DU TRONC
sont rarement d'un fort volume. Seulement comme il est diflicile de les découvrir, et surtout de les saisirau milieu des chairs , leur blessure ne laisse pas d'être dangereuse. Les autres , situés dans l'intérieur même des cavités, offrent des dimensions considérables, et deviennent ainsi la cause des premières craintes inspirées par les plaies pénétrantes.
Le squelette du tronc constitué supérieuremént par une cavité solide, inférieurement par une sorte de ceinture, au milieu par des arcs ostéo-cartilagineux, remplacés par des parties molles entre les côtes, et depuis le menton jusqu'au sternum ou depuis le cartilage xiphoïde jusqu'au pubis, est surtout formé par le rachis, qui en occupe comme le centre, et reste à sa partie postérieure.
Cotonne vertébrale. — Servant de pivot à tout le corps, chargée du poids de toutes les autres parties , placéeentre des muscles nombreux et puissants, qui la retiennent par derrière, et la totalité , des viscères, qui tendent à l'entraîner en avant, la colonne épinière est déjà, par cela seul , fort disposée à contracter les diverses maladies propres au système osseux. La nature spongieuse du corps de chacune des vertèbres, le nombre etle volume des veines qu'on y rencontre, l'abondance de leur trame cellulaire et huïileuse , expliquent d’ailleurs la fréquence de leur ramollissement , de leur suppuration , de leur carie, de la nécrose, etce., et par suite la gibbosité. Son périoste et ses ligaments , étant assez souples et continuellement traillés, doivent s'enflammer facilement. De là l'origine de ses caries superficielles , et de nombreux abcès par congestion. Toutes les veines, ce riche appareil qui les pénètre ou s'en échappe , les porosités innombrables qui en couvrent la surface doivent en faire redouterla suppuration au dernier point, à cause de la phlébite et de la résorption qui peuvent en être la suite. Les rondelles fibrocartilagineuses qui en font partie sont là plus fortes que partout ailleurs , tellement qu'elles ne se déchirent point sans entraîner avec elles une couche de la vertèbre. La petite cavité qui en occupe le centre , cavité dont l’intérieur est transformé en simple surface , et non tapissé d'une membrane synoviale, comme le croit M. Païlhoux , qui l’a découverte (1) , permet d'en expliquer les maladies connues, et mérite toute l'attention des chirurgiens. Les autres articulations du rachis sont des arthrodies trop peu mobiles , trop peu compliquées pour qu'on puisse avoir besoin d'en étudier les maladies. La direction de ses épines, de ses apophyses transverses , Ja force de ses ligaments jaunes, jointes aux dispositions précédemment indiquées, en rendent les fractures extrêmement difliciles , et les luxations à peu
QG) Bibl. méd., 1827 ; t. aer , p: 34,
près impossibles. Le canal dont cette tige est creusée , contenant le cordon d'origine de tous oude presque tous les nerfs de l'appareil locomoteur , ne peut être rétréci, fortement déformé sans amener quelques symptômes de paralysie. Aussi est-ce là le premier et le plus dangereux accident des luxations , des fractures, des déviations outrées, des tumeurs, des végétations qui réagissent sur son intérieur, Ce canal , continu avec la cavité du crâne, étant garni de tissu cellulaire graïsseux très-fin, de grosses veines, d'un long ruban fibreux et des trois membranes de la moelle, permet aux inflammations environnantes d'y pénétrer , et d'en parcourir rapidement toute la longueur , permet également au pus et autres liquides de s'y épancher, de fuser de haut en bas, ou de bas en haut , de gagner les meninges ou le crâne, et de causer la mort presque instantanément , comme l'a vu M. lüsfranc chez un malade affecté d’escarre et de carie au sacrum, comme je l'ai observé aussi chez un sujet quiavait une vaste suppuration du bassin , ayec altération des os. Largement protégé en avant , par le corps même des vertèbres, contre l'action des viscères, en arrière par l'imbrication des lames vertébrales-et des apophyses articulaires , la tige médullaire du rachis est presque impossible à blesser sans détruire la continuité du canal osseux qui la renferme. Il en est de même des nerfs, dans les trous de conjugaison qu'ils doivent traverser en sortant de l’épine ; mais la présence de l'aorte sur sa région artérieure explique comment certains anévrismes ont pu la comprimer après voir fait disparaître les os interposés.
