‹ Traité complet d'anatomie chirurgicale, générale et topographique du corps humain, ou, Anatomie considérée dans ses rapports avec la pathologie chirurgicale et la médecine opératoire (volume 2)Chapitre 27 sur 87 · ARTICULATIONS · texte numérisé non relu

ARTICULATIONS

placements trouvent le plus de conditions heureuses. Que ce soit la tète osseuse qui se meuye sur Ja cavité, comme à la hanche et à l'épaule,

ou la cavité qui roule sur la tête articulaire;

comme on le voit aux jointures mélacarpophalangiennes, peu importe; ce genre d'article, permettant toutes les nuances de mouvement doit être sujet à toutes les espèces de luxations. La capsule, les ligaments qui l'entourent étant nécessairement très-lâches, n'opposent qu'une faible résistance à l'extrémité qui tend à se déplacer. Arrondie et lisse, la portion osseuse qui se meut sur l'autre glisse sans obstacle, et perd ses rapports habituels avec la plus grande facilité, dès qu'une puissance Jui a fait abandonner les limites de sesmouvements naturels. Les muscles épais et nombreux qui les protègent en les recouvrant, en rendent les luxations, par cause directe, assez rares il est vrai, mais leur action sur l'os le plus mobile est un secours puissant pour les causes indirectes de déplacement. L'aspect sphéroïde des têtes osseuses, la forme de soucoupe de leurs cavités de réception, et la force des muscles environnants s'opposent tellement aux luxations incomplètes dans ces sortes d'articels que les meilleurs auteurs en nient jusqu’à la possibilité. C’est une opinion toutefois qui n'est plus admissible aujowr:d'hui. J'ai vu deux fois la tête de l'humérus fixée par sa partie moyenne sur le bord externe de la cavité glénoïde.

M. Fischer (1) a de son côté constaté le fait sar le cadavre, et M. Manec (2) a vu la même chose à la hanche. Ainsi, partout la fréquence €t la facilité des luxations est en raison directe de l'étendue et de la variété des mouvements. Il faut ajouter toutefois que leur réduction ,.et les dangers qui les suivent, sont, en retour, partout en raison inverse du peu de difficulté qu'elles trouvent à s'opérer.

J. Les cartilages articulaires, étant composés de filaments perpendiculaires, au lieu de fibres diversement entrecroiïsées, sont on ne peutplus propres à résister aux chocs, aux frottements. Leur épaisseur est partout en rapport avec la pression qu'ils ont à supporter. À peu près égale dans les arthrodies, elle est généralement plus considérable sur la partie Saillante des têtes osseuses, et près du bord des cavités, qu'à la circonférence des premières, ou dans le fond des secondes, parce que c’est là que l’action des mouvements se fait surtout sentir, Implantés par la pointe de leurs fibres dans la substance de‘ l'os , il est presque impossible d'en séparer mécaniquement la surface profonde; en sorte que, dans l'état normal, on parvient plus facilement à briser une lame du tissu spongicux qui la supporte, qu'à la détacher elle-même, purement et simplement.

(1) Bibl. méd., t. 2, p. 432, 1829.

(2) Séance annuelle de la Société anat., 1827.

N'étant point pénétrée par Les vaisseaux quise ramifent dans l'extrémité osseuse, elle en reste tout-à-fait indépendante dans les maladies.

