‹ Traité complet d'anatomie chirurgicale, générale et topographique du corps humain, ou, Anatomie considérée dans ses rapports avec la pathologie chirurgicale et la médecine opératoire (volume 2)Chapitre 9 sur 87 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Bien qu'elles ne soient que de simples modifications du tissu cellulaire , les aponévroses ou les fascia en diffèrent cependant sous d'assez nombreux rapports. Formées de filaments ou de fibres régulièrement entrecroisées , constituant au moins deslamelles assez serrées pour ne plus offrir d'apparences aréolaires, elles sont partout d'une densité qui en fait la principale importance chirurgicale. En quelque sorte dépourvues de vaisseaux sanguins , douées dune très-faible vitalité , elle ne s'enflamment qu'avec une extrême difficulté, et ne sont le siége primitif de presque aucune maladie. Aussi suflit-il d'en embrasser la moindre parcelle avec les vaisseaux qu'on est obligé de lier, pour que les fils mettent un temps infini à se détacher, et deyiennent-elles, par la lenteur de leur travail phlegmasique, un empêchement à la réunion primitive dans les plaies complexes, lorsqu'elles s'y trouvent en grande proportion. Ne vivant guère que par imbibition, que par l'intermède des autres tissus , il West pas surprenant qu'elles se mortifient si vite, quand la suppuration s'est emparée dela couche cellulaire qui en double les deux surfaces, dans les plaies contuses et la plupart des affections gangréneuses. Peu extensibles, moins élastiques que le tissu cellulaire, elles résistent d'abord avec force aux puissances qui cherchent à les distendre , et ne reviennent ensuite que diflicilement sur elles-mêmes. Il résulte de là que, règle générale, toute tumeur qui tend à s'accroître mécaniquement est naturellement repoussée vers la peau ou vers le centre du corps, selon qu'elle est en dedans ou en dehors del'aponéyrose.Ilenest de même des abocès , des kystes, de toutes les collectionsde liquides, et même de l'inflammation. Aussi, pour empêcher de telles lésions de gagner des parlies profondes vers les cavités splanchniques, le meïlleur moyen est-il de les ouvrir de bonne heure, lorsqu'elles ne sont pas sous-culanées. Cela fait, en outre, et par la même raison, que le gonflement des parties centrales des membres est promptement suivi d'étanglement et de douleurs qu'on ne fait ordihairement cesser que par de larges incisions; quune fois les aponévroses éraillées ou dislendues, les organes qu'elles brident ou qu'elles

enveloppent perdent une grande partie de leur force, tombent dans le relâchement ou s'échappent de leur place habituelle, sous forme de hernies, à chaque effort du malade.

Le tissage qu'elles représentent fait que leurs mailles peuvent s'agrandir insensiblement etse transformer en de vérilables trous , comme on le voit souvent au ventre et sur les membres. Les vaisseaux, les filaments nerveux œu autres, venant des parties profondes vers la peau, au travers de ces mailles, deviennent la cause de l'écartement en questio® dès qu'une tumeur graisseuse , les ayant pour racine, acquiert quelque volume dans la couche sous-cutanée. Il est rare qu'une distension, même un peu brusque, les déchire complètement. Les éraillures dont elles sont si souvent affectées tiennent à ce que la toile cellulaire qui en forme la trame fondamentale se rompt véritablement, pendant que leurs fibres proprement dites ne font que s'écarter. Quelles aient lieu dans les cloisons intermusculaires, dans les aponévroses d'enveloppe ou sur le tronc, ces éraillures exposent partout à des hernies, soit viscérales, soit musculaires, et au pincement des organes. Le même inconvénient serait encore à craindre à la suite des opérations, si on les incisait parallèlement à leurs fibres. Quand elles se déchirent réellement, ou quand on les coupe transversalement c’est le feuillet lamelleux qui résiste, au contraire, ou qui se rétablit; tandis que la continuité du fascia reste véritablement interrompue. Une pareïlle ouverture n’est pas moins fayorable que la précédente à la production des hernies; mais elle dispose sensiblement moins à l'étranglement des organes.

