RÉGION ANTÉRIEURE OÙ STERNALE
subissent pour gagner à l'extérieur, et montre comment elles ont dû se porter dans les espaces intercostaux, dans la région sous-hyoïdienne , à l'épigastre , ou s'épancher dans les cavités splanchniques, plutôt que de les traverser.
Les cartilages sterno-costaux, élastiques et flexibles , unissant les sept premières côtes au sternum, s'appliquant les uns sur les autres par l'extrémité antérieure de leur bord inférieur pour les cinq derniers ,$ont disposés de manière que le premier, le plus court, le plus large, le plus fort et le plus intimement soudé avec les deux os qu'il réunit, est celui surtout qui s'oppose à ce que la première côte soit réellement plus mobile que les suivantes, et qui soutient la clavicule. En examinant successivement les autres, on leur reconnaît plus de mobilité et plus de longueur jusqu’au septièmeinclusivement. Quoique les cinq derniers se raccour cissent graduellement , ils sont plus mobiles encore, parce que leur réunion n’a lieu qu'au moyen de facettes qui permettent un glissement plus ou moins étendu, et parce qu'ils deviennent aussi beaucoup plus minces: d'où il suit qu'ils ne sont que très-rarement affectés de fractures , tandis que les premiers y sont assez exposés, Au surplus, que ces fractures aient été produites par causes directes ou par contre-coup, si les fragments sont susceptibles de se croiser, le déplacement a presque toujours lieu de manière que la portion sternale passe devant la portion costale; attendu que le muscle grand pectoral réagit avec plus ou moins de force sur la première, pendant que le triangulaire du sternum tend à entratner la seconde. J'ai cependant observé deux exemples contraires. La brisure est constamment enrave, à cause de la nature de l'organe. Reconnaïssant qu'ils se réunissent après leurs fractures, Autenrieth n'ayait pas remarqué, comme MM. Magendie, Lobstein, Béclard, etc., que leur périchondre seul éprouve une transformation , des changements tels qu'il finitpar former une virole osseuse, dans le centre de laquelle les deux extrémités cartilagineuses se trouvent comme emprisonnées. Cependant il convient de noter que, par les progrès de l'âge, ces cartilages s'ossifient fréquemment. Il en est de même dans quelques maladies de poitrine , la phthisie, par exemple. Alors leurs fractures doivent être plus faciles, et le cal se comporter comme dans les os longs. D'un autre côlé , on les a vus persister à l'état de cartilage chez des sujets qui avaient prolongé très-loin le terme de leur existence, jusqu'à cent trente ans, €t même cent cinquante. La faculté qu'ils ont de fléchir sous l’action des violences extérieures et de reprendre aussitôt leur position naturelle , permet aux coups de contondre violemmentles organes internes sans les fracture ts et d'amener ainsi l'inflammation et des abcès
ou un épanchement de sang dans la plèvre,
le péricarde ou le devant du médiastin. Leur
élasticité fait aussi qu'une fois brisés il leur ar-
rive de reprendre si bien leur place, qu'au-
cune espèce de déplacement n’a lieu, quoique
la cause fracturante ait pu en porter très-loin
les fragments du côté des viscères. Les trois
premiers espaces qu'ils laissent entre eux, sont plus larges que ceux qui les suivent. Le sixième est déjà fortementrétréci , et c'est une des raisons qui devraient porter à choïsir le cinquième,
comme l'avait fait Laënnec, si on voulait ouvrir le péricarde par le procédé de Desault., imité depuis par M. Romero (1).Dans ce point, on n’est pas obligé de diviser le grand pectoral. Le muscle droit du ventre y est extrêmement mince, et souvent même nemonte pas jusquelà. L'enveloppe du cœur en est plus rapprochée que de tout autre, et l'artère mammaire interne se bifurque plus bas. On aurait, par conséquent, à couper la peau, la couche superficielle, quelques fibres du muscle grand pectoral ou l'aponévrose , une seconde couche celluleuse plus mince que la première, le muscle intercostal interne, de nouvelles lames celluleuses, la plèvre, enfin le péricarde, en ayant soin de laisser l'artère sous-sternale en dedans, et de ménager le bord antérieur du poumon qui doit être reporté en dehors.
D'après ce qui précède , on voit que sur la ligne médiane, les blessures tomberaïent sur le cœur ou les gros vaisseaux , tandis que sur les côtés, elles pourraient aussi comprendre les poumons, ainsi que nous le verrons, en examinant les organes internes. [l fautremarquer, par anticipation, que les plaies pénétrantes,par instruments tranchants ou piquants, sont plus dangereuses dans les espaces intercostaux inférieurs et près du sternum, qu’à la partie externe, à cause du tronc de la mammaire interne et de ses branches.
Résumé. Toutes ces parties, d'ailleurs sont disposées dans l'ordre suivant:1° la peau, épaisse et serrée dans la gouttière sternale, souple , extensible sur les parties latérales; 2° la couche sous-cutanée, divisible en trois lames deyant le muscle grand pectoral, où elle est quelquefois très-épaisse,. fibreuse sur la ligne médiane, et dans laquelle se ramifient des artérioles, des filets nerveux et des veines plus ou moins grosses; 3° l'aponéyrose , distincte dans le quart inférieur de la région seulement; 4 le muscle grand pectoral, une petite portion du droit antérieur de l'abdomen, une très-pelite partie des tendons du sterno-masloïdien, les artères principales et les nerfs profonds ; 5° le sternum , les cartilages, les muscles intercostaux; 6° une couche lamel-
(G) Mérat, Dict, des Se. méd., aticle Péricarde,
leuse, l'artère sous-sternale ; 7° le muscle triangulaire du sternum et la plèvre.
