PORTION OSSEUSE
dont tous les os sont revêtus à l'extérieur, diffère beaucoup cependant des tendons et des aponéyroses. Se rapprochant du tissu cellulaire par sa souplesse, et des membranes muqueufes par sa vascularité, il est très-sujel à s enflammer , à suppurer, à s'épaissir, à subir diverses transformations. Son adhérence aux 08, quoique assez intime, ayant lieu par le moyen du tissu cellulaire lamelleux et fin que traversent ou dans lequel rampent les vaisseaux du tissu osseux, disparaît très-facilement sous l'influence de l'inflammation. Placée entre deux surface solides, le périoste en dehors , le corps de l'os en dedans, cette inflammation est presque toujours diffuse eb tend continuellement à se propager au loin, comme au dessous de la peau et à la surface profonde des aponéyroses. Quand elle devient purulente , il est donc tout simple que le périoste se décolle, et que les 08 se dénudent. La rupture du réseau vasculaire superficiel et des capillaires qui pénètrent directement le tissu osseux, étant une suite inévilable de ce travail, la nécrose qui en résulte ha rien de surprenant. C’est ainsi qu’elle arrive dans les amputations , les fractures et dans presque tous les cas amenés par des lésions externes; d'où le précepte de ne déchirer de ne décoller le périoste que le moins possible, dans les opérations qui se pratiquent au voisinage des os, ou sur les os, et d'éviter à tout prix son inflammation profonde. Toutefois ses adhérences jouissent d'une certaine force, et Sa vitalité étant très-prononcée son inflammation, suite de rupture , est loin d’en produire toujours la séparation et de ne jamais se circonscrire, surtout lorsque les parties restent à Labri du contact de l'air. Dans les fractures par exemple, sa continuité se rétablit ordinairement très-vite, s'il n'y a point de déplacement; ou bieu il s'épaissit en bourrelet sur l’exirémité de chaque fragment, pour se confondre avec les matières plastiquesinterposées, et former le cal provisoire, de même qu'on le voit rougir, s'hypertrophier sans abandonner la surface de l'os au fond du moignon de beaucoup d'amputés, Son épaisseur naturelle est en raison directe de la densité des organes qu'il enyeloppe, et son aptitude au décollement en raison inverse de leur porosité. Gomme, d’un autre côté , le réseau vasculaire sous-jacent est d'autant plus riche que cette membrane offre plus d'épaisseur, et d'autant moins évident qu'elle est plus irrégulière, moins consistante, plus mince , ses blessures ne doivent pas exposer constamment aux mêmes risques sur toutes les parties du squelette. Facilement suivie de dénudation ‘et de nécrose sur la diaphyse des os longs et des osplats, elle neproduirait que rarement ces phénomènes sur la partie spongieuse des premiers, et sur les os courts en général. Par suite de son épaisseur et de sa vas- Cularité autour des os longs, elle se trouve
souvent chargée du premier réle, d'un rôle important après leur fracture, tandis que sa sécheresse en rendentle secours tout-à-fait secondaire en pareil câs sur les os spongieux; mais aussi la raréfaction, le nombre et le volume des vaisseaux pyopres de ceux-ci, permettent au parenchyme d'en tenir lieu ; tandis que dans les autres la prépondérance du réseau superficiel sur les vaisseaux propres, en rendrait la cicatrisation difficile sans l'intermède du périoste. Comme les deux ordres de vaisseaux qui fournissent au système osseux, en le pénétrant par sa périphérie ne font que traverser le périoste sans se ramifier dans son épaisseur, ce n'est point aux dépens de cette enveloppe que s'opère la reproduction des os nécrosés, mais bien par l'effet du réseau vasculaire qui rampe au-dessous. IL en est de même des gommes, des périostoses, de quelques tumeurs enkystées, fibreuses, colloïdes, squirrheuses, etc., qui semblent implantées dans les os, quoique le périoste en tapisse la surface , et de l'os téosarcome, qui procède de dehors en dedans.
Par sa face externe, le périoste, se confondant avec les tendons, les aponévyroses d'insertion, les ligaments et les fibres, des divers muscles a des adhérences plus complexes et des rapports moins réguliers que par la précédente. Letissu cellulaire souple etlamelleux qui la double, dans l'intervalle des faisceaux charpus et partout où ils ne sont qu'appliqués contre elle, comme on le voit sur certaines régions du fémur , du radius, du cubitus, etc., fait qu'elle s’enflamme et suppure avec facilité, que ses maladies gagnent promptement en surface, et qu'il en résulte souvent de vastes abocès. Confondue sur une foule de points autour du genou , sur le devant du tibia, entre autres, avec la couche sous-cutanée, elle ne fait naître d’autres remarques chirurgicales que celles qui se rattachent: aux adhérences plus fortes qu'elles contractent avec le derme, à la densité plus grande, et à la forme filamenteuse que présente généralement le tissu cellulaire qui la sépare de l'enveloppe cutanée. Aïlleurs, sa continuité ayec d'autres tissus lui Ôte son aptitude à contracter des inflammations diffuses, à suppurer, à servir de foyer aux abcès profonds, mais l'expose davantage aux tiraillements, aux ruptures, à se décoller des os sousjacents. C’est ce qui fait qu'après une amputation, l'inflammation et le pus fusent plutôt entre le périoste et l'os quand l'implantation des muscles descend jusqu'à l'extrémité du moignon, tandis que le mal glisse de préférence entre le périoste et les muscles lorsque sa surface externe est libre. Il en résulte naturellementque, sous ce rapport, les ampulations sont d'autant Plus dangereuses que l'adhérence des muscles au squelette est plus intime autour du point où on les pratique; mais comme les obstacle
à l'extension de la phlegmasie augmentent en même proportion, c'est une particularité dont le chirurgien ne doit s'exagérer l'importance. N'étant utile à la vitalité des os que par sa face profonde , le périoste peut s'enflammer cb suppurer à l'extérieur sans compromettre en rien les propriétés naturelles des organes. Dans ce sens même il remplit à leur égard l’office des aponéyroses , relativement aux diverses altérations de la couche sous-cutanée. En s'épaississant, il les protége de plus en plus, et devient ainsi une barrière puissante contre la nécrose. Cependant ses vaisseaux élant continus ayec ceux qui fournissent à la nutfition des os, il arrive quelquefois que l’inflammation
de son extérieur gage sa surface interne, et
qu'une affection qui luiétait d'abord étrangère,
finisse par amener l'allération du squelette
placé au-dessous.
