‹ Traité complet d'anatomie chirurgicale, générale, et topographique du corps humain, où anatomie considérée dans ses rapports avec la pathologie chirurgicale et la mèdecine opératoireChapitre 131 sur 173 · SOURCILS · texte numérisé non relu

SOURCILS

G:— Nerfs. Outre les filets du facial, qui viennent s’anastomoser avec le sus-orbitaire, et quelques rameaux du nasal interne qui s’anastomosent aveclefrontal, on trouve ici les deux cordons du nerf sus-orbitaire , sortant quelquefois ensemble de l'orbite par le irou qui leur a donné son nom; mais de manière, néanmoins, que la petite branche passe assez souvent aussi entre la poulie cartilagineuse du grand oblique et l’apophyse orbitaire interne. Comme ce nerf paraît être le siége de la névralgie frontale, on à souvent conseillé d’en pratiquer la section, Il convient de le chercher immédiatement à la sortie de l’échancrure. Dans cet endroit, on n’a que la peau, le muscle naso-palpébral, et deux couches de tissu cellulaire peu épaisses à diviser. Pour le trouver, il suffit de suivre avec le bout du doigt l’arcade osseuse. En partant de l’une ou de l’autre apophyse orbitaire, la première dépression qu’on rencontre est celle qui le renferme. Elle est, en général, située à un pouce en dehors et au-dessus du tendon direct du muscle orbiculaire. On doit avoir soin encore de tenir le sourcil fortement élevé; car, en se contractant, son muscle l’entraînerait en bas, et pourrait gêner beaucoup le jeu de l'instrument.

H. —Le squelette de l’arcade sourcilière appartient tout entier à l’os frontal. Sa moitié externe est en général saillante et mince. Aussi divise-t-elle les tissus à la manière d'un instrument tranchant dans les chutes ou les coups portés sur cette région. L’interne, plus arrondie, supportant la tête du sourcil, est d’ailleurs plus ou moins saillante à cause du sinus frontal qui y correspond,

Les causes fracturantes qui portent sur cette arcade la

y. DE LA FACE.

brisent moins souvent elle-même néanmoins que la voûte de l'orbite, qui est beaucoup plus mince. %

$ 2. — Paupières.

Continue en haut avec le sourcil, la paupière supérieure est plus longue, plus large, plus courbe que l’inférieure.

L'expansion aponévrotique du muscle élévateur , le cartilage tarse, les glandes de ! Meïbomius , la conjonctive, entrent comme éléments dans cette paupière dont le bord libre présentent à noter : 1° les cils en avant; 2° en arrière, l’orifice des follicules muqueuses ; 5° à l’union de ses quatre cinquièmes externes avec le cinquième interne, le point lacrymal, puis son conduit ; 4° enfin, entre la conjonctive et la face interne du cartilage tarse, près du bord convexe de ce dernier, l'ouverture des conduits de la glande lacrymale. "

La paupière inférieure, moins étendue transversalement et de haut en basque la précédente, se continue avec l’arcade orbitaire inférieure. Ses parties constituantes sont, comme pour la supérieure, la peau, qui est également fine ; une couche lamelleuse , dans laquelle il se développe quelquefois, en petite quantité, des vésicules graisseuses; la moitié inférieure du ligament palpébral ; rarement un muscle abaisseur ; le cartilage tarse; du tissu cellulaire fin ; la conjonctive. Son bord libre, moins concave que celui de la paupière supérieure, n’en diffère pas autrement

Chaque élément de ces organes est remarquable par quelque particularité qu’il convient d'indiquer.

À. —La peau, extrèmement mince, molle et vasculeuse, devient promptement bleuâtre ou livide dans certaines in-

dispositions. Jamais elle ne se couvre de poils. Ridée en ares de cercle chez le vieillard, elle est, chez tous les sujets, très-lâchement unie au tissu kmineux sousjacent.

C’est en vertu de satexture peu serrée que la couche cutanée des paupières s’allonge quelquefois assez pour permettre aux cils de se renverser en dedans, et de produire des ophthalmies qui ne guérissent que par l’excision d’une portion plus ou moins considérable de la peau ainsi relàchée,. ‘ |

B.—Leur tissu lamineux, me renfermant jamais de graisse , fait.que les paupières paraissent enfoncées chez les sujets qui ont beaucoup d’embonpoint. Sagrande laxité

fait, d’un autre côté, , que les infiltrations y sont fréquentes et faciles, et qu'il s’y forme de larges ecchymoses après l'application des sangsues.