SIL. Région spinale ou postérieure.
. Limitée supérieurement par la région postérieure du cou, en bas par le bord inférieur des côtes flottantes ou le tubercule épineux de la dernière vertèbre dorsale, et sur les côtés, par le talon des côtes, la région rachidienne du thorax présente sur la ligne médiane, dans sa portion inter-scapulaire , une crête peu saillante due aux épines rachidiennes; sur les côtés, deux rainures ou gouttières, dont la profondeur varie beaucoup chez les divers sujets; plus en dehors, les saillies musculaires, d'autant plus prononcées que l'épaule se porte davantage en avant; enfin, le bord postérieur de l’omoplate, dont la position varie à chaque instant, à cause des mouvements du membre dont il fait partie, et qui est aussi plus ou moins proéminent, suivant la conformation du thorax. En descendant, la crête médiane se prononçant de plus en plus, les gouttières latérales deviennent aussi beaucoup plus profondes et les saïllies musculaires augmentent de volume. Cette différence tient à ce que le rachis est fortement convexe en haut, tandis qu’en bas il s'incline en sens inverse, et à ce que les apophyses épineuses, très-obliques d'abord, deviennent presque horizontales en se rapprochant des lombes. Comme la convexité latérale dépend autant de la courbure des côtes que de la saillie formée par les muscles, on l’augmente toujours en croisant les bras sur le devant de la poitrine ou sur la tête, ainsi qu'il importe de le faire quand on cherche à reconnaître l'état des poumons ou des autres viscères pectoraux par la percussion ou l’auscultation.
1° La peau, plusépaisse encore qu'à la partie postérieure du cou, n’en diffère d'ailleurs que par son adhérence, qui est moindre, et parce qu'elle est unie d'une manière beaucoup plus solide aux épines vertébrales. Jamais cette membrane ne présente de rides, ni de poils ; mais elle renferme des follicules sébacés en assez grand nombre. Sa densité est extrêmement forte, et la sensibilité y est en général très-développée, quoiqu'ellé ne reçoive pas beaucoup de nerfs. Les douleurs vives qui se manifestent quand elle devient le siége de furoncles, d'anthrax, d'inflammations érysipélateuses ou autres, tiennent sans doute à ces deux particularités. J’expliquerais volontiers par Ja dernière les sympathies nombreuses et étendues que mettent en jeu ses irritations artificielles où naturelles. Tout le monde sait qu'on arrête souvent el sur-le:champ un épistaxis en introduisant une clé, un corps métallique froid quelconque entre les épaules, ainsi qu'en y plaçant un linge trempé dans des liqui-
DE LA POITRINE
des glacés, ete, C'est fondé sur ces résultats que j'ai fait appliquer , et avec le plus prompt succès, des cataplasmes de moutarde, dans les cas d'hémorrhagies utérines qui avaient résisté aux autres moyens rationnels, et qui menaçaient de devenir rapidement mortelles, soit aussitôt après l'accouchement , soit au bout de quelques jours.
2° Divisible en plusieurs lames par la macération, serrée, dense, la couche sous-cutanée est composée d’un tissu lamelleux et filamenteux, dans lequel se voient des cellules adipeuses molles, rougeâtres et alongées, qui peuvent acquérir assez de volume pour former une lame graisseuse d'une certaine épaisseur chez les personnes qui ont beaucoup d’embonpoint. Il n’est ‘pas rare même d’en voir quelques-unes s’agglomérer et se développer ensemble, de manière à produire des lipomes, quelquefois considérables. Toutefois, ce développement pathologique des vésicules graisseuses ne peut avoir lieu que sur les côtés, attendu que sur la ligne médiane, la couche qui nous occupe unit d'une manière intime les vertèbres à la peau. C'est pour la même raison que les infiltrations, les abcès, les collections et les tumeurs de toute nature, à l'exception de celles qui dépendent d’une maladie des os, ne s'y manifestent davantage. Comme elle est retenue entre deux plans qui offrent beaucoup de résistance, les foyers purulents s’y forment très-lentement, s'étendent en largeur, et peuvent persister long-temps avant de faire saillie au dehors. La peau qui les recouvre conserve souvent son épaisseur et la plupart de ses autres caractères pendant plusieurs mois. Si les phénomènes phlegmasiques ne sont pas trèsaigus, la collection prend le nom d’abcès froid , peut faire croire à l'existence d'un dépôt par congestion, et finir par entraîner la mort du sujèt. Bornés en avant par l’aponéyrose épaissie, ces foyers produisent un décollement considérable , et s'étendent parfois jusque dans la région lombaire, ainsi que j'en ai vu quatre exemples remarquables. De la Motte (1) en avait déjà observé de semblables. Dans les cas de cette nature, le danger venant de la densité des téguments, qui s'opposent à l'évacuation des liquides altérés, le meilleur moyen de sauver les malades serait d'ouvrir le dépôt largement etdebonne heure. Bien que ces vastes abcès puissent prendre naissance sous les muscles trapèze et grand dorsal, ce n'est pas moins dans la couche sous-cutanée qu'ils se rencontrentordinairement. Je m'étonne même que M. Blandin (2) et M. Gerdy (3) aient pu s'y tromper; car il estanatomiquement impossible
(1) Traïté de Clhirun, t. 1%, obs. 4e, p. 182, édit. dé Sabatier.
(2) Anat. l0p., p. 290.
(3) Anal. des Formes , p. vor.