NUQUE, OU PARTIE POSTÉRIEURE DU COU
La région postérieure du cou, connue aussi sous le nom de nuque, limitée, ‘en haut, par la bosse occipitale, la hgne ceurbe de ce nom et l’apophyse mastoïde ; en bas, par d'épine de la septième vertèbre et les épaules ; sur des côtés, par la région sus-claviculaire , est arrondie en forme de gorge au milieu. En haut , elle «est plus large et déjetée en arrière. En bas, elle ‘st plane et plus large encore. Sa longueur m'est pas la mênre chez les divers sujets. Son volume ne varie pas moins. Ces particularités dépendent, ‘en général, de la saillie plus où moins grande, du plus ou moins d'élévation ou d’abaissementdes épaules, ainsi que du développement des muscles:et des autres parties molles. À l'extérieur, on remarque ane excavation triangulaire que limite sur les côtés la saillie des muscles complexus, et dans laquelle on place ordinairement les cautères. Bornée par l’apophyse épineuse de l’axis, cette fossette correspond à l’intervalle qui sépare l'occipital de l’altas, endroit par lequel on peut aisément blesser la moelle allongée. Une simple rainure, appréciable lorsque la tête est dans l'extension, la continue inférieurement, et permet à ‘pêine de sentir les épines cervicales. Tout-à-fait en bas, on voit l’épine de la septième vertèbre,
. PARTIE POSTÉRIEURE, 503 qui fait une saillie en général assez marquée, d'où le rom de proéminente, et qui reste parfois mobile à la manière d’un os sésamoïde jusque dans l’âge adulte’ au point de pouvoir en imposer pour une fracture.
& 1. — Ici l’épaisseur de la peau est considérable, plus sur la ligne médiane et les saillies musculaires, un peu moins en avant ou sur les côtés. Sa grande résistance explique les douleurs atroces que font naître les tumeurs furonculaires qui s’y développent. Très-élastique, peu extensible, peu vasculaire et presque entièrement constituée par l'élément fibreux, elle doit, au dire de quelques personnes , à la prédominence des solides sur les fluides la rareté de ses affections pustuleuses aiguës ou chroniques; mais cette opinion ne me paraît rien moins que fondée, car les dartres furfuracées, Le porrigo, les clous, etc., s’y manifestent tout aussi souvent qu'ailleurs. Elle est quelquefois ridée en travers, chez le vieillard surtout, et les sujets qui ont beaucoup perdu de leur embonpoint. Si on n’y distingue pas de rides papillaires, on y aperçoit assez souvent des points de figures déterminées, qui correspondent aux aréoles de sa face interne. Les cheveux qui la recouvrent en haut, descendent ordinairement jusque vis-à-vis de l’axis. Le reste de sa surface est glabre. Les follicules sébacés paraissent y être assez peu nombreux. D'autant plus adhérente qu'elle est plus inférieure, elle est assez mobile cependant pour qu'il soit possible d’en former un pli d’une épaisseur consi-
1 Robert, Journ. des Progrès, t, 7; p. 190.
dérable, quand on veut la traverser avec un séton. Sous ce rapport, c'est le milieu de la région qui présente le plus d'avantages. On doit le préférer pour d’autres raisons encore. Le pansement, par exemple, y est plus facile. Il en est de même pour les vésicatoires. En effet, si la plaie se trouve placée au-dessous de ce point, la bande s'applique mal, et tend, quand elle est fixée, à glisser de bas en haut, à se rouler en corde. Si le séton ou le vésicatoire est placé plus haut, les mêmes inconvénients se rencontrent, mais en sens inverse.
Le cautère néanmoins paraît devoir faire exception à cette règle. Les raisons qui portent à le placer de préférence dans la fossette sous-occipitale, doivent l'emporter sur les difficultés du pansement. Tissu cellulaire en grande quantité, forme très-bien disposée, tissu spongieux qui se continue avec la face externe de la dure-mère, tout enfin semble indiquer que, là, un exutoire sera mieux placé qu'ailleurs pour agir efficacement sur l’'encéphale ou ses membranes.
$ 2: — Généralement mince, formée de lamelles et de filaments, dense et adhérente à la peau au point qu’en soulevant celte dernière pour la plisser dans l'opération du séton, par exemple, elle s’y trouve toujours comprise, la couche sous-cutance renferme dans ses lamelles les plus rapprochées du derme, des cellules adipeuses qui peuvent constituer elles-mêmes une lame assez épaisse. Son autre face, plus égale, adhère fortement au ligament cervical, avec lequel il semble qu’elle se confonde. C’est dans
son épaisseur que se forme le pus des inflammations érysipélateuses,
La grande résistance de la peau et son peu d’extensibilité font que les abcès se circonscrivent rarement d’une manière bien déterminée, qu'ils s'étendent promptement dans différents sens à la région postérieure du cou, et qu'on doit donner issue aux fluides morbifiques dès qu’ils y ont été déposés, quoique le plus souvent la fluctuation : y soit difficile à découvrir.
