CATARACTE TRAUMATIQUE
que possible, l'équilibre de la pression inlra-oculaire, et de combattre son excès dès que cela est nécessaire, soit par des paracentèses, soit par l'évacuation partielle ou totale du cristallin, soit enfin par une extraction combinée à l'excision d'une large portion de l'iris. Ce conseil donné, il y a déjà dix-sept ans, le fut avant qu'on se doutât de l'importance que pouvait exercer la plus faible subluxation du cristallin comme obstruction de l'angle iridien.
Il fut donné avant qu'on songeât à l'action glaucomophile de l'atropine. Combien de fois ne s'acharnait-on pas à insister sur les instillations d'atropine, quoique les malades déclarassent formellement que leurs douleurs étaient ranimées par l'usage du collyre? La simple observation du fait comment guérissent bon nombre de blessures de la cristalloïde, avec absorption du cristallin sans intervention du médecin, aurait dû nous enseigner que la simple expectative était bien indiquée ici. Actuellement nous ne recommandons donc l'atropine que lorsque le tonus de l'œil a plutôt diminué et que ces instillations sont véritablement réclamées par l'apparition de symptômes inflammatoires du côté de l'iris, par la formation de synéchies avec la cristalloïde dilacérée. En outre, nous trouvons un puissant concours pour combattre le principal danger de la cataracte traumatique, c'est-à-dire l'apparition de symptômes glaucomateux dans l'emploi des myotiques, de l'iridectomie et de la sclérotomie.
Il arrive fréquemment que le corps vulnérant, ou une parcelle détachée de sa masse, reste dans le cristallin blessé. C'est ainsi qu'on y a observé, le plus souvent, des paillettes de fer, des éclats de capsules fulminantes (1), de pierre, de bois, de verre, etc. Les renseignements fournis parle malade et l'inspection minutieuse de l'œil blessé, au moyen de l'éclairage oblique, suffisent ordinairement pour démontrer la présence d'un corps étranger.
C'est probablement pour la cataracte traumatique sénile qu'on réservera à l'avenir, l'opération de la cataracte combinée à deux temps. L'iridectomie préalablement exécutée a pour but de combattre ou de prévenir les symptômes glaucomateux, en réservant l'extraction du cristallin à une époque où les symptômes inflammatoires sont tombés, et où la cohésion des masses cor ticales gonflées avec la cristalloïde elle-même, siège d'une pullulation active des cellules épithéliales, n'oppose plus un obstacle sérieux à l'évacuation du cristallin. Donc, en présence d'une cataracte gonflée, incomplète avec exagération sensible de la tension, on pratique l'iridectomie, et on laisse sortir de l'œil ce qui, sans effort, s'échappe de la cataracte spontanément. Lorsque, en dépit de l'excision de l'iris, la cataracte faiblement luxée entretient les symptômes glaucomateux, on n'attend pas, si l'emploi des myotiques ne dissipe pas promptement le danger, mais on procède de suite
(1) Voyez, à ce sujet, l'intéressant mémoire de Sichel père. Considérations pratiques sur Vextraction des corps étrangers, et particulièrement sur celle des morceaux de capsule fulminante qui ont pénétré dans Vintérieur du globe de l'œil (Annales d'oculistique, t. XIII, 1845, p. 192).
à l'extraction du cristallin, après avoir élargi la plaie, et en usant soigneusement de toutes les précautions de Pantisepticisme.
Lorsqu'en dépit de pareille extraction on voit persister le glaucome consécutif, on a alors recours à la sclérotomie, principalement sous forme de cicatrisotomie et de scléro-iritomie, si le traumatisme a donné lieu à des adhérences de l'iris vers la périphérie. La substitution persévérante des myotiques à l'emploi inconsidéré des mydriatiques, pourra ici sauver des yeux que l'on voyait se perdre, en dépit de toute habileté chirurgicale.
Le diagnostic de la présence d'un corps étranger àâns le cristallin n'offrira guère de difficultés, si l'accident est de fraîche date et si les masses cristalliniennes avoisinant la blessure ne sont pas encore opaques. Dans le cas contraire, la présence d'un corps métallique se révèle, au bout d'un certain temps, par la coloration brune ou jaunâtre qu'il communique aux
couches les plus voisines, et souvent à Tiris même. Il est urgent, dans ces cas. de bien s'assurer, par une exploration attentive du champ visuel, que la paillette de fer n'a pas traversé de part en part le cristallin et ne s'est pas logée dans le corps vitré, déterminant, lorsque son extraction n'a pas eu lieu, un décollement de la rétine, ou une désorganisation complète de ce milieu. Enfin, s'il s'agit d'un petit éclat de bois, de verre, etc., dont la présence ait échappé au premier abord, il n'est possible de l'apercevoir directement qu'après la résorption des masses opaques qui l'entourent. Bien exceptionnellement, la capsule se ferme autour d'un corps étranger qui reste dans un cristallin presque totalement transparent, comme cela arrive pour des grains de poudre, ou comme on le voit dans l'observation qui suit :
Un cas curieux de cataracte traumatique a été observé par nous en 1866 (voy. Gaz. des hôp., n° 92). 11 prouve que même la présence d'un corps étranger dans le cristallin n'a pas nécessairement pour cfFct d'entraîner un trouble total de cet organe.
Le nommé L..., âgé de vingt-deux ans, se présente le 11 juin 1865 à la consultation pour une cataracte traumatique de l'œil droit, ayant réduit les fonctions de cet organe à une simple perception quantitative de la lumière. Le malade raconte qu'à l'âge de huit ans, comme il jouait à casser des pierres sur une route, il avait senti un petit
FiG. 166.