‹ Traité complet d'ophthalmologie [electronic resource] (volume 2)Chapitre 73 sur 147 · VAISSEAUX DU CORPS VITRÉ · texte numérisé non relu

VAISSEAUX DU CORPS VITRÉ

pendue possible par une conservation parfaite de sa transparence ; il ne peut être nullement question de la vascularisation d'un corps vitré désorganisé. Nous ne mentionnons pas non plus les formations de vaisseaux sur des membranes affectant la forme de tente qui, à la suite d'hémorrhagies, s'élèvent de la papille dans le corps vitré (voy. p. 556).

Ce que M. Manz a décrit comme rétinite proliférante, et que nous croyons devoir rapporter à des épanchemenls organisés dans le corps vitré, venus de l'espace intervaginal et de la papille, a, comme je l'avais décrit dans ma Monographie (Graefe-Saemiscb), principalement jlburni l'occasion d'étudier des vaisseaux de nouvelle formation dans le jcorps vitré. Ce sont donc les parties postérieure et centrale du corps vitré qui sont le siège de pareilles désorganisations; les rencontre-t-on sur les côtés, près fie la rétine ? le doute d'une confusion avec un détachement partiel de la rétine reste toujours présent à l'esprit, et cela d'autaiU plus qu'un défaut de transparence parfaite rend l'inspection de l'œil difficult tueuse.

| Au point de vue clinique, il est important de constaler que nous n'assistons pas à la formation de nouveaux vaisseaux dans le corps vitré sans que l'œil ! soit passé pas des processus inflammatoires tumultueux, et sans une profonde désorganisation de ce milieu devenu le siège d'une formation de tissu cellulaire qui l'a en partie incomplètement remplacé.

Une variété assez curieuse de vascularité du corps vitré consiste dans la persistance de Vartère hyaloïde. Celle-ci, comme on le sait, traverse, pendant la vie fœtale, la partie médiane du corps vitré, gagne la fossette hyaloïde et forme, entre le corps vitré et le cristallin, un réseau qui embrasse la cristalloïde postérieure. Des mailles périphériques de ce réseau partent de lins rameaux qui se recourbent sur la cristalloïde antérieure pour se joindre à la membrane capsulo-pupillaire, tandis que il'aulres se portent vers la zonule de Zinn. Ce n'est qu'à la fin de la vie fœtale que ces vaisseaux s'oblitèrent, à partir de la membrane pupillaire, et le dernier qui disparaisse est l'artère hyaloïde. Chez le veau et le poulain, celte artère s'observe même encore un certain temps après la naissance.

M. Meissner (1) est le premier qui, dans ses recherches analomo-pathologiques, ait constaté, sur l'homme, la persistance de l'artère hyaloïde. Après lui, feu H. Millier (2) a décrit avec beaucoup de soin cette disposition chez le bœuf, et il attribue au même phénomène le petit bulbe blanchâtre qu'il avait, à plusieurs reprises, observé chez l'homme, près de l'artère centrale, au point où elle se recourbe sur la réline. Il supposait d'ailleurs, en se basant sur ses recherches anatomo - pathologiques, que l'artère byaloïde persistante deviendrait un jour l'objet d'une description ophthalmoscopique*

(1) Arch. fur Ophthalmologie, t. VII, A. -2, p. 92.

(2) Zeilschrift fur rat. Medicin, p. 1857, p. 5(12.

DE WECKER. — MALADIES DU COUPS VITilÉ.

Quelque temps après, M. Saemisch (1) confirmait cette opinion, en apercevant une artère hyaloïde sur un œil qui, d'ailleurs, ne présentait d'autre particularité qu'un certain degré d'hypermétropie. L'artère en question était représentée par un cordon opaque, entouré d'un second contour faiblement grisâtre, et était tendue entre la papille et le pôle postérieur du cristallin.

A la même époque, M. Zehender(2) relata une observation analogue. Dans ce cas, le cordon était très faiblement tendu et présentait des mouvements ondulatoires (liquéfaction du corps vitré?). L'éclairage oblique montrait manifestement une coloration rouge dans la partie de ce cordon accessible à ce mode d'examen.

Des faits analogues ont été rapportés, plus tard, par MM. Toussaint, Slœr, Mooren , etc. Nous avons publié une observation où l'artère persistante coexistait avec une cataracte luxée, probablement elle-même congénitale. Cette observation rappelle que de Ammon (3) rapportait la formation de certaines cataractes polaires postérieures, congénitales, à l'oblitération prématurée de celte artère si importante pour la nutrition du cristallin pendant la vie fœtale.

