SAILLIES ET COULEUR
gens du monde désignent généralement par le mom de nerfs. Les excavations qu'ils circonscrivent , les vaisseaux qu'ils bordent, leurs rapports avec un certain nombre d’artères, en rehaussent tellement l'importance, qu'ils peuvent être mis sur la même ligne que les précédents pour les applications chirurgicales.
Ceux qui se rapportent aux os sont les plus variables. Correspondant, pour le plus grand nombre , à la partie convexe des articulations, ilsaugmentent naturellement pendant la flexion ét diminuent lors de l'extension du membre.
Pouvant être distingués avec les doigts, quand le gonflement des parties molles les masque à la vue, ils sont du plus grand secours dès qu'il s'agit de déterminer le siége précis d’un article et d'en apprécier les changements. Hors des articulations, ils servent àmarquer la position d'une foule de viscères , les limites des cavités splanchniques, et deviennent encore d’excellents guides dans plusieurs opérations graves. C'est par l'examen des crêtes, des épines iliaques , des grands trochanters et des tubérosités de l'ischion, de la proéminence pubienne et de la saillie du sacrum qu'on voit si le bassin est bien ou mal conformé; par le relief que font les côtes, les clavicules, le cartilage thyroïde, les omoplates, les épines vertébrales, qu'on juge de l'état de la poitrine, du larynx et du rachis. Rien n’est donc plus utile au chirurgien, dansles apparences extérieures, que des notions exactessurles saillies du squelette; mais ce que j'en ai déjà dit (p, 46) me dispense d'en parler ici plus au long.
La couleur de l'homme elle-même a besoin d'être étudiée par le praticien. Sans cela, en effet, il courrait risque de confondre la pâleur de l’anémie ou de la chlorose avec la teinte blanche naturelle à certainsindividus, l'aspect jaunâtre et terreux des sujets infectés de matièxes purulentes ou de miasmes marécageux , avec la couleur propre aux constitutions atrabi- Jaires et bilieuses; le ronge léger de quelques inflammations commençantes , avec la nuance xosée du visage des jeunes filles, et de toute Ja peau des tempéraments sanguins, lesrubans noirâtres dus à la présence des veines, avec des liserets morbides, les tâches hépatiques, Syphilitiques , etc. , avec les éphélides des femmes enceintes et les taches de rousseurs des paysannes,
Loin de nuire à la beauté du corps humain ) ces inégalités ne font qu'en régulariser les formes quand elles sont distribuées ayec toute Pharmonie convenable. Aussi , tousles changements notables qu'elles éprouvent sont-ilsl'annonce d'une maladie, d'un vice de conformation, d'une santé mal assise, ou d'une mau- Yaise constitution, De même que des membres nerveux et bien musclés dénotent la force ct le bien-être corporel, de même un corps maigre ct décharné témoigne de la souffrance ou
des privations. Les contours gracieux dus à la prépondérance du tissu cellulo-graisseux dans l'enfance et chez les jeunes personnes du sexe seraient un défaut , un indice de maladie chez l'homme adulte. Enfin c'est à la forme bien connue de ces contours que le chirurgien doit de savoir si la coaptation de telle fracture, la réduction de tels os luxés, est réellement opérée, si telle opération a été bien faite » ct jusqu'à quel point il est possible de faire disparaître certaines difformités. |
La stature de l'homme et ses dimensions, soit transversale, soit antéro-postérieure ; étant variables à l'infini, il n'est pas permis d'en rien dire de fixe relativement à la masse des différents individus. C'en est assez pour montrer combien il faut se défier ,en chirurgie, des règles empruntées aux sciences exacles, aux mathématiques , à la géométrie, et avec quelle réserve il convient d'en user. On peut dire eependant que les limites de sa hauteur semblent se renfermer entre quatre pieds dix pouces, eb six pieds. Sa largeur, prise au niveau des épaules, rarement moindre de dix pouces, en a quelquefois plus de vingt, tandis que son épaisseur vis-à-vis du centre cireulatoire n’est guère que de huit à quinze.
Une anse placée sur le vertex, et ramenée jusqu'aux talons , en passant latéralement sur les extrémités du diamètre des épaules et de celui du bassin, trace une figureovoïde , trèsalongée, dont la tête représente la base et dont les piedsindiquent la pointe. Une pareille ligne, passant sur [a moitié postérieure du pavillon de l'oreille, le sommet de l'acromion, le milieu de la crête iliaque, derrière le grand trochanter, la rotule et la malléole externe, serait nécessairement séparée du corps; au cou par une large échancrure dont la profondeur coïncide généralement avec une bonne: constitution ; à la poitrine et au ventre par une échancrure plus étendue , maïs moins profonde, et qui, à cause des musclesgrand dorsal et grand pectoral, n'est guère manifeste que dans le flanc; aux membres, par d'autres échancrures encore, au niveau du genou et au-dessous du mollet. La direction ondulée du rachis et des membres inférieurs l'empêcherait d’ailleurs de diviser le corps en deux plans égaux. À latète, elle laisserait toute la face en ayant. Au cou, à la poitrine, à l'abdomen, il ne resterait guère que des muscles et la partie centrale du squelette en arrière, tandis que le bassin se trouverait plus d'à moitié, et que le genou ainsi que le pied seraient de nouveau sur son plan antérieur. En effet, depuis l'occiput jusqu’à Ja Yertèbre proéminente il existe une échancrure qui rejette le pharynx et le larynx en avant. La rigole que circonscrivent les deux omoplates dans la région dorsale, correspond à la partie convexe de l'épine, il est vrai, mais le corps des vertèbres proémine tellement dans
58 ANATOMIE TOPOGRAPHIQUE
la cavité thoracique, que le cœur au moins se relrouve encôre en avant, Cette rigole, redevenant échancrure transversale pour former la dépression lombaire , repousse de nouveau les viscères dans le même sens. La saillie du sacrum et des fesses se retrouye au-dessous.
Arrive ensuite celle du jarret, qu'interrompt lemollet et qui se reproduit derrière le tendou d'Achille, En devant, c'est encore au cou que se voit la plus profonde dépression , quisecontinue plus ou moins loin surla poitrine, suivant que la proéminence de l'abdomen est plus ou moins considérable. On en trouve une seconde au niveau du bassin ct des aïnes, puis une troisième au-dessus du genou, puis une quatrième, étendue de la rotule à la pointe du pied. 7
C'est cette série de reliefs et d'échancrures qui rend la confection des lits, des appareils, des bandages , si diflicile , et par cela même si importante. Les premiers sont cause que, dans les chutes sur le plan dorsal, l’occiput, le bord postérieur des épaules, les fesses et les talons reçoivent constamment les premières atteintes; tandis que pour le plan antérieur, c'est le menton, les seins, les genoux ctles pieds, comme l'épaule, les hanches, la portion externe de la cuisse et du mollet sur le côté. La disposition des secondes explique pourquoi les bandages glissent de bas en haut pour se rouler en corde autour du cou, de haut en
bas à la poitrine, et de bas en haut encore à .
l'hypogastre , pour gagner le flanc; comment le pansement des plaies, des blessures y est généralement assez difficile, et pourquoi les contusions y sont à la fois rares et peu graves. IL faut remarquer aussi que la seule forme de cône ou d'ovale offerte par le corps suffit pour montrer que, dans les chutes d'un lieu élevé, c'est son extrémité supérieure qui doit se tourner en bas et tomber la première, soit qu'on y comprenne les membres, soit qu'on en fasse abstraction.