‹ Traité complet d'anatomie chirurgicale, générale et topographique du corps humain, ou, Anatomie considérée dans ses rapports avec la pathologie chirurgicale et la médecine opératoire (volume 2)Chapitre 26 sur 87 · ARTICULATIONS · texte numérisé non relu

ARTICULATIONS

qu'il occupe une artère naturellement trèsrapprochée des os, de voir l'altération de ces derniers entraver le succès de l'opération, ct ne laisser d'autre ressource que l'ablation du membre.

Les saillies, les excavations, tout est digne d'attention dansles os. C'est par l'exploration de leurs inégalités, en effet, qu'on en reconz naît les solutions de continuité, les déplacements. Leur position étant fixe , ik suflit de mesurer surles deux membres pareils l’espace qui sépare deux proéminenees osseuses choisies à cette intention, pour-avoir aussitôt la certitude mathématique-que la partie est ou n'est pas raccourcie. Ce sont les meilleurs guides qu'on puisse suivre pour pénétrer dans les articulations. Étant toujours appréciables à lextémieur, elles servent également de jalons, et dirigent souvent le couteau de l'opérateur dans les autres opérations. M. Richerand a dès long-temps montré de quels avantages elles peuvent être dans les ligatures d’artères, en permeltant, à l'aide de lignes tirées de

Vune à l'autre, de déterminer exactement le-

trajet du vaisseau qu'on veut découvrir. C'est: par leur intermède enfin qu'on arrive à connaitre la conformation ‘bonneou mauvaise des cavités splanchniques , et à diagnostiquer l’état des viscères qu’elles renferment.

Séparées de l'os dont elles dépendent par une couche plus ou moins épaisse de cartilage, la plupart de ces saillies, formées d'abord par des noyaux distincts, restent long-temps faciles ä détacher dans le jeune âge, et se trouvent ainsi fort exposées aux fractures. Le peu de consistance qu'elles offrent alors fait en outre qu'il est souvent possible de les trancher avec

le couteau, et que s’il devient utile de les faire :

disparaître, on y parvient aisément sans recourir à l'emploi de la scie.

S IV.— Cartilages de continuite.

Les cartilages, qui n'ont qu'une existence temporaire dans les épiphyses, restent d’une manière permanente pour compléter-un certain nombre d'os et quelques organes spéciaux, comme on le voit aux côtes en particulier.

La grande élasticité, la flexibilité dont ils sont doués ; leur permettant de plier sous les efforts, expliquent pourquoi leurs fractures sont si ares; comparées à celles des, os. Presque enbièrement formés de gélatine et de substance terreuse , ne contenant ni moelle, ni artère, ni veine qu'on puisse ‘démontrer, ils ne sont sujets à aucune maladie organique, ne s’enflamment mt ne suppurent, et on n'y observe n1 tubercules, ni squirrhe, ni cancer. Leurs re nese consolident jamais directement,

moins qu ils ne s’ossifient accidentellement, Does ë périoste qui les revêt,

5 Jui prend le nom de pri-

chondro, se boursouflle au voistnage de la rupture, et, par sa combinaison avec l'épanchement de matière organisable, amène la production d'une virole analogue à celle qui constitue le cal provisoire dans la théorie de M. Dupuytren, et qui persisle indéfiniment sous cette forme. Ces caractères rendent, par Ja même raison, l'étude des cartilages fortpeu importante pour le chirurgien, et en feront toujours un élément très-secondaire dans le squelette:

Art. Il. — Articulations.

A. Les jointures qui se font par schindylèse, comme celle du vomer, avec la crête du sphénoïde, n'ayant besoin ni de cartilages, ni de ligaments ni de membrane synoviale, pour se maintenir, ne sont sujettes à aucune maladie, ne se prêtent à aucune opération particulière est ne permettent aucun déplacement. Leur unique but parait être de décomposer le mouvement et de mettre les organes voisins à l'abri des commotions.

B. Les articulations pär gomphose ou par implantation, offrent déjà beaucoup plus de complication. Tapissées par un périoste vasculeux ct ivritable, elles s’enflamment et suppurent facilement; d'où un ébranlement quelquefois irrémédiable des petits corps qu'elles renferment. La vitalité de ce périoste fait d'un autre côté qu'une dent mécaniquement déplacée peut retrouver une grande partie de sa solidité, si elle estimmédiatement remise et fixée dans son alvéole. D'une extrême dureté, creusés d’une cavité plus large que l'ouverture dont est percé le sommet de leur racine, et que remplit une pulpe vasculaire, nerveuse ct cellulaire, les petits cônes qui s'unissent de cette manière font que toutes les phlegmasies de leur intérieur doivent être excessivement douloureuses. Le pédicule vivant qui les pénètre traversant le tissu de l'os qui lès supporte, on conçoit que leur suppuration puisse en amener la carie ou la nécrose, ct faire naître des fistules , des altérations graves dans toutes les parties voisines (1). N'étant qu'implantés, sans être soutenus par l'autre extrémité, les os articulés par gomphose n’ont réellement de fixité que par leur union intime avec les parties molles. Aussi les voit-on céder et se laisser expulser graduellement à mesure que cette union devient moins solide, soit par suite de maladie , soit par suite de la tendance de l'alvéole à se combler du sommet vers la base, comme il arrive au déclin de la vie.

