‹ Traité complet d'accouchementsChapitre 89 sur 183 · MODIFICATIONS DES SKCBF.TION · texte numérisé non relu

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brune et la coloration des cheveux. Je l'ai vue très-foncée chez des blondes, tandis que chez certaines brunes elle forme près du pubis une ligne à peine teintée et qui s'efface à moitié chemin de l'ombilic. J'ai même observé des femmes dans ces conditions chez lesquelles la ligne brune manquait d'une manière absolue.

A la face, la sécrétion pigmentaire, prend le nom de masque et se montre assez rarement. Elle se manifeste en général sur les femmes ù peau fine et qui ont des taches de rousseur. Le masque a surtout pour siège le front et le lèvre supérieure, mais il peut envahir presque toute la partie supérieure de la face. Dans cette région, la teinte n'est pas uniforme comme sur la ligne abdominale ou le mamelon. Le pigment forme des taches irrégulières d'une coloration et d'une étendue variables, qui sont isolées ou confondues par leurs bords de manière à former une surface continue d'une coloration jaunâtre, claire ou foncée par places. Je crois que l'impression des rayons solaires a une action très-manifeste sur sa production ; car j'ai remarqué que sur le front des femmes qui se coiffent en bandeaux, la teinte disparait brusquement sous les cheveux, et la peau, sur ce point, conserve sa coloration normale. Il est donc probable que c'est pour cette raison qu'on l'observe surtout chez les femmes des classes inférieures que leurs occupations exposent au grand air et qui ne prennent pas la peine de garantir leur visage des ardeurs du soleil, comme le font avec grand soin les femmes qui vivent dans des conditions moins précaires.

Le masque disparait ordinairement quelques mois après la grossesse ; cependant il n'est pas rare de le voir persister indéfiniment, et j'en ai observé des traces très-apparentes, dix-sept années après un seul accouchement. La sécrétion pigmentaire peut se répandre sur le col et la poitrine. Une de mes clientes m'en a offert un exemple assez curieux. Le visage n'était point atteint et le masque, très-foncé, était exclusivement limité aux régions antérieures et latérales du cou.

Sur la peau de l'abdomen, en dehors de la ligne brune, on observe parfois une teinte terreuse ressemblant à de la crasse, plus accusée vers les parties inférieures et qui est également due à la sécrétion pigmentaire.

Enfin, cette sécrétion peut envahir la plus grande partie du corps. Moreau cite l'observation d'une jeune femme brune à peau blanche chez laquelle le pigment avait envahi toute la peau du tronc sous l'influence de la grossesse. Les membres avaient conservé leur coloration normale, de sorte que le torse de cette femme ressemblait à celui d'une négresse auquel on aurait ajouté les membres d'une Européenne. Bals signale des faits semblables observés par Lecat, Bordeu et Valraont de Bomare. Le même auteur cite également un fait emprunté à Corvisart, qui prouve que ce phénomène peut se produire en dehors de la grossesse. Il s'agit d une femme qui tut saisie, pendant la Révolution, d'une vive frayeur assez naturelle, car on voulait l'accrocher à la lanterne. Les règles s'arrêtèrent et quelques jours après la peau de la face et celle du corps prirent une teinte noire assez semblable à celle des nègres. A l'autopsie, le corps muqueux, isolé par la macération, était brun comme chez les Ethiopiens.

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ftéerétlon et rxrr^tlon nrinnlre. — Les modifications que subit la sécrétion urinairc sous l'influence de la gestation sont assez nombreuses. L'observation et l'analyse avaient permis de croire à la présence, dans ce liquide, de deux principes dont l'un nouveau avait été signalé par Tanchon en 1858, a la Société de médecine pratique, et nommé par lui kyestéine ; l'autre principe n'avait point encore été rencontré à l'état physiologique dans les urines des femmes enceintes. C'est le sucre queBlot crul y découvrir.

Dans les derniers jours de la grossesse, l'urine contient souvent, en outre, une petite quantité de Incline. Donné signale une diminution dans la proportion des sels calcaires contenus dans le sécrétion urinaire de la grossesse. Kiilin, on constate la présence de l'albumine; mais l'existence de ce dernier produit est liée à un état morbide : nous le noterons seulement ici, réservant son étude pour quand nous traiterons des maladies de la grossesse. ( Voir Èclampsie .)

