‹ Traité complet d'ophthalmologie (volume 2)Chapitre 113 sur 147 · CATARACTE PIERREUSE, OSSEUSE · texte numérisé non relu

CATARACTE PIERREUSE, OSSEUSE

on peut considérer les dépôts calcaires de quelque étendue comme l'indice irréfutable d'une perturbation très avancée dans la nutrition de l'organe malade.

Ce trouble de nutrition reconnaît généralement pour cause des altérations importantes des membranes profondes de l'œil, et s'explique en partie par l'existence de croûtes exsudatives plus ou moins épaisses qui s'interposent entre la cristalloïde et les parties du tractus uvéal d'où proviennent les liquides dans lesquels le cristallin puise les matériaux de sa réparation ; ces mêmes exsudats occupent parfois une partie du champ pupillaire, s'étendent généralement, en arrière de l'iris, sur les procès ciliaires et peuvent se prolonger jusqu'à la zonule de Zinn. Ce sont donc principalement les formes exsudatives et parenchymateuses chroniques d'irido-choroïdite qui sont les plus aptes à donner naissance à cette variété de cataracte pierreuse. Aussi l'observe-t-on, presque toujours, sur des yeux où les fonctions de la rétine sont complètement abolies, qui sont le siège d'ectasies staphylomateuses, d'atrophie commençante, etc.

FiG. 104.

La cataracte osseuse, variété de cataracte pierreuse, n'a pas encore été suffisamment confirmée par les études anatomo-pathologiques. Rien ne nous éclaire encore sur la nature de la prédisposition en vertu de laquelle certaines cataractes peuvent acquérir une organisation aussi complète et se transformer en véritable tissu osseux. Stellwag de Carion admet comme nous son existence ainsi que Wagner, Lohmeyer et récemment encore Voorchies. M. 0. Becker n'en cite dans ses ouvrages aucun exemple, et il croit à une confusion des cas signalés comme ossification autour du cristallin avec ceux se rapportant à des exsudats ossifiés à l'entour même du cristallin réduit et absorbé. Du reste, si l'on veut, avec une intégrité complète de la capsule, déjà admettre comme impossible la production de tissu cellulaire comme ! dérivant de l'hypergenèse épithéliale, on sera bien forcé d'exclure l'idée d'une ossification du cristallin.

Autrement se présentent les choses lorsque la cristalloïde a été rompue dans sa continuité par un traumatisme : alors le tissu cellulaire peut pulluler

du dehors dans le sac capsulaire. Ce tissu cellulaire peut alors devenir le siège d'une ossification. Ainsi le dessin (fig. 164) de M. Alt présente un pareil cas, où tout le sac capsulaire ratatiné et plissé n'est rempli que par du tissu ossifié. La coupe est tombée sur un endroit où la cristalloïde se trouvait être intacte, mais il est pertinemment indiqué que rirido-choroïdite qui avait entraîné la formation d'une vaste coque osseuse dans l'intérieur de l'œil avait été précédée d'une cataracte traumatique. Ce tissu osseux renfermait même de forts vaisseaux sanguins.

F. — Cataracte traumatique, corps étrangers du cristallin.

Tandis que les dénominations que nous avons attachées, dans les articles précédents, aux différentes espèces de cataracte renferment implicitement un ou plusieurs des caractères anatomiques qui les distinguent; au contraire, le nom de cataracte traumatique appartient à des altérations du cristallin très différentes les unes des autres, et entre lesquelles il n'y a de commun que la cause qui les a produites. En général, on désigne sous ce nom un trouble de transparence du cristallin, consécutif soit à une lésion ou à une commotion violente, soit à une luxation plus ou moins complète de cet organe.

On comprend facilement, après la description donnée plus haut des différentes formes de cataracte, que les caractères et l'aspect des opacités survenues consécutivement à une lésion de la cristalloïde doivent nécessairement varier : 1" suivant l'étendue de la solution de continuité ; 2" suivant l'époque à laquelle elle a eu lieu; 3° suivant les conditions d'âge du sujet, et 4° suivant le degré d'intégrité des autres parties de l'œil, avant et après la blessure.

