‹ Traité complet d'anatomie chirurgicale, générale et topographique du corps humain, ou, Anatomie considérée dans ses rapports avec la pathologie chirurgicale et la médecine opératoire (volume 2)Chapitre 55 sur 87 · RÉGION POSTÉRIEURE OÙ SPINALE · texte numérisé non relu

RÉGION POSTÉRIEURE OÙ SPINALE

qu'un foyer qui occupe toute la hauteur de la région, comme chezle jeune garçon dont parle de la Motte, soit en entier sous le grand dorsal ou le trapèze. Les feuillets profonds de la couche en question lui permettraient au contraire, à la rigueur, de s'étendre à toute la partie postérieure du tronc. Il en serait de même des épanchements de sang, des larges eochymoses, que rien n'arrête et qui s'étendent ayec tant de facilité qu'on ne peut trop s'empresser de les ouvrir dès qu'ils sont un peu considérables.

3 L’aponévrose , mince et peu forte dans quelques endroits, est épaisse et fibreuse dans d'autres. Les faces antérieure et postérieure du trapèze et du grand dorsal sont tapissées par un feuillet extensible, peu épais, qui leur adhère fortement, et dont les couches s'adossent et se confondent pour former une lame plus distincte, près de l'angle inférieur du scapulum, dans le petit espace triangulaire qui sépare ces deux muscles. Un autre feuillet bride les gouttières vertébrales, se prolonge jusqu’au cou sur le splénius ,en se dédoublant pour embrasser le dentelé postéro-supérieur, se confond en bas, sur le petit dentelé inférieur, avec l’'aponévrose de la région lombaire, pour se fixer aux apophyses épineuses des vertèbres dorsales d'une part et sur le talon des côtes de l'autre. Ainsi l'aponéyrose du grand dorsal peut être considérée comme fourmissant des feuillets d'enveloppe à tous les muscles du dos, etsurlout une lame très-régulière qui en sépare le plan superficiel du plan profond. Ces divers feuillets sont trop minces, ct ne revêtent pas les caractères aponévrotiques d’une manière assez prononcée pour qu'ils Puissent être cause d'accidents graves dans les inflammations profondes du dos; mais, en se confondant, pour ainsi dire, avec les muscles superficiels, ils forment une couche forte, qui empêche les abcès indiqués dans le paragraphe précédent , de se porter sous l'épaule, etc.

4 Muscles. Lesuns, plusou moins larges, aplatis, forment un plan superficiel ; les autres sont alongés, réunis en masse ct placés profondément. a. La moitié inférieure des trapèzes représente ici un triangle dont la pointe serait fixée sur la dernière vertèbre dorsale, landis que les deux angles de sa base iraient se perdre sur l'épine de l’omoplate; en sorte que ;, pour tendre ces muscles, ilconyient de porter le bras plus ou moins en avant, et que leurs contractions doivent avoir pour but principal d'élever le moignon de l'épaule en même temps qu'elles rapprochent les deux omoplates de la poitrine et du rachis. Recouvert par une Jame fibro-celluleuse qui appartient à l'aponé- Vrose, par la couche sous-cutance ot par la peau, le trapèze est séparé du plan profond par

le rhomboïde, le grand dorsal et des lamelles de tissu cellulaire.

b. Recouvert par le précédent, la couche celluleuse et la peau, le grand dorsal, assez fortement uni au petit dentelé inférieur , n'adhère à l'aponévrose profonde qu'au moyen de lamelles molles, rares et extensibles, En se dégageant du trapèze, près de l'angle du scapulum , il forme le bord inférieur d’un petit espace triangulaire dont il sera parlé à l'occasion de la région postérieure de l'épaule, et par lequel un instrument pourrait pénétrer dans le creux de l'aisselle, sans diviser d'au-* tres muscles que le grand dentelé. C'est aussi par cette espèce d'ouverture que du pus ou d'autres fluides pourraient passer de la région dorsale entre le côté du thorax et le muscle grand dentelé, remonter dans la région susclaviculaire, descendre dans la région costale, ou bien enfin venir de toutes ces régions dans celle qui nous occupe actuellement. Puisque le muscle grand dorsal a pour usage d'abaisser le bras et de porter l'angle inférieur de l'épaule en arrière, il faut, pour le tendre et rendre plus saillante la portion du dos qu'il recouvre , quand on veut exercer la percussion ou appliquer le stéthoscope sur cette partie de la poitrine, croiser les deux membres thoraciques sur Ie sommet de la tête.

ce. Le rhomboïde, séparé du trapèze par une couche mince de tissu cellulaire, cachant le petit dentelé supérieur, se trouve éloigné du talon par un espace variable suivant la position de l'épaule, et qui est rempli par des lamelles celluleuses souples, très-lâches, dans lesquelles des vésicules adipeuses se rencontrent rarement. Cet espace, se prolongeant entre la portion costale de l’aisselle et lemuscle grand dentelé, communique directement avec la région sus-claviculaire. Comme le tissu cellulaire qui le remplit est extensible et trèsmou, les fluides accumulés dans la partie latérale du cou descendent sans peine entre les côtes, le rhomboïde et le grand dentelé. Fixé sur le bord vertébral du scapulum par un cordon aponéyrotique disposé en arcade, et tenant d'ailleurs aux apophyses épineuses du dos, le’ muscle rhomboïde ne peut agir que sur l'épaule, qu'il tire en arrière vers la ligne médiane et en haut s’il se contracte seul, ou directement s’il combine son action avec celle du trapèze.