Si les aponéyroses offraient partout la même densité, le même aspect, on pourrait se borner à les étudier sur ui point donné du corps, pour en apprécier les propriétés générales et les caractères essentiels. Mais les nuances variées qu'elles présentent ne permettent point de les envisager ainsi. La manière dontelles ont été comprises jusqu'ici exige même qu'on entre à leur sujet dans d'assez nombreux détails. Leur continuité avec le tissu cellulaire est un point qu'il convient d'établir d'abord, afin d'en bien comprendre les nuances diverses, l'origine et la terminaison. Je les rattacherai à quatre couches principales, dont deux, pures répétitions des deux autres, ne se rencontrent qu'au tronc. En somme , elles forment deux genres très-distincts : à l'un appartiennent les simples lamelles , les feuillets décrits dans ces derniers temps sous le nom de fascia superficialis ; à l'autre se rapportent les aponéyroses proprement dites, les toiles véritablement fibreuses.

SI. — Fuscia celluleur,.

Les couches cellulo-fibreuses, rangées de nos jours parmi les fascia, sont au nombre de deux, le fascia superficialis et le fascia propria , l'un interne, l'autre externe.

A. Fascia superficialis externe. — Depuis que Camper (1), A. Cooper (2), Scarpa (3), Hesselbach (4), Lawrence (5), M: J. Cloquet (6ÿ, ont appelé l'attention sur lui, le fascia superficialis, quoique l'objet de travaux intéressants, est long-temps resté ce qu'ilétait d'abord, c'està-dire une lame cellulo-fibreuse située entre l'aponévrose du grand oblique et le tissu cellulaire sous-cutané de la moitié inférieure de l'addomen. Mais, pendant que j'essayais de démontrer, dans mes cours et dans la première édition de cet ouvrage, qu'il existe"en même temps à toute la surface du corps, Godman (7) s'efforcait, en Amérique, de l'étendre aussi beaucoup plus qu'on ne l'avait fait jusqu'à lui. En 1826:et 1827. M. Paillard est venu donner plus d'extension encore à celte idée, dans sa dissertationinaugurale (8) etson excellenttraité des aponévroses (9) , en sorte qu'aujourd'hui elle ne doit plus rien avoir d’exiraordinaire. Envisagé sous ce nouveau point de vue, fascia superficialis est constitué parles lames les plus profondes du tissu cellulaire sous-cutanée, et forme une couche tantôt très-mince, tantôt assez épaisse, purement lamelleuse dans certains lieux, réellement fibreuse dans quelques autres , qui n'est franchement interrompue sur aucun point de la périphérie du corps, pas plus aux membres et à la tête qu'au cou, à la poitrine et au ventre. Le dissentiment à ce sujet ne peut tenir qu'à une mauvaise application des mots. Si, par les terme d'aponéyrose on persiste à n’entendre que ce qu'il signifiait autrefois, nul doute qu'il ne faille rejeter l’idée que je viens d'émettre sur le fascia superficialis; mais alors il ne faudrait pas même l’admettre sur l'abdomen, car il n'y offre jamais tous les caractères du tissu fibreux, et souvent il y conserve la forme du simple tissu lamelleux.

Si on accorde, au contraire, que ce nom puisse être appliqué à toutes les toiles un peu régulières et susceptibles d'acquérir une certaine densité, qui ont pour usage de revêtir ou de

(1) Zcones ZZern.

(2) Inguin. and congenit. Horn., 1804.

(3) Sur les Hern., trad. de Cayol , 1812.

(4) De ortu et progressu Iern., etc., 1816.

(5) Traité des Hernies ; trad. de Cloquet, 1818.

(6) Zernies de l’Abdomen , 1817.

(7) Descriptions of various Fasciæ, etc., Philud. , 1824.

(8) Thèse, 17 février 1896.

(9) Descript. complète des momb. fibreuses, etc.

Peris, 1927.