$ IT. — Dispositions extérieures des 0s.
Bien qu'entourés partout de parties molles, les os n'en sont pas moins distribués de manière à ce que les uns puissent prendre le nom de superficiels et les autres celui de profonds. N'étant protégés que par les léguments, les premiers sont par cela même beaucoup plus exposés que les seconds à l'action des agents extérieurs. Peut-être ne faut-il pas chercher d’autres raisons de la prédilection que leur accordent les exostoses vénériennes. Il en résulte au moins que leurs fractures par cause directe, que leurs blessures de tout genre doivent être incomparablementplus fréquentes que dans les os profonds. Outre qu’ils sont aptes comme les autres à recevoir les germes de toutes les maladies de causes internes, ils trouvent dans leurs rapports avec l'extérieur une cause déterminante perpétuelle de ces mêmes lésions.
Peut-être aussi la pression que les faisceaux charnus exercent sur leur face musculaire concoure-t-elle à rejeter la carie , les exostoses sur leurs régions sous-cutanées et en préseryet-elle jusqu'à un certain point les os profonds. Comprimés sur deux de leurs faces au moins par les couches musculaires, ces os sont tous plus ou moins aplatis, et se rapprochent en général de la forme du prisme. Cela fait que dans les fractures ils se déplacent assez peu selon la longueur, et que les angles de chaque fragment en gènent quelquefois beaucoup la coaptation. Du reste, étant plus ou moins bombés durcôté de la peau, leur fracture de cause indirecte débute presque toujours pas cette surface ; d'autant mieux que les muscles qui en garnissent les régions planes ou concaves agissent naturellement dans le même sens, quand ils se contractent.
Plus solidement entourés, comme matelassés de muscles, les os profonds sebrisent rarement sous l'influence de causes directes ; maïs, leurs
DU SQUELETTE
usages relatifs à la sustentation et à la locomos on élant d'ailleurs semblables à ceux des os superficiels, ils doivent se rompre de Ja méme façon par l'effet des contre-coups. La courbure qu ils offrent presque tous, et que remplissent d épaisses masses charnues , fait que la solution de continuité commence constamment par l'autre sens dans ces sortes de fractures. Plus elle est prononcée, plus les faisceaux musculaires , qui en sont alors comme la corde, ont d'action sur eux, de chances d'en faire céder la partie moyenne, et de les briser quand ils en tirent avec force les extrémités. Les fractures spontanées ne peuvent guère arriver autrement, et quand elles sont opérées d'une manière quelconque, cette disposition des muscles se joint à la cause fracturante, si elle estindirecte , pour diriger l'extrémité des fragments dans le sens de la convexité de l'organe rompu.
La masse absolue du tissu osseux est à peu près la même dans toute l'étendue d'un os long; mais le rapprochement extrême des fibres dans sa partie moyenne en diminue assez le volume pour porter à penser que, pressés par leurs deux extrémités, ilsse briseront aux environs de ce point. Le mouyement communiquè à l'os par cegenre de pression, de même que l'effort exercé par les muscles au surplus, représente ici deux puissances qui, allant à la rencontre l’une de l'autre, se heurtent naturellement au moment où elles tendent à se croiser, à se perdre ou à changer de direction, c'est-à-dire, dans le sens où l'os est le plus convexe, si quelque autre point n’estpas rendu plus faible, par suite de circonstances particulières.
La forme des os courts, leur dimension, presque égale dans toutes les directions, es mettent à l'abri des fracturespar contre-coup. Seulement on doit remarquer que plusieurs d'entre eux, la rotule, le calcanéum par exemple, étant tout entiers sous l'empire des tendons qui s'y insèrent, cèdent aussi souvent à l'action musculaire qu'à des chocs directs.
Un grand nombre d'os sont creusés de sillons que parcourent des vaisseaux , et qui pourraient en imposer pour des félures, si l'esprit n’en était prévenu. La présence de veines variqueuses, de renflements veineux, détermine quelquefois à la surface cutanée des plus superficicls, desrigoles, des excavations capables de tromper aussi, et de faire croire à des lésions qui n'existent réellement pas, si le praticien ignorait cette particularité. Leurs rapports avec les artères font que divers anévrismes les usent, les détruisent insensiblement par la pression qu'ils exercent sur eux, pression qui en détermine l'absorption interstitielle, en forçant leurs éléments à réagir les uns sur les autres. Aussi doit-on craindre , quand l’anévrisme dure depuis long-temps, lorsqu'il est volumineux et