Aussi est-il très-commun de trouver les carti- Jages parfaitement sains sur des têtes articulaires en pleine suppuration, ramollies, nécrosées!, cariées , lardées de noyaux tuberculeux, purulents. Ainsi seulement on les voit se détacher sous forme de plaques, s'isoler peu à peu, et se dissoudre à la manière d’un corps brute. Le poli de: leur face libre étant entretenu par le fluide synoyial , qui l'humecte sans cesse, ct la sécrétion de ce fluide étant en grande partie déterminée par les mouvements de l’article , on conçoit qu'un repos trop longtemps continué puisse causer l’ankylose, et que les cartilages doivent prendre un aspect rugueux, se dénaturer dès qu'une circonstance quelconque vient à les priver de leur enduit naturel. C'en est assez pour expliquer leur sécheresse, et la tendance qu'ils ont à disparaître chezles vieillards, de même que l'usure partielle qu'ils subissent si souvent dans les articulations des membres inférieurs chez les personnes d'un certain âge, qui marchent beaucoup, restent long-temps debout , ou dont les sécrétions séreuses se font avec: lenteur. Cette face est d'ailleurs parfaitement insensible, et c’est une grande erreur de lui accorder une membrane synoviale.

N'étant qu'une croûte complètement dépourvue de trame organique , de tissu cellulaire, de vaisseaux, de nerfs, de moelle, toute l’épaisseur du cartilage ne jouit vraiment d'aucune sensibilité. On peut, par conséquent le couper, le contondre, le déchirer, le réduire en parcelles sans causer la moindre douleur. D'après ecla, il ne doit être le siége primitif d'aucune maladie. Jamais il nes’enflamme, ni ne suppure: Les ulcérations dont M. Brodie l’a gratifié (1) appartiennent à l'os, et correspondent souvent à l'oxigine d'un ramollissement, d'une carie très-profonde. Lorsque, par suite d'une contusion, ou de tonte autre manière, un point très-circonscrit de la surface osseuse s’enflamme ous’'altère , de façon qu'il en résulte un produit morbide , la région correspondante seule du cartilage se perfore de dedans en dehors, parce que ses adhérences restentintactes à la circonférence du mal. Sil'os tend à se vasculariser sur ce même point raréfié , le cartilage se décolle, s'use, s'amincit, disparaît insensiblement, mais ne devient pas malade. Les bourgeons celluleux qu'on remarque quelquefois sur toute l'étendue d'une articulation lui sont étrangers. C'est la substance osseuse qui les fournit par lemécanisme que j'indiquais tout-à l'heure. Tantôt ils se montrent tout-h-coup sous les plaques cartilagineuses qu'ils ont soulevées; tantôt , au contraire, ils croissent de la cir

(1) On Discases ofthe Joints, ete.

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conférence au centre, mais le cartilage disparaît toujours devant eux, sans jamais contribuer à les produire. Lorqu'on a trouvé une couche fongueuse rouge, vasculaire au-devant d'eux , ils étaient restés intacts au-dessous, en se bornant à perdre leur poli. Cette couche est due à de la fibrine, ou à de la lymphe concrescible qui s'est épanchée, organisée entre les surfaces articulaires, et ne prouve nullement en faveur de la vitalité des cartilages. D’autres fois aussi elle dépend des bourgeons précédemment annoncés, et qui, par un accroissement concentrique, se sont prolongés dans l'intérieur de l'article, en glissant sur la face libre du cartilage, qui ne leur en reste pas moins étranger, quoiqu'il finisse souvent par disparaître au-dessous.

Je me suis souvent assuré de tous ces faits sur les animaux et sur Phomme. Après la désarticulation du fémur, du tibia, des orteils, des doïgts, etc., j'ai vu les cartilages rester pendant quinze, vingt, trente et quarante jours à découvert, en contact avec les différentes pièces de pansement, et, dans aucun cas, ils n'ont changé de nature. Plus d'une fois même leurs propriétés physiques se sont maintenues jusqu'à la fin. Ils s'amincissent par leur face profonde ou par leur circonférence, ou par leur face superficielle , et disparaissent insensiblement , tombent par plaques, se divisent en écailles qui se détachent les unes après les autres, ou finissent par se perdre au milieu des bourgeons vasculaires ; mais de membrane synoviale , de ramollissement, de vascularisation, d'épaississement, de travail morbide, ils ne m'en ont jamais offert le moindre vestige. D'autres fois, quand l'usure ou la destruction débute par leur face lisse, le tissu de l'os se laisse déjà reconnaître par transparences, qu'ils ne semblent encore ayoir rien perdu de leur fixité, ni de leur consistance. De toute façon ils restent avec les seuls caractères d'une croûte protectrice, entièrement inorganique. Au surplus, chacun peut aisément répéter les expériences que j'indique, et se convaincre de leur exactitude. Je m'étonne même que les idées de Bichat aient pu conserver jusqu'ici le moindre crédit sur ce point.