tapisser quelques portions du système locomoteur le fascia superficialis existe partout et ne doit être oublié nulle part, Ce n'est, après tout, qu'une condensation des lamelles celluleuses, que j'ai indiquée précédemment , en traitant du tissu lamineux sous-cutané, Au crâne il se perd insensiblement dans le tissu dense et serré qui unit les muscles ou l'aponévrose au cuir chevelu. On ne le distingue point, ou que très-mal, à la face, parce que là tous les tissus sont en quelque sorte confondus. Au cou, c’est entre ses lames que se développe le peaucier. Encore très-raréfié sur la poitrine, il ne s'épaissit et ne s’isole d'une manière évidente, qu'en descendant sur le basventre et notamment vers les régions iliaques. En se rapprochant de la ligne médiane, il perdwon aspect lamelleux, s'épaissit et setransforme en tissu filamenteux, qui se confond bientôt avec le tissu fibreux de Ja ligne blanche, du sternum et de toute la partie postérieure du rachis; tandis que, latérälement, il se raréfie de plus en plus, et tend sans cesse à se fondre dans le tissu cellulaire proprement dit. Aux membres il contracte aussi des adhérences vis-à-vis des principales articulations. Il m'est d'ailleurs jamais bien distinct de la couche sous-cutanée.:Sil est vrai qu'en passant au-devant des saïllies osseuses, il manque rarement d'acquérir une densité plus grande , il l’est également que vis-à-vis des ouvertures aponévrotiques, des espaces interosseux, sa raréfaction est un phénomène à peu près constant; de telle sorte même qu'il s'y engage presque inévitablement, et de manière à se continuer, sans ligne de démarcation, avec le fascia superficialis interne ou le tissu cellulaire profond. C’est dans son épaisseur que se trouve le panicule charnu des animaux. Je le crois de nature à se transformer en tissu fibreux jaune et même en tissu musculaire. Girard fils à prouvé (1) que la ventrière élastique des animaux domestiques , des monodaciyles en particulier, en est une dépendance. Je l'ai vu souvent, au périnée par exemple, former une couche cotonneuse, rougeâtre, évidemment musculeuse ;et chacun sait actuellement que l'état de lamelle fibreuse est sa dégénéresence habituelle, son premier degré de transformation.

La plupart des données chirurgicales mentionnées à l’occasion du tissu cellulaire lamelleux lui étant exactement applicables, n'ont pas besoin d'être rappelées maintenant. Ses adhérences, opposant toujours un obstacle plus ou moins grand aux matières ou aux parties qui tendent à glisser entre la peau et les

aponévroses, méritent cependant de n'être

point passées sous silence. C'est à cause d'elles que, non seulement les ecchymoses, les inflammations, les collections purulentes, les

(1) Arch. gên. de méd., 1825, 1. 3, p. 67.

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infiltrations de toute nature, mais encore les tumeurs peu consistantes, les hernies, entre autres, semblent constamment chercher à s'en éloigner, à marcher dans un autre sens, et qu'il faut s'attendre à trouver l'origine ou le foyer de ces maladies plus près d'un point de leur circonférence que de leur centre. Sa continuité avec le tissu cellulaire des parties profondes est une yoie puissante de sympathie entre les divers organes, et comme il est très-

lextensible, aucune tumeur ne se fait jour de

l'intérieur à l'extérieur sans qu'il ne lui fournisse une enveloppe. Aussi forme-t-il la tunique la plus constante des diverses espèces de hernies auxquelles l'homme est exposé. Comme seslames sont alors fortement pressées les unes conire les autres, on conçoit qu'il puisse prendre une épaisseur considérable, et devenir une tunique importante dans la pratique chirurgicale. Enfin, soit sous le rapport pathologique, soit sous le point de yue analomique, le fascia superficialis parait avoir pour rôle, dans l’évolution organique, de former le passage du tissu cellulaire aux aponéyroses, comme la portion lamelleuse de la couche sous-cutanée forme le lien entre le tissu aréolaire et ce premier fascia.

B. Fascia superficialis interne. — Ce qu'on xoit au-dessous de la peau se trouve à l’intérieur des principales cayités splanchniques.

La face externe du péritoine est partout revyétue d'une couche cellulaire, qui a de nombreuses analogiesavec le fascia superficialis extérieur. D'abord indiquée sous letitre de fascia propria, par M. À. Cooper, qui semble ne l’admeltre que dans les fosses iliaques et les ouvertures herniaires quien partent, cette lame existe également en dehors des plèvres et de tout le péritoine. Appliquée comme une doublure sur la face adhérente des membranes séreuses qu'elle fortifie, et qui , sans elle, se reduiraient à une sorte d'épithélium , ‘elle ya partout se perdre entre le péritoine ou la plèvre et les viscères, en se confondant avec ce que les anciens appelaient tunique neryeuse externe des intestins. Offrant une densité à peu près égale sur toute l'étendue des parois thoraciques , elle doit être distinguée du tissu cellulaire abondant qui remplit les écartements antérieur et postérieur du médiastin.

