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CATARACTE MOLLE, LIQUIDE

est d'ailleurs d'autant plus prononcé que le nombre des fibres cristatliniennes dont la membrane s'est détruite et dont le contenu s'est émulsionné est lui-même plus considérable.

Cette dégénérescence émulsive, qui débute dans les couches corticales externes, se propageant rapidement, s'étend à la totalité des éléments du cristallin. La capsule renferme, à la suite de cette liquéfaction, un contenu qui présente l'aspect et la consistance du lait ou de l'amidon cuit très dilué. Comme cette membrane ne s'oppose pas aux courants d'endosmose et d'exosmose, il en résulte ordinairement que la consistance de son contenu s'accroît insensiblement par la déperdition d'une partie de l'eau qu'il renferme et la suraddition de nouveaux produits solides qui s'y déposent sous la forme de masses cristallisées ou graisseuses.

La cataracte juvénile peut donner lieu à la formation de diverses formes de cataractes, dont la plus fréquente est la cataracte membraneuse ou aride siliqueuse. Ici l'imbibition d'eau qui a précédé la destruction fibrillaire et l'émulsion s'arrête, une fois son œuvre accomplie dans tout l'espace capsulaire; le cristallin, perdant alors ses masses liquides, se dégonfle et se transforme en une sorte de galette, dont l'épaisseur ne dépasse guère 2 millimètres et ne mesure souvent sur les parties amincies du bord qu'un millimètre. La capsule présente assez fréquemment alors, dans les parties correspondantes à l'ouverture pupillaire, un épaississement et les altérations de la cataracte capsulaire, dont nous aurons à nous occuper ultérieurement.

Le contenu peut non seulement subir une condensation très notable, mais par le dépôt de grandes quantités de sels calcaires se transformer en cataracta calcarîa (gypsea). Surtout lorsque, avec cette condensation du contenu, * avec sa transformation calcaire, il s'est surajouté la production d'une cataracte capsulaire, que la galette que le cristallin dégénéré présente s'est ombiliquée, on constate que ses attaches zonulaires se sont libérées, qu'il présente une mobilité particulière, que la cataracte membraneuse et calcaire i| est devenue en outre trémulante ou natatoire (natatilis). On a aussi assigné à pareilles cataractes menribraneuses le nom de cataracte élastique parce que, attachée seulement par quelques points au corps ciliaire (mais ces parties de la zonule présentent une assez forte résistance), elle se replie comme un feuillet élastique en avant dès qu'on tâche de l'abaisser ou de la dilacérer avec une aiguille.

Cette déperdition progressive de l'eau du cristallin n'est pas absolument la règle, et l'on peut la voir s'arrêter à un certain moment. La cataracte présente alors, dans un certain nombre de cas, un sac aplati rempli d'une émulsion qui présente certaines parties plus denses et donne à cette poche un aspect pointillé dans un milieu d'aspect laiteux. Toutes ces parties se déposent pendant que le sujet se tient debout dans les parties déclives du sac capsulaire, de manière que le segment supérieur du cristallin prend une teinte d'un bleu clair (non jaunâtre, comme pour la cataracte morgagnienne), tandis que le segment inférieur se teinte en blanc crayeux.

Dans ce genre de cataracte à moitié dégonflée, l'épaisseur du cristallin est souvent si sensiblement réduite, qu'en voulant à tort ouvrir pendant l'opération la capsule antérieure avec le cystitome, au lieu de recourir aux pinces-cystitome, on traverse à la fois la capsule postérieure, de façon que le corps vitré fait irruption dans la chambre antérieure et que l'on voit instantanément la pupille prendre une teinte normale, toutes les parties liquides du cristallin ayant été chassées derrière l'iris. Ces cataractes molles à demi dégonflées restent souvent pendant des années sans subir aucun changement et sans que surtout leur capsule présente un épaississement ou des altérations d'aspect sensible. J'ai opéré des malades à trente ans qui faisaient remonter vers dix ou douze ans l'évolution de leur cataracte et chez lesquels le cristallin montrait une liquéfaction absolue avec réduction notable comme quantité et une intégrité en apparence parfaite de la capsule.

Une autre manière de se comporter est représentée par la transformation de la cataracte molle à contenu émulsionné en cataracta bursata ou cystica. Loin de s'aplatir, le cristallin qui tend à se dégager de ses attaches zonulaires prend la forme sphérique. La capsule augmente sensiblement de solidité, oppose au cystitome une résistance notable (dont triomphent facilement les pinces-cystitome) et montre souvent une cataracte capsulaire très circonscrite qui rend le sac capsulaire ombiliqué. Nous avons extrait de pareilles cataractes inattaquables par le cystitome qui se présentaient sous forme d'un pois à parois tendues, d'autres montraient un sac capsulaire peu tendu et plissé sur toute la surface antérieure, les plis étant dirigés vers la partie ombiliquée de la cataracte capsulaire.

Il est facile de comprendre que ce n'est pas sur de pareilles pièces anatomiques, qui ne renferment plus qu'un détritus émulsionné avec des altérations régressives de la cataracte capsulaire ou même une capsule complètement intacte, qu'on pourra étudier les diverses phases par lesquelles le cristallin juvénile est passé pour se cataracter. A défaut d'occasion de disséquer les yeux de jeunes sujets atteints de cataractes, et obligé de se tenir aux déductions de ce qu'on observe pour la cataracte traumatique chez les jeunes sujets, le mode d'évolution spontanée de la cataracte molle et totale sur de jeunes cristallins est encore plongé dans des ténèbres profondes (Otto Becker).

Une seule fois on a eu occasion de pratiquer un examen chez une jeune personne de dix-neuf ans, atteinte de diabète. Comme il y a presque identité d'aspect et de marche dans cette cataracte et celle des jeunes sujets en général, nous donnons un extrait des résultats de l'examen histologique que M. Becker rapporte dans son ouvrage classique.

R. W..., âgée de dix-neuf ans, fille blonde, mal nourrie, à peau sèche, souffrant du diabète. Elle succomba dans le coma diabétique deux jours après qu'on avait pratiqué sur l'œil gauche l'extraction, et sur l'œil droit une iridectomie préparatoire. L'œil iridectomiséfut enlevé vingt-trois heuresaprèsla mort, etaprès avoir séjourné sept ans dans le li-

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