‹ Traité complet d'anatomie chirurgicale, générale et topographique du corps humain, ou, Anatomie considérée dans ses rapports avec la pathologie chirurgicale et la médecine opératoire (volume 2)Chapitre 24 sur 87 · PORTION OSSEUSE · texte numérisé non relu

PORTION OSSEUSE

sciés ont plus de volume ou sont moins compacts. Certains os, ceux du crâne, ceux du bassin, les vertèbres, par exemple, sont sur-

| fout remarquables sous ce rapport, à cause des canaux veineux qui les parcourent.

Ces vaisseaux sont de trois ordres. Les uns traversent le périoste, plongent dans le tissu osseux (1) et s'y ramifient de manière que leur diminution puisse occasioner une atrophie, soit partielle, soit générale, et leur surcroît d'activité une hypertrophie correspondante, de manière aussi que leur destruction dans un point circonscrit n'entraîne pas nécéssairement la mécrose. D'autres forment un réseau très-fin entre le périoste et l'os, dont ils alimentent principalement les couches extérieures. La facilité avec laquelle ils se laïssent déchirer et leur dépendance du périoste font qu'ils se séparent de cette membrane à la moindre suppuration développée au-dessous, et deviennent ainsi l'une des causes les plus fréquentes de la nécrose. Le cal provisoire , tel que Pentend M. Dupuytren, que l'avaitindiqué Duhamel, et que M. Haime l'a décrit un des premiers dans son excellente thèse (2), paraît être en entier sous leur dépendance, tandis que le cal définitif, la cicatrisation celluleuse des bouts fracturés se rapporte plutôt aux précédents. C'êSt même là ce qui fait que le trayail de consolidation dans les fractures est loin de se ressembler exactement pour tousles os. Lorsque le réseau du périoste prédomine, comme dans la partie moyenne des os longs doués d’un large canal médullaire, le cal proisoire se présente ayecles caractères, annoncés par lesauteurs inyoquéstout-à-l'heure. Dans les os spongieux, où les vaisseaux du premier ordre l’emportent , les idées de Bordenave et de Bichattrouvent au contraireleur application aux dépens de celle de M. Dupuytren. Enfin sicomme M: Gaillard (3) en a publié plusieurs exemples, et comme je l'ai yu moi-même au péroné, au-tibia, au radius, au cubitus, la virole admise par l'école de M. Dupuytren manque ordinairement quand la coaptation et l'immobilité des fragments sont exactement maintenues, c'est que le travail entretenu dans le parenchyme osseux par ses vaisseaux propres, n'étant point dérangé, rendinutile celui des yaisseaux superficiels. Ceux du troisième ordre apparliennent plus particulièrement à la moelle, Une branche principale les fournit ou les reçoit. Ils se divisent, se subdivisent et se ramifient, comme les vaisseaux des parties molles, mais ne donnent que très-peu à la substance même des os; ce qui fait que l'artère nourricière pourrait à la rigueur être suppléée par

(G) Monod. Thèse sur l’Anat. path.des os. Paris,

(2) Paris , 18 juillet 1816.

(5) Revue méd., 1850, t. 1, pag. 67.

les vaisseaux du second genre, et que la section de son tronc ne détermine pasde nécessité la nécrose, bien qu'il en résulte une atrophie plus ou moins marquée de la substance grasse.

Les filets nerveux. que M. Duméril croit y avoir suivis sont tellement rares, qu'on peut se dispenser de les faire entrer comme élément fondamental dans la contexture des os.

L'insensibilité bien connue du squelette, insensibilité qui permet d'en réduire en morceaux les différentes pièces sans causer de douleur, est d’ailleurs une preuve de leur absence. Les propriétés contraires qu'on remarque dans la moelle, dans les végétations osseuses, et dans les cas de maladie des os en général, tiennent probablement à ce que le système du grand sympathique, qui se confond partout avec les tuniques vasculaires, acquiert alors un développement extrême. Nous avons déjà vu, au surplus, que la sensibilité soit normale, soit pathologique, n'est pas toujours en proportion de la quantité de nerfs distribués dans les tissus, De cet arrangement du système vasculaire et nerveux au surplus, il résulte :

1° Que la nécrose sous forme de sequestre cylindrique, très-fréquente à la partie moyenne des os, ne se prolonge presque jamais jusqu’à leurs articulations, et qu'après l'extraction de la portion morte, la reproduction qu’on observe a lieu tout à la fois par les deux bouts et de la circonférence au centre de l'organe, au moyen du réseau des couches externes, ordinairement conservées alors en quantité d'autant plus considérable qu'on se rapproche dayantage des extrémités du sequestre.

2° Que, dans leurs portions renflées et dans les os courts, où la prédominance des yaisseaux concentriques sur le réseau superficiel n'est pas douteuse, la nécrose se fait tout aussi bien dans leur épaisseur qu'à la surface, et qu’elle les envahit plus souvent par noyaux, par masses'circonscrites, qu’en totalité.

3° Que l'inflammation, la suppuration, la transformation tuberculeuse de ceux-ci débute ordinairement par la profondeur de leur tissu ; d'où leur ramollissement, l’enduit purulent de leurs cellules, les petits abcès, les concrétions caséeuses, qu'on y observe dans le voisinage de certaines tumeurs blanches (1) et chez les sujets scrofuleux (2), tuberculeux ou atteints de la maladie de Pott (3), les fragments de nécrose isolés par le travail inflammatoire, quelquefois baïgnés de pus, et les cavités rngueuses, rougeâtres, vasculeuses qui les renferment au milieu d’une tête articulaire ou d'un 0s spongieux quelconque.

