‹ Traité complet d'anatomie chirurgicale, générale et topographique du corps humain, ou, Anatomie considérée dans ses rapports avec la pathologie chirurgicale et la médecine opératoire (volume 2)Chapitre 13 sur 87 · VEINES · texte numérisé non relu

VEINES

pe vois pas qu'il y aît beaucoup plus d'inconvénients à les lier qu’à les abandonner au milieu des parties saignantes.

Un tissu cellulaire lamelleux, doué d'une grande laxité, les entoure à la manière des gaines artérielles, et les rend susceptibles de plusieurs sortes d'inflammations. L'une, qui, procédant de dedans en dehors et ayant leur tunique interne pour siége spécial , est bientôt suivie de tous les phénomènes qui caractérisent Pinfection purulente; l'autre, qui, débutant par la couche celluleuse externe, procède de dehors en dedans et se propage à la manière des érysipèles phlegmoneux, sans jamais produire les symptômes d'altération du sang propres à la première. Destinées à reporter tous les fluides au cœur, il est à présumer que leur oblitération serait suivie d'accidents nombreux , à moins que les veines superficielles, restées saines, ne vinssent à les suppléer. Dans ce dernier cas, il n'en résulte ordinairement que de Finfiltration , des douleurs ou des ibcès profonds, et quelquefois absolument rien d'appréciable ; tandis que dans le premier on courtrisque de voir la gangrène ou la paralysie se manifester, surtout si l’occlusion s'opère subitement, par l'effet d'une ligature entre autres. C’est de cette façon autant que par Vobstacle qu'ils opposent àla circulation artérielle que les anévrismes causent parfois tant de dégâts dans les membres, et que leur opération par la ligature était si souvent suivie de mortification dans les siècles précédents; que la compression, qui agit autant sur la veine que sur l'artère, devient plus dangereuse que la ligature, et que leur inflammation, abstraction faite de son influence fâcheuse sur les fluides, est encore si dangereuse même quand elle se termine par résolution.

Réduites à leur tunique interne, dans letissu spongicux des os, aïnsi que dans quelque autre organe ,oùl'adhérence de leur périphérie les force à rester béantes quand on les a divisées, elles sont encore plus disposées là qu'ailleurs à s'enflammeretse charger de matières morbifiques. Aussi a-t-on noté, denosjours, que la section des os (1) ou deleur moelle (2), que certaines fractures , que la lésion des sinus dû crâne (3) sont souvent suivies de phlébite et de symptômes funestes.

La distribution des veines dans tous les tissus à l'état de ramifications ou de capillaires, explique, d'après leur malheureuse tendance à s'enflammer, la plupart des terminaisons fatales d'un grand nombre d'opérations graves. Leur présence au fond de tous les foyers et la propriété qu'elles ont de recevoir toutes sortes de fluides; soit par absorption

(1) Monod. Zhèse , no 20, 127 février. Paris , 1831, (2) Reynaud Arch. gén. de Déd., août 1831.

(5) Tonnelé, Journal hebdom., 1. 5, 1829.

directe, soit par imbibition, soit par l'intermède des lymphatiques , rend également compte d'une foule d'accidents, qui se rapportent tous à l’altération du sang. Du reste, la ténuilé de leurs filaments extrêmes est telle , qu'il est physiquement impossible d'en concevoir, d'en constater l’inflammation isolée (1), et qu'on ne peut pas prendre au sérieux l'assertion des pathologistes qui ont cru pouvoir y placer le siége de l'érysipèle etmême le début de toutes les phlegmasies. di

Sous le rapport chirurgical, les grosses veines présentent encore plusieurs particularités dignes d'être notées : les plexus qu'elles forment sur une foule de points, et le sang qui s’en échappe dès que Ja pointe de l'instrument les pénètre, augmentant à l'extrême les difficultés de certaines opérations , de la trachéotomie, par exemple, de l’extirpation d'un grand nombre de tumeurs ; d'autant plus qu’alors il arrive assez souvent à ces veines de se multiplier et de s'agrandir considérablement. Ayant une véritable texture, des fibres longitudinales et transversales, par conséquent elles peuvent se coarcter et se raccourcir; ce qui fuit qu'après leur section complète on en voit les deux bouts s'écarter de plusieurs lignes, qu'en les piquant en long avec une lancette on produit une plaie dont la réunion s'effectue avec une élonnante facilité, tandis que leur piqûre transversale, et surtout oblique, qui donne lieu à un écartement beaucoup plus marqué, doit exposer davantage à la suppuration et à la phlébite. Etant très-molles et fort extensibles, rien n'empéche de traiter leur plaie pay les diverses sortes de sutures, nid’en embrasser les deux lèvres entre les mors d’une pince et de la fermer à l'aide d'une ligature en conseryant le calibre du vaisseau. Enfin, comme elles sont souvent tortueuses, du moins quand l'état variqueux s'en est emparé, on conçoit que leur division puisse ne pas être suivie de la moindre rétraction, et que, puisqu'on veut en déterminer l’oblitération, ül faille en réséquer alors une portion, ou bien en tenir les extrémilés mécaniquement écarlées pendant quelques jours. Autrement on verrait leur continuité se rétablir et l'opération manquer son but. Le sang qui s’en échappe nécessairement au moment de la section et cette tendance à la réhabilitation de leur perméabilité suffisent pour ôter toute valeur à la réunion immédiate, après les avoir tranchées dans le but de remédier aux varices, ainsi qu'au procédé de NM. Brodie , qui veut que, sans les découvrir, on aille les diviser sous la peau en glissant le bistouri horizontalement par une simple piqüre. Leur organisation élant la même sur tous les points et à tous les âges , les maladies S'y comportent partout de la même manière,

(1) Sübatier, Thèse de concours , 1832.

dans les plus gros troncs, comme dans les simples radicules ; ce qui, comme nous l'avons Va D observe pas dans le système artériel.