d. Les petits dentelés postérieurs, allant des épines dorsales à la partie externe du talon des côtes, ont pour action commune de tirer les arcs osseux du thorax en arrière et en dehors, de manière que le supérieur élève ces os , tandis que l'inférieur les abaisse. En conséquence, dans les fractures de la partie moyenne, ils doivent tendre à déplacer le fragment postérieur en dehors et en bas, ou bien en dehors et en haut, suivant le licu qu'occupe la blessure.

e.Les muscles profonds,xemplissant les goutliè-

res vertébrales, comprennent la portion dorsale desinter-épineux dorso-lombaire, du sacro-lombaire, du long dorsal, du transversaire épineux ou multifide du dos, et de plus les origines du grand complexus, du splénius et dutransversaire du cou. Etant séparés des muscles superficiels par T'aponévrose des petits dentelés, ils ne peuvent agir que sur le rachis et l'extrémité pos- - térieure des côtes. C'est une raison aussi pour que le pus de leurs inflammations, ou de la * carie des vertèbres, ait de la peine à s’en dégager et soit obligé, quand il arrive sous le plan superficiel, de fuser , soit du côté del’aisselle au-devant du trapèze, soit dans la région costale à cause du grand dorsal, au lieu de se rassembler en dépôt sous la peau du point correspondant ; ce qui fait que la collection qu'on aperçoit à l'extérieur peut être à une grande distance de son point d'origine. Les tendons externes du long dorsal s'insérant près du talon des côtes, la poitrine se trouve dilatée par leur contraction, qui favorise aussi l'expiration. Les sur-costaux, en partie recouverts par ce dernier, descendent obliquement en dehors de la partie externe d'une articulation costo-transversaire à la côte qui est audessous, en se prolongeant jusqu'à la seconde. Entièrement renfermés dansla région dorsale, se continuant au-dessous ayec les muscles intercostaux externes, leur usage est d'élever les côtes , commel’ont vu Verheyen (1) etSténon.

Dans les fractures, ils agissent, ainsi que le petit dentelé supérieur, en contre-balançant l'action de l'inférieur et des faisceaux externes du long dorsal. Quant aux intercostaux, ils n'ont ici rien de particulier.

5° Aucune artère, à part l'intercostale, n'est assez yolumineuse pour faire craindre une hémorrhagie dans les blessures de cette région. La cervicale descendante, venant de la sous-clavière , se ramifie au-devant du muscle rhomboïde, et donne en général à la couche musculaire superficielle avant de s'anastomoser dans le muscle grand dorsal ayec l'artère scapulaire commune, et de former de cette manière une arcade qui réunit la sous-clavière et la brachiale. Chaque artère intercostale fournit une branche postérieure , qui passe entre Ie corps des vertèbres, le ligament costo-transversaire inférieur, et deux apophyses transyerses, pour se glisser d’abord entre les muscles sacro-lombaire et transversaire épineux, où elle se divise ensuite. Alors l'un des rameaux se rapproche de la ligne médiane , en se portant versla peau. L'autre s'en éloigne, au contraire, et passe entre les muscles sacro-lombaire et long dorsal, pour aller se perdre aussi dans la couche superfcielle et la peau. Enfin, l'artère intercostale elle-même, renfermée dans l’espace du même

(1) Supplém. anat., p. 168, in-4°, 1712.

DE LA POITRINE

nom, ne gagne réellement sa gouttière protectrice que vers le talon de la côte, Elle en est encore assez éloignée, vis-à-vis du sommet de l’apophyse transverse, pour qu'un instrument tranchant ou piquant püt aisément l'atteindre. Du reste, admirons ici, comme dans une foule d’autres points, la disposition des parties. Si, en effet, la masse musculaire qui protége en arrière ce vaisseau contre l'action des corps extérieurs, devient de moins en moins épaisse à mesure qu’elle se porte en dehors, l'artère , d’abord libre au-dessous de la côte, s'en rapproche tellement ensuite, qu'elle se place presqu’en totalité sur sa face interne. En général, le nerf qui l’'accompagne longe son bord inférieur. Souvent elle fournit sa branche descendante ayant d'entrer dans la région costale. .

6 Les veines se comportent comme les artères. On n'en connaît pas de particulières.

Toutes vont se rendre dans les veines azygos par les intercostales, et dans celles du bras: et du cou par les cervicales et les sous-scapulaires. L'asygos dnrsale, figurée par Godman (1), et qui, née par deux racines latérales à la partie inférieure du cou, se prolonge à la manière de l'artère basilaire ou de la spinale jusqu'auprès des lombes, mériterait seule quelque attention si elle était constante. Ainsi les plaies non pénétrantes ne peuvent être accompagnées ici d'aucune hémorrhagie inquiétante.

7° Les Zymphatiques de la couche profonde se portent, pour la plupart, dans les ganglions de l’aisselle. Les superficiels vont presque tous dans la région sus-claviculaire.

D'après cette disposition, les maladies de la peau et de la couche cellulo-graisseuse doivent plus particulièrement réagir sur les ganglions du cou , tandis que les altérations des parties profondes produisent le gonflement de ceux de l'espace axillaire.

8° Nerfs. Outre le spinal, qui se perd dans le muscle trapèze , quelques filets des branches profondes du plexus cervical, qui se prolongent jusqu'au rhomboïde et quelques autres rameaux donnés par le plexus brachial, la région dorsale reçoit encore les branches postérieures des nerfs rachidiens. Ces derniers suivent les artères, se divisent comme elles, et viennent aussi se ramifier dans la couche superficielle et la peau. Le nerf intercostal , inférieur à l'artère, se place également sous le bord de la côte, et se divise quelquefois avant d'abandonner la portion dorsale du thorax.

9° Squelette. Les douze vertèbres dorsales sont disposées de manière que leur corps ÿ plus étendu dans le sens antéro-postérieur que transyersalement, forme une sorte de

(1) Oper. cit., p. 78.

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