(1) Monod , Zhèse. Paris, 1er février 1850.

(2) Delpech, Malad. rep. ch., t. 3, p. 645,

(3) Serre, Gazetle médic. , t. ler, p. 30, 1850,

44 DU SQUELETTE. k

4° Que dans les os plats et les os longs l'inflammation et la sécrétion purulente commencent presque toujours par l'extérieur, de manière à y laisser leurs nombreux produits et à gagner beaucoup plus en largeur ou en longüeur qu'en profondeur.

59 Que linflammation et la suppuration des 0S peuvent avoir Jlicu, ainsi que le remarque M: Monod (1), dans leur partie compacte, par le simple écartement de leurs fibres, et sans ramollissement préalable, puisqu'il est possible que jusque-là leurs éléments terreux m'aient subi aucune altération notable.

6° Que la gangrène ou la nécrose des lames superficielles d'un os peut être suivie de l’exfoliation pure et simple des couches mortifiées, lorsque leur étendue n'est pas considérable , par la raison que, dans ce cas, les vaisseaux propres du tissu de l'organe, partout abouchés les uns avec les autres, se raréfient bientôt au-dessous pour remplir les fonctions de la portion détruite du réseau externe.

7° Que toute inflammation, soit aiguë, soit chronique, mais circonscrite, d'un os , détermine promptement une bhypertrophie plus où moins étendue dans les environs, hypertrophie qui peut être comparée à l'induration du tissu cellulaire qu'on voit se manifester à la circonférence des foyers phlegmasiques des parties molles : les vaisseaux profonds sont encore la cause de ce travail, de cet excès de nutrition, qu'il ne faut pas confondre avec un travail semblable des couches alimentées par le réseau externe, lorsque la maladie s’est opérée de dehors en dedans, maïs qui se réunit souvent avec lui pendant la consolidation des fractures.

8 Enfin, que la reproduction des os et leurs végétations s'expliquent mieux par l'expansion de leur parenchyme que par l'action du périoste, et que les os plats ou minces, dont le xéseau externe esbttrèés-riche, en comparaison des vaisseaux profonds, y sont ainsi que M. Haime (2), adoptant l'idée du docteur Blaise, le fait déjà remarquer, bien moins favorables que les os longs armés d’extrémités spongieuses.

C. La substance médullaire ne laïsse pas d'avoir aussi son importance. Sa texture délicate ct sa grande vitalité l'exposent encore plus que la trame fondamentale des os eux-mêmes aux maladies dont l’ensemble du squelette peut étre affecté. Le petit nombre de vaisseaux qui s'y rendent, et leur extrême ténuité, sa mollesse et le peu de tissu cellulaire qu'elle contient, font que l'inflammation s'y montre rarement avec les mêmes caractères que dans les autres systèmes organiques, qu'elle en cause presque aussitôt l'induration, quand elle est

(1) Loc. cit, pag. 16.

(2) Loc. cit., p. 16.

faible, ou la difluence quand elle est fort aiguë; que la suppuration y est le plus souvent grise, huileuse, très-fluide, et ne s'y trouvé presque jamais réunie en foyers, en abcès. Ce= pendant, comme elle est entourée d'une toile fine, raréfiée en réseau à son intérieur , les phlegmasies en parcourent rapidement uné grande étendue, une fois qu'elles s’en sont emparées. C’est encore là un des dangers dé lamputation dans la continuité des os longs

. garnis d'un canal médullaire. D'autant plus

abondante que les veines sont plus volumineus ses et plus multipliées, elle ne baigne jamais dans le pus, au milieu de liquides hétérogènes, sans exposer à la phlébite et à la résorption , qui semblent à M. Monod ne guère s'effectuer autrement dans le système osseux em général. C'en est assez pour que le ichirurgien évite , autant que possible, de mettre la moelle en contact avec des matières détériorées, et même de la laisser à l'air après les amputations, pour qu'il se tienne sur ses gardes tou tes les fois qu'il a été forcé de la déchirer, soit dans Ja partie moyenne, soit dans les renflements spongieux des os longs. Son con tact avec les parois osseuses et l'union de ses vaisseaux avec ceux du parenchyme, font, em outre, que sa destruction, ou son inflammation amènent, à peu près inévitablement, la nécrose et la formation d'un sequestre qui comprend souvent toute l'épaisseur de la diaphyse osseuse. Presque fluide dans l'état naturel, et faisant d’ailleurs partie de la trame organique générale des os, c'est elle qui doit subir le plus de changements, ou du moins les premiers changements, dans une foule de ma= ladies du squelette. Etant sécrétée par le parenchyme proprement dit, elle ne peut man= quer de s’altérer dès qu'il tend à se dénaturer profondément. S'il se ramoilit purement et simplement, elle se transforme en une substance rougeâtre comme de la lie de vin. Dans le rachitisme, elle se confond en quelque sorte avec le tissu osseux, et le tout finit par ne plus former qu'une masse spongieuse mêlée de flo= cons, de noyaux gélatineux. Dans les fractu= res, elle commence par se durcir et fermer le canal médullaire, comme pour rétablir la con= tinuité deses vaisseaux avec ceux du périoste, par l'intermède de la masse concrescible qui se dépose entre les fragments. Enfin, étant renfermée dans un canal solide et non exten= sible , il n’est pas étonnant que son hypertrophie , que ses fongosités, que l'ostéostéatome ; que l'ostéosarcome même dont elle est assez souvent le point de départ, que le spina-ventosa qui en dérive presque constamment, soient accompagnés de si vives douleurs.

$ IT. — Du périoste.

Quoique de nature fibreuse, le périoste,

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