Il résulte de ce que je viens de dire, que les cartilages ne sont susceptibles que de lésions physiques ou chimiques, le frottement de leurs surfaces n’en pouvant altérer que la régularité, ou n'en produire que l'usure. Dans les tumeurs blanches, ils ne se dénaturent que par l'action des liquides épanchés , ou des produits morbifiques que présentent les os et les tissus environnants. Dans les opérations, il n'y a aucun risque à les toucher, à les blesser.

Après les amputations dans la contiguité , il est à peu près indifférent de les taillader avec la pointe du couteau, comme le veulent Richter, M. Gensoul ct d’autres modernes, ou de

les ménager, Les parties molles ne se confondent point aveo eux. Si les lambeaux d’une plaie d'amputation se collent à leur face libre quand on les maïntient dans un contact exact pendant quelques jours, c'est que l'absorption interslitielle s'en fait dès lors rapidement, et permet aux surfaces organiques de se confondre dans une cicatrice commune. En réunissant ces mêmes lambeaux par leurs bords, de manière à laisser le cartilage entier et libre par derrière, comme on y est presque forcé lorsqu'il s'agit de recouvrir une cavité qui en est tapissée, il conserve indéfiniment son état humide et régulier. Le fluide dont il continue à être lubrifié, dans ce cas, devient une cause intarissable de fistules et d'accidents ; en sorte qu'il gène ainsi plus ou moins la réunion immédiate après un certain nombre de désarticulations, Enfin, aucune soudure, aucune ankylose ne peut s'effectuer avant que les cartilages n'aient été détruits d'une manière ow d'une autre.

K. Membranes synoviales. — Parmi les autres tissus qui font partie des articles, les toiles synoyiales tiennent le premier rang. Chargées d’exaler le fluide oléagineux qui en a tiré son nom, elles ne peuvent être malades sans le dénaturer, sans troubler aussitôt toutes les fonctions de la jointure. Fines et douces de la même texture que les membranes séreuses, elles sont sujettes aux mêmes affections. Tous les degrés d'irritation et d'inflammation y ont été observés. L'augmentation pure et simple de Icur exhalation amène l'hydarthrose, et c’est à elle aussi qu'il faut rapporter la suppuration des articles. Partout où leur face externe est libre, il est facile de les distinguer, à leur ténuité, à leur transparence. Là elles sont assez extensibles pour que, poussées de dedans en dehors, par un liquide, elles viennent se présenter sous la peau avec les caractères d'une tumeur indolente, sans couleur particulière, et qui forme une des nuances du ganglion. Ailleurs, à la face interne des ligaments, elles sont tellement confondues avec le tissu fibreux ou cellulaire, qu'il est vraiment impossible de les en séparer, et que sur une foule de points, ce ne sont plus que des surfaces au lieu de véritables membranes. En se repliant sur les os pour gagner le contour des surfaces articulaires, et se terminer à la circonférence des cartilages, elles donnent souvent lieu à des plis, à des pelotons, doublés en dehors de tissu cellulaire, de vaisseaux et de graisse; ce qui a porté CI. Havers à leur donner le nom de glandes. Ces franges , étant douées d'une grande vitalité et d'une grande souplesse, sont fréquemment prises d'inflammation, et suppurent avec une promptitude extrême. Gest par elles que commencent le plus ordinairement les dégénérescences fongueuses des articles, et c’est à leurs dépens que

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