‹ Traité complet d'ophthalmologie (volume 2)Chapitre 120 sur 147 · FRÉQUENCE DE LA CATARACTE · texte numérisé non relu

FRÉQUENCE DE LA CATARACTE

diagnostic l'exploration des reflets capsulaires antérieurs est donc indispensable, afin de se convaincre que l'on a affaire à une véritable procidence anormale de la surface cristallinienne à travers le champ pupillairo.

On ne devrait pas non plus ranger dans le lenticone des changements de courbure de la surface postérieure du cristallin coïncidant avec la persistance plus ou moins complète de l'artère hyaloïde et la formation d'une cataracte polaire postérieure. Dans le cas de M. Webster il est fait justement mention d'un trouble ponctué d'une petite cataracte polaire postérieure du cristallin. M. Otto Becker décrit dans son ouvrage (p. 125) l'œil d'un lapin dont la surface postérieure présentait, en présence d'une artère hyaloïde persistante, une procidence conique, qui sous la cristalloïde intacte proéminait dans le corps vitré et y reconnaît un arrêt, de développement et un manque de jonction des fibres. Sera-t-il permis de conclure de ce fait à ce qui a été observé chez l'homme?

3° Il a déjà été question des déplacements congénitaux (p. 813) du cristallin, qu'on a si improprement désignés comme ectopies. Cette anomalie doit aussi se rattacher comme le coloboma cristallinien à un arrêt dans le développement de la zonule, et se rencontrer dans le cas où le cercle choroïdien montre un manque congénital. 11 est bien connu que sans coloboma iridien nous pouvons avoir des colobomas centraux, situés à une assez grande distance du nerf optique. Il est probable que le coloboma peut même se développer dans une région antérieure de la choroïde et coïncider avec un coloboma du corps vitré et de la zonule. Il est de fait que presque toujours Tectopie cristallinienne coïncide avec un déplacement congénital de la pupille, une corectopie. L'anomalie congénitale du corps vitré me paraît aussi expliquer, jusqu'à un certain point, pourquoi l'ectopie cristallinienne se transforme si aisément en une véritable luxation de la lentille. L'examen histologique d'une ectopie cristallinienne n'a pas encore été fait ; elle se présente i presque toujours en haut et latéralement. Jusqu'à présent on n'a non plus connu une luxation congénitale du cristallin dans le corps vitré, ni une aphakie congénitale, outre celle qui concorde avec un certain degré de buphthalmie, résultant d'une destruction intra-utérine de la cornée avec sortie du cristallin.

ARTICLE V

FRÉQUENCE DE LA CATARACTE EN GÉNÉRAL ET DES INFI^UENCES PROFES- SIONNELLES QUI PRÉDISPOSENT A LA PRODUCTION DE LA CATARACTE

j Nous avons longuement insisté, dans l'article qui a pour objet l'étiologie

I de la cataracte, sur la diversité des causes générales et locales sous l'in-

I fluence desquelles peut se développer un trouble de transparence du cris-

I tallin. Il nous reste pourtant à examiner s'il n'existe pas des conditions

I professionnelles hygiéniques et climatériques qui constituent des causes pré-

î DE WECKER ET LANDOLT. II. — 58

m DE WECKEK. — MALADIES DU CRISTALLIN.

disposantes de cette altération cristallinienne. On a autrefois admis que, parmi les personnes atteintes de cataracte , on comptait beaucoup plus d'hommes que de femmes, et ceci aurait été d'autant plus surprenant que, la durée moyenne de la vie étant à peu près aussi longue pour ce sexe que pour le nôtre, il devrait présenter un aussi grand nombre d'altérations séniles du cristallin. Nos statistiques prouvent que le nombre des femmes cataractées est plus considérable, à part la cataracte traumatique à laquelle les professions qu'ils exercent exposent beaucoup plus les hommes. Certaines professions viriles, et les conditions défavorables où sont placés ceux qui les remplissent, doivent exercer quelque influence sur la production de la cataracte. A ce sujet, nous dirons, comme l'a fait Wenzel (1), que «les personnes qui sont exposées à un feu vif, comme les forgerons, les serruriers, les verriers et autres ouvriers de ce genre », sont plus sujettes à la cataracte que les autres. De tout temps, on s'est accordé à accuser ces différents métiers d'exercer sur le cristallin une action nuisible, soit par la réverbération d'une lumière très intense, soit par l'action directe du foyer calorifique sur le globe de l'œil. Mais Furnari (2) objecte à cette croyance que, si elle était fondée, dans les pays chauds (en Algérie, par exemple) la cataracte devrait être très fréquente, ce qu'il nie pour sa part.

Nous sommes, quant à nous, loin d'attribuer les inconvénients qu'on rat tache communément à l'exercice des professions susdites, au séjour dans un climat torride, ou à l'action prolongée d'une lumière vive et d'une chaleur royonnante intense. Ce qui nous paraît favoris&r, dans ces circonstances, le développement de la cataracte, ce sont bien plutôtles abondantes dépei ditions d'eau qui se font par la peau, sous l'intluence prolongée d'une haute température et d'un violent exercice musculaire. C'est ainsi que la cataracte s'observe si souvent dans les régions intertropicalea, chez les personnes surmenées, au milieu même de la saison la plus chaude. A l'appui de cette opinion, nous citerons la fréquence relative de la cataracte chez les habitants de la campagne, où cette particularité ne paraît pas se rattacher uniquement à l'insuffisance de l'alimentation. D'ailleurs, parmi ces derniers, les vignerons, que le travail au soleil et sur un sol échauffé expose à des transpirations prolongées, sont peut-être ceux qui sont le plus souvent atteints. Il est à regretter que nous ne trouvions actuellement aucune indication statistique sur cette matière dans la littérature médicale des pays équatoriaux, et que nous soyons réduits à nous en tenir là-dessus à des indications aussi peu précises (3).

(1) Trailédela cataracte. Paris, 1806, p. 5.

(2) De la prétendue influence des climats sur la production de la cataracte ou de tin^ nocuité de la réverbération directe de la lumière sur les milieux réfringents de l'œil {Annales d'oculistique, t. XIII, 1845, p. 158).

(3) Ainsi, le docteur Sigaut, médecin de l'empereur du Brésil, publiait, en 1845, leslignes suivantes : n La fréquence de la cataracte sous l'influence d'une lumière trop abondamment répandue dans l'atmosphère n"a rien qui doive étonner dans les latitudes équatorialcs. » {Annal, d'oculist., t. XllI, p. 167.)

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