$ 5. Aponévrose, — Nous avons vu, dans la région susclaviculaire, que l’aponévrose cervicale se dédouble en arrivant au bord du trapèze. Ses deux lames se confondent de nouveau sur la ligne médiane, et concourent, en se terminant ainsi, à la formation du ligament cervical, qui est, d’un autre côté, le rendez-vous commun de toutes les lames celluleuses inter-musculaires. Réduit à une simple couche fibro-celluleuse- chez l’homme, ce ligament, étendu de l’occipital à la dernière vertèbre cervicale, réunit les apophyses épineuses à la peau, et sépare tous les muscles du côté gauche de ceux du côté droit. Chez les quadrupèdes qui ont la face pesante ou qui la tiennent habituellement relevée, chez les carnivores surtout, il est extrêmement fort. Sa nature , évidemment la même alors que celle des ligaments jaunes, lui donne une élasticité très-prononcée, et fait que ces animaux ont naturellement la tête retirée en arrière , quand les muscles fléchisseurs sont dans le relâchement. Il était intimement confondu avec la couche sous-cutanée dans une tumeur du volume du poing qui semblait uniquement formée par l’hypertrophie du derme et que présentait un porte-faix au-dessus de la vertèbre proéminente. C’est sur le feuillet superficiel de l’aponévrose que rampent quel-
506 pU COUs
ques filaments nerveux, des brandhes cervicales posté rieures. Mince et fortement unie au muscle trapèze, elle est fixée d’une manière moins intime à la couche sous-cutanée, Aussi rien n'est-il facile comme de plisser, de disséquer la peau de la partie postérieure du cou, en comprenant dans ses replis le tissu cellulaire qui la double, sans blesser l’aponévrose.
S 4. — Très-nombreux, les muscles forment dans cette région divers plans superposés.
A. — Les trapèzes, confondus sur la ligne médiane, au moyen de Jeur aponévrose, qui s’élargit en descendant pour constituer le losange fibreux dont l’épine de la septième vertèbre occupe le centre, présentent un premier plan qui n’est séparé de la peau que par la couche sous-cutanée. :
B. — Les splénius forment une seconde couche, séparée de la précédente par une lame aponévrotique assez forte et par une portion durhomboïde en bas. En se portant à la tête, ils laissent entre eux un écartement triangulaire, dont la pointe correspond au milieu du cou, et dans lequel le trapèze repose immédiatement sur les complexus. G’est dans le haut de cet espace que l'artère oc-
cipitale se dégage pour. gagner la partie postérieure du”
crane. | CG. — Les compleæus, recouverts par le rhomboïde, le petit dentelé supérieur, les splénius et le trapèze, sont sé-
parés par le ligament cervical. Gomposés d’un asséz grand .
nombre de faisceaux, ils croisent très-obliquement la racine des splénius. ; Entre le trapèze et la seconde couche charnue, le tissu
PRE Le:
PARTIE POSTÉRIEURE. 507 cellulaire, filamenteux et très-serré supérieurement, lamelleux au milieu, beaucoup plus lâche en bas, renferme une certaine quantité de cellules adipeuses en dehors, Entre les splénrus et les complexus, ce tissu est peu abondant, si ce n’est à la partie supérieure. Entre les complexus et les muscles qui sont au-dessous , il forme des lamelles, rares dans les deux tiers inférieurs de la région, plus abondantes dans son tiers supérieur, où il existe en grande quantité.
Les muscles qui ne parcourent pastoute la largeur de la
région postérieure ducou peuvent être divisésien deuxséries,
les uns étant situés au-dessus de l’axis, des autres au-dessous. Geux-ci forment une masse qui, remplissant les gouttières cervicales, est composée, en venant des côtés vers la ligne médiane, du sacro-lombaire, du transversaire, du long dorsal et des transversaires épineux, en ün mot du prolongement des différents faisceaux qui entrent dans la composition du muscle sacro-spinal.
D. — Chaque grand droit postérieur de la tête, étendu de l’apophyse épmeuse de la deuxtème vertèbre à la ligne courbe inférieure de l’occipital, en dehors de la crête de
cet os, forme le côté d’un triangle que nous examinerons
“plus bas.
E. — Les petits droits, se portant du tabercule de l’atlas vers les fossettes qui se voient derrière le trou occïpital, sur les côtés de la crête médiane du même nom, recouverts par les précédents , sont immédiatement appliqués sur le ligament occipito-atloïdien.
F.—Les obliques sont disposés de telle sorte , que linférieur se porte de l’épine de l’axis à Tapophyse trans-
verse de l’atlas, et le supérieur, de ce dernier tubercule à l'occipital, entre les deux lignes courbes, près de la terminaison du grand droit.