L'étendue de la plaie capsulaire exerce la plus grande influence sur la nature de la cataracte produite. Ainsi, une simple piqûre ou une étroite , incision de la cristalloïde donne lieu à un petit prolapsus de fibres cristalliniennes qui se troublent rapidement, et qui, jusqu'au moment de leur dissolution, empêchent l'humeur aqueuse de pénétrer librement dans le reste du cristallin, où la présence de ce liquide aurait pour effet certain de déterminer la transformation cataracteuse. Les fibres du cristallin échappées par cette plaie commencent d'abord par leur imbibition à se distendre considérablement en prenant un diamètre double ou triple. Bientôt le contenu des fibres se trouble, et, se transformant en une émulsion, elles se désagrègent complètement (Ritter). Cette évolution lente sera de suite troublée si l'instrument blessant a introduit dans le sac capillaire des éléments infectieux qui y trouvent un lieu de culture des plus favorables. Aussi faut-il attribuer uniquement à cette cause l'apparition de symptômes de cyclite qui suivent une lésion en apparence insignifiante de la capsule antérieure, et non songer au transpercement de part en part du cristallin, avec blessure des mem-

CATAKAGTE TRAUMATIQUE.

branes profondes, comme M. 0. Becker le pense dans son observation (Graefe-Saemisch, t. V., p. 275).

Si la dissolution des parties herniées du cristallin a exigé un temps suffisant pour que les lèvres de la plaie capsulaire aient pu se souder par l'interposition d'une substance vitreuse et amorphe, la guérison se fait sans laisser d'autre trace qu'une modification de la couche de cellules intracapsulaires qui présentera, au niveau de la blessure, une opacité grisâtre. Toutefois, chez les jeunes sujets, où la reproduction de ces éléments est très rapide, les cellules altérées peuvent être remplacées par des éléments de configuration normale, et l'opacité disparaît en même temps.

Il n'en est plus de même quand la réunion des lèvres de la plaie capsulaire exige plus de temps, soit parce que la résorption du flocon cristallinien qui l'obture s'effectue avec une extrême rapidité, comme chez les enfants très jeunes, soit parce que l'étendue de la plaie implique un travail cicatriciel plus prolongé que dans le cas précédent. Alors, à mesure que le flocon opaque se résorbe, l'humeur aqueuse arrive au contact des fibres cristalliniennes voisines de la plaie; celles-ci se gonflent, font hernie et parfois donnent lieu à la rupture de la capsule, lorsque ce gonflement est très rapide et très étendu.

C'est ainsi qu'une incision simple et étroite de la cristalloïde peut avoir pour suite la transformation cataracteuse delà totalité du cristallin, accident d'autant plus à craindre que le sujet est moins avancé en âge. Mais, aux époques moyennes de la vie, une blessure de ce genre guérit ordinairement par la production d'une cicatrice capsulaire, et celle-ci affecte, en général, la forme d'une opacité étoilée ayant pour centre le vestige de la lésion capsulaire, sous forme d'une strie blanchâtre dont le reflet provient de l'incrustation calcaire qui s'y est faite. De pareilles opacités étoilées, allant quelquefois jusqu'aux fibres mêmes du cristallin, sont susceptibles de diminuer d'étendue chez les sujets d'un âge relativement peu élevé et même jusqu'à trente ans; mais à l'âge propice au développement des caractères séniles, on voit, le plus souvent, l'opacité se propager avec lenteur aux parties environnantes, et finalement envahir tout le cristallin.