Il s'agissait d'un œil droit sur lequel le cristallin cataracte se trouvait luxé en haut et en dehors de façon qu'il était à l'état de contraction de la pupille presque complètement soustrait au regard. Dans la pupille artificiellement dilatée, on observe autour du cristallin des dépôts irréguliers d'une coloration blanche intense, probablement constitués par des masses calcaires. Ces opacités sont adossées à une membrane translucide qui, occupant la majeure partie du champ pupillaire, présente une solution de continuité ovoïde, par laquelle il est très facile d'apercevoir le fond de l'œil avec toute sa netteté. Celui-ci n'offre à l'examen qu'une particularité remarquable, à savoir, un cordon rectiligne qui, partant du point d'émergence des vaisseaux de la papille, se porte directement en avant, <-n haut et en dehors pour se perdre derrière les masses blanchâtres susdécrites. Ce cordon, que nous regardons comme le vestige de l'artère hyaloïde, présente à son origine, au niveau de la papille, environ le calibre de l'artère centrale, mais il augmente d'épaisseur à mesure qu'il approche du cristallin, et, dans le point où on le perd de vue, son diamètre a doublé. L'éclairage latéral ne permet pas de voir au voisinage de celte terminaison la moindre coloration rougeàtre et l'on n'y constate qu'un seul contour. Pendant les mouvements de l'œil, ce cordon ne se déplace en aucune manière et reste fortement tendu. Ce cas a été observé sur une jeune femme de vingt-cinq ans, en traitement pour un larmoiement, et qui, dès son enfance, ne voyait avec cet œil que pour se conduire (Ann. d'Ocul., t. LUI, p. 65).

L'observation rapportée du service de M. Panas prouve (4) que dans un cas analogue, où le cristallin avec organisation antérieure de l'artère hyaloïdienne persistante était resté en place, cette disposition a pu donner lieu

(1) Archiu fur Ophtlialm., t. II, A. 2, p. 65.

(2) Klmische Monalsblàtter, 1863, p. 258.

(3) Klin. Darstellungen, t. III, p. 57.

(i) Persistance de l'artère hyaloïde et de la membrane pupillaire ayant déterminé des altérations intra-oculaires, simulant cliniquement un néoplasme, par G. Vasseaux (Archd'Ophlhalm., 1883).

VAISSEAUX DU COUPS VITliË. 569 à la confusion avec un gliome de la rétine et exposer à enlever un œil absolument inoffensif pour le porteur.

Il est encore intéressant à noter que l'on a vu concorder la persistance partielle de l'artère hyaloïdienne avec la rétinite pigmentaire congénitale (Ulrich).

Rarement on aura occasion, comme dans le cas de M. Unterharnscheidt(l), de voir une artère hyaloïdienne persistante se déchirer à la suite de la distension que subit un œil atteint de myopie progressive, ce qui est bien la • reuve la plus éclatante de l'allongement progressif de l'axe antéro-poslérieur de l'œil en pareil cas. Du reste, le nombre de cas de persistance de l'artère centrale, est déjà si important que nous ne la notons que lorsque sa concordance avec d'autres altérations fixe l'attention, ou que son excessive épaisseur frappe comme dans le cas de M. Eversbusch (2).

Ce qui doit nous intéresser au point de vue clinique, c'est que non seulement le vaisseau central peut disparaître en ne laissant persister, comme nous le verrons tout à l'heure, que le canal qui lui livrait passage, mais qu'il peut, comme dans le cas si curieux de M. Unterharnscheidt, s'opérer une déchirure intra-oculaire d'une artère hyaloïdienne ayant anomalement persisté. De cette manière nous ne rencontrons sur le nouveau-né que les résidus exsangues attachés à la cristalloïde postérieure, où ils simulent une cataracte polaire postérieure, et une sorte d'appendice filamenteux ou en champignon sur la papille qui, lui, peut charrier encore dans son intérieur un filet sanguin.

