‹ Traité complet d'ophthalmologie (volume 2)Chapitre 118 sur 147 · CATARACTE CONGÉNITALE COMPLÈTE · texte numérisé non relu

CATARACTE CONGÉNITALE COMPLÈTE

a. La cataracte juvénile liquide et molle se présente sous forme d'une vésicule de la grandeur du cristallin, correspondant à l'âge de l'individu, et remplie d'une émulsion cristalline allant d'une densité laiteuse à celle de l'amidon très dilué. Cette cataracte est ordinairement double. Anatomiquement, on retrouve les mêmes altérations que dans les cataractes molles non congénitales : pas de couche épithéliale morbide sur la cristalloïde postérieure, agglomération en plusieurs couches de cellules épithéliales sous la cristalloïde antérieure, facilitant la formation de cataractes capsulaires, lorsqu'on laisse longtemps ces cataractes non opérées. Une exploration attentive de la coloration et du dessin de ces cataractes est absolument nécessaire pour ne pas les confondre avec la forme suivante de cataracte nucléolaire. La cataracte molle, lorsque le contenu n'est pas devenu liquide (lactée), présente même chez les jeunes enfants un dessin qui rappelle la déhiscence cristallinienne et reproduit vers le centre une indication de l'étoile triangulaire.

Lorsque le contenu se trouve absolument fluide, on reconnaît, surtout quand le sujet se tient debout pendant l'examen, une accentuation sensible de coloration vers les parties inférieures et équatoriales (GraefeSaemischy t.V, p. 217).

L'observation de M. 0. Becker, où une cataracte zonulaire observée chez un enfant de quatorze mois présenta onze semaines plus tard une fluidité absolue des masses corticales antérieurement transparentes, dans lesquelles le noyau entouré de la zone opaque nageait avec sa surface antérieure devenue supérieure, est chose absolument exceptionnelle, car les cataractes molles et liquéfiées juvéniles ont juste comme caractère particulier l'absence I de toute partie centrale plus résistante que les régions équatoriales. C'est à se demander si l'on n'avait pas eu plutôt affaire à une des formes de cataracte avec noyau qu'on rencontre exceptionnellement chez les enfants, et qui est :

b. La cataracte nucléolaire congénitale. —L'attention des cliniciens fut appelée surtout par M. Alfred Graefe (1) et plus tard par M. Just (2) sur cette forme que d'autres praticiens avaient aussi observée (Mooren, Panas, l'auteur), et avec lesquelles on a fait une connaissance généralement assez fâcheuse en les prenant pour des cataractes molles pouvant être avantageusement attaquées par la discission. L'aiguille, qui pénètre déjà difficilement à travers la capsule de pareille cataracte, s'implante alors dans le noyau résistant, et si une subluxation avec ses conséquences fâcheuses n'est pas survenue, on reconnaît au moins promptement l'inefficacité du procédé opéra-

I toire employé, et même répété à plusieurs reprises. L'extraction à laquelle

j (1) Ueher congenitalen harten Kernstaar {Bersicht der Heidelh. oplh. Gesellschaft., 1879, I p. 25).

(2) Kernstaare im Kindesalter Cenlralb. f. Augenheilkunde, janv. 1880).

on est alors forcé de recourir démontre qu'il s'agit d'une cataracte correspondant comme consistance à un sujet de cinquante ans révolus.

Cette cataracte dont le volume est équivalent à celui d'une lentille, correspondant à l'âge du sujet (à moins d'avoir un diamètre antéro-postérieur moins fort), présente une consistance cireuse s'accusant surtout vers son centre qui est composé d'une masse particulièrement sèche. La totalité du cristallin est d'une coloration uniforme, gris blanchâtre, et lorsqu'on dilate la pupille on voit cette couleur se dégrader vers l'équateur et prendre son maximum d'intensité vers les parties centrales les plus épaisses du cristallin. C'est cette déperdition de couleur sur un cristallin, ne montrant aucun dessin se rapportant à sa structure anatomique, aucune figure indiquant une altération capsulaire, qui permet de poser le diagnostic. Lorsque les parents affirment généralement que cette forme de cataracte ne s'est développée qu'après la naissance, le germe en a été pourtant déposé dans la vie utérine; du reste, nous avons opéré sur de tout jeunes enfants pareilles cataractes, ces enfants n'ayant que quelques semaines; de même M. Just relate sept extractions pratiquées sur quatre enfants de sept à quinze mois.

D'après M. 0. Becker, l'évolution de ces cataractes serait due tout d'abord à la formation d'une cataracte capsulaire avec adhérence du cristallin et réunion à la capsule. Le cristallin, au lieu de se résorber, s'imbiberait d'une substance coagulable et présenterait alors cette masse homogène et cireuse. Ce qui est certain, c'est que ce genre de cataracte, ainsi que le fait aussi observer M. Alfred Graefe, ne montre ordinairement (4) rien des changements habituels de la cataracte capsulaire. A l'incision la capsule, il est vrai, offre plus de résistance ; mais la couche sous-capsulaire ne fait voir aucun épaississement par plaques, aucun dessin particulier, et ces cataractes restent stationnaires sans montrer des phases régressives de dessèchement plus notable; elles ne se transforment jamais dans la troisième variété.

c. Cataracte aridi-siligueuse congénitale. — La liquéfaction après ramollissement du cristallin peut déjà s'opérer pendant la vie intra-utérine et après résorption des parties liquides; l'enfant naîtra avec un cristallin réduit aux feuillets de la cristalloïde ne renfermant que quelques débris et résidus du cristallin absorbé. Lorsque la liquéfaction atteint un cristallin infantile, il l'atteint dans sa totalité; il ne se borne pas, comme chez les vieillards, aux couches corticales. Les observations de cataractes morgagniennes chez les enfants (Janin, Arlt) nous paraissent d'autant moins compréhensibles que l'on ne peut chez de tout jeunes enfants établir aucune différence entre les masses corticales et le noyau ; il ne pourrait donc être question ici que d'une liquéfaction allant progressivement de la surface vers

(1) J'ai une seule fois chez un petit garçon de Caracas (Venezuela) enlevé de larges plaques capsulaires, avant de pratiquer l'extraction des noyaux cireux, très volumineux. Cet enfant âgé de cinq ans serait, suivant le dire des parents, venu au monde atteint de cataracte teintée en blanc vers la partie centrale de la pupille.

Page 1