‹ Traité complet d'ophthalmologie [electronic resource] (volume 2)Chapitre 92 sur 147 · PHTHISIE TRANSITOIRE (ESSENTIELLE) DE L'OEIL, OPHTIIALMOMALACIE · texte numérisé non relu

PHTHISIE TRANSITOIRE (ESSENTIELLE) DE L'OEIL, OPHTIIALMOMALACIE

Une rupture d'équilibre entre sécrétion et excrétion oculaires au profit de I l'excrétion suivie d'une diminution notable de la pression intra-oculaire qui ! affecte le caractère d'une phthisie transitoire, est désignée sous le nom d'ophthalmomalacie ou phthisie essentielle. A l'inverse des affections glaucomateuses dans lesquelles la rupture d'équilibre peut s'établir et persister définitivement, elle ne doit être pour l'ophthalmomalacie que transitoire, n'avoir que l'apparence d'une phthisie commençante ; dès que cette rupture s'est établie définitivement au bénéfice de l'écoulement des liquides intra-oculaires et qu'un degré quelque peu accusé de réduction du volume a lieu d'une manière permanente, il ne peut plus être question d'ophthalmomalacie, mais d'une phthisie réelle arrivée à un degré de développement plus ou moins avancé. Les cas qui cadrent le mieux avec le glaucome sont ceux (Vophthalmomalacie intermittente. L'ophthalmomalacie absolue n'existe pas, elle doit forcément montrer son caractère transitoire pour ne pas constituer un degré de phthisie plus ou moins prononcé, mais réel.

Le nom de phthisie essentielle a été choisi par de Graefe (1) d'une manière assez peu heureuse, car nous entendons par phthisie déjà un état définitif et permanent. Avec la phthisie, l'ophthalmomalacie n'a de commun que la faible réduction de volume du globe oculaire que l'on peut difficilement décrire par un seul mot, mais qu'on caractérise évidemment mieux par l'adjectif de transitoire que par la désignation absolument incom- • préhensible d'essentielle. Le mot d'ophthalmomalacie si peu maniable a encore le très grand inconvénient de ne. désigner qu'un degré plus ou moins prononcé de diminution de tension d'hypotonie sans désigner en même temps la diminution de volume qui se produit transitoirement.

Les symptômes caractéristiques de la phthisie transitoire sont le ramollissement considérable de l'œil, son faible rapetissement, la conservation d'un degré de vision dont la différence avec l'état normal s'explique par le changement de forme du globe oculaire et principalement de la courbure de la cornée. Ce n'est qu'accidentellement et sans faire partie intégrante de la symptomatologie de la phthisie transitoire que l'œil est sensible à la lumière, larmoie et que des douleurs péri-orbitaires accompagnent cet état, la confusion de pareils cas avec une hypotonie prononcée telle qu'on la rencontre dans le courant de certaines maladies de la cornée et de l'iris (kératite

(1) Arch. fur Ophthalm., XII, 2, p. 2b6, 1866.

716 DE WECKER. — APPENDICE.

parenehymateuse avec lymphangite) doit être ici soigneusement exclue. Il s'agit d'un état accompagné d'aucun symptôme irritatif inflammatoire et qui aussi ne se développe pas consécutivement à des états inflammatoires.

Dans ces derniers temps la constatation de pareils cas est devenue de plus en plus rare et l'on est à se demander si l'exigence que nous apportons actuellement dans la nosologie ne fera pas disparaître complètement du cadre des maladies oculaires la phthisie transitoire.

Nous en excluons tout d'abord les cas où il est évident que l'hypotonie, ainsi que la réduction passagère du volume du globe oculaire, est due à Y établissement passager à" une fistule cornéenne ou sclérale.

Voici des observations de ce genre : M. Landsberg(J) constate une ophthalmomalacie chez une jeune fille de vingt-trois ans qui quelques mois auparavant avait été traitée pour des ulcères suivis de perforation de l'œil droit avec formation d'un leucome adhérent. Tout d'un coup cet œil se montre sensible à la lumière, larmoie beaucoup, le globe oculaire devient très mou ( — T3)et se rapetisse sensiblement comparativement à l'autre œil. Après six jours la consistance de l'œil est de nouveau normale. Nouvelle attaque après onze jours, troisième après sept jours, et comme on regarde la synéchie antérieure comme cause de celte anomalie de sécrétion on pratique une iridectomie. A qui ne serait pas venue de suite l'idée qu'on aurait dû explorer avec soin le 1 eucome adhérent pour trouver une fistule expliquant par son ouverture et sa fermeture, de la façon la plus rationnelle, les différences de tension que présentait cette maladie, qu'on veut ranger parmi des cas de phthisie essentielle analogues à celui rapporté par de Graefe (2) et qui n'était très probablement non plus autre chose qu'un état fistuleux de l'œil ?

Il s'agit d'un jeune homme qui avait reçu dix ans auparavant un coup de corne de chèvre dans l'angle interne de l'œil gauche. De temps à autre cet œil se ramollit après avoir passé par un paroxysme de douleurs péri-orbitaires. Lorsque cette attaque douloureuse a persisté quelque temps, l'œil se rapetisse de telle façon que la cornée se plisse. L'hypotonie s'accuse au point que la tension représente — T3 et que les muscles droits s'aplatissent. La pression des régions sus- et sous-orbilaires est douloureuse, même spontanément. Après six heures, parfois un ou deux jours, le globe oculaire reprend sa tension. Ces attaques sont, à ce qu'on rapporte, espacées davantage par les injections et instillations de morphine et l'emploi de la quinine. Rien sur l'issue de ce cas. Le malade présentait une cicatrice de 3"' (6mm), partant de la partie intermarginale de la paupière inférieure et qui traversait le cul-de-sac conjonctival jusque sur la surface de la caroncule. Il n'est rien dit d'une adhérence de cette cicatrice avec le globe oculaire, mais il est bien peu probable que pareille déchirure de la caroncule se soit opérée sans rupture scléroticale

(1) Arch.fur Ophthalm., t. XVII, 1, p. 303.

(2) Ibid., t. XII, 2, p. 259.

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