ABAISSEMENT DU CRISTALLIN
Nous avons le premier pris la résolution de ranger l'abaissement du cristallin dans la partie historique de l'opération de la cataracte, et cela à une époque où ii existait encore quelques chirurgiens qui usaient de ce moyen irrationnel. Leur chiffre s'est peu à peu réduit au point qu'une simple mention du procédé suffira à l'avenir.
La pensée de chasser du champ pupillaire une cataracte dure, en l'immergeant dans un milieu tel que le corps vitré, où, loin de se dissoudre, elle peut agir à la manière des corps étrangers, est démontrée actuellement si peu rationnelle (1), que nous hésiterions à décrire cette méthode de traitement, si, en dépit des ; fâcheux résultats qu'elle a si souvent donnés, elle n'avait cependant rendu la vue dans un certain nombre de cas. Voici pourquoi nous donnons ici un court exposé de ce procédé.
Les méthodes de discission et d'extraction ont été si ingénieusement modifiées, que nous ne croyons pas qu'une seule considération de quelque valeur puisse aujourd'hui déterminer un chirurgien consciencieux et au courant de la science à pratiquer l'abaissement même comme méthode exceptionnelle.
Si les tristes conséquences de Vabaissement ne tardaient pas plus à apparaître que les accidents consécutifs à l'extraction, il est certain que cette méthode serait depuis longtemps déjà jugée et complètement délaissée. Mais, malheureusement, l'inflammation des membranes profondes ne se déclarant, en général, qu'après le traitement, il est facile de persuader au patient qu'elle est indépendante de l'opération. Que l'on interroge les opérés par abaissement, quelques années après l'application de cette vicieuse méthode, la moitié d'entre eux déclareront avoir, de nouveau, perdu l'usage de la vue.
L'abaissement peut s'exécuter de trois manières différentes : la méthode la plus ancienne consiste à traverser la sclérotique avec une aiguille, à porter cette dernière sur le bord supérieur de la cataracte, et à l'abaisser de telle sorte que son plan antérieur corresponde environ aux procès ciliaires. Dans un autre procédé indiqué par Willburg (1785\ on renverse le cristallin en appliquant l'aiguille à plat sur sa surface antérieure. Le bord supérieur du cristallin devient alors postérieur; sa surface antérieure, supérieure, et son bord inférieur, antérieur.
En 1803, Scarpa modifia cette méthode en déplaçant en bas et en dehors la cataracte renversée, de manière à lui faire occuper l'espace compris entre les muscles droit externe et droit inférieur, sa surface antérieure étant dirigée en dedans et en haut.
L'abaissement n'est praticable qu'à la condition que la cataracte présente une résistance suffisante pour que la majeure partie des masses corticales restant adhérente au noyau puisse obéir au mouvement que lui imprime l'aiguille. S'il n'en était pas ainsi, on pratiquerait, contre son gré, le broiement de la cataracte, méthode justement délaissée.
Il est rare que le cristallin ait atteint une densité assez élevée pour que l'on puisse enfoncer dans le corps vitré la presque totalité de cet organe. On n'y réussit que quand la cataracte a dépassé depuis longtemps l'époque de sa maturité et quand les masses corticales ont subi dans leur ensemble une transformation régressive complète.
Les instruments nécessaires à l'exécution de l'abaissement sont : 1" une pince à fixation ; 2° une aiguille faiblement courbée sur le plat, de 1 millimètre de largeur, et mesurant, entre la pointe et le collet, de 3 à A millimètres.
Le malade, ayant la pupille dilatée, s'assied devant l'opérateur, qui, après avoir fait écarter les paupières, saisit avec des pinces un pli de la conjonctive, près du bord interne de la cornée. Il enfonce ensuite l'aiguille, tournée en haut par sa convexité, dans la sclérotique, à -4 millimètres du bord cornéen et à 2 millimètres au-dessous du diamètre horizontal de l'œil. Au moment où l'instrument pénètre, il doit occuper une
(1) Il n'est pas moins vrai que c'est l'abaissement qui représente la guérison spontanée de la cataracte, mais ici la cataracte glisse entre choroïde et corps vitré, préalablement décollé, elle ne plonge pas dans ce milieu même.