‹ Traité complet d'anatomie chirurgicale, générale, et topographique du corps humain, où anatomie considérée dans ses rapports avec la pathologie chirurgicale et la mèdecine opératoireChapitre 120 sur 173 · COLONNE VERTÉBRALE · texte numérisé non relu

COLONNE VERTÉBRALE

seux. La nature spongieuse du corps de chacune des vertèbres , le nombre et le volume des veines qu’on y rencontre, l'abondance de leur trame cellulaire et huileuse, expliquent d’ailleurs la fréquence de leur ramollissement, de leur suppuration, de leur carie, de la nécrose, et par suite de la gibbosité, des courbures du rachis. Son périoste et ses ligaments, étant assez souples et continuellement tiraillés, doivent s’enflammer facilement. De Là l'origine des caries superficielles de l’épine, et de nombreux abcès par congeslion. Toutes les veines, ce riche appareil qui les pénètre ou s’en échappe, les porosités innombrables qui en couvrent la surface doivent en faire redouter la suppuration au dernier point, à cause de la phlébite et de la résorption qui peuvent en être la suite. Les rondelles fibro-cartilagineuses qui font partie de la colonne épinière sont là plus fortes que partout ailleurs, tellement qu'elles ne se déchirent point sans entraîner avec elles une couche de la vertèbre. La petite cavité qui en occupe le centre, cavité dont l’intérieur est transformé en simple surface, et non tapissé d’une membrane synoviale, comme le croit M. Pailhoux, qui l’a découverte ‘, permet d’en expliquer les maladies connues, et mérite toute l’ attention des chirurgiens. J’ai pu constater sur le cadavre "que chez les ; Jeunes sujets elle s’enflamme, suppure et devient souvent le point de départ de véritables tumeurs blanches, de la carie vertébrale. Les autres articulations du rachis sont trop peu mobiles, trop peu compliquées pour qu’on ait besoin d’en 1 Bibl. Méd., 1827, t, 1, p. 324.

étudier les maladies à part. La direction de ses épines, de ses apophyses transverses, la force de ses ligaments jaunes, jointes aux dispositions précédemment indiquées, en rendent les fractures extrêmement difficiles, et les luxations à peu près impossibles.

Le canal dont l’épine est creusée, contenant le cordon d’origine de tous ou de presque tous les nerfs de l'appareil locomoteur, ne peut être rétréct, fortement déformé sans amener quelques symptômes de paralysie. Aussi est-ce là le premier et le plus dangereux accident des luxations, des fractures, des déviations outrées, des tumeurs, des végétations qui réagissent sur l’intérieur du rachis. Ge canal, continu avec la cavité du crâne, garni de tissu cellulaire graisseux très-fin, de grosses veines, d’un long ruban fibreux et des trois membranes de la moelle, permet aux inflammations environnantes d’y pénétrer, et d'en parcourir rapidement toute la longueur. Il permet également au pus et autres liquides de s’y épancher, de fuser de haut en bas, ou de bas en haut, de gagner les meninges ou le crâne, et de causer la mort presque instantanément, comme je l’ai observé én 1824 chez un sujet qui avait une vaste suppuration du bassin avec altération des os. |

Largement protégée en ayant, par le corps même des os contre l’action des viscères , en arrière par l’imbrication des lames vertébrales et des apophyses articulaires , la moelle rachidienne est presque impossible à blesser sans détruire la continuité du canal osseux qui la renferme. IL en est de même des nerfs, dans les trous de conjugaison qu'ils doivent traverser en sortant de l’épine;

COLONNE YERTÉBRALE. 203 mais la position de l'aorte en avant explique comment certains anévrismes ont pu comprimer la moelle après avoir fait disparaître les os interposés.

Le muscle sacro-spinal, ou la masse charnue qui remplit les gouttières vertébrales, étant chargé ici de presque tous les mouvements, joue naturellement un des premiers rôles dans les déformations de la taille. Fixé sur le tubercule des apophyses articulaires par en bas, et près du talon des côtes par en haut, son faisceau externe ou Je long dorsal, ne pouvant agir sans tirer le dos en arrière en même temps qu’il pousse les lombes en avant, se joint inévitablement au sacro-lombaire, dont l’action se porte aussi sur les apophyses épineuses pour favoriser les courbures latérales dès que le système osseux tend au ramollissement. Ces muscles ont du reste une telle épaisseur, et sont tellement pressés, collés contre les os, que le canal rachidien en est solidement abrité.

La profondeur du canal rachidien, ses rapports avec les muscles précédents, les inégalités de sa région postérieure, en rendent, comme on le voit, les abords extrémement difficiles. Aussi a-t-on vivement blamé MM. Tvyrrell et Cline ‘ d’y avoir porté le trépan pour en relever des frangments (ce qui n’a pas empêché M. Smith” d'en exciser diverses portions qui causaient une compression de la moelle depuis plusieurs années). Malgré le double tranchant de M. Tarral, la double scie de M. Charrière, on est encore à la recherche d’un instrument qui permette

4 The Lancet. , t. 1, p. 308. 2 North Am. Journal, 1829,

d’en faire promptement l'ouverture dans les amphithéätres. Toutefois, comme on ne trouve Ïà ni artères, ni veines, ni nerfs de quelque importance, qu'il n’y à que des muscles à traverser ou à déplacer, je pense qu’on reviendra encore à l'opération de M. Tyrrell, qu’on la tenterait même avec raison si les accidents étaient produits par quelques dépressions évidentes d’un des points de la région correspondante du canal.

Cette analyse succincte des éléments constitutifs du tronc laisse entrevoir déjà que les lésions, même les plus légères, peuvent conduire aux plus graves dangers si l’inflammation et le pus pénètrent de l'extérieur à l'intérieur de la colonne vertébrale. Le tissu cellulaire ou les petits vaisseaux rendent la chose encore bien plus facile au crâne, à la poitrine et à l'abdomen. L'importance des organes renfermés dans ces diverses cavités ne permet pas de songer, sans en être effrayé, aux blessures qui les traversent, aux coups qui peuvent y être portés, aux secousses qu’elles peuvent subir, enfin à la plupart des opérations qui en blessent nécessairement les parois.

Du reste, comme les parties compactes, solides, pesantes du tronc en occupent le plan postérieur, on s’explique par À comment, abandonné à lui-même dans l’eau, le corps de l’homme se retourne toujours sur le dos. Si dans les chutes, pendant la vie, il en est autrement, c’est que l'instinct porte à diriger les membres en avant, comme pour parer au danger.

Bien que la première formée chez le fætus, quoiqu'on en distingue déjà toutes les parties au quinzième jour de la conception, la colonne vertébrale n’en est pas moins

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