WALDEYER. — ANATOMIE MICROSCOPIQUE
des cellules ramifiées, et ils ajoutent qu'en humectant constamment avec du sérum frais du sang- on arrive à activer et à accélérer ce faible mouvement.
Rollett, se servant de la secousse de quelques courants d'induction violents, rapidement interrompus, constata que des cornées qui avaient paru parfaitement homogènes ou dans lesquelles il n'existait que de faibles traces de corpuscules étoilés, montrèrent instantanément des espaces nettement délimités et étoilés garnis de nombreux canaUcules clairs. Dans ces espaces se voyaient alors des corpuscules protoplasmatiques à noyaux avec de rares émanations très ténues et courtes. Rollett interprète ces phénomènes en ce sens que les secousses d'induction auraient contracté le protoplasma des cellules qui, à l'état de repos, comblerait sur des cornées fraîches le système canaliculaire en entier, et que cette action ferait ainsi apparaître les espaces et canalicules partiellement vides. Il s'appuie sur cette expérience comme la meilleure preuve de l'existence du système canaliculaire de de Recklinghausen et du remplissage en totalité de ce système par de la masse protoplasmatique.
J'ai opposé à toutes ces descriptions concernant la contractilité des cellules cornéeiincs, à l'exception des données de de Recklinghausen, cette considération que, comme je l'ai dit plus haut, les cellules ne remplissent amais sur des cornées fraîches, et à l'état de repos en entier, les espaces et canalicules, et qu'un réseau protoplasmatique complet , dans le sens de Kùhne, Rollett et Engelinann, n'existe pas. Sur des cornées absolument fraîches de la grenouille, si l'on a réussi à se procurer une préparation réellement bonne, on ne reçoit du premier coup, au moment où apparaissent les cellules, jamais d'autres images que celles que Rollet (250) a dessinées (voy. sa figure 385), et le plus souvent les cellules montrent encore des embranchements et des émanations qui se rendent dans les canalicules en bien plus grand nombre que ses dessins ne l'indiquent. Par conséquent, il n'est besoin d'aucun appareil d'irritation pour obtenir ces images.
En me basant sur les communications de Rollett, je ne saurais me prononcer s'il admet que ces corpuscules protoplasmatiques qui, selon lui, se trouveraient dans un état actif de contractilité, et apparaissent ainsi dans le système d'espaces canaliculaires, seraient encore capables de montrer d'autres changements de forme. Ce n'est que dans ce cas que ma manière d'envisager les cellules cornéennes et les rapports qu'elles affectent avec les espaces canaliculaires, me permettrait de regarder leur pouvoir contractile comme démontré; mais je ne trouve (250) que cette courte remarque : « après un repos d'une certaine durée, l'image due à l'irritation de la préparation se dissipe peu à peu pour réapparaître si on la soumet à une nouvelle irritation. »
Pour ce qui concerne cette question, je puis citer plusieurs observations positives. Ainsi, si l'on a obtenu sur des cornées de grenouilles l'apparition des cellules et espaces, ainsi que le rend le dessin fig. 9, on aperçoit, en tétanisant ou en chauffant rapidement la préparation, distinctement des changements très lents, mais apparents, que subit la forme des cellules
contenues dans les espaces. Des parties auparavant grêles se gonflent, d'autres au contraire se rapetissent, de courts prolongements rentrent tandis que d'autres sortent. Les cellules changent par là de place, se meuvent sur de très petites étendues dans les espaces lymphatiques.
Enfin, si je touche ici la cinquième question, concernant les rapports des cellules fixes avec les corpuscules migrateurs, ce n'est que pour démontrer la possibilité de soutenir une similitude entre ces deux genres de cellules. Il est possible d'émettre la probabilité que les corpuscules migrateurs peuvent finir par devenir à la longue des cellules stables de la cornée et que cellesci arrivent progressivement à disparaître de façon qu'il s'opérerait ainsi insensiblement un renouvellement continuel des matériaux cellulaires de la cornée. A la vérité, je ne saurais apporter pour le moment des preuves irréfutables à l'appui de cette opinion que nombre de micrographes admettent pour les tissus les plus divers. D'un côté, on ne saurait nier que des substances pigmentaires grumeuses, introduites dans le courant sanguin, sont finalement déposées dans la cornée. D'autre part, il existe des observations de de Recklinghausen (235), et principalement de Stricker et Norris (276), auxquelles j'ajoute celles de Rollett (250), qui rendent plausible ceci : que des cellules devenues stables puissent dans certaines circonstances reconquérir leurs mouvements propres, par exemple, à l'occasion de l'inflammation de la cornée. Suivant nos opinions actuelles sur la structure des cellules cornéennes, on serait forcé d'admettre que le noyau avec la petite portion de protoplasma qui l'entoure quitterait la plaque homogène et inactive et acquerrait un degré plus considérable de motilité (voy. les données récentes de J. Kollmann sur les cellules du tissu cellulaire, in Centralbl. f. die mod. Wissensch.y 1876), si l'on ne veut supposer que cette masse homogène se métamorphoserait en protoplasma vivant.
De la présence constante d'une petite quantité de protoplasma des cellules cornéennes, et du pouvoir contractile qui lui est propre, nous sommes autorisé à conclure que ces cellules, même si elles s'atrophient à une période ultérieure en constituant des plaques endothéliales, conservent pourtant encore des matériaux vivants en quantité suffisante pour réagir aux diverses irritations et pour pouvoir prendre une partie active à des processus patho* logiques, par exemple à des inflammations. C'est là le point cardinal de la question (1).
Il est connu que, contrairement à cette manière de voir, Cohnheim et ses adeptes nient toute participation des cellules cornéennes à la production du pus. Pourtant un des plus récents travaux sortis du laboratoire de Cohnheim, publié par Senftleben (343), admet le pouvoir régénérateur des cellules cor-
(1) Telle n'est pas, ainsi qu'on le verra dans la partie clinique, l'opinion du traducteur de ce passage. Gomme clinicien, il refuse aux cellules cornéennes toute participation active à l'inflammation, et, au point de vue de l'histologie, il pense qu'il est permis de douter de cette résurrection miraculeuse des centres protoplasmatiques des cellules.