ' de l'aréole on observe assez fréquemment un espace coloré d'une teinte plus claire et qu'on appelle aréole secondaire ou mouchetée. La couche pigmentaire n'est point ici uniformément répandue, elle se trouve parsemée d'un nombre considérable de petits espaces circulaires mesurant quelques millimètres de diamètre, et sur lesquels la peau a conservé sa coloration normale. Kn examinant à la loupe ces taches claires, Bailly a noté qu'un petit poil était implanté dans leur centre. Je ne sais pas si on doit les considérer comme déterminées parla présence d'un follicule pileux sous-jacent. KUes sont assez nombreusès pour n'être séparées entre elles que par de minces filets de la substance colorante qui prend dans ces conditions un aspect analogue à celui d'un réseau.
Mongomery fait de la coloration de l'aréole un signe certain de grossesse ; bien qu'on l'observe ordinairement, on ne peut lui accorder un caractère de certitude absolue. Il prétend que lorsque le fœtus vient à succomber l'aréole perd ses caractères et pAlit. Simpson a publié l'observation d'une femme enceinte chez laquelle on ne constatait aucune modification du sein, l'aréole n'était nullement colorée, et les glandules n'étaient pas visibles. H place ce fait à côté d'un autre également observé par lui, dans lequel une femme nullipare, en état de vacuité, présentait des modifications de l'aréole assez caractéristique pour faire croire û une gestation. Hamilton, qu'il cite, commit une erreur de diagnostic en affirmant une grossesse par la seule inspection des soins, l/utèrus ne contenait que des tumeurs fibreuses. Cazeaux* a également
constaté plusieurs fois que chez des femmes brunes à terme l'aréole ne présentait aucune modification.
D'après Bailly, l'absence de coloration de l'aréole est la règle chez les femmes à cheveux roux. La peau sur ce point conserve une teinte rosée, un peu plus foncée il est vrai qu'à l'état de vacuité, mais qui semble presque complètement exempte d'infiltration pigmentaire. J'ai bien souvent vérifié l'exactitude de cette assertion
Vers la fin du deuxième mois de la gestation, la sécrétion pigmentaire commence à se manifester sur la peau de l'abdomen, sous forme d une ligne brune de 7 à 10 millimètres de largeur, fartant du pubis, vers lequel elle a son maximum de coloration au début, elle atteint l'ombilic. Souvent elle dépasse cet anneau et se perd dans la région épigastrique.
Lorsque la ligne brune s'étend jusqu'à la région épigastrique, j'ai remarqué qu'il est assez rare que les deux portions séparées par l'ombilic se correspondent directement. Dans ce cas, les deux segments s'arrêtent en général sur les bords de l'anneau sans former un cercle autour de lui et sans imprimer aucune coloration à la cicatrice. Ordinairement, la ligne ascendante inférieur* commence à se dévier à f> ou G millimètres de l'ombilic, et environ neuf fois sur dix de droite à gauche. La ligne supérieure descendante subit la même déviation, mais de gauche ù droite. La disposition contraire ne m'a paru exister que dans un dixième des cas. L'ombilic se trouve donc circonscrit dans la concavité de deux courbes dont les extrémités libres, un peu effacées, vont rejoindre les segments opposés, pour former un anneau complet, mais peu régulier, et rétablir la continuité de la ligne. J'ai noté que lorsque la différence de coloration était très-sensible entre les portions sus et sousombilicales de la ligne, c'est toujours l'inférieure qui est la plus foncée, et alors la portion du cercle qui en émane est très-accusée, tandis que l'autre peut n'être qu'à peine sensible ou manquer tout à fait.
La ligne brune est surtout marquée dans la dernière période de la grossesse et après l'accouchement, puis elle diminue progressivement de* manière A disparaître tout à fait à la lin du troisième mois. Cependant elle peut per sister d'une manière indéfinie, et je l'ai vue une fois très-apparente chez une femme, quinze années après un seul accouchement.
La ligne brune abdominale n'est pas un phénomène qui appartienne exclusivement à la grossesse, et Turner lui donne une valeur trop absolue. P.ormack l'a observée non-seulement chez des femmes qui n'avaient jamais été enceintes, mais encore dans neuf cas chez des hommes. Montgomery l a également vue sur une femme qui n'avait jamais été fécondée et chez un enfant. Je l'ai observée aussi chez une petite fille de dix ans atteinte d'une fracture de cuisse. Montgomery a signalé la présence du cercle pigmentaire autour de l'ombilic ; il lui accorde une très-grande valeur au point de vue du diagnostic. Cependant je dois faire observer que les cas où on a constaté la ligne brune en dehors <!e la gestation ne sont pas assez nombreux pour qu'on puisse affirmer que, dans ces circonstances, le cercle ombilical doit toujours faire défaut.
Il n'existe pas une relation constante el manifeste entre la teinte de (aligne