DIAGNOSTIC
quelque sorte, la pensée de la femme qu'il interroge, faire la part des illusions ou de la mauvaise foi , et dans un examen rapide évoquer toutes les causes morbides qui peuvent simuler la situation qu'il est appelé à élucider.
Dans une période plus avancée, du quatrième au cinquième mois, la certitude commence et de nouveaux symptômes donnent au diagnostic une plus grande précision.
La grossesse peut donc èlre caractérisée par des signes qui la font considérer comme probable, et par d'autres qui ont la valeur d'une certitude.
Depuis longtemps cette différence dans la valeur des signes de la grossesse avait frappé les accoucheurs. Jean Devaux (1722), l'annotateur anonyme de de Lamotte, formula leur division, dans l'ouvrage de ce dernier auteur. Il les «•lassa en deux ordres, les rationnels viles sensibles. Les premiers, dit-il, sont équivoques et les connaissances qu'on en tire ne nous viennent que du raisonnement. Les seconds proviennent du témoignage des sens. Depuis cette époque, tous les auteurs , à quelques rares exceptions près, qui ont établi une classification des signes de la grossesse ont admis ces dénominations, bien qu'elles soient absolument inexactes. En voici la preuve' : la coloration de l'aréole et le développement de l'utérus nous sont révélés par le témoignage des sens, et cependant ils appartiennent bien évidemment aux signes rationnels et non aux signes sensibles. Cupuron a donné une autre division, et admet trois classes de signes, ceux : 1° qui font présumer la grossesse; 2° qui la rendent vraisemblable ; 5* qui la mettent hors de doute : Montgomery n'a fait que changer les mots en admettant les signes de présomption de probabilité et de certitude, cette dernière classification a été adoptée par P. Dubois, mais je crois qu'elle n'est pas beaucoup meilleure que celle de
Devaux.
Il n'existe aucune ligne de démarcation tranchée entre les signes de jwrsomption et de probabilité; et on n'a véritablement aucune raison de placer la plupart des symptômes qui se développent chez la femme sous l'influence de la grossesse plutôt dans la première que dans la seconde de ces deux divisions. En les acceptant comme utiles à la pratique et réalisables, on serait encore obligé de s'en écarter à chaque instant. On a voulu faire de la présomption le premier pas qui conduit à la certitude, et la probabilité serait un point plus avancé dans cette voie. Eh bien ! il est facile de voir que le même symptôme pourra dans des cas différents être classé dans les deux catégories. Ainsi, par exemple, la suppression des règles chez une femme à menstruation irrégulière n'aura que la valeur d'une présomption; tandis que si elle se manifeste chez un autre sujet qui n'a jamais éprouvé de retards, ce signe prendra les proportions d'une probabilité. La meilleure preuve que celte classification laisse beaucoup à désirer sous le rapport de la précision, c'est que Dubois, qui l'a acceptée, n'en a pas fait l'application ; il semble avoir laissé à chacun la liberté de remplir, à sa guise, le cadre tracé par Capuron.
En résumé, j'admets que le diagnostic de la grossesse se fonde sur l'existence des signes probables et de signes certains, les premiers sont fournis par les modifications qui se manifestent dans les différents appareils et fonctions
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de la femme sous l'influence de la gestation. Les seconds appartiennent au lïetus et révèlent d'une manière certaine sa présence et sa vitalité.
Steiu avait adopté une division analogue eu prinripe; mais il considérai! romme certains des phénomènes qui n'ont nullement ce caractère.
SIGKES PROBABLES HE LA GKOSsESsK.
Les signes probables de la grossesse appartiennent, comme nous l'avons dit, aux modifications organiques et fonctionnelles qui naissent sous l'inlluence de cet état. Dans le chapitre précèdent nous avons étudié chacune de ces modifications, nous en ferons donc ici une simple ènuméralion pour les grouper en forme de récapitulation.
Je passerai sous silence ceux qui sont constitués par une modification toute anatomique, dont la constatation est impossible sur le vivant; et ceux qui ont un caractère si vague et si peu constant que bien que coïncidant souvent avec la grossesse, ils peuvent appartenir à tout autre état physiologique ou pathologique.
Suppression des règles, — gonflement des seins, — modifications de la dépression ombilicale. — nausées et vomissements, — kyestéine dans les urines, — augmentation du volume de l'utérus, — ramollissement progressif de son col,— coloration pigmenlaire et boursouflement œdémateux de l'aréole, — développement sur celte région des tubercules mamillaires ou glandiformes,— apparition de la ligne brune sur le ventre, — varices, — hèuiorrhoïdes, — sécrétion lactée, — vergettures sur l'abdomen et les seins.
Ces signes examinés isolément ont une valeur très-différente. Les uns sont à peu près constants, mais le degré variable d'intensité de leur manifestation el leur persistance après l'accouchement, leur enlève parfois une partie de leur importance. De plus, ils peuvent être simulés par des états morbides divers en dehors de la gestation. Les autres peuvent manquer ou être également simulés pai' une maladie ou un état particulier étranger à la grossesse.
H faut noter encore que ces signes n'apparaissent que successivement, de sorte (piedans les premiers temps de la conception, ils peuvent être si peu nombreux et si peu notables que le diagnostic n'en tire presque aucun fruit.
.Nous allons apprécier la valeur de ces différents signes en les étudiant selon l'ordre de leur importance.
Régie». — Leur suppression est, de tous les pbénomèmes qui annoncent le début de la gestation, celui qui est le plus conslant.et cependant il n'a qu'une valeur relative, et il faut tenir compte dans son appréciation de l'état présent et de l'état antérieur du sujet. Lorsque ce signe se produit chez une femme récemment mariée, même lorsque jusqu'à son mariage la menstruation a été toujours fort régulière, cette suppression peut tenir à une espèce de perturbation organique qui accompagne souvent les premières approches trop fréquemment réitérées. Mais la suppression a une valeur plus grande lorsqu'elle a lieu quelques mois après le mariage. Ce symptôme est au contraire fort peu significatif, même lorsqu'il se prolonge pendant deux ou trois époques chez les femmes mal menst ruées.