Dans le ventre, elle est tellement adhérente derrière la ligne blanche qu’il n’est plus possible de la distinguer. Se continuant d’une cavité dans l'autre, en passant , avec l’œsophage, l'aorte et la veine cave, au travers du diapbragme , c'est après s'être confondue avec le péricarde et les gaînes vasculaires, qu'elle sort du thorax pour se porter au cou et se confondre avec le fascia cervicatis. Quand on le pousse vers l'extérieur, le tissu cellulaire

des environs se joint à elle, et en forme bien-

tôt une membrane fort épaisse, C'est ainsi que Sopère l'épaississement du sac dans les her-

nies inguinale, crurale obturatrice, ischiatique, etc. On comprend d’ailleurs toutes les variélés d'épaisseur dont elle est susceptible, en remarquant qu'elle peub s'approprier la totalité des masses cellulaires qu'on observe dans le ventre etla poitrine, et qu’elle forme,

avec ce lissu, une couche en grande partie

comparable à la doublure cellulaire des téguments. Sa disposition aréolaire plutôt que membraniforme fait qu'elle s'imbibe assez facilement de liquide, et devient ainsi le siége de presque toutes les altérations morbides généralement attribuées aux membranes séreuses qu’elle tapisse. C’est elle et non ces dernières que parcourent les vaisseaux, qui s'épaissit , se dénature, se transforme en tissus divers; à la suite des inflammations et des maladies qu'on observe dans l'épaisseur des paroïs thoraciques ou abdominales; qui, par son épaississement, son induration, empêche les foyers purulents ou autres, depénétrer, des'épancher à l'intérieur, et les force à refluer vers la peau ou bien à fuser au loin entre elle et les autres lames desenvirons; qui par ses communications mullipliées avec le fascia superficialis proprement dit, explique les transmissions d'inflammation, de suintement purulent, de produclions pathologiques, de la face externe à Ja face interne des cavités dont il s’agit ; qui fait que les phlegmasies des membranes séreuses sont presque toujours diffuses, et que ces membranes, devenues opaques, semblent prendre une épaisseur si considérabletoutesles fois qu’une lésion ou une production inflammatoire a long-temps persisté dans les environs ; enfin, qu'une opération qui ne comprend que la peau peut être suivie d'inflammation purulente de la tunique séreuse située au-dessous.

$ Il. — F'ascia fibreux ou aponévroses proprement dites.

Si les couches dites fascia superficialis ct fascia propria se perdent d'une part dans le üssu cellulaire, et de l'autre dans le tissu fibreux , les aponévioses proprement dites semblent lui succéder aussi de manière à en tixer leur origine pour se continuer avec le périoste ou les annexes du syslème osseux.

Aux pieds, aux mains, et sur une foule d'autres points on les voit, en effet, naître insensiblement du tissu cellulaire, ne prendre qu'à une certaine distance l'aspect qui les caractérise, et se fixer enfin sur quelques os. Les anciens avaient déjà pressenti cette vérité en faisant dériver toutes les membranes fibreuses de la dure-mère ou du crâne ; et Bichat (D) a lrès-bien démontré qu’elles se continuent toutes plus ou moins directement avec le périoste. Peut-être faut-il attribuer à cette origine ou

(1) Anat, gén., ta , p. 255, édit, Maingault, 1818 ni

* cette terminaison commune le consensus dont elles sont douées dans les maladies , et le caraclère ambulant du rhumatisme; tandis que leur égalité de texture, leur densité, leur arrangement fibrillaire expliqueraient la tenacité, la généralisation de leurs affections. Je ne pensé pas, en conséquence, qu'on puisse en faire trois groupes distincts, un pour le cou, le second pour le membre thoracique, et le troisième pour le membre abdominal, comme le veut Godman. Il est bien vrai que le centre phrénique et le péricarde peuvent être donnés comme point de départ où comme rendez-vous du groupe cervical, que tous les feuillets Gbreux du bras et de l'épaule se rendent à la capsule scapulo-humérale, et qu'il en est de même du ligament orbiculaire de la hanche pour les fascia de la cuisse; maïs les aponéyroses temporale, plantaire, pelvienne, périnéale, dorsale, abdominales même ne s’'accommodent point de ce système. Il est donc plus naturel de les étudier successivement à la tête, au tronc et aux membres, pour en faire ressortir la continuité.

