‹ Traité complet d'ophthalmologie (volume 2)Chapitre 116 sur 147 · CORPS ÉTRANGERS DU CRISTALLIN · texte numérisé non relu

CORPS ÉTRANGERS DU CRISTALLIN

corps lui frapper l'œil droit avec violence. Aussitôt cet organe était devenu le siège d'une inflammation peu intense et la vue s'était perdue en peu de temps. En examinant l'œil blessé à réclairagc oblique, après une instillation d'atropine, on aperçoit sur la cornée, à 3 millimètres au-dessus du centre, une faible traînée cicatricielle large d'environ 2 millimètres. Le champ pupillaire, modérément dilaté, est le siège d'une opacité d'un blanc très éclatant, striée irrégulièrement, évidemment localisée à la surface postérieure de la capsule, qui est elle-même légèrement plissée. Comme le montre la figure 166, il existe à la partie supérieure de la pupille dilatée et près d'une synéchie située en ce point, un corps ayant la forme d'une pyramide triangulaire, de coloration grisâtre, et d'autant plus facile à reconnaître pour un éclat de pierre, qu'on distingue à sa surface un miroitement caractéristique. Il est aisé de constater que ce petit corps n'est que juxtaposé à l'iris et à la surface du cristallin ou, du moins, ne s'enfonce pas sensiblement dans son épaisseur. On procède, séance tenante, à l'extraction de ce corps étranger. Une section linéaire est pratiquée vers le bord supéro-externe de la cornée; on saisit l'éclat de pierre entre les branches d'une pince à iridectoinie et, du premier coup, on l'attire au dehors. Cette manœuvre devait nécessairement déterminer un prolapsus de l'iris; c'est ce qui arriva, et l'on excise aussitôt la portion herniée. Cette iridectomie était d'autant plus légitime qu'on se proposait de profiter de la pupille artificielle ainsi

FiG. 167.

ouverte pour attaquer ultérieurement la cataracte. L'examen du corps étranger montra que c'était un petit éclat de basalte, large de 2 millimètres dans presque tous les sens. La guérison s'effectua avec beaucoup de rapidité, et, le lendemain de l'opération, le malade comptait les doigts à deux pieds de distance. Nous nous expliquons de la manière suivante l'amélioration si rapidement apportée, par cette seule opération, à l'état de la vue.

Comme le montre la figure 167, l'opacité sous-capsulaire (S) était limitée aux parties centrales du cristallin ; elle se trouvait bordée, dans la nouvelle pupille, par un étroit anneau (0) de substance opaque au delà duquel le cristallin (C) avait conservé toute sa transparence. Le bord du cristallin même présentait, à l'éclairage oblique, un reflet brillant particulier (R), et cette zone transparente permit d'explorer, avec quelque difficulté il est vrai, le fond de l'œil, qui était normal. Le reflet plus haut signalé était produit par un léger plissement de la capsule, et cette disposition jointe à l'écartement exagéré (N) qui séparait le bord cristallinien des parois ciliaires, me fit supposer que le cristallin avait subi une certaine réduction de volume. Le malade fut plus tard soumis à une discission qui amena un très bon résultat.

J'ai extrait, au mois de juin 1885, un fragment de pierre long de 7 millimètres et large de 2 millimètres, qui était resté renfermé dans le sac capsulaire pendant vingtdeux ans. L'extraction ne fut suivie d'aucun symptôme irritalif et ne fut pratiquée qu'à cause du frottement pénible que la saillie de ce corps étranger avait fini par occasionner l'œil même était perdu pour la vision depuis la pénétration du corps étranger.

L'observation suivante prouve combien il est important, pour le pronostic, que le médecin sache avec certitude si le corps étranger qui a manifestement pénétré dans l'œil est resté fixé dans le cristallin, ou s'il a dépassé cet organe pour se loger plus profondément. En général, il devient alors inaccessible, à moins de faire des explorations du corps vitré avec un électro-aimant, derrière un cristallin déjà opaque, parcourant avec l'aimant le corps vitré, lorsqu'on est certain qu'il s'agit d'un fragment de fer et que la douleur que ressentie malade, en appliquant l'aimant contre l'œil, confirme cette supposition. Ces opérations, actuellement très à la mode en Allemagne, perdront beaucoup de leur vogue, comme les extractions de cysticerques, lorsqu'on aura reconnu que la sclérotique ne supporte absolument pas des incisions d'une certaine étendue, incisions qui entraînent presque toujours, par suite de leur cicatrisation avec le corps vitré, un décollement de la rétine dans un délai plus ou moins éloigné. Il y aura bien plus de chances de sauver en pareil cas définitivement et non provisoirement un œil, en élargissant la plaie cor-néenne, en évacuant le cristallin, et en faisant agir à travers la fossette hyaloïde fendue l'électro-aimant. C'est ainsi que nous avons extrait récemment un fragment d'acier, long de 14 millimètres^ large et épais de 2 millimètres.

Malheureusement pareilles opérations ne peuvent s'exécuter sur des yeux ayant été atteints de fragments de capsule comme dans l'observation qui suit.

Une jeune femme entre dans une cour où des enfants s'amusent à faire éclater des capsules ; un petit éclat de cuivre lui saute dans l'œil droit et y détermine aussitôt un léger trouble de la vue et une faible irritation. Elle se présente le lendemain à notre clinique, où nous constatons une petite blessure de la cornée, près de son bord inférieur et interne. En arrière de cette lésion, existe une déchirure triangulaire de l'iris, étendue d'un millimètre environ, et très voisine du bord ciliaire. Après avoir dilaté la pupille, nous portons toute notre attention sur l'état du cristallin, pour tâcher de reconnaître s'il contient ou non le corps étranger. Nous y constatons, près de la circonférence et un peu au-dessus de la déchirure de l'iris, une opacité circonscrite le traversant de part en part, autant du moins que permettait d'en juger l'examen d'une partie aussi périphérique. Dans ce cas, il aurait été assurément fort difficile de déclarer, après l'inspection du cristallin, si le corps étranger y séjournait encore; mais un décollement très circonscrit de la partie interne et inférieure de la rétine démontrait péremptoirement que le corps vulnérant avait pénétré dans la profondeur de l'œil. Le pronostic fut, pour cette raison, posé très grave. Un an plus tard, nous revîmes la malade, qui avait en vain cherché du secours chez plusieurs de nos confrères ; la rétine s'était presque complètement décollée; l'opacité du cristallin n'occupait guère que le quart inférieur et interne de la lentille; mais elle tendait manifestement à se propager encore; l'œil, ramolli, commençait à se réduire dans ses diamètres ; mais, comme la malade n'accusait ni douleurs, ni irritation sympathique de l'œil sain, nous nous en tînmes à l'expectative.

On rencontre parfois dans des cristallins qu'on croit atteints de cataracte spontanée, un corps étranger, et, lorsqu'on a pratiqué l'extraction, une petite perforation de l'iris nous indique le passage de ce corps étranger. Toute attention, donc, doit être portée sur l'intégrité de l'iris, lorsqu'on explore une cataracte unilatérale qu'on soupçonne pouvoir résulter d'un traumatisme. J'ai vu des cas où le trou iridien coïncidait avec une blessure de la cornée qui se dissimulait absolument dans le limbe conjonctival. La cicatrisation de la cristalloïde antérieure se forme d'autant plus aisément

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