PAROI POSTÉRIEURE
grèle et le grand épiploon. C'est dans celte région surtout qu'on peut facilement en senlir les pulsations. Le paquet intestinal déjeté sur les côtés, et le colon, entrainé par l'estomac, en sont alors comme relevés. Les parois du ventre très-flexibles, et le rachis fortement convexe , font que , dans certaines eirconslances, elle n'est guère séparée dela paroi ombilicale que parle péritoineetl’épiploon, et que, si elle était blessée, il serait possible, à Ja rigueur, de suspendreun instant l'hémorrhagie en pressant fortement sur le côté gauche de la tige rachidienne à travers la paroi abdominale. On sent qu'un pareil moyen n'aurait d'autre but que de reculer la mort de quelques moments ; mais il est des circonstances où les dernières paroles d'un mourant sont assez importantes pour qu'on attache le plus grand prix à la moindre prolongation de son existence. C'est une compression capable d'ailleurs de suspendre, au moins momentanément, les pertes utérines externes, et que MM. Baudelocque neveu et Trchan assurent avoir essayée plusieurs fois avec avantage en pariel cas. Elle serait encore d'un grand secours, s'ils'agissait de porter un lien sur une des artères iliaques, à l'occasion dlun anéyrisme, dans les cas de lésion traumatique, par exemple, comme je ai fait une fois avec succès.
Des ganglions nombreux entourent l'aorte depuis le tronc cœliaque jusqu'à la saillie sacro-vertébrale, et peuvent la comprimer très-fortement, lorsqu'ils deviennent le siége de gonflements scrofuleux ou autres. Il est assez remarquable, au reste, d'en voir les iumeurs se porter quelquefois en arrière, en déterminant l'absorption du corps des vertèbres, plutôt que de faire saillie en avant ct sur les côtés, où il n'ya que des parlies molles. C'est ainsi qu'un anévrisme de sa région postérieure peut produire la paraplégie, faire soupçonner une carie vertébrale , et en imposer pour un dépôt par congeslion, sil parxient à proéminer dans la région lombaire, ainsi que le docteur Harrisson en rapporte un exemple curieux (1).
On voit donc que , pour découvrir l'aorte, en divisant les parois de l'abdomen , le point le plus commode serait celui qui correspond à la troisième vertèbre lombaire. Une incision de plusieurs pouces, parallèle à la ligne blanche, sur le côté gauche de l'ombilic, permettrait de repousser les intestins gréles à droite, d'inciser ensuite le périloine à gauche du rachis, au-dessus de l'artère mésentériqne inféricure, el d'en séparer la gaine fibro-celluleuse. Sur le cadavre , l'opération ne présente aucune difficulté ; mais pendant la vie, si on en juge par ce qui se passe chez les animaux, les efforts convulsifs des muscles du ventre
(x) Ouvrage cité,t, à , p. 27.
chasseraient avec force les viscères, et la rendraient ainsi très-difficile, quand même elle ne serait pas déjà extrêmement dangereuse par elle-même et par la double plaie du péritoine. M. A. Cooper l'a pratiquée néanmoins, et, quoique le succès n'ait pas élé complet, sa tentative ne peut être perdue pour la science , puisqu'elle montre que la circulation ne cesse pas complètement dans les membres pelviens , après l'oblitération de la mère artère. Des expériences failes sur les chiens prouvent d’ailleurs que la ligature de l'aorte abdominale n'est pas absolument mortelle chez eux. J'ai disséqué un chat auquel M. Pinel-Grandchamps l'avait pratiquée cinq mois auparavant, sans que l'animal eût cessé de se bien porter, quoique l'artère fût convertie en un Jigament solide et peu volumineux, entre les deux mésentériques. Paris (1), M. Meckel (2), etc., ont trouvé l'aorte tellement rétrécie qu'elle ne permettait pas d'y introduire une plume de corbeau. M. Th. Goodisson l'a trouvée complètement oblilérée sur le cadavre d'une femme d'une quarantaine d'années, apportée dans l'amphithéâtre de la Pitié en 1818 (3). Plusieurs faits du mème genre ont été rapportés depuis. J'ai moi-même relaté un cas (4) dans lequel elle était, depuis longtemps, remplie de matière concrète et solide au-dessus des iliaques primilives. En appliquant le filau-dessus de l'artère mésentérique inférieure, au resle, on se ménage une trèspuissante anastomose , puisqu'elle s’abouche directement avec la mésentérique supérieure. 11 en exisle encore un grand nombre d'autres, pour rapporter le sang dans les parties inférieures. Les communications des artères lombaiïres entre elles, de même qu'avec l'iliolombaire , l'iliaque antérieure, la fessière, les intercostales, les branches latérales de l'épigastrique et des diaphragmatiques, celles de l'épigastrique avec la mammaire interne, les intercostales inférieures et les sous-diaphragmatiques encore, elc., forment autant de voies qui s'opposeraient à ce que la circulation fût suspendue dans les parlies qui sont au-dessous du fil. Il faut dire néanmoins que sa ligature, pratiquée de nouveau sur l'homme au mois de juillet 1829, à l'hôpital d'Exeter, par M. James (5), n'a précédé que de quelques heures la morldu malade, etqu'en pénétrant par les lombes, comme le veulent MM. Gerdy (6)
et Bégin (7), on ne remédierait à aucun de ses dangers.
(1) Journal de Desault, t. à, p. 107.
(2) Journal compl., t. 30 , p. 88.
(5) Anderson, System of surgical Anatomy, p.156.
(4) Méme sur un cas remarquable de maladie cancéreuse, etc., chez Béchet, 1825.
(6) The Lancot, 1829, t. 2, p. Go.
(6) Anat. des Formes , art. Lombes.