Le grand muscle sacro-spinal, ou la masse charnue qui remplit les gouttières vertébrales, étant chargé de presque tous les mouvements de la pyramide rachidienne , joue naturellement un des premiers rôles dans les déformations de la taille. Fixé sur le tubercule des apophyses articulaires par en bas, el près du talon des côtes par en haut, son faisceau externe ou le long dorsal, ne pouvant agir sans tirer le dos en arrière en mème temps qu'il pousse les lombes en avant, se joint inévitablement au sacro-lombaire, dont l'action se porte aussi sur les apophyses épineuses pour favoriser les courbures latérales dès que le système osseux tend au ramollissement. Ces muscles ont du reste une telle épaisseur , et sont tellement pressés, collés contre les os, que le canal rachidien en est solidement abrité. La profondeur du siége de ce canal, ses rapports avec les muscles précédents, les inégalités de la région postérieure , en rendent , comme on le voit, les abords extrémement dificiles. Aussi a-t-on vivement blamé MM. Tyrrell et Cline (1) d'avoir voulu y porter le trépan pour
(1) Lancet, t. 1e, p. 308.
en relever des fragments, (ce qui n'a pas empêché M. Smith (1) d'en exciser diverses portions qui causaient une compression de la moelle depuis plusieurs années), et malgré le double tranchant de M. Tarral, ou la double scie de M. Charrière , est-on encore à la recherche d'un instrument qui permette d'en faire promptement l'ouverture dans les amphithéâtres. Toutefois, comme on ne trouve là ni artères, ni veines, ni nerfs de quelque importance, qu'il n'y a que des muscles à trayerser ou à déplacer, je pense qu'on y reviendra encore, qu'on le tenterait même ayec raison si les accidents étaient produits par quelques dépressions évidentes d'un des points de la région correspondante du canal.
Cette analyse succinte des éléments constitutifs du tronc laisse entrevoir déjà que les lésions même les plus légères peuvent conduire aux plus graves dangers si l'inflammation et le pus pénètrent de l'extérieur à l'intérieur dela colonne vertébrale. Le tissucellulaire ou les petits vaisseaux rendent la chose encore bien plus facile au crâne, à la poitrine et à l'abdomen. L'importance des organes renfermés dans ces diverses cavités ne permet pas de songer , sans en être effrayé, aux blessures qui les traversent, aux coups qui peuvent y être portés, aux secousses qu'elles peuvent subir, enfin à la plupart des opérations qui en blessent nécessairement les parois,
Du reste, ses parties compactes, solides, pesantes, en occupant le plan postérieur, on s'explique par là comment, abandonné à luimême dans l’eau, il se retourne toujours sur Je dos. Si dans les chutes, pendant la vie, il en est autrement, c'est que l'instinct porte l'homme ainsi menacé à diriger les membres en ayant, comme pour parer au danger.
Bien que la première formée chez le fœtus, quoiqu'on en distingue déjà toutes les parties au quinzième jour de laconception, la colonne vertébrale n’en est pas moins une desdernières à compléter après la naissance. Comme sa porion cylindrique, antérieure ou de station, offre une grande solidité dès le principe, c'est habituellement en arrière, dans le sensde ses arcs protecteurs, qui ne se ferment qu'assez tard, que se montrent les tumeurs venant de son canal. Que le tube membraneux où se développe la moelle vienne en effet à se remplir de sérosilé, à se laisser distendre par le fluide, et les lames ou les épines vertébrales ne se compléteront point. Elles pourront même disparaître sila distension augmente après la formation de leur cartilage temporaire. C'est ainsi que le canal rachidien se réduit à une simple rigole, soit dans une de ses parties, soit dans toute sa longueur, chez un certain nombre de fœtus, etque se produil le spina bifida , quand
G) North Am. Journal, 1829.
ANATOMIE TOPOGRAPHIQUE
l'ouverture reste très-circonscrite ou positivement séparée du crâne, On conçoit aussi que le tissu cellulaire adipeux qui reste en dehors de la dure-mère, devenant le siége primitif de tumeurs lobulées , Soit graisseuses , soit hydatoïdes , puisse enimposer pour cette dernière affection et inspirer des craintes mal fondées, empêcher de pratiquer une opération sans danger, ou tromper dans un autre sens, en faisant croire qu'on guérit facilement le spina bifida par la ponction, l'incision ou l'extirpation de la tumeur, aïnsi que la chose me paraît étre arrivée plusieurs fois. La plupart des difformités congéniales, etnombre de maladies du fœtus, doivent bien encore leur existence ou leurs caractères principaux à la manière dont le tronc se développe pendant la wie intra-utérine; mais comme elles portent presque toutes sur quelques-uns de ses fragments en particulier , ce serait s exposer à d'inutiles répétitions que d'en parler ici.