C: Les ampliarthroses, déjà plus répandues, forment un genre beaucoup plus important en chirurgie. Le fibrocartilage qui les caractérise

(a) Toirac, Déviation de la dent de sagesse , ete, Paris, 1829.

se confond d'une manière si complète avec la surface osseuse, queleurs luxations sont à peu près impossibles. Il est vrai que le peu de mouvement qu'elles permettent explique aussi cette particularité; mais fussent-elles infiniment plus mobiles, il n'en serait pas autrement, altendu que la rupture de l'os eft en général plus facile que celle de leurs ligaments, qui, ayant moins de vitalilé, de vaisseaux, rece- Yant moins de fluides, s'altèrent aussi plus rarement, si ce n’est en subissant la transformation osseuse. L'inflammation, la suppuralion, aucune dégénérescence ne s'y observent, même lorsque les os qu'ils séparent sont le siége de nécrose, de carie, de tubercule , à moins que le mal ne parte d’un point central, dontil sera question tout-à-l'heure, Composée de fibres élastiques, entremélée de flocons gélatineux, dépourvue de trame vasculaire , douée d’une force de résistance extrême, leurrondelle semi-cartilagineuse ne disparaît point sous la pression continue d'un anévrisme, par exemple, comme le feraitune pièce osseuse. Aussi la trouvet-on intacte au milieu des plus vastes destructions du squelette. Cependant, comme elle est susceplible de se laisser imbiber de liquides, on la yoit souvent se ramollir, se gonfler ct produire un écartement considérable des surfaces qu'elle maintient habituellement immobiles. En faveur de cette assertion, j'invoquerai l’écartement des symphyses pelviennes pendant la grossesse et lors del’accouchement. Comme son centre est ordinairement garni d'une surface ou d'une cayité synoviale , il serait inexact de dire néanmoins que l'amphiarthrose n'est jamais envahie par les affeclions qu'on remarque dans les autres arüculations. De la sérosité, du pus, du sang peuvent s’y accumuler. L'ulcération, la destruction excentrique, une sorte de tumeur blanche , d'hydarthrose , peuvent également sy développer, ainsi que la symphyse des pubis et quelques articulations vertébrales (1) en ont offert plusieurs exemples.

D. Ce que je viens de dire toutefois s'applique plus spécialement aux amphiarthroses proprement dites. La plupart des amphiarthroses diarthrodiales, ayant une croûte cartilagineuse, ne s'opposent pas aussi solidement aux déplacements des surfaces articulaires, et se rapprochent davantage des diarthroses de continuité par Jeux aptitude à contracter des maladies, C'est ainsi que, sous ce rapport, il ne faudrait pas confondre les articulations sacroiliaques avec les symphyses du rachis.

E. Par cela seul qu'elles sont toutes plus ou moins mobiles, les diarthroses de contiguité doivent ébre sujettes aux luxations. Les glisseménts que permeltent les cartilages qui en tapissent l'intérieur, le peu de résistance des liga-

(1) Delpech , Malad. rep. ch., t. 3.

DU SQUELETTE

ments qui les entourent les rendent en quelque sorte le jouet de toutes les violencesextérieures. IL s’en faut néanmoins qu'elles soient toutes également favorables à ce genre de lésion.

F. Entourées de ligaments multipliés et serrés, formées d'os très-courts, qui ne donnent presque aucune prise aux agents du dehors, qui se touchent par de larges ou par de nombreuses surfaces, etquisont comme encadréesles unes par les autres, les articulations arthrodiales sont rarement affectées de disjonctions.

G. Dans le yinglyme angulaire, les ligaments, plus longs, plus larges, étant moins multiplés, laissent plus de latitude aux mouvements, et, par suite, aux luxalions. Cependant les surfaces articulaires étant inégales et très-étendues, les déplacements contre nature ne laissent pas d’en être difficiles. Pour qu'ils se fissent en travers , il faudrait une déchirure de presque toutes Jes parties molles, Chaque os ici présente deux têtes ou deux cavilés qui, en s’échappant, glissent au-dessous l'une de l’autre; de sorte qu'avant de s’étre complètement abandonnées, la tête degauche, je suppose, doit se mettre en contactavec la cavité de droite, de manière que,! si elles s'arrétent dans cette position, il en résulte une luxation incomplète, la seule qu'on. puisse réellementadmettre dans ce sens. D’avant en arrière, le bord des cavités archoutant contre la face postérieure de l'os supérieur, empéche ainsi les autres espèces de déplacements, lesquels ne sont réellement possibles que par cause directe, ou au prix de la rupture de tous les ligaments. Dans le sens de l'extension, les difficultés ne sont guère moindres. Les rubans fibreux, les tendons même qui retiennent l'article ne sont pas assez extensibles pour se prêter, sans déchirure, à un pareil transport des surfaces articulaires. Le ginglyme latéral; quoique moins bien partagé sous ce rapport, puisque l'os qui roule n'est fixé sur l’autre que par de faibles trousseaux ligamenteux, et ne lui touche que par d'assez étroites surfaces, résiste beaucoup cependant aux causes de déplacement. La raison s'en trouve d'abord dans le genre de mouvements qu'il permet. Pouvant tourner sur son axe, et croiser obliquement celui de l'os fixe, l'os mobile donne à peine quelque prise aux impulsions extérieures, eë semble se soustraire à leur action par la fuite, dès qu'il en est menacé. Ensuite ses deux extrémités étant articulées en sens inverse, l'effort exercé sur lui est déjà fort amoindri par l'une lorsque l’autre se met en jeu.

H. Enfin, les articulations trochoïdes, comme celle de l'atlas sur l’axis, étant composées d’un axe qui roule sur un pivot, puis d'assez larges surfaces qui glissent les unes sur les autres, maintenues par de vigoureux ligaments, ne se luxent presque jamais, ne le font, du reste, qu'aux dépens de la continuité des parties.

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