Kyestéine. — Pour suivre le développement des modifications de l'urine qui aboutissent à la production de la kyestéine, il faut la recevoir dans un vase à fond étroit, comme un verre à expériences, et l'exposer à une température d'environ 15°,

Au moment de son excrétion elle est acide, et rendue un peu louche par la présence de quelques flocons de mucus qui ne jouent aucun rôle dans les phénomènes que nous allons décrire. Les flocons de mucus ne tardent pas à se déposer au fond du vase, et le liquide reprend un peu de limpidité. Éguisier a noté que souvent alors on voit se former à sa surface une pellicule mince, irisée, visible seulement dans certaines positions, et composée de petits cristaux microscopiques qui s'attachent à l'instrument, avec lequel on cherche à le senlever, sous forme de grumeaux assez semblables à de la graisse de volaille.

Du troisième au quatrième jour, et seulement au moment où l'urine perd son acidité, et devient neutre ou alcaline, elle est moins transparente et opaline dans toute sa masse. Ce phénomène, est dû, d'après Hegnault, a la séparation du carlnmate de chaux formé par la réaction réciproque du carbonate d'ammoniaque provenant de la décomposition de l'urée et du phosphate calcique existant dans l'urine. Feu après, un léger précipité blanc se dépose sur les parois du vase, et on commence à distinguer à la surface du liquide les premières traces d'une pellicule blanchâtre qui bientôt prend une certaine consistance, et forme une couche recouvrant complètement la superficie de l'urine. On y distingue ça et là par réflexion des petils cristaux brillants de phosphate ammoniaco-magnèsien. Pendant que ces réactions se passent, il se développe dans l'urine une quantité prodigieuse d'animalcules microscopiques : d'abord des vibrions, ensuite des monades qui semblent constituer uniquement par leur réunion avec les cristaux la couche que nous décrivons. La couche devient de plus en plus épaisse jusqu'au sixième ou septième jour, puis elle se désagrège et ses débris se détachent pour gagner le fond du vase.

C'est à ce produit que ÎSauche a donné le nom de kyestéine.

Cette dénomination est inexacte en ee qu elle semble s'appliquer à un pro-

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duit tout à fait spécial, taudis que les éléments qui le constituent se trouvent non pas à l'état de combinaison, niais de simple mélange. Nous verrons, de plus, tout à l'heure que si la kyestéïne se montre à peu près constamment dans la grossesse normale, on peut voir, en dehors de cette période, un produit analogue se former dans quelques maladies. Mais il suffit qu'on soit d'ac cord sur le fait en lui-même pour qu'il n'y ait aucune utilité à changer son appellation.

Il est fort remarquable qu'Avicenne, reproduit par Savonarole, ait noté d'une manière, très-sommaire, il est vrai, mais cependant assez exacte, les phénomènes que présentent les urines des femmes enceintes.

La kyestêine se montre plus ou moins rapidement, et les phénomènes de son évolution peuvent sortir un peu des limites de temps que nous avons tracées, cependant la période d'état de la couche qu'elle forme est d'environ deux jours.

Là s'arrêtent les modifications qui tiennent à la grossesse. Après que la couche qui contient la kyestêine a disparu, il s'en forme une autre au bout de deux ou trois jours, mais celle-là est simplement due à la décomposition putride. On l'observe dans toutes les urines et nous n'avons point à nous en occuper.

Bien que la kyestêine ne soit pas un composé défini, sa présence n'en a pas moins une grande valeur au point de vue du diagnostic. Elle apparaît dans les urines vers le deuxième ou troisième mois de la grossesse et cesse de se montrer ordinairement vers le septième ou huitième mois. Regnault en donne la raison qui suit. Dans les derniers temps de la gestation chez les sujets qui présentent les attributs d'une lactation abondante , le rein élimine une proportion variable de lactine ou sucre de lait, qui se trouve en excès dans le sang. Sous l'influence de l'air et de la matière albumiuoide contenue dans l'urine, cette lactine se transforme en acide lactique qui augmente l'acidité de l'urine. Cela suffit pour arrêter la transformation ammoniacale de l'urée. Or, comme c'est à celte réaction qu'est due la kyestêine, il en résulte que sa production s'en trouve retardée pendant deux ou plusieurs semaines.

Dans ces conditions on voit, pendant cinq à six jours, la surface du liquide se couvrir, non plus d'animalcules, mais de végétations microscopiques, analogues à celles que Dutrochet , Andral et Gavarel ont vu se développer dans les solutions de matières albuminoïdes acidifiées.