Le tissu cellulaire qui unit le muscle naso-palpébral au ligament des paupières et au cartilage tarse, quoique lamelleux, est cependant plus dense; et ne se prête pasavec la même facilité aux infiltrations. C'est entre ses lames que se développent les tumeurs enkystées ; d’où le conseil de Jes découvrir plutôt par la face interne du voile qui les renferme que par sa face externe. (

C. Muscles. — On ne trouve àla paupière inférieure que les arcades correspondantes de l’orbiculaire, tandis que la paupière supérieure renferme un muscle propre ; d’où la grande mobilité de celle-ci, comparée à l’autre. Les fibresodu muscle commun sont d’autant plus pâles , moins courbes, et forment une couche d’antant moins

épaisse qu’on approche davantage de son bord libre. Leur insertion sera examinée en parlant du grand angle. |

D.-—Le ligament palpébrals attache à la moitié externe des deux arcades orbitaires. Placé entre le muscle orbiculaire et la conjonctive, il semble se continuer avec Lexirémité externe des cartilages larses. Les inflammations sont très-douloureuses en dehors de l'orbite, à cause de la résistance qu’il oppose au gonflement des parties. ll empêche long-temps, par la même raison, les tumeurs qui se forment entre lui et la: conjonctive ow dans la cayité orbitaire de faire saillie à l'extérieur.

E. — Les cartilages tarses sont beaucoup plus minces à leur bord convexe que vers l'ouverture palpébrale. Dans le premier sens, ils tiennent aux ligaments, et, de plus, au muscle élévateur propre dans la paupière supérieure. Dans Je second, ils ne sont enveloppés que par la peau et la membrane muqueuse, auxquelles ils sont unis d’une manière très-serrée ; ce qui fait que les petits phlegmonis qui naissent dans ce lieu sont fort douloureux, et produtsent l’orgeolet. Recouverts par le muscle orbiculaire , ils appuient sur la conjonctive, dont ils ne sont séparés que par les glandes de Meïbomius. Geluï de la paupière supérieure, en rapport avec les conduits de la glande lacrymale, a cinq lignes de haut en bas, et cinq à six transversalement. L'autre a bien également six lignes en travers, mais de haut en bas il n’a qu'environ deux lignes. Leur face postérieure est concave et moulée sur la convexité de l'œil, En somme, ces plaques forment, à proprement parler, le squelette des paupières.

F, {a conjonctive, dense, nnie d’ane mimibre solide

vers le bord libre sur la face interne des paupières, devient ensuite molle et souple, à mesure, qu’elle se rapproche de son point de réflexion sur le globe. Aussi, quand on veut en faire l’excision pour remédier à l’ectropion, vaut-il mieux couper plus loin que trop près de ce bord. La même raison fait que les sangsues appliquées trop près des cils sur la conjonctive causent beaucoup de. douleur et saignent peu, tandis que plus loin elles ne produisent presque aucune souffrance, s’attachent, se remplissent très-vite et déterminent un dégorgement considérable !,

La mollesse et la vascularité de la conjonctive allant en augmentant à mesure qu'elle se rapproche du globe ecu- laire, et le tissu cellulaire qui la double étant aussi d'autant plus thondant et plus souple qu'en se rapproche davantage de la rainure oculo-palpébrale, expliquent pourquoi son boursoufflement aigu amène si promptement d'ectropion ou le renversement des paupières en dehors, tandis que se$ inflammations chroniques pures et simples ne font rien naître de semblable.

