‹ Traité complet d'ophthalmologie (volume 2)Chapitre 37 sur 147 · BLESSURES DE L'IRIS · texte numérisé non relu

BLESSURES DE L'IRIS

l'iris faites avec un instrument tranchant. Il est fort rare que des blessures de ce genre aient laissé intacte la capsule du cristallin ; aussi on est souvent obligé de l'extraire à travers une section linéaire et après avoir préalablement excisé une portion de l'iris.

On a observé, à la suite de contusions violentes de l'œil, des déchirures de l'iris, et surtout une rupture de son bord adhérent. Une irido-diabjse en est la conséquence, ainsi qu'on peut l'observer lorsqu'on pratiquant l'opération de la pupille artificielle, on attire au dehors une portion trop considérable de cette membrane. Si l'on pousse trop loin ces tractions, on peut même amener au dehors de l'œil la totalité de l'iris et donner lieu à une irido-dialyse complète, une iridérémie.

La rupture du bord péripliérique de l'iris pourra s'effectuer d'autant plus facilement après un coup porté sur l'œil même, sur le pourtour de l'orbite ou sur la tête, que la pupille se trouvera, sous l'influence alcoolique ou nicotique (morphinique chez certains sujets), en fort état de constriction ou que des synéchies fixeront le bord pupillaire à la capsule. Cet accident peut s'observer sans que les membranes profondes soient elles-mêmes blessées. Il n'est pas toujours aisé de reconnaître une irido-dialyse de peu d'étendue. Le meilleur moyen pour y arriver est l'emploi de l'ophthalmoscope, grâce à lui on peut apercevoir le reflet produit par les rayons lumineux qui ont traversé la petite fente formée. La rupture d'une partie plus étendue du bord périphérique de l'iris ne saurait échapper à la simple inspection ; d'ailleurs, elle cause au malade des éblouissements souvent très-notables. Nous n'avons jusqu'à présent pas encore pu vérifier le fait signalé par quelques auteur?, à savoir qu'une large irido-dialyse, surtout lorsqu'elle se trouve située vers la partie supérieure de l'iris, finirait en s'agrandissant par se transformer sous l'influence du poids de l'iris et des tiraillements (jue lui impriment les secousses de l'œil en iridérémie (par absorption de l'iris? !). Nous avons pu examiner des yeux qui portaient des irido-dialyses très étendues depuis des années, et le seul changement que nous avons vu, c'est que le sphincter s'atrophiait sensiblement, au point que la bandelette transversale que formait l'iris à travers la chambre antérieure, marquée de taches atrophiques, était çà et Là devenue transparente au passage des rayons de l'éclairage ophthalmoscopique et que parfois des synéchies s'étaient formées à la partie déclive du détachement iridien, adhérences qui auraient certainement contrarié tout agrandissement de l'irido-dialyse (l)

Les déchirures du bord pupillaire que M. White Cooper (2) a décrites sont infiniment plus rares que les détachements du bord périphérique que l'on a maintenant si souvent occasion de voir chez des enfants entre les mains desquels on met imprudemment des jouets munis d'une force de

(î) Voyez la discussion sur ce sujet qui a eu lieu au Congrès de Londres de 1872 {Compte rendu, p. 101) lors du discours de M. Argyll Robertson. (2) De la déchirure de Viris {Ann. d'Ocul , 1855, t. XXXIV, p. 246).

propulsion relativement accusée et susceptible de contondre l'œil. Chez nos malades où la déchirure de l'iris résultait du choc d'une branche d'arbre contre l'œil, nous n'avons pas eu une mydriase persistante, telle que notre confrère anglais l'a signalée; l'effet de la déchirure était analogue à une simple incision, la pupille prenait une forme en poire et les bords du sphincter déchiré adhéraient à la cristalloïde.

Bien plus exceptionnelles encore sont les déchirures de l'iris dans sa continuité, ainsi que le cas de Lawson (1) en fournit un exemple fort rare.

Lacération de Viris sans lésion par le choc d'une halle ayant ricoché sur la cible. — W. P., âgé de quarante et un ans, contrôleur de tir, entre le 23 mai 1865 dans le service de Critchett. Il y a onze jours, en marquant le tir des volontaires, il reçoit, assis derrière le garde-tir, une balle par ricochet contre l'œil gauche. Il se sentit blessé au moment même, mais il ne prêta pas attention à la chose, quoiqu'il se rendît bien compte, comme il le disait, qu'il n'y voyait plus de cet œil (probablement par suite de l'épanchement sanguin). L'examen montrait sur le côté externe de la cornée l'épithélium un peu rugueux, mais sans trouble apparent qui aurait marqué le siège de la contusion. Les enveloppes de l'œil sont intactes ; seule l'inspection de l'intérieur de l'œil révèle la présence de deux pupilles superposées (voy. fig. 82), l'inférieure étant séparée de la supé-

rieure par un pont d'iris, tandis que la supérieure ne concorde évidemment pas avec le bord marginal de l'iris dont elle se trouve séparée par une bandelette de tissu iridien. Une inspection attentive montre les bords de cette nouvelle pupille faiblement frangés et irréguliers. Quoique les milieux soient légèrement troubles, on pouvait observer le fond de l'œil à travers les deux pupilles. Le bord supérieur de la pupille physiologique située en bas a perdu sa conformation arquée, mais il'inférieur montre sa courbure et sa contractilité normales. Le malade lit Jœger n° 18.

Le renversement de Viris est une autre lésion rare que cette membrane peut présenter et que de Ammon (2) a décrite pour la première fois après l'avoir rencontrée sur le cadavre d'un suicidé qui s'était tiré un coup de feu dans la tête.

L'iris est enfoncé vers la chambre postérieure, dans une portion variable de son étendue qui échappe alors complètement à l'œil de l'observateur. En pareil cas, il est impossible de découvrir à l'ophthalmoscope les procès ciliaires correspondant à la partie de l'iris refoulée, tandis que l'examen de ces replis membraneux est toujours possible lorsque le bord ciliaire de

Fig. 82.

(1) Injuries of the Eye, etc., p. 123.

(2) Bas Verschwinden der Iris durch Einsenkung (Archiv fur Ophthalm., 1. 1, 2, p. 117).

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