Il m'a toujours paru surprenant pourquoi la résorption de cataractes traumatiques sans lésions coacomitantes des parties avoisinantes et avec ouverture d'égales dimensions varie tant quant au temps qu'elle prend pour s'effectuer. De même l'opérateur le plus expérimenté est incapable d'énumérer combien de discissions il lui faudra pour obtenir la résorption d'une cataracte zonulaire et combien de temps ce travail demandera. C'est probablement la diversité de pénétration de l'humeur aqueuse dans la substance du cristallin, son action dissociante qui rendent compte pourquoi l'on voit une fois la discission bornée à un espace étroit de la cristalloïde suffire à une dissolution complète et rapide d'une cataracte zonulaire, tandis que la même ouverture, chez un sujet du même âge et en apparence pratiquée sur le même genre de cataracte, ne produit qu'un effet absolument insuffisant en se cicatrisant.

On constate donc que Tétendue de la plaie, le temps qu'elle exige pour se cicatriser et la consistance du cristallin blessé, la naiure et la durée de

l'altération consécutive à une lésion identique, sont sujets à varier notablement. S'il arrive, par exemple, qu'un enfant se blesse la cristalloïde antérieure, de manière à y produire une plaie à lambeaux renversés, tout le cristallin peut se résorber et le champ pupillaire s'offrir à l'observateur avec sa coloration noire normale. Que le même accident survienne vers la vingtcinquième année, on verra le gonflement des masses cristalliniennes, et quelquefois le passage du noyau dans la chambre antérieure déterminer des symptômes glaucomateux. Il s'ensuivra delà une résorption moins complète et des dépôts capsulaires de diverse nature, autrement dit, une cataracte secondaire. Si le sujet dont la cristalloïde est blessée approche de la quarantaine, la résorption sera plus lente encore, puis entravée par la cicatrisation de la solution de continuité capsulaire, et le cristallin, notablement diminué de volume, présentera une altération cataracteuse très analogue à celle qu'on a désignée sous le nom d'aride-siliqueuse. Enfin, dans un âge avancé, une pareille lésion capsulaire donne souvent lieu à une opacité lentement progressive et finalement stationnaire, qui se complique fréquemment d'inflammation de l'iris avec synéchies multiples, et constitue ainsi une cataracte adhérente.

En présence d'une cataracte traumatique, il faut généralement prévoir, du côté de l'iris et des parties antérieures de la choroïde, des complications, qui sont surtout redoutables quand le traumatisme a porté sur un cristallin assez consistant, et principalement lorsqu'il l'a plus ou moins déplacé de sa position. Il est actuellement prouvé que les plus faibles déviations d'un cristallin peuvent entraîner des complications glaucomateuses par obstruction de l'angle iridien.

Un point sur lequel le praticien doit porter tout d'abord l'attention, avant d'établir son pronostic, est l'étendue de la plaie capsulaire. Il doit ensuite tenir judicieusement compte de l'âge du sujet, et aussi des conditions suivant lesquelles doivent s'effectuer le gonflement et la résorption des fibres cristalliniennes. Cela fait, il examinera les conséquences possibles d'une complication glaucomateuse, soit directe, soit indirecte et plus ou moins prolongée. Or, pour se prononcer avec quelque assurance sur ces différentes questions, il est absolument indispensable d'observer avec la plus grande attention les premiers jours qui suivent l'accident.

La cicatrisation d'une plaie de la cristalloïde s'effectue par l'excroissance de la membrane vitreuse formant un bouchon vitreux, soit comme M. Leber Ta expérimentalement établi chez les lapins par une pullulation de l'épithèle capsulaire qui s'organise en cicatrice, en même temps que les parties avoisinantes de la cristalloïde s'épaississent. Ce mode d'occlusion ne peut s'effectuer que lorsqu'il s'agit de petites plaies ; mais, lorsqu'une vaste ouverture a permis aux lambeaux capsulaires de se rétracter par plissement, la plaie reste béante. L'absence d'autres complications du côté du tractusuvéal décidera alors si une résorption non interrompue et progressive aboutira à une guérison, ou si, par suite de l'introduction de germes, des complications

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