À. Aponévroses du tronc. — Celles du crâne et de la face, d’ailleurs trop morcelées pour se prêter à une description générale, ne s’en continuent pas moins ayec celles du cou, par Tintermède du périoste de l’occipital , dutemporal, de los maxillaire inférieur, et du ligament cervical postérieur. Les nombreux dédoublements que subit le fascia cervicalis pour engainer les muscles et autres organes de la région, le rapprochent tellement des aponé- ‘vroses des membres, que lesmêmes considérations leur sont applicables. Rien n'est plus facile que d’en suivre les lames intermusculaires et les gaïînes profondes, jusque dans le thorax, derrière le sternum, dans le médiastin, autour des gros vaisseaux, et de se convaincre qu'il se continue avec le péricarde, qui, à son tour, va se confondre avec le trèfle aponévrotique du diaphragme. De là même une partie des dangers qu'entrainent les opérations qu'on pratique au cou, ainsi que des iuflammations et des foyers purulents qui peuvent se. développer dans sa profondeur.

Néanmoins, au lieu de s'en tenir à cette unique éliologie , comme le voudrait Godman, il faut ajouter que l'aponévrose du cou s'épanouit en s'affaiblissant sur l'épaule ou le devant de la poitrine, et qu'elle se continue aussi sans ligne de démarcation avec les fascia de la région postérieure du tronc, ce qui fait, pour le dire en passant, que ses inflammations superfcielles, circonserites ou diffuses, doivent se comporter comme à la partie moyenne dela cuisse ou du bras.

À la poitrine, le fascia n'est d'abord qu'une simple lame celluleuse, collée sur les muscles pectoraux , le grand dentelé, le grand oblique et le droit antérieur. Ge n’estqu'en approchant

APONÉVROSE.

du dos et de l'épigastre, qu'elle commence à revêtir le caractère fibreux , quoique partout elle se confonde avecles autres fascia, et qu'elle reste distincte du fascia superficialis jusqu'à la fin.

Quant aux cpondvroses de l'abdomen, 1 est inutile de rappeler qu'elles se continuent avec celles de la cuisse. Tout le monde le sait aujourd'hui; mais il ne sera peut-être pas hors de propos de faire remarquer qué celles qui se voient en dedans, semblent étre calquées sur celles du dehors. Le fascia transyersalis, par éxemple, est véritablement l'image de l'aponévrose de l'oblique externe. Les rapports généraux sont les mêmes. II est séparé de Ja membrane séreuse par le fascia superficialis interne. Tous deux semblent avoir le ligament de Fallope pour rendez-vous commun.

Tous deux sont appliqués contre la face correspondante des muscles, et si l'un est beaucoup plus mince que l'autre , c'est que, n'ayant presque aucun usage à remplir , il est en quelque sorte resté à l'état rudimentaire. Ce serait donc fausser toutes les analogies que de faire du fascia transversalis, le représentant du fascia superficialis proprement dit, comme on l'a tenté dans ces derniers temps.

Les cavités pectorales présentent les mêmes particularités. Les feuillet mince qui en tapisse l'extérieur, se retrouve à l'intérieur revétant la face interne des muscles intercostaux, et se continuant avec le périoste des côtes. M. Païllard, qui l’a décrit le premier (1), n’a eu d’autre toit, selon moi, que de le comparer aussi au fascia transversalis de l'abdomen. De cette façon , tous les muscles larges se trouvent plaqués de deux lames aponévyrotiques, l'une interne , l’autre externe; la première généralement plus faible, parce qu'alors son rôle est moins important; la seconde, ordinairement fort épaisse, parce qu'elle tient en quelque sorte lieu du squelette.

B. Aponéoroses des membres. — Quoi qu’il en

soit, c'est aux membres que les fascia offrent :]

le plus de complication. La gaïne générale qu'ils forment d'abord à toute l'extrémité, en contact immédiat par sa face externe avec le tissu cellulaire sous-cutané, ou le fascia super-

ficialis, donne naissance, par sa face interne;

à une série de cloisons, de lames, en rapport avec les organes qu'elle renferme. De cess feuillets, les uns convergent perpendiculaire*

ment vers l'os, tandisque d’autres lui sont pluss ou moins obliques, et tendent à se rapprocher” du plan horizontal. Parallèles à la partie, 11sh ont pour but d'isoler, autant que possible, lesa divers museles , en les cloisonnant ou leurfour=»

nissant chacun une gaîne qui 1ur permette d'a

gir indépendamment les uns des autres. Parlin=» termède de ces dédoublements de l’'aponévrosep d’enveloppe, toutes les aponévroses d'insertionys

(x) Thèse, n° 95, 1826.