Dans le triangle qu'ils circonscrivent avec le grand droit, on remarque plusieurs organes importants , tels que l’artère vertébrale, le nerf sous-occipital , ainsi qu’une partie
des ligaments qui unissent les deux premières vertèbres
entre elles et à l’occipital. Cet espace, recouvert par le grand complexus, est rempli par du tissu fibro-celluleux qui adhère très-fortement aux muscles, aux vaisseaux, aux branches nerveuses, etqui se confond surtout avec le périoste et les ligaments.
G.—Les petits muscles placés entre les apophyses épineuses, depuis la seconde verièbre jusqu’à la septième,
remplacés, entre l’atlas et l’axis, entre l’occipital et l’atlas,
par les droits postérieurs, sont doubles, symétriques, et semblent venir à l’appui de l'opinion émise dans la première partie de cet ouvrage, savoir, que le tissu fibreux jaune est susceptible de se convertir en tissu musculaire, suivant le besoin des organes entre lesquels on le trouve. Les inter-transversaires, également doubles, circonscrivent chacun un petit triangle par où sortent les nerfs cervicaux, mais de manière cependant que ces nerfs ne puissent pas être comprimés par les contractions musculaires.
6 5. — Les artères viennent toutes de la partie antérieure du cou.
A. — La branche horizontale de la cerviale transverse se ramifie surtout entre les deux premiers plans musculeux.
B.— La cervicale profonde, sortant de l’espace qui existe
entre les deux dernières vertèbres cervicales, fournit aux faisceaux des gouttières rachidiennes, puis se porte entre eux et le complexus, pour se perdre dans ces derniers.
- C. — La cervicale ascendante ne donne aussi des branches aux mêmes parties que dans la moitié supérieure de Ja région.
D,—L'occipitale est la plus importante. Venant de la carotide externe, elle passe entre l’axis et l’atlas, en dedans du sterno-mastoïdien, puis du splenius de la tête, poar arriver dans la région qui nous occupe. Alors elle monte en serpentant sur la face externe du grand complexus, recouverte par le splénius et par le trapèze, qu’elle traverse bientôt pour se répandre dans la couche sous-cutanée du crâne.
On pourrait la découvrir en incisant la peau, le tissu cellulaire sous-cutané et l’aponévrose, en écartant le trapèze du splénius, depuis la ligne courbé de loccipital jusqu'à deux pouces au-dessous,
On voit, d’après cette disposition, qu’une plaie dans le haut du cou pourrait être suivie d’une hémorrhagie abondante, tandis qu’en bas-aucune artère n’est assez volumineuse pour faire craindre cet accident.
E. — La vertébrale, rénfermée dans le canal des apophyses transverses , à l'abri des violences extérieures jusqu'à l’axis, ne pourrait être atteinte que par des instruments grêles où piquants, poiés soit en travers, soit d'arrière en avant entre deux vertèbres. En sortant de la troisième, elle forme une arcade à convexité postérieure et externe, qui l’expose au contraire à l’action de jous Jes corps vulnérants capables de pénétrer jusqu'au ra-
510 pü Co.
chis. Courbée en avant et en dehors, en traversant l’atlas elle est de nouveau à l'abri des lésions extérieures. En quittant cette vertèbre pour entrer dans le crâne par le grand trou occipital, elle se contourne en arrière du condyle, sur la face postérieure du ligament occipito-atloïdien postérieur, qu’elle perce, ou plutôt qui lui fournit une espèce d’anneau fibreux complété par l'os occipito-basilaire. C’est ici qu’elle forme une convexité très-prononcée, qu’elle est long-temps à découvert dans le triangle indiqué en partant des muscles obliques, et qu’elle serait surtout facile à blesser. Les rameaux qu'elle donne avant d'arriver dans le crâne ont si peu de volume, qu’ils ne peuvent donner lieu à aucune remarque chirurgicale.
$ 6.—Les veines accompagnent en général les artères, et vont se rendre dans la jugulaire interne, Quelquesunes, placées dañs la couche celluleuse, versent le sang dans la jugulaire externe. Les premières reçoivent aussi quelques veines émissaires de Santorini, mais qui sont si peu constantes et si profondes, qu’elles ne fournissent pas d'indication spéciale pour la saignée.
$ 7. — Les vaisseaux lymphatiques du plan sous-cutané sont rares, et vont se rendre aux ganglions cervicaux superficiels. Ceux du plan profond descendent en partie dans le creux de l’aisselle ou sous le muscle sterno-mastoidien. De là, le gonflement sympathique de l’aisselle et de la région sous-hyoïdienne, dans un assez grand nombre de maladies de la partie postérieure de la tête et du cou. J’ai souvent renconiré deux ou trois ganglions sur le splénius, entre le trapèze et le sterno-mastoïdien, recouverts par la