Regnault a déterminé artificiellement ce résultat en ajoutant une faible proportion de lactine à des urines de diverses provenances.

Keane, sur 85 observations, n'a vu manquer la kyestêine que quatre fois chez des femmes enceintes en état de santé. Golding-Bird, qui croyait la kyestêine analogue au caséum du lait, l'a observée Î27 .fois sur ."0 cas. Les trois femmes chez lesquelles la pellicule a manqué étaient atteintes d'affections inflammatoires. Chez l'une d'elles, on la vit apparaître avec la convalescence. Éguisier, dans son mémoire, rapporte ses observations personnelles et celles de Nauche et de Tanchou qui sont extrêmement probantes. Car un grand nombre de fois, la grossesse a été diagnostiquée par l'examen des urines lorsque tous les autres signes manquaient encore. Lethby a constaté la présence de la kyestêine dans l'urine de 48 femmes sur f»0, et il n'en a pas

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trouvé la moindre trace dans l'urine de 17 femmes qui n'étaient pas enceintes. Enfin Cazeaux*, qui avait obtenu les mêmes résultats, sentit faiblir sa confiance dans ce signe, parce qu'il n'avait pas trouvé ce produit chez quelques femmes à une époque rapprochée du terme. Nous avons expliqué tout à l'heure la cause de ces exceptions qui ne peuvent infirmer la règle.

En dehors de la gestation et sous l'influence d'états paliiologiques variables, tels que les inflammations vésicales, les arthrites, la phthisie avancée, etc., on voit se produire sur l'urine des malades un produit analogue a celui que nous examinons. Mais son apparition, qui semble due à la putréfaction, est plus tardive ; ce n'est guère que vers le sixième jour qu'elle se développe ; et aussitôt qu'elle se montre elle acquiert, en quelques heures son complet développement, tandis que la kyestèine apparaît surtout lorsque la santé est bonne: c'est un caractère important qu'il ne faut point oublier ; de plus, sa manifestation est rapide et sori évolution assez lente.

D'après Éguisier, la kyestèine offre à peu près la consistance moelleuse de la crème de lait; on peut la détacher par lambeaux.

Les caractères chimiques qu'on lui a attribués û une époque où l'on ignorait sa nature, n'ont plus d'importance aujourd'hui qu'on connaît les éléments complexes qui entrent dans sa composition.

Le mode de formation de la kyestèine dans l'urine des femmes enceintes a donné lieu à plusieurs théories. Éguisier pensait qu'elle était due à la transsudation et au mélange de l'eau de Tamnios ou de ses éléments avec le liquide urinaire. Et il croyait avoir déterminé sa formation dans l'urine de l'homme en y ajoutant du liquide amniotique. Kane et Golding-Bird l'attribuaient au mélange du lait avec l'urine et pensaient que ce phénomène était lié à la sécrétion laiteuse. Si l'hypothèse d'Éguisier semblé improbable en raison de l'activité de rénovation qu'il faut accorder au liquide amniotique et que rien n établit, celle des auteurs que nous venons de citer est complètement infirmée par les recherches deRegnault, qui prouve, au contraire, que la présence de l'acide lactique suffit pour arrêter le développement de la kyestèine.

Rcgnault a proposé une explication reposant sur des réactions chimiques et qui nous parait très-probable. L'urine normale, en dehors de la gestation, et en outre des principes bien définis par l'analyse, conlienten dissolution une certaine proportion de matière azotée éminemment altérable. Pendant la grossesse, il y a hypersécrétion par le rein d'une matière identique. C'est à l'action de l'oxygène de l'air sur cette matière que serait due la formation de la kyestèine.

Le premier trouble du liquide est déterminé par la séparation du carbonate de chaux, formé par la réaction réciproque du carbonate d'ammoniaque , provenant de la décomposition de l'urine et du phosphate de chaux. A mesure que la transformation ammoniacale fait des progrès, le liquide perd de plus en plus son acidité, et il se forme à sa surface des cristaux brillants de phosphate ammoniaco-magnèsien. C'est lorsqu'une proportion plus ou moins grande d'urée est transformée en carbonate d'ammoniaque, que la couche kyestéique commence à se montrer. C'est donc à la présence d'un excès de matière azotée sur laquelle agit l'oxygène qu'est due la pré-

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