APONÉVROSE. 15

: : ® etles diverses intersections musculaires, se-

continuent avec la gaine générale dumembre, en même temps qu'avec le périoste; en sorte qu'en détruisant par la pensée toutes les parties charnues de l'avant-bras, par exemple, sans toucher aux tissus fibreux, on aurait un large cylindre creux, subdivisé en une infinité d'autres petits cylindres. Un pareïilarrangement que je démontrais dans mes cours, dès l'année 1822, mais que M. Gerdy (1) a le premier décrit avec soin, isole les maladies comme ilisole les organes. Sans lui, toute inflammation, toute suppuratio sous-aponéyrotique , deviendrait presque inévitablement difluse et envahirait tout l'intervalle des deuxarticulations du membre. Ayec lui on conçoit, au contraire, que le sang, le pus, la sérosité, l'urine, etc., que l'inflammation elle-même, puissent rester comme emprisonnés dans chacune decesgaînes, et gagner d’une de leurs extrémités à l’autre, en agissant sur toute l'épaisseur du membre ou des muscles qui sy trouvent renfermés, en laissant les gaînes voisines plus ou moins intactes. Cependant, comme les divers compartiments qui en résultent sont loin d'être tou-

jours complets , d’être également solides par-.

tout, il est tout simple que les affections de l'une en occupent bientôt plusieurs äutres.

Chaque cloison qui s'enflamme ou qui suppure est une sorte de filtre qui, se transformant d'une manière graduelle en üssu cellulaire sur quelques-uns de ces points, communique promptement le mal aux gaines voisines toutes les fois que son épaisseur ou sa densité trop grande ny apporte pas un obstacle insurmontable. La suppuration se comporte là comme sous la peau. Le tissu lamelleux, fin et souple, qui reyèt les paroïs du canal fibreux est le moyen de diffusion des fluides et de l'inflammation, . comme dansla couche sous-cutanée , tandis que lépaisseur des muscles, comme le tissu purement celluleux de l'extérieur, est plus favorable à la circonscription des foyers. Il faut ne pas oublier, néanmoins, que l'élément annexe des faisceaux charnus, n'est point aréolaire comme sous la peau, et que, partout, sa disposition lamineuse le rend plus propre aux infiltrations morbides.

La densité, la résistance des compartiments en question étantnécessairement moindre dans

(1) Bulletin des Sciences méd. , (a) tom. 4 , février 1825. M. Gerdy, qui réclame l’idée que je viens d'émettre sur les gaines fibreuses, se trompe quandil dit Vavoïr publiée en 1825, Sa thèse ne fait mention que des aponévroses de Ja cuisse. Il se trompe encore en assurant que j'ai vu les préparations déposées par lui dans Jés cabinets de l’école sur ce sujet, Ses plaintes ont d’ailleurs lieu de m’étonner, car il répète partout dans son livre que mes descriptions sont fort inexactes, ce qui veut dire, je présume, qu'elles ne ressemblent pas aux siennes.

(a) Voy. pag. YII-181-209.

certains points que dans d'autres, les fluides morbifiques qui s'y déposent tendent toujours, quand même ils n’y seraient pas dirigéspar les lois de la pesanteur ou de la capillarité, à se porter , à s'accumuler dans des régions que ces notions anatomiques parfaitement exactes permettraient de spécifier d'ayance. Aussi est-ce tantôt à droite, tantôt à gauche, tantôt en bas , tantôt en haut, que les abcès se portent, au lieu de se fixer, dans le point-affecté d'abord. Siles deux cloisonsetla portion de gaine commune qui les unit sont également fortes, le pus glisse du côté des extrémités de la partie, ou gagne de plus en plus en profondeur.

Dans le cas contraire il s'étend latéralement, ou finit par devenir sous-cutané.

Ce n'est pas seulement à cause de l’éloignement de l'extérieur, que la fluctuation des liquides épanchés sous les aponévroses est difficile à sentir, mais bien aussi parce que leur ondulation se perd en grande parlie dans l'épaisseur du membre ayant d'arriver aux doigts ; tandis que sous la peau, le fascia leur fournit un point d'appui qui les force à réagir immédiatement de dedans en dehors, quand on les presse.

