CATARACTE PIERREUSE, OSSEUSE
Telle est, du reste, l'opinion que de Ammon a exprimée touchant leur origine (1).
On peut constater dans un certain nombre de cas, avec la persistance de l'artère hyaloïde et même seulement du canal de Cloquet, une opacité circonscrite de la capsule, analogue à celle que H. MûUer a décrite pour les yeux d'une chèvre. On peut de même observer des malades chez lesquels un simple appendice filiforme s'étend d'une opacité polaire postérieure dans le corps vitré et flotte pendant les mouvements qu'exécute l'œil, ainsi qu'on a rencontré la présence d'un simple renflement verruqueux comme vestige de l'implantation de l'artère hyaloïde près du pôle postérieur du cristallin.
Ces cataractes peuvent se compléter et nécessiter après l'opération une sorte de dépression et d'élimination du champ pupillaire par déviation, comme dans le cas relaté par M. Becker (Graefe-Saemisch, t. V, p. 237), qui fut opéré à la clinique de M. de Arlt, et où l'on put constater ultérieurement l'adhérence de l'opacité à une artère hyaloïdienne persistante.
E. — Cataracte pierreuse, osseuse (Cataracta accreta).
En traitant de la consistance des différentes cataractes et des fluctuations qui s'y observent pendant leur évolution, nous avons déjà mentionné les dépôts calcaires qui, dans un certain nombre de cas, se forment au sein des masses cataractées, et le plus souvent dans les couches cristalliniennes juxtaposées à la capsule. Lorsque les dépôts calcaires s'effectuent dans les éléments mêmes du cristallin, à des époques différentes de leur décomposition cataracteuse, ils y offrent des caractères variables. Ainsi il arrive que, des fibres complètement émulsionnées s'encroùtant de sels calcaires, la masse perde une quantité notable de l'eau qu'elle contient et se transforme en un magma crayeux, de consistance et d'épaisseur variables, et dans lequel il existe une certaine quantité de molécules graisseuses, de cristaux de cholestérine et de margarine, etc. Si, au contraire, le dépôt calcaire s'effectue dans un cristallin dont les fibres n'ont pas subi une altération aussi avancée, celles-ci peuvent conserver la presque intégrité de leur forme, quoique la totalité du cristallin se transforme en une masse pierreuse, résonnant au contact d'un instrument métallique. Il s'agit ici d'une véritable pétrification.
On s'explique facilement de quelles variétés d'aspect la cataracte pierreuse est susceptible, suivant le plus ou moins d'uniformité avec lequel s'est effectuée cette incrustation de carbonates et de phosphates calcaires, et suivant l'époque de l'évolution cataracteuse à laquelle elle est survenue. En général, l'incrustation calcaire du cristallin occupe les couches corticales externes ramollies, de préférence aux couches nucléaires et péri nucléaires
(l) Archiv fur Ophthalm., t. IV, 1, p. 59.
sclérosées, et l'on constate parfois que les masses corticales atteintes de cataracte et incrustées constituent une véritable coque calcaire dans laquelle est contenu le noyau sclérosé et de transparence à peu près normale. On peut avancer que, presque toujours, le dépôt de sels calcaires dans une cataracte coïncide avec une dessiccation prononcée de la masse cristallinienne et avec une réduction de ses diamètres, généralement proportionnelle à la quantité de sels déposés.
Le diagnostic de cette cataracte est rarement difficile, attendu que la présence des produits calcaires s'y révèle par une coloration blanche ou faiblement jaunâtre, d'un éclat tel qu'il n'est guère possible de la confondre avec toute opacité cristallinienne de nature différente. En outre, la grande profondeur que la chambre antérieure présente en pareil cas, et le tremblotement manifeste des parties périphériques de l'iris sont des signes certains que le cristallin a considérablement diminué de volume. A la suite de la réduction de ses diamètres, le cristallin se dégage assez souvent, en partie ou en totalité, de ses attaches, pour flotter en arrière de l'iris tremblotant et parfois jusqu'au point de tomber dans la chambre antérieure. Dans d'autres cas la cataracte, fixée à l'iris par plusieurs adhérences {cataracta accreta), se présente sous la forme d'un disque peu épais, quelquefois pourvu d'une dépression ombilicale qui correspond à la pupille, c'est-à-dire à la région où la condensation des masses cristalliniennes s'est opérée avec le plus d'activité. La luxation du cristallin a parfois préexisté à l'incrustation calcaire de la lentille; mais alors la cataracte n'est jamais ombiliquée, et constitue un corps sphérique dont les différents diamètres sont à peu près égaux. Il en résulte que l'axe antéro-postérieur du cristallin est, de tous, celui qui a le moins diminué.
Lorsque la cataracte pierreuse s'est développée sans changer de position, la réduction de son volume a constamment pour effet de la rendre bien moins fixe que toutes les autres formes de cataracte et de lui permettre des oscillations très sensibles au moment où l'œil se meut. De là le nom de cataracte trémulente sous lequel certains auteurs l'ont désignée. Ces oscillations .sont surtout manifestes lorsque, comme il arrive fréquemment dans ce cas particulier, le corps vitré se trouve fortement liquéfié, liquéfaction qui s'est étendue de la partie antérieure de son enveloppe à la zonule.
Les cataractes calcaires ne s'observent, indépendamment de complications sérieuses du côté des membranes profondes de Tœil, qu'à l'état congénital et chez les jeunes sujets dont la cataracte, primitivement molle ou même liquide, s'est presque résorbée et n'a laissé entre les feuillets de la capsule qu'une couche grumeleuse composée presque exclusivement d'éléments calcaires et graisseux. Dans ce cas, l'observateur est témoin du dernier degré que puisse atteindre la résorption du cristallin, s'effectuant sans lésion de la cristalloïde. Si, au contraire, l'incrustation calcaire du cristallin s'opère simultanément avec la transformation cataracteuse, et si le cristallin, tout en perdant une partie de son eau, conserve encore une certaine épaisseur,