L absence du tissu jaune et deslamelles sèches, friables, qui distinguent les trones vasculaires 4 sang rouge, explique très-bien pourquoi les plaques crétacées , Si fréquentes dans les artères, ne se développent presque jamais dans les veines. Leur dilatabilité enfin et leur vitalité en permettent la raréfaction, puis le mélange avec la plupart des tissus, soit naturels, soit morbides, et donnent-le motif de leur amplitude autour ou dans l'épaisseur d’une foule de tumeurs, de leur prépondéxrance dans les organess et les productions érectiles; de même que leurs communications avec les vaisseaux lymphatiques rendent compte des fluides altérés ou non qui leur arriyent par cet ordre de: canaux.

Art. IL. — ZLymphatiques.

$ Ier. Portion cunalicutée.

Distribués en deux couches, l'une superficielle, l’autre profonde, comme les veines, les vaisseaux lymphatiques ont à peu près les mêmes rapports organiques que ces dernières, autour desquelles.ils sérpentent ordinairement. Aussi est-il très-facile de se méprendre sur le siége précis des inflammations rubanées ou linéaires de la couche sous-cutanée. On évite l'erreur, toutefois, en se rappelant que les lympbhatiques, disséminées sous forme de lignes ‘lortueuses, ne présentent point l'aspect de cor- -des dures et arrondies, comme lestveines, et que la rougeur qui en indique la phlegmasie -est ordinairement éparpillée par plaques inégales sur une foule de points, en même temps qu'elle forme des stries plus où moins régulières dans la direction des vaisseaux. Spécialement chargés de reprendre, au milien des tissus, les molécules que l'organisme ne peut s'approprier, ils trouvent dans leurs fonctions la source d'une infinité de maladies, Puisant dans les plaies les principes morbifiques qu'elles sécrètent ou qui peuvent y avoir été déposés, la plus petite écorchure suflit pour les enflammer. Tous les genres d’ulcères, de s0lutions de continuité, toutes les lésions mises en contact avec quelque produit de mauvaise nature, sont par conséquent susceptibles de le faire, et le font en effet très-fréquemment, Obligés de transporter tant de matières diverses, on ne doit pas être surpris de les voir si souvent altérés. Composés de tuniques encore plus souples peut-être, et doués d'une vitalité encore plus grande que celle des veines, ils doivent étre non moins sujets à l’inflammation; mais, élant arrétés à chaque pas par des ganglions, et ne se transformant point en troncs de plus en plus gros, ils sont loin d’ex-

poseraux mêmes dangers quand ils deviennent réellement malades, Leur petit calibre fait qu'alors ils s'oblitèrent bientôt et perdent ainsi la faculté de verser dans le torrent circulatoire les fluides altérés dont ils se trouvent remplis. Du reste, si l'inflexion générale est moins à craindre, on a en retour un ensemble de phénomènes inflammatoires plus menaçants , une réaction générale plus vive que dans la phlébite. Ne pouvant plus recevoir les matières que les tissus cherchent à éliminer, ils causent . un gonflement plus considérable, de la douleur, des abcès phlegmoneux, plus difficiles à éviter dans les régions qui les alimentent, et une succession moins rapide des diverses périodes de lamaladie.

La communicalion des lymphatiques souscutanés avec les lymphatiques profonds se fait par des rameaux si multipliés que la phlegmasie des uns manque rarement de passer aux autres, et c’est là ce qui explique pourquoi l'inflammation de leur couche superficielle produit si souvent le gonflement de toute l'épaisseur du membre, au lieu d'un simple érysipèle phlegmoneux; pourquoi la compression, les scarifications, le vésicatoire, ne triomphent pas aussi bien deleurs affections aiguës que de celles des veines ou du tissu cellulaire sous-cutané. Une fois oblitérés la circulation lymphatique ne peut plus se faire, et les parties d'où ils tirent leurs racines ne peuvent manquer d'être exposés aux engorgements. Leur abondance dans tous les tissus, et sur tous les points occupés par les veines, fait qu'a Ja rigueur ils pourraient servir de moyen de transport à tous les fluides hétérogènes qu'on aceuse decauser plus oumoins de désordre dans l’économie. J'y ai trouvé du sang qui avait été absorbé dans le tissu cellulaire voisin, du pus dont le principe ne venait certainement pas de leur intérieur, outre que les matières morbifiques qu'ils sécrètent eux-mêmes lorsque l'inflammation s'en est emparée, peuvent bien aussi, dans certains cas, circuler avec la Jymphe, et, par suite, se mêler au sang veineux. Il est donc très-dificile d'affirmer que le pus et autres substances observées dans les veines, n'y aient pas été versées par les lymphatiques, et qu'elles avaient été prises au dehors directement par les veines elles-mêmes. Leur nombre , habituellement plus grand à la partie interne du membre et dans les régions où la peau offre le plus de finesse, porte naturellement à placer là les vésicatoires, les pommades'et toutes les substances qu'on a l'intention de faire absorber, soit par la méthode iatraleptique, soit par la méthode endermique. C'est parce qu'ils ne laissent pas d'être volumineux au voisinage des veines superficielles, qu'on les blesse si souvent dans la phlébotomie, et qu'on voit parfois suinter plusieurs gouttelettes de lymphe au fond de la petite plaie. Il est

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