VEINES
pour mettre un terme à l'hémorrhagie. Cest ainsi, à n'en pas douter, qu'il faut expliquer Phémorrhagie veineuse qui accompagne quelquefois les amputations , et la nécessité où l'on Se trouve dans certains cas, de recourir à la ligatare de ce genre de vaisseaux. Les auteurs ayant remarqué que de grandes inspirations remédiaient à ces accidents, en atbirant le sang Vers la poitrine, et M. Barry (1) ayant soutenu que la circulation veineuse était une sorte d'aspiration aidée de la pression atmosphérique, on a pensé que la mort de certains individus, arrivée instantanément pendant le cours de quelques opérations, était duc au passage, dans le cœur, d'une portion d'air aspirée de cette manière. Les expériences de M. Poiseuille (2) tendent à prouver, il est vrai, que la chose n’est possible que pour les veines dépourvues de valvules, c’est-à-dire depuis la racine des membres jusqu'au cœur; mais si le phénomène résulte réellement de Ventrée de l'air dans les veines, il faut alors en chercher une autre interprétation, car des opérations pratiquées sur l'épaule et au cou par MM. Dupuytren (3) et Bauchéne (4), sur la glande thyroïde par M. Græfe (5), dans le creux de l’aisselle et à la poitrine par M. Clémot (6), à la face par M. Mott (7), l'ont positivement offert. i
Si la manière dont le sang marche dans les veines rend leur blessure moins dangereuse, sous le rapport de l'hémorrhagie, il en augmente singulièrement la gravité sous un autre point de vue. Dans les artères, ce fluide tend Sans cesse à repousser l'inflammation, en admettant qu'elle y soit possible, vers les capillaires. Il en serait de même du sang altéré.
Dans les veines c'est tout le contraire. L’extension de la phlegmasie se fait presque nécessarement vers le centre, et de là une partie des dangers de la phlébite. Entrainé de la même manière, le pus qui en résulte altère le sang et ya bientôt infecter tout l'organisme. La même chose 4 lieu pour les matières morbides qu’elles puisent dans les plaies, au fond des diverses espèces de blessures , ou qui pénèrent dans leur intérieur d’une manière quelconque. On sent, d'après cela, combien il importe d'en prévenir l'inflammation et la suppuration, de ne les froisser, les déchirer, les lordre ou les lier qu'avec réserve, de ne point les laisser en contact avec des foyers de suppuration.
(1) Aroh., t. 15, p. 101. Thèse , n° 117. Paris, 50 "ma 1827.
(2) Journal hebdomad., 1831.
(5) Sabatier, Méd, opérat.
(4) Piédagnel. Thèse, Paris, 1827.
(5) Journal de Plysiol, expérim.
(6) Lancette franc. , 183à.
(7) American Journal of the Méd. sc., novembre , 1828.
On retrouve dans les veines les trois membranes signalées à l'occasion des artères, mais disposées de telle sorte, que la tunique moyenne estréduite à l'état rudimentaire ,tandis que l'externe jouit d’une vitalité considérable ,et que l'interne y est devenue aussisouple, aussi extensible quune membrane séreuse.
Cette simple différence d'organisation fait que les veines, sensiblement plus minces que les artères, s'affaissent au lieu de rester béantes dans les plaies, à moins qu'elles n’adhèrent intimement par leur surface externe à quelque tissu d'une certaine consistance, comme dans le foie, le bassin, le crâne, à l'aisselle, au sommet de la poitrine, par exemple; que la phlébite est très-fréquente, tandis que l’artérite est à peu près impossible ; qu'il n’y a, dans les veines, nianévyrismes mixtes externes, ni anévrismes mixtes internes; que leur dilatation porte sur toutes les tuniques à Ja fois, et reyét à peu près constamment la forme yariqueuse; que leurs plaies, soit transversales, soit longitudinales, se cicatrisent très*bien; que leur section, même complète, n’est point un obstacle au rétablissement de la continuité et du maintien deleur perméabilité ; qu'il n'est guère plus facile d'en rompre les membranes profondes que la superficielle ; que le froissement, le rebroussement, l'acupuncture ne suffisent point pour en oblenir l'oblitération, mais que la ligature y parvient on ne peut plas facilement par l'adhésion prompte qu'elle détermine entre les deux parois du vaisseau; qu'on n’y obserye presque jamais de plaques crétacées, de gercures ni d'ossifications; enfin, qu'elles sont aptes à contracter toules les maladies des autres tissus.
Les valvules dont elles sont douées, et qui seremarquent principalement dans les veines des membres, ayant leur bord libre tourné vers le cœur, font que le sang , arrivé au-dessus, ne peut plus redescendre, et qu'après la section d’une veine , il est généralement inutile d'en lier le bout supérieur; que les injections qu’on en fait après la mort ne pénètrent point du centre à la eirconférence comme dans les artères, et que les matières qu'on tente d'y introduire pendant la yie doivent êlre poussées des branches vers les troncs. k
Guidés par le raisonnement plutôt que par l'observation, les physiologisies ayaient admis que le nombre de ces valyules est beaucoup plus considérable dans les yeinessuperficielles que dans lesyeines profondes; mais, sans prétendre, comme M. Blandin (1), qu'on observe précisément l'inverse, il est certain du moins que celles-ci en offrent une assez forte proportion, et que c'est là ce qui les empèche de laisser refluer le sang après les amputations. Toutefois, comme elles en manquent assez
(1) Brierre de Boismont, Anatomie descripl., 1853,
souvent il n’est pas étonnant de les voir , plus fréquemment que les veines sous-cutanées, permettre ce mouvement excentrique dusang, quand elles ont été coupées. On prévoit du reste que les hémorrhagies doivent être d'autant moins redoutables, moins difliciles à maitriser , qu'il y a plus de valvules dans les veines, qu’on opèresur une parlie moins rapprochée du tronc par conséquent , etque , sous ce rapport, les blessures de la racine des membres, du cou et des cavités splanchniques sont encore plus dangereuses que du côté des extrémités. Dans la phlébite, les valvules semblent jouer un rôle important à connaitre.