G. — Les petites granulations-connues sous le nom de follicules palpébraux ou de glandes de Meïibomius, réunies en lignes parallèles sur des rainures que présente la face éculaire du cartilage tarse, s’ouvrent toutes sur la crête postérieure du bord libre des paupières. Peut-être la con: Jonctive s’insinue-t-elle dans leurs orifices. C’est dans les

Velpeaa, Journal gén. de Méd., étc., juillet 1820. Wenzell, t. 1, De- MOurs, !, 1, p, 254; Crampton, Dublin Rep. v. 5; Gama, Michel, Bulletin de la 50e, d’Ém,, 1825 ; Sanson, Bullet, de Thérapeut., 1834,

ophthälmies dépendantes de leur affection que lespommades dessiccatives de Desault, de Janin, de nitrate d’argent, m’ont surtout donné de bons résultats. Alors l’onguent doit être appliqué en arrière , tout le long du bord de la paupière, et non pas simplement dans l’un des angles.

H.—Les artères sont, en dedans, les deux palpébrales internes fournies par l’opthalmique ; en dehors, les deux palpébrales externes que donne l'artère lacrymale; en haut, quelques ramuscules de la sus-orbitaire; en bas, la sous-orbitaire , qui en fournit aussi quelques-unes , ainsi que la faciale. Les quatre premières forment deux arcades qui ont la même direction que la courbure et sont placées à quatre ou cinq lignes du bord libre des paupières , derrière le muscle naso-palpébral. Gomme elles représentent assez exactement les coronaires. des lèvres, on doit avoir égard à leur position et à leur volume dans les opérations, se souvenir, par exemple, qu'on peut enlever une demilune assez profonde du bord ciliaire, dans les maladies cancéreuses ou autres, sans les blesser ; tandis que si l’on est obligé de renfermer la tumeur dans un triangle de tissu sain, d'en emporter un Ve ces artères seront nécessairement divisées.

I. — Les veines vont presque toutes serendre dans l’ophthalmique. Quelques-unes seulement se jettent dans l’angulaire. Plus grosses que les artères, et communiquant directement avec celles du cerveau, elles expliquent en yartie les douleurs, la rougeur et ‘état pathologique des yeux qu’on remarque assez souvent dans les maladies de l’encéphale. s

J. —Les vaisseaux lymphatiques de Ja portion externe

de la paupière supérieure vont seuls à la région parotidienne. Tous les autres traversent la face et se dirigent audessous de la mâchoire. . :

K. Nerfs. — En dedans, parallèlement à la direction des artères, on trouve les filets palpébraux du nerf nasal. En dehors , les rameaux du lacrymal et quelques filaments du facial; en haut, les deux branches du frontal en fournissent aussi, et la paupière inférieure en reçoil du sous-orbitaire. C’est à cette grande quantité de nerfs que les paupières doivent leur sensibilité exquise, encore augmentée, vers le bord libre, par la texture serrée des tissus. ,

| OE JAAT C existent que jusqu’au point lacrymal, et forment une courbe , dont la concavité regarde les arcades orbitaires, en se portant dans Palaos Piacés sur deux ou trois rangées , ils peuvent 'se dévier, en sortant, de manière à se porter vers l’œil, au lieu de prendre la direction contraire. Leurs racines, entourées de follicules dont les maladies en entraînent souvent la chute, présentent des bulbes qui reçoivent de nombreux filets nerveux fournis par les palpébraux ; et, en général, faciles à suivre jusque dans les ampoules pilifères.

M. — Les paupières se prêtent à de nombreuses applications chirurgicales, La protection qu'elles fournissent à l’œil est tellement essentielle que leur destruction est constamment suivie d” une ophthalmie incurable, d’une fonte de Ja cornée. Les cils eux-mêmes sont assez importants pour que leur perte ait aussi comme conséquence une inflammation chronique perpétuelle dela conjonctive; demanière que,par cela seul, la raison repousse déjà toutes les méthodes qui,

dans l'ectropion ou l’entropion, consistent dans l’enlèvement du bord palpébral. C'est à la direction du muscle élévateur et à son insertion au fond de l'orbite que sont dus les plis en demi-lune de la paupière supérieure , plis qui exigent que les incisions soient toujours faites dans ce sens, à Mons d'indication spéciale; de même que c’est à sa paralysie qu’on doit rapporter Ha chute de Ra PAPE qu'il est chargé de soulever.

Étant plus rapproché de la peau que de la conjonctive, le muscle orbiculaire, contracié spasmodiquement, produit un entropion que M. Key‘ prétend guérir en excisant quelques-unes de sesfibres, mais qu’àl’instar de M. Jacob® on combattrait plus efficacement par l'incision de l’angle palpébral externe.