C'est là le seul cas où dans un corps vitré absolument sain, on peut voir s'agiter au-devant de la papille un appendice vasculaire; toutes les fois que l'on a rencontré des vaisseaux multiples à l'entour de la papille comme dans les observations de de Jaeger et Coccius, ils se trouvaient imbriqués dans des amas de tissu cellulaire ou dans des membranes s'élevant en tente dans l'intérieur de l'œil, et ils devaient leur origine à des épanchements intervaginaux du nerf optique, le plus souvent de nature hémorrhagique. A leur formation, ni la rétine dont les éléments ont été dilacérés ou dissociés, ni le corps vitré qui a été refoulé en avant, n'ont pris une part active.

Qu'on veuille bien se méfier des observations qui relatent la procidence latérale de membranes vascularisées dans l'intérieur de l'œil (Coccius, 0. Becker, de Graefe) et se rappeler combien, même pour les observateurs les mieux doués, la confusion avec un décollement partiel de la rétine est possible lorsque l'exploration de l'œil est rendue difficile à cause d'un trouble de ses milieux, particulièrement du corps vitré lui-même. Que, dans des conditions anormales d'inflammations tumultueuses de l'œil, le corps vitré

(1) KUn. Monatsbl., t. XX, p. 449.

(2) KUn. anal. Beilraege zur Embryologie u. Tératologie des Glaskoerpers (Mitheilungen ans der Koenigl. Universitats-Augenklinik in Munchen, Leipzig, in-8", p. 35).

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puisse revenir sur lui-même, se vasculariser, ou que les produits morbides qui l'ont refoulé en avant et latéralement se vascularisent, rien de surprenant et les examens histologiques ne laissent plus persister à cet égard le moindre doute (voy. Beck (1), Schweigger (2) et Pagenstecher (3)); mais comme l'a aussi démontré, dans ses expériences, 0. C. Weber (A), il faut pour que l'œil se désorganise à ce point qu'il parcoure des phases prolongées d'inflammation.

La part que prend ici directement le corps vitré à la formation des vaisseaux sera toujours difficile à déterminer, car les masses vascularisées, dont les vaisseaux se trouvent en contact direct avec ceux de la réline désorganisée, ont refoulé le plus souvent le corps vitré au point de le faire disparaître parfois presque en totalité.

Lorsqu'autrefois on enlevait encore les staphylômes de la cornée sans suturer la plaie, on pouvait assister à la formation des vaisseaux sur la hernie du corps vitré que laissait passer la plaie. Celui-ci se recouvrait d'une couche de leucocytes qui s'épaississait vers les bords de la plaie, la garnissait peu à peu de bourgeons, provenant de cete couche de plus en plus condensée vers la périphérie. En se servant de l'éclairage oblique et en grossissant au moyen d'une loupe de Bruche, on apercevait bientôt dans ces bourgeons un léger fdet sanguin, le nouveau tissu cellulaire qui se formait et se canalisait (C. 0. Weber (5) répandant peu à peu sur toute la surface du corps vitré mis à jour ses anastomoses multiples.

Nous devons ici faire encore mention de la persistance congénitale, non d'un vaisseau, mais du canal qui pendant la vie intra-utérine a livré passage à l'artère hyaloïdienne.

La persistance du canal de Cloquet a été signalée par M. Flarer (6) et nous (7). M. Manz a donné un dessin (8), grossi, représentant la préparation d'un canal hyaloïdien persistant entouré du canal de Cloquet. Cette préparation a été recueillie, sur une jeune fille de vingt-quatre ans qui pendant la vie ne pouvait être soumise à l'examen ophthalmoscopique à cause d'un leucome très étendu de cet œil ; « un manteau cylindrique et transparent entoure le vaisseau (partant d'un appendice conique de la papille). Cette enveloppe parcourt à peu près la partie centrale du corps vitré et s'insère par un disque à contour net et de forme ovalaire à la capsule postérieure un peu au-dessous de son centre ».

Dans le cas de M. Flarer, on observa simultanément avec le cordon trans-

(1) Zeitschrift fur Ophtalmologie, t. IV, p. 09.

(2) Archivf. Ophthalm., t. II, 2, p. 227.

(3) Ibid., t. III, 2, p. 92.

(-1) Archivf. path. Anatomie, t. XVI, p. 410.

(5) Archiv f. Ophthalm., loc. cit.

(6) Rendiconto clinico, 1870, p. 20.

(7) Traité des maladies du fond de l'œil, 1870, p. 48.

(8) Graefe. Saemisch, t. Il, p. 98.