P'épaississement, l’ampliation et l'induration produites par leur inflammation, font qu'elles rendent presque sur-le-champ le passage des fluides impossible. De là un surcroît d'irritation ct d'inflammalion , qui, après avoir gagné jusqu’à la valvule suivante, amènent les mêmes difficultés dans la portion de veine interposée et ainsi de suite, tant que la dernière n’est pas prise. Aussi est-il de remarque que la phlébite , une fois commencée, manque rarement de s'étendre jusqu'à laracine du membre tandis que , quelle qu’en soit la violence, elle cesse presque toujours en arrivant dans les troncs dépourvus de valvules (1).
$ Ier, — Voines sous-cutanées.
Les veines superficielles diffèrent, sous une foule de points de vue, des veines profondes : le Elles ne sont côtoyées par aucune artère, en sorte qu'on n'a rien à craindre de ce côlé dans les opérations; 2°, situées dans l'épaisseur de la couche cellulaire proprement dite, et non des lames voisines de l'aponévrose, elles n’ont point de gaines de tissu muqueux, ue sont point entourées , chez les sujets gras, par ces lamelles souples et dilatables qui en permettent le glissement et en rendent les inflammations diffuses externes si faciles; 3° placées entre les aponévroses ct les téguments, obligées de se couder à angle plus ou moins aigu pour réjoïndre les veines profondes , ne résis- Lant aux lois dela pesantenr que par les yalvules, n'ayant ni action musculaire, ni soutiens laléraux pour empêcher le sang d'y stagner, élant exposées à l'action de tous les agents extérieurs , à l’étranglement produit par les jarretières ou différentes pièces de vêtements, elles sont naturellement plus sujettes que les autres à la dilatation, aux varices, à l'hypertrophie, aux nodosités, aux plaies, aux déchirures, à l'oblitération; 4° la circulation y étant plus difficile, et d'autant plus qu'elles sont plus altérées, ou qu'on se rapproche davantage de leur racine, il est naturel de voir Ja couche cellulaire qui les renferme s'infiltrer, se gonfler,
(1) Arnott, Lond, med. Gazette, 1828.
subir la transformation lardacée et une foule d’autres, la peau elle-même s'altérer après s'élre fortement amincie, et les ulcères qui s'y manifestent par quelque cause que ce soit, ne se guérir qu'avec une extrême difficulté , ne se cicalriser que pour reparaître à Ja moindre occasion ; 9° se réunissant à chaque membre pour former un ou deux troncs principaux, On a pu penser que pour les oblitérertoutes , il suffirait de couper ces troncs; mais comme elles communiquent en même Lemps ayecles veines profondes, par diverses petites branches qui acquièrent dès lors un certain volume, le but que se proposent les chirurgiens en agissant ainsi, a souvent été manqué. Pour l’atteindre avec plus de certitude, il faudrait couper séparément chaque branche à une certaine distance de l’ulcère qu'on veut fermer, au lieu de se borner à trancher le tronc qu'elles alimentent. Du reste, leur oblitération obligeant le sang à remonter en entier par les veines profondes, il en résulte souvent une tendance de la partie à linfiltration et à l'empâtement, une aptilude à contracter des érysipèles, cb diverses autres lésions qui Ôtent une grande partie de leur valeur à ces opérations.
S IL. — Voeines profondes.
Les veines profondes s'observent partout où se voient des artères. À partir de la seconde section de chaque membre, on en rencontre assez généralement deux pour chaque division artérielle, et, dans ce cas, il est rare qu’elles ne communiquent pas entre elles, d'espace en espace, au moyen de pelites branches transver= sales; ce qui fait que l’une est toujours prête à remplacer l'autre. La distension qu'elles éprouvent pendant la vie est cause qu'elles cachent en partie les artères qu'on cherche à découvrir, et peuvent embarrasser beaucoup dans l'opération de l'anévrisme. Leur mollesse en entraîne l'aflaissement complet dès qu’elles sont vides, ce qui expose considérablement à les blesser et porte à leur accorder infiniment moins de volume sur le cadavre qu’elles n’en ont réellement. Les plus grosses adhèrent assez fortement au tronc artériel pour que leur sé= paration ne soit pas sans danger et qu'il faille agir avec une délicatesse extrême quand on veut passer un lien autour de l’un sans blesser l'autre. Plus petites, elles n’ont pas assez de valeur pour qu'on s'y arrête, et rien n'empé-= che de les comprendre dans le même fil. On les distingue au fond d’une plaie d'amputation par leur mollesse , la ténuité, la demi-transpa= rence et la teinte bleuâtre de leurs parois, autant que par lé sang qui s'en écoule. Comme il n'est pas sans exemple qu'elles aient fait naître une hémorrhagie, et que les fluides divers qui peuvent s'y introduire alors ne laissent pas d'en faire craindre l'inflammation, je