(7) Dict. de Méd, prat., art. Andor.
k 3° Les artères lombaires, déjà indiquées à l'occasion de la région des lombes , nées de la partie postérieure de l'aorte ; croisent la gouttière du corps de chaque vertèbre, et s'enfoncent dans une espèce de canal formé, moitié par los, moitié par les museles psoas ou par de petites arcades fibreuses(1) qui les tiennent solidement fixées contre le rachis; en sorte qu'elles seraient déchirées si, pour lier l'aorte, on cherchait à la soulever au-delà de quelques lignes. Croisées par le nerf grand sympathique, le génito-crural, le plexus lombaire, elles se dégagent du grand psoas après avoir donné leurs branches postérieures, ct rampent ensuile entre le péritoine et le carré des lombes.
4° La veine cave, à droite et sur un plan antérieur a celui de l'aorte en sortant du diaphragme, se place plus en arrière au-dessous du foie. Ces deux vaisseaux, séparés d'abord par le lobule de Spigel, serapprochent ensuite, et sont bientôt en contact. En avant, la veine est en rapport, supérieurement, avec le foie, qui la renferme dans sa goullière postérieure. Receyant là plusieurs branches d'un certain calibre , entre autres , les hépatiques, avant de traverser le diaphragme, les abcès au foie sy ouvriraient facilement s'il n'était dans la la nature des vaisseaux de résister considérablement à l'inflammalion qui les entoure, par lépaississement de leur paroï. Au reste, si jamais il arrivait qu'une colleclion purulente se vidät dans la veine cave inférieure, comme James prétend en avoir des observations, et comme M. Robert (2) l'a vu sur la veine mésentérique, ilest évident que la mort s'ensuivrait immédiatement. Recouverte ensuite par la veine porte, les canaux excréteurs de la bile , l'extrémité droite du pancréas, la portion perpendiculaire de l'intestin duodénum, l'artère rénale, le petit épiploon, le pylore, le mésocolon, l'artère tesliculaire droite, les pelits intestins et le grand épliploon, elle est d'abord éloignée de la colonne vertébrale par toule l'épaisseur du pilier diaphragmatique droit, puis par la portion droite du ganglion semi-lunaire. À droite, elle est en contact avec Îe foie, la capsule surrénale, le rein ct le péritoine. Il suit de cesrapports que l'induration du foie, du pancréas , que la désorganisation cancéreuse du pylore et des ganglions mésentériques, ainsi que les anévrismes de l'aorte peuvent empêcher le sang de remonter jusqu'au cœur, et produire l'hydropisie, comme l’a soutenu Monro , comme M. Bouilloud l'a surtout démontré dans ces derniers temps (3); de même qu'ils peuvent la perforer , proéminer dans son intérieur et la remplir ou s'y dissoudre et marcher par fragments avec
(x) Tiedemann, Tabulæ Arteriarum, ete.
(2) Compte rendu des Trav. de la Soc: anat.
(3) Archiv.,t. 2, 1825, p. 168.
CAVITÉ ABDOMINALE
le sang, comme j'en ai publié plusieurs observalions (1). J
Les veines lombaires se comportent comme les artères » dont elles diffèrent par leur volume, qui est plus considérable, Alant se rendre dans la veine cave, celles du côté gauche sont forcées de passer sous le corps de l'aorte, de même que les artères lombaires droites croisent la face postérieure de la veine. Il est extrèmement rare de voir ces rapports varier. Cependant on a rencontré a veine cave à gauche de Faorte , depuis les iliaques primitiyves jusqu'aux veines émulgentes. La, elle offraitune grande dilatation: Ensuite elle passait par devant l'artère, ct se portait, comme à l'ordinaire, dans la rainure du foie (2). Immédiatement appliqués, en formant des arcs de cercles, sur le corps des vertèbres, les vaisseaux lombaires se trouvent à l'abri de toute compression de là part dés muscles et des autres organes environnants.
5° La chaîne des ganglions lymphatiques et le tissu cellulaire y offrent la même disposi- Lion que dans l'écartement postérieur du médiastin, avec lequel il se continue par le moyen des ouvertures zortique et de l'œsophage. Comme toutes ces glandes sont liées par le moyen des vaisseaux qui en forment une série non interrompue jusqu'au sommet du thorax, il devient facile d'expliquer la naissance des nombreux encéphaloïdes qu'on rencontre au-devant dela colonne vertébrale entre les lames du péritoine, depuis le sacrum jusqu'au cou, à la suite des cancers du testicule.
6° Les nerfs rachidiens méritent ici quelque attention. Les branches antérieures des cordons lombaires s'anastomosent entre elles et avec le dernier intercostal, au-devantdes apophyses transverses des vertèbres. Ainsi mélées en forme de réseau, cachécs par le psoas, elles fontque, dans l'inflammalion de ce muscle, le plexus lombaire peut être fortement affecté. Le nerf géuito-crural, traversant les fibres charnues de derrière en devant, se trouvant de celte manière appliqué sur les vertèbres, peut êlre comprimé par les tumeurs qui se développent dans l'abdomen. Les branches ilio-scrolale et inguino-cutanée se portent presque transversalement en dehors, entre les muscles carré des lombes et psoas, et se jettent bientôt dans Ja région latérale du ventre. Enfin , restent les nerfs obturateur et crural, que nous verrons dans les fosses iliaques.
7v Les grands sympathiques sontremarquables ici par leur position plus antérieure , par lPirrégularité de leur forme , de même que par les grandes réunions plexiformes qu'on rencontre au-devant des piliers du diaphragme et de l'aorte. C'est en effet là que les nerfs grands splanchniques se dégagent des fibres du dia-
(1) Revue méd., 1825-1826. Aro, 1826, (2) Harrisson, vol. 2, p. 25.