VAISSEAUX DU COUPS VITRÉ. 571 parent qui traversait le corps vitré une persistance partielle de la membrane pupillaire, tandis que la persistance isolée du canal se trouve relatée dans l'observation suivante :

M. Barbier, âgé de cinquante-cinq ans, employé de commerce, ne fut soumis que par hasard à l'examen ophthalmoscopique lors d'une visite qu'il avait faite à la clinique pour accompagner sa femme. 11 nous avait prié de contrôler ses lunettes. A l'aspect extérieur, les yeux ne montraient rien de particulier , ils sont hypermétropes ('H 2,25) et présentent V = 2/3. A l'ophthalmoscope on voit sur les deux yeux un cordon noirâtre qui traverse le corps vitré et se dirige du pôle postérieur du cristallin vers la papille du nerf optique. Ce cordon a des deux côtés une insertion circulaire à la eristalloïde postérieure, est courbé en S et flotte manifestement pendant les mouvements des yeux. Le corps vitré est parfaitement libre d'opacités et le fond de l'œil tout à fait normal, sauf l'insertion du cordon sus-mentionné. Si l'on examine après dilatation de la pupille et à l'image droite, tout en ayant soin de faire varier son accommodation pour des profondeurs différentes, on reconnaît que le cordon qui traverse le corps vitré possède une épaisseur égale et qu'il offre partout la largeur d'une première branche de l'artère centrale. Pendant cette exploration il se montre parfaitement transparent et muni d'un rontoùr très délicat, mais très distinct. Sa transparence ressort surtout lorsqu'on s'adapte pour les couches postérieures du corps vitré et que le cordon en question se trouve placé devant la section jaune rougeàtre clair du nerf optique. 11 semble alors que le corps vitré est traversé par un tube de verre tordu et très mince. Au contraire si la ligne visuelle de l'observateur concorde d'avantage avec l'axe du cordon et si l'œil s'adapte en même temps pour les couches antérieures du corps vitré, on reçoit l'impression d'un ruban noirâtre aplati. Lorsqu'on s'adapte pour la papille, le cordon qui traverse le corps vitré gagne alors tellement en transparence qu'il faut une accommodation des plus exactes et une observation très attentive pour se convaincre que ce cordon trans- ! parent s'insère des deux côtés près de la branche descendante interne de l'artère centrale, entre elle et le tronc veineux, où il se perd dans une excavation physiologique reflet très éclatant. A l'image renversée et même avec le secours d'un fort grossissement (+ i (+ 9) il ne m'est pas possible, à l'ophthalmoscope fixe, de démontrer d'une façon satisfaisante à mes élèves la connection de ce cordon avec le nerf optique, tellement il était transparent dans ses parties postérieures. Du reste, à l'éclairage oblique on pouvait aussi se convaincre qu'une pareille transparence existait pour les parties antérieures. Pendant cet examen, l'insertion du cordon ne se révélait que par une augmentation du reflet de la capsule postérieure et le cordon ne dénotait sa présence même après dilatation complète de la pupille, que sous forme d'un filet étroit et indistinct, qui ne se montrait que pendant les mouvements de l'œil ; il réflétait la lumière comme la capsule postérieure, mais moins qu'elle et se soustrayait au regard à une courte distance du cristallin.

Depuis la publication de cette observation, j'ai eu occasion de rencontrer deux autres cas : l'un concerne une femme de quarante-cinq ans observée en 1873, mais chez laquelle la présence de nombreuses opacités fines du corps vitré résultant d'une chorio^rélinite spécifique rend l'examen très difficile. A mesure que la malade se guérit (restant dix ans en observation), on put se rendre compte qu'il s'agissait en réalité d'un canal qui traversait le corps vitré, canal qui ne contenait aucun vaisseau. L'autre observation concernant une jeune femme est absolument concordante avec l'observation relatée plus haut.

Les rares observations qu'on a pu recueillir jusqu'à présent (1) montrent

(1) Voy. Bayer (Fr.), Ueber den sichtbaren Cloquet'schen Canal imAnge (Praq. Zeituch. /'. P&., t. IV, 1, p. 19). Trois cas.

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que la persistance du canal se rencontre constamment sur les deux yeux, tandis que jusqu'ici on n'a observé généralement la persistance de l'artère hyaloïde que sur un seul œil (le cas de M. Knipp fait exception).

Jusqu'à présent on n'a pas parlé d'altérations du canal de Stilling qui le rendent visible, à l'exception des épanchements sanguins provenant des gaines du nerf optique et sur lesquels nous aurons à revenir.

ARTICLE V

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