Du reste, s'il est vrai que la résistance opposée à l'épanouissement, à la turgescence des organes, par les aponévroses, soit une cause de douleur et de danger dans les inflammations , il lest aussi, quoi qu'on en dise, qu'elles rendent les inflammations moins faciles, et qu'elles en favorisent beaucoup la résolution, en comprimant les tissus malades.

Ceci, cependant, ne doit s'entendre que des aponéyroses d'enyeloppe un peu régulières , attendu que l'effort exercé par les autres, étant

inégal, cause des étranglements parfois dan-

gereux , plutôt qu'une compression véritablement ulle. On peut, sous ce rapport, les comparer au bandage qu'on emploie avec tant d'avantage dans une infinité de maladies. De même que, pour le bien faire, il faut nonseulement appliquer ce bandage de manière à ce qu'il porte également sur tous les points, mais encore le garnir de compresses diversement graduées, ou de charpies, partoutoù des vides ont besoin d'être remplis, où des masses cellulaires ou charnues plus épaisses ou plus molles tendent à en annuler l'effet; demême, les aponévroses n'ont une action réellement

“antiphlogistique ou résolutive qu'autantqu’elles

sont d’une épaisseur et d’une résistance à peu près égales partout, qu'elles agissent sur des organes deconsistance homogène , et dont elles pressent également tousles points. Distribuées d'une autre manière, elles ne sont pas moins redoutables qu'un bandage compressif mal appliqué.

Etant utiles pour contenir les parties mobiles, leur défaut d'extensibilité fait que si on Yes incise dans un but quelconque, on voit

aussitôt les organes sous-jacents, pour peu qu'ils aient de souplesse , faire hernie par l'ouverture, Cela se remarque surtout à la partie charnue des membres, dans le cas d’incision pour les fractures comminutives et l'extraction de projectiles lancés par la poudre, ou de COY ps étrangers de toute autre nature. En définitive, ce qu'on appelle débridement n’est si c‘licace dans les inflammations et les infiltrations purulentes, que par suite de la résistance des fascia fibreux. Les incisions qu'on pratique alors sont autant d'issues livres au boursoufflement des parties et à l'expulsion des fluides. Jusque-là , tout étant relenu, emprisonné à l'intérieur , la compression, presque nécessairement inégale, m'ayait été qu'une cause perpétuelle d'irritation et de souffrance; ensuite elle s'exerce ayéc d'autant plus d’efficacité que le trop plein du sac aponévyrotique se vide naturellement par les solutions de continuilé qu'on ÿ a pratiquées, et que les plaies sont bientôt le seul mal qui reste. C’est donc autant pour permettre aux parties affectées de s'épanouir en toute liberté, sur certains points aux dépens des autres, que pour opérer un dégorgement de fluides, qu'on doit se décider à ces sortes d'incisions, qui ont ainsi l'heureuse Propriété de concentrer le mal sur un aussi petit espace que possible, en donnant à l'aponévrose toute facilité de l'étouffer ailleurs. Qu'une inflammation aiguë s'empare d'une toile synoviale, ou du tissu lamelleux qui entoure un tendon ou un paquet de tendons, exaclement renfermés dans une gaîne ou une coulisse fibreuse, et on la verra s'étendre de {outes parts en surface, tant que cette gaine ne sera pas incisée. Elle tendra , au contraire, à se circonscrire, à se réduire même, dès que le bistouri sera venu débrider les parties et mettre l'aponéyrose à même de repousser les fluides au dehors, en comprimant, de la circonférence au centre, toutes les parties comprises entre elle et les os. 11 faut dire aussi que cette propriété conduit à plus d'un inconvénient : d’abord à l’étranglement des objets qui s'engagent dans l'ouverture qu'on vient de faire pour peu qu'il y en ait une certaine quantité, une certaine étendue; ensuite à la nécessité de donner une longueur considérable aux incisions, si l’on veut agir avec quelque aisance dans la profondeur du membre. C'est elle aussi qui fait qu'après avoir incisé une aponéyrose d'enyeloppe parallèlement à sa longueur, on estsouyent obligé de l'inciser encore transyersalement, sux les bords de la plaie. Enfin, il en résulte qu'une fois divisée, à moins que ses rubans longitudinaux n'aient élé qu'écartés, l'aponévrose , étant remplacée par un tissu moins dense, reste toujours plus ble dans ce point qu'auparavant, et que les fonctions des parties sous-jacentes doivent en étre plus ou moins troubléces.

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