La grande mollesse des téguments fait que toutes les cicatrices du pourtour de l'orbite tendent à renverser le cartilage tarse en dehors, de même que tout engorgement, toute infiltration , tout relâchement un peu prolongé de là peau ou du tissu cellulaire sous-cutané en produit le renversement en dedans: d’où la nécessité, dans le premier cas, soit d’exciser la conjonclive, soit d’allonger la couche externe de lapaupière par les procédés de la blépharoplastique , soit d'enlever un triangle de toute l'épaisseur de l’organe , dans le but de l'obliger à se redresser en se raccourcissant. La forme lamelleuse, et la souplesse de tous les tissus , font qu’en dehors des cils les inflammations palpé-

— EE ee s nr - D ARETET

1 The Lancet, 1830.

2 Dublin Reports, v. 5.

brales sont le plus souvent érysipélateuses ; OU largement phlegmonneuses. '

La texture serrée du bord libre de chaque paupière produit un effet tout contraire , et les follicules, les glandes, les bulbes de poils qui s’y trouvent en plus : suffisent pour expliquer les nombreuses nuances de maladies qu’on y observe. AU ne

Etant plus large, plus élevée par sa racine , la paupière supérieure ne laisse pas d’être difficile à renverser sur sa - face externe. Aussi sa conjonctive, qui se couyre souvent de granulations fort épaisses, surtout chez les personnes qui n'ont pas l'œil très-saillant, est-elle fréquemment atteinte de phlegmasie chronique sans qu’on s’en doute pen-

dant des mois et quelquefois même des années.

N.— L’angle temporal des paupières permet de sentir, à travers la peau, une dépression assez profonde, limitée, en haut, par l’apophyse orbitaire externe, et en bas, par l'angle frontal de l’os zygomatique. Gomme la commissure palpébrale est en général à deux ou trois lignes en dedans des os, selon qu’elle en est plus loin ou plus près, l’œil parait plus gros ou plus petit , selon que les paupières sont plus ou moins largement fendues. Le bord libre: de ces dernières se touchant vers lesextrémités, mêmequand elles sont entr’ouvertes, contracte aisément des adhérencesconire nature, sion n’a pas soin de les écarter souvent lorsqu'elles deviennent le siége d’excoriations ou d’inflammations. Dans cet angle se trouvent : 1° la peau et le tissu cellulaire lâches, communs aux paupières ; 2° l’extrémité externe des fibres de l’orbiculaire, et le raphé qui résulte de leur croisement; 3° la partie la plus forte du ligament

palpébral; 4° la conjonctive; 5° l'origine des deux artères palpébrales éxternes; 6° la fin du nerf lacrymal; 7° quelques filets du facial; 8° enfin, la suture zÿgomato frontale.

Chez certains: sujets, w vicillards surtout, la peau ‘du petit angle présente beaucoup de plis convergents. À part ces rides, vulgairement appelées pieds d’alouette, les incisions peuvent y être pratiquées dans toutes/les directions sans danger, puisqu’en effet le muscle n’y prend pas de point fixe, et qu'il n'y a ni nerfs ni vaisseaux importants à ménager. Cependant la conjonctive étant assez éloignée du ligament palpébral, fait que les plaies qui pénètrent dans cet espace peuvent devenir dangereuses , à cause de la facilité avéc laquelle l’inflammation et le pus se portent dans l'intérieur de l'orbite. |

$ 5. — Grand angle et voies lacrymales.

Le grand angle, un des points les plus importants de la région orbitaire , en raison de la fréquence des maladies qui s’y maniféstent, et des opérations qu’on y pratique ; réunissant les paupières au nez, est recouvert d’une peau qui participe aux caractères de l’une et de l’autre de ces parties. Beaucoup moins extensible que sur les paupières k elle y est plus mince que sur le nez. Sa finesse fait que les abcès qui se forment derrièré la percent bientôt ,.et que les tumeurs qui la soulèvent deviennent rarement très-grosses avant de la désorganiser. Au-dessous de la peau se voit Ja couche celluleuse ordinaire. Le muscle naso-palpébral vient ensuite. Toi ce muscle mérite une grande attention. Inférieurement, ses fibres 5 ’atiachent s sur la face externe de

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